Consommation

Achat en ligne : comment agir face à un article contrefait

Jordan Alvarez
Editeur
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Contrefaçon sur Internet : comment obtenir remboursement et sanctions

L’essor du commerce en ligne a profondément transformé les habitudes de consommation, offrant aux acheteurs un accès rapide et illimité à des milliers de références. Mais derrière cette apparente liberté d’achat, un phénomène inquiétant se développe : la contrefaçon. Longtemps associée aux produits de luxe, elle touche désormais tous les secteurs, des vêtements aux pièces détachées, en passant par les jouets, les produits cosmétiques ou encore les médicaments.

Souvent vendus à prix attractifs, ces biens imités séduisent de nombreux consommateurs, parfois à leur insu. Pourtant, détenir ou acheter un produit contrefait n’est pas un acte anodin : cela peut engager la responsabilité pénale de l’acheteur, exposer à des sanctions lourdes et présenter des risques graves pour la santé et la sécurité.

Face à ce constat, il est essentiel pour tout consommateur d’être en mesure de détecter les signes d’une contrefaçon, de connaître ses obligations légales et de savoir quels recours entreprendre pour obtenir réparation. Cet article vous donne les clés juridiques pour agir efficacement et protéger vos droits, conformément aux dispositions du Code de la propriété intellectuelle, du Code de la consommation et du Code pénal.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Les signes qui doivent alerter lors d’un achat sur Internet
  3. Les risques juridiques liés à la détention d’un produit contrefait
  4. Les obligations légales de l’acheteur et les sanctions possibles
  5. Comment signaler un produit contrefait aux autorités compétentes
  6. Les recours amiables contre un vendeur de produit contrefait
  7. Les procédures judiciaires pour obtenir remboursement et sanctions

Comprendre le phénomène de la contrefaçon

La contrefaçon ne se limite plus aux seuls articles de luxe. Aujourd’hui, elle touche une multitude de secteurs : habillement, accessoires, jouets, produits alimentaires, cosmétiques, médicaments et même pièces détachées. L’essor du commerce en ligne et des marketplaces a facilité la diffusion de produits imités, souvent proposés à des prix attractifs pour séduire les acheteurs.

Si certains consommateurs acquièrent ces produits en toute connaissance de cause, d’autres découvrent après la livraison qu’ils ont été victimes d’une tromperie. Dans les deux cas, la détention et l’utilisation de produits contrefaits peuvent engager la responsabilité civile et pénale de l’acheteur.

Risques et sanctions encourus par l’acheteur

Selon l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle, la détention, la vente ou l’achat de produits contrefaits est passible de 3 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende.

Si la contrefaçon est avérée et que l’acheteur en avait connaissance, il peut également être poursuivi pour recel au sens de l’article 321-1 du Code pénal, passible de 5 ans de prison et 375 000 € d’amende.

En pratique, lorsque l’infraction est mineure et que l’acheteur agit de bonne foi, les autorités peuvent se limiter à la confiscation et destruction du produit, assorties d’une amende réduite. Toutefois, cette tolérance ne s’applique pas aux produits dangereux (médicaments falsifiés, jouets non conformes aux normes de sécurité, cosmétiques contenant des substances interdites, etc.) dont la détention constitue un risque grave pour la santé.

Identifier un produit contrefait avant l’achat

Pour limiter les risques, il est recommandé de rester attentif à plusieurs indices révélateurs :

  • Un prix anormalement bas par rapport au marché.
  • Une absence de facture, d’emballage officiel ou d’étiquette conforme.
  • Des photos floues ou montrant des finitions grossières.
  • Une vente réalisée hors du circuit officiel (site inconnu, absence d’adresse physique).

L’acheteur doit être particulièrement vigilant lors des achats sur des plateformes de mise en relation où le vendeur n’est pas directement contrôlé par l’exploitant du site.

Les démarches à entreprendre en cas de réception d’un produit contrefait

1. Ne pas conserver le produit

La première étape est de cesser immédiatement toute utilisation du produit et de ne pas chercher à le revendre, sous peine d’aggraver sa responsabilité pénale.

Le bien doit être signalé et transmis aux autorités compétentes :

  • Service des douanes pour saisie et destruction.
  • DGCCRF pour contrôle et enquête.
  • Service de police ou gendarmerie pour dépôt de plainte.

Il est également utile de prévenir la marque concernée, titulaire des droits de propriété intellectuelle, qui pourra engager ses propres poursuites contre le vendeur.

2. Faire valoir ses droits face au vendeur

L’acheteur dispose de plusieurs leviers juridiques :

  • Action en tromperie afin d’obtenir le remboursement et, le cas échéant, des dommages et intérêts.
  • Droit de rétractation prévu à l’article L. 221-18 du Code de la consommation, applicable dans un délai de 14 jours après réception, à condition que le vendeur soit basé dans l’Union européenne et que la vente ne porte pas sur un produit explicitement exclu.

Recours amiables et judiciaires

Recours amiable

Il est recommandé d’envoyer au vendeur une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, exposant les faits, les références de la commande, les preuves de la contrefaçon (photos, attestations) et les demandes précises (remboursement, frais de retour).

Recours judiciaire

En cas d’échec de la démarche amiable, l’acheteur peut saisir le tribunal judiciaire pour demander :

  • La résolution du contrat (annulation de la vente) ;
  • Le remboursement intégral du prix payé ;
  • Des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi.

L’action peut être intentée dans un délai de 5 ans à compter de la découverte de la contrefaçon.

Conclusion

La lutte contre la contrefaçon est un enjeu majeur, non seulement pour la protection des droits de propriété intellectuelle, mais aussi pour la sécurité des consommateurs. Derrière l’attrait d’un prix alléchant ou d’une offre exceptionnelle se cache parfois un risque juridique et sanitaire important.

En cas de réception d’un produit contrefait, la réactivité est déterminante : ne pas conserver l’objet, signaler immédiatement les faits aux autorités compétentes et agir rapidement contre le vendeur sont des étapes clés pour faire valoir ses droits. Les recours prévus par la loi — qu’ils soient amiables ou judiciaires — permettent non seulement d’obtenir un remboursement, mais aussi de participer à la lutte contre un trafic qui cause chaque année des préjudices considérables aux consommateurs et aux entreprises.

Être vigilant, s’informer et agir en connaissance de cause reste la meilleure protection contre la contrefaçon. Grâce aux dispositifs juridiques existants et aux démarches simples à mettre en œuvre, chaque consommateur peut défendre ses intérêts et contribuer à assainir le marché.

FAQ

1. Quels sont les risques si je conserve un produit contrefait acheté en ligne ?
La détention d’un produit contrefait est interdite par le Code de la propriété intellectuelle. Selon l’article L. 335-2, cela peut entraîner jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende, même si l’article a été acquis par inadvertance.
Si l’acheteur savait qu’il s’agissait d’une contrefaçon et a choisi de la conserver, il commet un délit de recel (article 321-1 du Code pénal) passible de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende.
Ces sanctions s’ajoutent à la confiscation et destruction de l’objet, souvent décidées par le juge. Par ailleurs, les titulaires de la marque peuvent réclamer des dommages et intérêts proportionnés au préjudice subi.

2. Comment prouver qu’un produit acheté sur Internet est contrefait ?
La preuve repose sur un faisceau d’éléments tangibles. Il est conseillé de :

  • Conserver tous les documents commerciaux : facture, bon de commande, courriel de confirmation.
  • Photographier le produit sous différents angles pour mettre en évidence les défauts (marquage incohérent, finitions médiocres, logo déformé).
  • Comparer avec un produit original en point de vente ou sur le site officiel de la marque.
  • Solliciter, si possible, un avis d’expert ou un rapport d’huissier attestant de la non-conformité.
    Ces preuves seront utiles pour une action en justice ou pour appuyer une plainte auprès de la DGCCRF ou du service juridique de la marque.

3. Que faire dès la réception d’un article suspecté de contrefaçon ?
Dès la découverte du doute :

  1. Ne pas utiliser l’article pour éviter tout risque sanitaire ou sécuritaire.
  2. Préserver l’emballage et tous les accessoires reçus, car ils peuvent contenir des indices importants (numéro de série, codes-barres).
  3. Notifier immédiatement le vendeur par lettre recommandée avec accusé de réception, en mentionnant précisément le motif (produit suspecté de contrefaçon).
  4. Informer la marque concernée, qui pourra intenter ses propres actions en contrefaçon.
  5. Déclarer le produit auprès des autorités compétentes (DGCCRF, douanes, police).
    En cas de vente via une marketplace, il faut également utiliser le système de réclamation interne, qui peut accélérer le remboursement.

4. Puis-je obtenir le remboursement d’un produit contrefait acheté en ligne ?
Oui. Plusieurs voies sont possibles :

  • Action pour tromperie (articles L. 441-1 et suivants du Code de la consommation) si le vendeur a volontairement induit l’acheteur en erreur.
  • Droit de rétractation (article L. 221-18 du Code de la consommation) dans les 14 jours suivant la réception, même sans justifier le motif.
  • Garantie légale de conformité (articles L. 217-3 et suivants) qui s’applique si le bien est impropre à l’usage attendu ou ne correspond pas à la description.
    Dans tous les cas, le vendeur doit rembourser intégralement le prix payé et les frais de livraison initiaux. Les frais de retour peuvent aussi être à sa charge si la contrefaçon est avérée.

5. Quelles autorités contacter en cas d’achat de contrefaçon sur Internet ?
Les recours peuvent être multipliés :

  • DGCCRF : pour enquêter sur les pratiques commerciales trompeuses.
  • Douanes : pour intercepter et saisir les colis frauduleux, surtout en cas d’achat à l’étranger.
  • Police ou gendarmerie : pour déposer plainte pour escroquerie ou recel.
  • OCLCTIC : pour signaler les sites ou plateformes frauduleuses diffusant des contrefaçons.
  • Marque concernée : pour lui permettre de lancer ses propres actions en justice.
    Un signalement peut aussi être fait sur internet-signalement.gouv.fr, qui centralise les plaintes liées aux arnaques en ligne.

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