Fiscal

Compte épargne-temps : mode d’emploi juridique pour employeurs et salariés

Estelle Marant
Collaboratrice
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CET : tout comprendre pour négocier, gérer et protéger les droits accumulés

La gestion du temps de travail et des périodes de repos représente un enjeu majeur pour les entreprises comme pour les salariés. L’évolution des pratiques organisationnelles, la multiplication des régimes horaires, la recherche d’une meilleure articulation entre vie professionnelle et personnelle, ainsi que les besoins de flexibilité économique, ont conduit le législateur à créer des outils permettant une gestion plus fine des droits individuels liés au temps de travail. Parmi ces outils, le compte épargne-temps (CET) occupe une place singulière. Encadré par un ensemble de règles juridiques prévu aux articles L3151-1 et suivants du Code du travail, il permet au salarié d’accumuler des droits mobilisables ultérieurement, soit sous forme de congés, soit sous forme de rémunération.

Pour les employeurs, la mise en place d’un CET peut constituer un levier de fidélisation, un outil d’organisation interne et une manière d’offrir davantage de souplesse dans la gestion des ressources humaines. Pour les salariés, il s’agit d’un moyen d’anticiper des projets personnels ou professionnels, de financer des périodes de transition, ou d’alimenter une épargne retraite dans un cadre sécurisé. Toutefois, sa création et son utilisation nécessitent une compréhension claire des obligations légales, des marges de négociation ouvertes aux partenaires sociaux, et des garanties qui entourent la conservation des droits acquis.

Ce guide, élaboré pour les lecteurs de defendstesdroits.fr, propose une analyse complète et entièrement reformulée du dispositif. Il examine les fondements juridiques du CET, les modalités de sa mise en place par accord collectif, les conditions d’alimentation en temps ou en argent, les mécanismes de garantie applicables notamment en situation de procédure collective, ainsi que le sort des droits en cas de rupture du contrat de travail. Il revient également sur le projet de compte épargne-temps universel (CETU), évoqué lors des précédentes négociations nationales mais aujourd’hui suspendu.

L’objectif est d’offrir un contenu clair, exhaustif et juridiquement solide, permettant à chacun — employeur, salarié, professionnel RH ou étudiant en droit — d’aborder la mise en œuvre du CET en maîtrisant l’ensemble des enjeux légaux et pratiques qui en découlent.

Sommaire

1. Introduction
2. Définition du compte épargne-temps
3. Caractère facultatif du CET
4. Mise en place du CET dans l’entreprise
5. Contenu obligatoire de l’accord collectif
6. Demande d’ouverture du CET par le salarié
7. Alimentation du CET : temps et argent
8. Protection des droits en cas de procédure collective
9. Sort des droits en cas de rupture du contrat
10. Le projet de compte épargne-temps universel (CETU)
11. Conclusion

Définition légale du compte épargne-temps

Le CET est défini à l’article L3151-2 du Code du travail, comme un dispositif permettant aux salariés d'accumuler des droits à congé rémunéré ou de percevoir une rémunération immédiate ou différée en contrepartie :

  • de périodes de repos ou de congés non consommés,
  • ou de sommes affectées volontairement par le salarié.

Selon les articles L3151-3 et L3152-4, les droits ainsi constitués peuvent être mobilisés, notamment pour :

  • compléter la rémunération,
  • financer une cessation progressive d’activité,
  • ou alimenter des dispositifs d’épargne retraite (PER collectif, PER d’entreprise collectif, etc.).

Le salarié conserve la maîtrise de l'utilisation ou non du CET : aucune obligation d’ouverture, d’alimentation ou d’usage ne peut lui être imposée.

La mise en place du CET est-elle obligatoire ?

Un dispositif facultatif

Aucune disposition légale n’impose à une entreprise de mettre en place un CET. Lorsqu’il existe, le salarié n’est jamais tenu d’en disposer, même si l'accord collectif le prévoit.

Possible également dans la fonction publique

Le CET est également admis dans la fonction publique, mais les règles varient selon les trois versants (État, territorial, hospitalier). Son fonctionnement repose sur des textes spécifiques à chaque administration.

Comment mettre en place un CET dans l’entreprise ?

Un accord collectif obligatoire

L’institution d’un CET dans une entreprise ne peut résulter d’une simple décision de l’employeur. Conformément à l’article L3151-1 du Code du travail, le dispositif doit être instauré :

  • par convention ou accord d’entreprise ou d’établissement,
  • ou, à défaut, par un accord de branche.

La primauté de l'accord d’entreprise constitue une règle d’ordre public.

Qui négocie ?

La négociation est menée par les délégués syndicaux (articles L2232-16 et L2232-17).
En absence de délégué syndical, cette compétence peut être transférée aux élus du CSE, conformément aux articles L2232-23-1 à L2232-25.

Il s’agit d’un thème de négociation facultatif : il ne relève pas de la négociation annuelle obligatoire.

Contenu obligatoire de l’accord collectif

L’article L3152-1 du Code du travail impose que l’accord déterminant le CET précise :

  • les conditions et limites d’alimentation en temps ou en argent ;
  • les modalités d’utilisation des droits ;
  • les conditions de gestion ;
  • les règles de liquidation ou de transfert des droits entre employeurs ;
  • un mécanisme de garantie financière pour les droits dépassant un certain plafond (article L3151-4).

Clauses recommandées

Il est conseillé d’intégrer également :

  • les plafonds de cumul possibles,
  • les règles de conversion monétaire,
  • les modalités pratiques d’information des salariés.

Un exemplaire à jour de l’accord doit être mis à disposition des salariés.

Comment un salarié sollicite-t-il l’ouverture d’un CET ?

Lorsque l’accord collectif prévoit le CET, le salarié peut demander son ouverture par écrit à l’employeur.
Cette demande doit mentionner les éléments qu’il souhaite affecter :

  • congés non pris,
  • indemnités,
  • primes ou majorations de salaire, etc.

Alimentation du CET : temps ou argent

Alimentation en argent

Selon l’accord, le CET peut recevoir :

  • prime de 13ᵉ mois,
  • prime d’ancienneté,
  • participation ou intéressement,
  • majoration pour heures supplémentaires,
  • ou toute autre rémunération prévue.

Alimentation en temps

Peuvent également être affectés :

  • jours de RTT,
  • 5ᵉ semaine de congés payés,
  • jours conventionnels supplémentaires.

L’utilisation dépend toujours des stipulations de l’accord collectif applicable.

Sort des droits CET en cas de procédure collective

En cas de redressement ou liquidation judiciaire, les droits CET du salarié sont garantis par l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS), dans les limites fixées par les articles L3253-6, L3253-8 et D3253-5.

Pour les salariés ayant plus de deux ans d’ancienneté, la garantie peut atteindre six fois le plafond mensuel du régime d’assurance chômage (94 200 € en 2025).
L’employeur doit obligatoirement souscrire une assurance ou garantie financière pour les droits excédant ce montant.

Que deviennent les droits CET en cas de rupture du contrat ?

Si l’accord collectif encadre la situation

L’accord peut prévoir :

  • le transfert des droits au nouvel employeur,
  • la conversion monétaire intégrale,
  • ou la consignation des sommes à la Caisse des dépôts et consignations afin qu’elles produisent intérêts.

Si l’accord ne dit rien

L’article L3153-2 du Code du travail prévoit que le salarié peut :

  • percevoir une indemnité correspondant à la conversion monétaire,
  • ou demander, avec l’accord de l’employeur, une consignation auprès de la Caisse des dépôts.

Les projets abandonnés du compte épargne-temps universel (CETU)

Un dispositif initialement porté par l’exécutif

Le compte épargne-temps universel (CETU) devait offrir à tout salarié, même en l’absence d’accord d’entreprise ou de branche, la possibilité d’épargner ses jours de congés non pris.

Il se serait distingué du CET classique par :

  • son caractère universel,
  • la gestion par un opérateur unique,
  • la portabilité intégrale tout au long de la carrière.

Un projet suspendu

Les négociations menées début 2024 n'ayant pas abouti, le dossier a été mis en pause et n’est plus, à ce jour, dans l’agenda législatif.

Points essentiels à retenir

  • Le CET est entièrement facultatif mais strictement encadré par le droit.
  • Il ne peut être instauré que par accord collectif.
  • Les droits acquis sont protégés, notamment en procédure collective.
  • En cas de rupture du contrat, le salarié bénéficie de plusieurs voies de valorisation de ses droits.

(Le texte se poursuit sans conclusion conformément à votre instruction. Je peux enrichir davantage les parties de votre choix ou développer d’autres sections.)

Conclusion

Le compte épargne-temps (CET) apparaît comme un instrument juridique polyvalent, permettant de concilier les besoins de flexibilité de l’entreprise et les aspirations individuelles des salariés à une meilleure gestion de leur parcours professionnel. Son recours repose sur un équilibre subtil : celui d’une négociation collective précise, d’une gestion rigoureuse des droits, et d’une sécurisation conforme aux exigences légales prévues aux articles L3151-1 à L3153-2 du Code du travail.

En offrant la possibilité d’épargner du temps ou des sommes destinées à être mobilisées ultérieurement, le CET ouvre des perspectives variées : accompagnement d’une transition de carrière, financement d’un départ progressif, valorisation monétaire, ou encore constitution d’une épargne retraite. L’accord collectif, cœur du dispositif, doit donc être rédigé avec une grande attention et intégrer l'ensemble des garanties nécessaires pour anticiper les situations de rupture du contrat, les mouvements entre employeurs, ou encore les risques liés aux procédures collectives.

Le projet de CET universel (CETU), qui visait à rendre ce droit accessible à l’ensemble des salariés sans distinction, montre que la question de la gestion individuelle du temps de travail demeure un sujet central dans le dialogue social contemporain. Même si ce projet se trouve aujourd’hui en suspens, il révèle l’importance croissante de mécanismes permettant une meilleure maîtrise du temps, devenue un véritable enjeu social et économique.

Face aux défis organisationnels actuels, le CET s’impose donc comme un outil stratégique, aussi bien pour les entreprises qui souhaitent proposer des dispositifs attractifs et sécurisés que pour les salariés soucieux de gérer leurs droits dans la durée. Une mise en œuvre maîtrisée, conforme aux références légales et adaptée aux besoins de l'entreprise, constitue ainsi une démarche structurante, au service d’un dialogue social apaisé et d’une gestion durable des ressources humaines.

FAQ

1. Comment fonctionne le compte épargne-temps prévu par le Code du travail ?

Le compte épargne-temps permet au salarié d’accumuler des droits sous forme de congés ou de sommes issues de rémunérations affectées volontairement. Son fonctionnement est encadré par les articles L3151-1 à L3153-2 du Code du travail. Le salarié peut ensuite utiliser ces droits pour compléter sa rémunération, financer une cessation progressive d’activité ou alimenter une épargne retraite collective.

2. L’employeur peut-il imposer l’ouverture ou l’utilisation d’un CET ?

Non. Même si un accord collectif a instauré un CET dans l’entreprise, le salarié reste entièrement libre de l’ouvrir, de l’alimenter ou de l’utiliser. L’employeur n’a aucun droit d’imposer l’adhésion au dispositif. Cette liberté est expressément protégée par les dispositions relatives au CET.

3. Quelles sont les étapes obligatoires pour instaurer un CET dans une entreprise ?

L’instauration d’un CET nécessite impérativement un accord collectif d’entreprise, d’établissement ou de branche. Ce texte doit définir les conditions d’alimentation du CET, les modalités de gestion, les règles d’utilisation, ainsi que le mécanisme de garantie financière applicable aux droits accumulés. Aucun employeur ne peut créer un CET par simple décision unilatérale.

4. Que deviennent les droits CET du salarié en cas de rupture du contrat de travail ?

En cas de démission ou licenciement, le salarié conserve l’intégralité de ses droits. Selon l’accord applicable, il peut obtenir un transfert au nouvel employeur, une conversion monétaire ou une consignation auprès de la Caisse des dépôts. À défaut de dispositions spécifiques, l’article L3153-2 prévoit la conversion monétaire ou la consignation.

5. Comment sont protégés les droits CET en cas de procédure collective ?

En cas de redressement ou liquidation judiciaire, les droits du salarié sont garantis par l’AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés), dans les limites fixées par les articles L3253-6, L3253-8 et D3253-5. L’employeur doit également souscrire une garantie financière spécifique pour les droits dépassant le plafond couvert par l’AGS.

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