Procédure civile

Bagages retardés : démarches et droits pour obtenir une indemnisation

Jordan Alvarez
Editeur
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Bagage livré en retard : vos recours pour un dédommagement efficace

Lorsqu’un bagage enregistré en soute n’arrive pas en même temps que son propriétaire, la situation peut rapidement devenir contraignante : absence de vêtements de rechange, produits d’hygiène indispensables, ou encore objets essentiels au séjour. Dans ce type de litige, le droit du transport aérien, largement harmonisé au niveau international par la Convention de Montréal du 28 mai 1999 et précisé par le décret du 17 juin 2004, encadre strictement la responsabilité du transporteur.

En vertu de ces textes, la compagnie aérienne est responsable des bagages enregistrés pendant toute la durée du transport et doit les restituer au passager à l’arrivée. En cas de retard, elle est tenue d’indemniser les frais raisonnables engagés par le voyageur pour pallier l’absence temporaire de ses effets personnels, dans la limite de 1 288 droits de tirage spéciaux (environ 1 330 €).

Sommaire

  1. Définition et cadre légal des bagages retardés
  2. Montants et conditions d’indemnisation
  3. Exceptions au remboursement
  4. Procédure de réclamation auprès de la compagnie aérienne
  5. Recours amiables en cas de refus d’indemnisation
  6. Actions judiciaires possibles

Dépenses indemnisables : ce que prévoit la loi

Les achats de première nécessité
Le principe est clair : tout achat justifié par la nécessité de remplacer temporairement le contenu du bagage retardé est remboursable. Il peut s’agir de :

  • Produits d’hygiène (savon, shampoing, brosse à dents, rasoir…)
  • Vêtements adaptés à la destination
  • Accessoires indispensables (chargeur de téléphone, adaptateur de prise…)

Conditions de remboursement
Pour obtenir l’indemnisation, il faut :

  • Agir dans un délai maximum de 21 jours à compter de la restitution du bagage
  • Fournir toutes les factures originales
  • Prouver le lien direct entre l’achat et le retard

Cas d’exclusion
Le transporteur peut refuser l’indemnisation si :

  • Le retard est mineur (quelques heures seulement)
  • Les dépenses sont jugées disproportionnées (articles de luxe, achats sans lien avec le préjudice)
  • Un kit de première nécessité a été fourni gratuitement
  • Le retard survient lors du trajet retour à domicile, où le passager dispose déjà du nécessaire

Vols concernés par l’indemnisation

La Convention de Montréal s’applique :

  • Aux vols opérés par une compagnie aérienne de l’Union européenne
  • Aux vols entre deux pays signataires de la Convention
  • Aux vols intra-UE, quelle que soit la nationalité de la compagnie

Procédure pour obtenir le remboursement

Étape 1 : réclamation auprès de la compagnie

  • Envoyer un courrier recommandé avec accusé de réception
  • Rappeler les dispositions applicables (Convention de Montréal et décret du 17 juin 2004)
  • Joindre factures, étiquettes bagage, preuve de livraison tardive

Étape 2 : recours en cas de refus

  • Vérifier si l’assurance de la carte bancaire couvre ce type de préjudice
  • Saisir le Médiateur Tourisme et Voyage pour une résolution amiable
  • En dernier recours, saisir le tribunal judiciaire compétent

Recours amiables avant procédure judiciaire

Avant d’engager une action judiciaire, il est recommandé de :

  • Envoyer une mise en cause par LRAR, rappelant les obligations légales et le délai de 21 jours
  • Indiquer le montant réclamé, les intérêts de retard et, le cas échéant, les dommages et intérêts
  • Laisser un délai raisonnable (8 à 15 jours) pour s’exécuter

Cette étape démontre votre bonne foi et peut éviter un contentieux long et coûteux.

Action judiciaire en cas d’échec de l’amiable

Si la compagnie aérienne persiste à refuser toute indemnisation, malgré vos démarches amiables, vous disposez de la possibilité d’engager une procédure judiciaire.

  • Saisine du tribunal judiciaire : la juridiction compétente dépend du montant du litige.
    • Pour les litiges d’un montant inférieur ou égal à 10 000 €, la procédure peut être engagée devant le tribunal judiciaire sans représentation obligatoire par avocat, même si l’assistance d’un professionnel est fortement recommandée.
    • Au-delà de 10 000 €, la représentation par avocat devient obligatoire.
  • Demandes possibles : le passager peut solliciter :
    • Le remboursement intégral des frais engagés du fait du retard des bagages.
    • Les pénalités contractuelles éventuellement prévues par les conditions générales de transport.
    • Les intérêts légaux calculés à compter du jour où l’indemnisation aurait dû être versée.
    • Des dommages et intérêts supplémentaires pour réparer le préjudice moral ou matériel subi, sous réserve d’en rapporter la preuve.
  • Éléments de preuve à produire : la constitution d’un dossier solide est essentielle. Vous devez fournir :
    • Le contrat de transport (billet d’avion ou e-ticket).
    • Les conditions générales de vente (CGV) de la compagnie aérienne.
    • Les justificatifs d’achat des biens acquis en remplacement ou en attendant vos bagages.
    • La notification officielle de retard délivrée par la compagnie ou l’aéroport (souvent appelée PIR – Property Irregularity Report).
    • Les échanges écrits avec la compagnie (mails, courriers recommandés).

Enfin, le respect des délais de prescription fixés par la Convention de Montréal (2 ans à compter de l’incident) est déterminant. Passé ce délai, toute action judiciaire sera irrecevable, sauf rares exceptions.

Conclusion

Le retard de livraison d’un bagage enregistré n’est pas seulement une gêne passagère : il constitue un manquement aux obligations contractuelles du transporteur aérien au sens de la Convention de Montréal du 28 mai 1999 et du décret du 17 juin 2004. Les passagers disposent d’un arsenal juridique clair pour obtenir l’indemnisation intégrale de leurs frais de première nécessité, dans la limite fixée par les textes, et ce indépendamment de la bonne volonté de la compagnie.

Pour maximiser ses chances de succès, il est indispensable d’agir dans les délais — 21 jours maximum après la restitution — et de documenter rigoureusement le préjudice à l’aide de factures, billets, étiquettes bagages et correspondances écrites. La phase amiable, en rappelant formellement les obligations légales du transporteur, permet souvent d’éviter un procès, mais en cas de refus ou d’inaction, le passager peut mobiliser le juge pour contraindre la compagnie à s’exécuter.

En somme, la maîtrise des textes applicables et le respect scrupuleux des procédures sont les leviers les plus efficaces pour faire valoir ses droits. Défendre son droit à indemnisation n’est pas une faveur demandée à la compagnie, mais l’application stricte de la loi qui protège le voyageur face aux manquements des transporteurs.

FAQ

1. Quel est le délai légal pour réclamer une indemnisation en cas de bagages retardés ?
En application de l’article 19 de la Convention de Montréal du 28 mai 1999, tout passager dispose d’un délai strict de 21 jours à compter de la remise effective du bagage pour adresser une réclamation écrite à la compagnie aérienne. Cette démarche doit idéalement être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception, afin de constituer une preuve en cas de litige. Passé ce délai, la compagnie peut opposer une prescription et refuser le remboursement. Ce délai ne s’applique pas aux bagages définitivement perdus, pour lesquels la réclamation peut être faite dans un délai plus court, généralement 7 jours.

2. Quels types de dépenses sont remboursés par la compagnie aérienne ?
L’indemnisation couvre uniquement les frais nécessaires et raisonnables engagés durant l’absence des bagages, comme :

  • Produits d’hygiène (savon, dentifrice, shampoing, déodorant).
  • Vêtements de rechange adaptés à la durée et au contexte du séjour.
  • Accessoires indispensables (chargeur de téléphone, trousse de toilette).

Le montant maximal de remboursement est fixé à 1 288 droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 1 330 €, selon l’article 22 §2 de la Convention de Montréal. Toutefois, si le passager a souscrit une assurance voyage complémentaire, le plafond peut être plus élevé. Les factures originales sont obligatoires, et les dépenses excessives (articles de luxe, accessoires non essentiels) peuvent être refusées.

3. Peut-on être indemnisé si le retard survient lors du trajet retour à domicile ?
En pratique, les compagnies aériennes refusent souvent d’indemniser un retard de bagages lors du retour à domicile, estimant que le passager dispose de tous ses effets personnels chez lui. Cependant, il existe des exceptions :

  • Déplacement professionnel nécessitant du matériel resté dans la valise.
  • Participation à un événement familial ou officiel pour lequel la tenue se trouvait dans le bagage.
    Dans ces cas, le passager devra prouver le préjudice spécifique par des justificatifs (convocation, preuve d’achat d’un remplacement urgent) pour prétendre à une indemnisation.

4. Que faire si la compagnie refuse l’indemnisation ?
Si la compagnie rejette la demande, il est conseillé de :

  • Envoyer une mise en cause par courrier recommandé rappelant les articles applicables de la Convention de Montréal et du décret du 17 juin 2004.
  • Saisir le Médiateur Tourisme et Voyage (MTV), procédure gratuite permettant de résoudre amiablement le litige.
  • En cas d’échec, engager une action judiciaire devant le tribunal compétent, en joignant : contrat de transport, étiquettes bagages, preuve de dépôt de réclamation, factures et tout justificatif de préjudice.

5. Les vols concernés par l’indemnisation des bagages retardés sont-ils tous les mêmes ?
Non. La Convention de Montréal s’applique :

  • Aux vols opérés par une compagnie de l’Union européenne, quelle que soit la destination.
  • Aux vols intra-UE, même assurés par une compagnie non européenne.
  • Aux vols internationaux dont les pays de départ ou d’arrivée sont signataires de la Convention (la liste est consultable sur le site de l’OACI).

Pour les vols qui ne sont pas couverts par cette convention, c’est souvent la Convention de Varsovie ou les conditions générales de la compagnie qui déterminent les règles d’indemnisation, avec des plafonds généralement plus bas.

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