Dans de nombreux litiges, la preuve est au cœur du contentieux. Or, il arrive qu’avant même l’ouverture d’une procédure, une partie ait besoin de sécuriser des éléments de preuve ou d’en établir de nouveaux pour préparer une éventuelle action. Le droit français offre un outil spécifique : la mesure d’instruction in futurum, prévue par l’article 145 du Code de procédure civile.
Ce dispositif, à vocation préventive, permet à toute personne démontrant un motif légitime de solliciter l’intervention d’un juge pour ordonner une mesure destinée à conserver ou établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige futur. Cette procédure trouve à s’appliquer dans de nombreux domaines : droit du travail, droit immobilier, droit de la construction, mais également litiges commerciaux.
defendstesdroits.fr propose ici une analyse approfondie des conditions, de la procédure et des effets de la mesure d’instruction in futurum, éclairée par la jurisprudence.
L’article 145 du Code de procédure civile dispose :
« S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, des mesures d’instruction peuvent être ordonnées. »
La mesure d’instruction in futurum constitue donc un outil de prévention permettant :
La Cour de cassation a rappelé que ces mesures ne se limitent pas à la conservation d’éléments déjà établis mais peuvent aussi viser à créer la preuve (Cass. civ. 2, 6 nov. 2008, n° 07-17.398).
Les cas d’usage sont variés et couvrent plusieurs branches du droit :
En revanche, certaines demandes ne sont pas recevables sur ce fondement. Ainsi, la Cour de cassation a jugé qu’une expertise génétique ne peut pas être ordonnée sur le fondement de l’article 145 CPC (Cass. civ. 1, 8 juin 2016, n° 15-16.696).
Il convient de distinguer deux notions proches :
Autrement dit, le référé est la voie procédurale et l’expertise est la mesure d’instruction décidée par le juge.
La demande peut être introduite selon deux modalités prévues par l’article 145 CPC :
Elle est contradictoire : les parties sont convoquées et peuvent présenter leurs observations.
Elle est non contradictoire et déroge au principe du débat contradictoire.
Si le juge dispose d’un large pouvoir d’appréciation, la mesure doit rester proportionnée et encadrée.
La jurisprudence précise que :
Le juge exerce donc un contrôle strict afin d’éviter les mesures disproportionnées qui pourraient s’apparenter à une pêche aux preuves.
Les mesures ordonnées varient selon la nature du litige, parmi lesquelles :
Ces instruments confèrent à la partie demanderesse une base probatoire solide, qui pourra ensuite être utilisée devant le juge du fond.
La mesure d’instruction in futurum, prévue par l’article 145 du Code de procédure civile, s’impose comme un outil incontournable dans le paysage contentieux français. Elle offre la possibilité à toute personne anticipant un litige de préserver ses droits en amont du procès, en sécurisant des éléments de preuve déterminants. Cette faculté, largement reconnue par la jurisprudence, répond à une double exigence : d’une part, permettre à une partie de préparer efficacement sa défense, et d’autre part, assurer au juge du fond la disponibilité de preuves fiables lors du futur contentieux.
L’intérêt de cette procédure tient à sa polyvalence. Qu’il s’agisse de litiges en droit du travail (discrimination, concurrence déloyale), en droit immobilier (erreur sur la surface d’un logement), en droit de la construction (malfaçons, vices apparents) ou en droit commercial (contrefaçon, inexécution contractuelle), les mesures d’instruction in futurum apportent une réponse pragmatique aux besoins probatoires des justiciables. En cela, elles traduisent la volonté du législateur et des juridictions de favoriser la transparence des débats judiciaires en renforçant la fiabilité des preuves soumises au juge.
Toutefois, ce mécanisme est encadré. La jurisprudence rappelle que la mesure doit demeurer proportionnée et précise, afin d’éviter qu’elle ne devienne un instrument de recherche générale ou un moyen de pression abusif. L’intervention du juge constitue donc une garantie essentielle, en veillant à ce que les droits de la défense soient respectés, même lorsque la demande est introduite par voie de requête non contradictoire.
L’efficacité de la mesure repose également sur la stratégie du demandeur. Celui-ci doit démontrer l’existence d’un motif légitime et adapter sa demande au contexte : une expertise judiciaire pour des questions techniques, un constat d’huissier pour établir des faits matériels, ou encore la communication forcée de pièces pour obtenir des documents détenus par un tiers. Plus la demande est ciblée et justifiée, plus elle a de chances d’être accueillie favorablement par le juge.
En définitive, les mesures d’instruction in futurum sont bien plus qu’un simple outil procédural : elles constituent une véritable arme juridique préventive, capable d’orienter l’issue d’un litige avant même que celui-ci ne soit engagé. Pour le justiciable, comprendre leur portée et leur mode d’application est essentiel afin d’anticiper au mieux la défense de ses intérêts et de mobiliser, au moment opportun, ce dispositif au service de la vérité et de la justice.
1. Qu’est-ce qu’une mesure d’instruction in futurum prévue par l’article 145 du Code de procédure civile ?
La mesure d’instruction in futurum est un mécanisme juridique qui permet à une personne, avant tout procès, de demander au juge de préserver ou d’établir une preuve. Elle est prévue par l’article 145 du Code de procédure civile, qui dispose qu’« s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, des mesures d’instruction peuvent être ordonnées. »
Son rôle est essentiel : il s’agit d’un outil probatoire préventif, destiné à garantir qu’un litige futur se déroulera avec des éléments tangibles et fiables. Sans cette mesure, une partie pourrait perdre la possibilité de prouver ses prétentions si les preuves venaient à disparaître ou à être altérées. La Cour de cassation a confirmé que la mesure n’est pas limitée à la conservation de preuves existantes mais peut aussi viser à établir la preuve de faits incertains (Cass. civ. 2, 6 nov. 2008, n° 07-17.398).
2. Dans quels cas peut-on demander une mesure d’instruction in futurum ?
La mesure d’instruction in futurum est transversale et peut s’appliquer dans de nombreux domaines :
En revanche, la Cour de cassation a exclu certains cas, notamment les demandes d’expertise génétique sur le fondement de l’article 145 CPC (Cass. civ. 1, 8 juin 2016, n° 15-16.696).
3. Quelle différence entre référé in futurum et expertise in futurum ?
Ces deux notions sont souvent confondues, mais elles n’ont pas la même portée :
En résumé, le référé est le moyen procédural et l’expertise est l’acte d’instruction lui-même. Il est donc possible d’obtenir d’autres types de mesures que l’expertise dans le cadre d’un référé in futurum, comme un constat d’huissier ou la production forcée de documents.
4. La mesure d’instruction in futurum exige-t-elle une urgence pour être ordonnée ?
Non. Contrairement à la plupart des procédures en référé, la demande fondée sur l’article 145 du CPC n’exige pas de démontrer une situation d’urgence. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt de principe (Cass. mixte, 7 mai 1982, n° 79-11.814).
L’essentiel est de démontrer l’existence d’un motif légitime. Celui-ci peut être caractérisé dès lors qu’il existe un risque que la preuve disparaisse ou que le fait à prouver devienne plus difficile à établir avec le temps. Par exemple :
Toutefois, même sans urgence, la demande doit rester proportionnée et ciblée : une mesure trop générale ou trop intrusive sera rejetée (Cass. civ. 2, 31 janv. 2019, n° 17-31.535).
5. Quelles mesures concrètes le juge peut-il ordonner in futurum ?
Le juge dispose d’un pouvoir d’appréciation large, mais encadré, pour ordonner toute mesure proportionnée au but poursuivi. Parmi les plus courantes :
Toutefois, le juge doit s’assurer que la mesure :
Ces garanties visent à protéger les droits de la défense et à éviter les dérives.