Travail

Congés exceptionnels : durée, procédure et recours en cas de refus

Estelle Marant
Collaboratrice
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Congés exceptionnels : comment les demander et les faire respecter

Dans la vie professionnelle, certaines circonstances personnelles imposent de mettre temporairement entre parenthèses son activité. Mariage, naissance d’un enfant, décès d’un proche ou encore annonce d’un handicap dans la famille sont autant d’événements majeurs qui justifient une absence légale du salarié.

Ces congés exceptionnels pour événements familiaux, encadrés par les articles L3142-1 et suivants du Code du travail, garantissent à tous les travailleurs, quels que soient leur contrat ou leur ancienneté, la possibilité de se consacrer à ces moments importants tout en préservant leurs droits et leur rémunération.

Trop souvent méconnus, ces congés sont pourtant d’ordre public : l’employeur ne peut ni les refuser ni les réduire en dessous des minima légaux.

Toutefois, des litiges naissent encore, qu’il s’agisse de refus abusifs, de tentatives d’imputation sur des RTT ou de contestations sur la durée accordée. Comprendre le cadre légal, la procédure de demande et les recours possibles est donc essentiel pour défendre ses droits.

Sommaire

  1. Définition et cadre légal des congés exceptionnels
  2. Durée minimale selon l’événement familial
  3. Modalités de demande et justificatifs à fournir
  4. Rémunération et assimilation au temps de travail effectif
  5. Recours en cas de refus par l’employeur
  6. Rôle du Conseil de prud’hommes et procédure contentieuse

Les droits légaux en matière de congés exceptionnels

L’article L3142-1 du Code du travail fixe les durées minimales de congés exceptionnels, sauf dispositions plus favorables prévues par une convention collective ou un accord d’entreprise :

  • Mariage du salarié ou conclusion d’un PACS : 4 jours minimum.
  • Mariage d’un enfant : 1 jour minimum.
  • Naissance ou adoption : 3 jours par enfant (non cumulables avec le congé maternité ou le congé d’adoption).
  • Décès d’un enfant : 5 jours minimum.
  • Décès du conjoint, partenaire de PACS, concubin, parent, beau-parent, frère ou sœur : 3 jours minimum.
  • Annonce de la survenue d’un handicap chez un enfant : 2 jours minimum.

Ces durées constituent un socle légal : l’employeur ne peut pas accorder moins, mais il peut prévoir davantage par accord interne.

Conditions d’octroi et procédure de demande

Pour bénéficier d’un congé exceptionnel pour événement familial, le salarié doit respecter certaines conditions prévues par le Code du travail :

  1. Informer l’employeur dans un délai raisonnable, de préférence par écrit (courrier recommandé, e-mail avec accusé de réception ou remise en main propre contre signature). Cette démarche permet de conserver une preuve en cas de contestation ultérieure.
  2. Fournir un justificatif attestant de la survenue de l’événement. Ce document doit être officiel, tel qu’un acte de mariage, un certificat de naissance, un jugement d’adoption, un acte de décès ou un certificat médical attestant de la survenue d’un handicap. L’employeur est en droit de refuser le congé en l’absence de justificatif valable.
  3. Choix de la date :
    • Le congé peut être pris le jour même de l’événement.
    • Il peut également être accordé dans un délai raisonnable avant ou après, lorsque la nature de l’événement l’exige (préparatifs de mariage, déplacement pour des funérailles, démarches administratives liées à une naissance ou un décès).
    • L’appréciation de ce délai raisonnable peut dépendre des usages de l’entreprise ou de dispositions plus favorables prévues par une convention collective.

Important : un salarié déjà absent (congé payé, congé sans solde, arrêt maladie, etc.) au moment de l’événement ne peut pas demander rétroactivement à bénéficier du congé exceptionnel à son retour. Ce droit est lié à la présence effective dans l’entreprise au moment où l’événement se produit.

Conseil pratique : pour éviter toute ambiguïté, il est recommandé de préciser dans la demande écrite les dates exactes d’absence, la nature de l’événement et de joindre immédiatement le justificatif correspondant.

Rémunération et droits associés

Les congés exceptionnels sont intégralement rémunérés, sans réduction de salaire, et comptabilisés comme du temps de travail effectif conformément à l’article L3141-5 du Code du travail. Cela signifie que :

  • Aucun retrait sur salaire ne peut être opéré pour la période concernée.
  • Les jours accordés entrent dans le calcul de l’acquisition des congés payés et ouvrent donc droit au même nombre de jours de congé annuel qu’une période travaillée.

Ces congés ne peuvent en aucun cas être imputés sur les jours de RTT ou sur les congés payés annuels. Une telle pratique constituerait une violation des dispositions légales d’ordre public.

Toute tentative de l’employeur de remplacer un congé exceptionnel par un autre type d’absence (jour sans solde, congé payé, récupération d’heures) est illégale et peut être contestée devant le Conseil de prud’hommes.

Exemple : un salarié bénéficiant de 4 jours pour son mariage ne peut se voir imposer que ces jours soient déduits de son solde de congés annuels. Si l’employeur procède ainsi, le salarié pourra exiger le rétablissement de ses droits et, le cas échéant, demander des dommages-intérêts pour préjudice subi.

Il est donc recommandé au salarié de conserver tout écrit (courriel, courrier, fiche de paie) démontrant que le congé exceptionnel a été correctement rémunéré et enregistré comme temps de travail effectif, afin de pouvoir faire valoir ses droits en cas de litige.

Recours en cas de refus de l’employeur

Si l’employeur refuse d’accorder le congé alors que les conditions légales sont réunies :

Phase amiable

  • Adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, en rappelant les articles applicables et en joignant le justificatif.
  • Conserver une copie du courrier et de l’accusé de réception pour preuve.

Phase contentieuse

  • Saisir le Conseil de prud’hommes compétent.
  • La procédure débute par un Bureau de conciliation et d’orientation, puis, en cas d’échec, une audience de jugement statue sur le litige.
  • Le salarié peut agir seul ou se faire assister par un avocat en droit du travail pour maximiser ses chances de succès.

Conclusion

Les congés exceptionnels pour événements familiaux ne constituent pas un avantage discrétionnaire accordé par l’employeur, mais bien un droit opposable, protégé par la loi et accessible à tous les salariés.

En connaître les contours – durées légales, conditions d’octroi, justificatifs requis – permet non seulement de faire valoir ses droits mais aussi d’anticiper tout litige.

Face à un refus injustifié ou à une tentative de contournement des règles, la loi offre des leviers concrets : mise en demeure, saisine du Conseil de prud’hommes et, le cas échéant, assistance d’un avocat spécialisé. Préserver ce droit, c’est affirmer que les moments marquants de la vie privée doivent pouvoir être vécus sereinement, sans crainte de répercussions professionnelles.

FAQ

1. Quels événements ouvrent droit à un congé exceptionnel ?
L’article L3142-1 du Code du travail liste précisément les événements familiaux donnant droit à une absence rémunérée :

  • Mariage ou conclusion d’un PACS du salarié : 4 jours minimum.
  • Mariage d’un enfant : 1 jour.
  • Naissance ou adoption d’un enfant : 3 jours.
  • Décès : 5 jours pour un enfant ; 3 jours pour un conjoint, partenaire de PACS, concubin, parent, beau-parent, frère ou sœur.
  • Annonce de la survenue d’un handicap chez un enfant : 2 jours.

Ces droits sont d’ordre public, c’est-à-dire que l’employeur ne peut pas les réduire par accord ou contrat. Les conventions collectives peuvent en revanche prévoir des durées plus favorables. Par exemple, dans le secteur bancaire, le décès d’un parent peut donner droit à 5 jours au lieu de 3.

2. Quelle est la durée légale des congés exceptionnels et peut-elle être augmentée ?
La loi fixe un plancher légal qui s’impose à tous. Certaines branches professionnelles, via leur convention collective, accordent plus de jours. Par exemple :

  • Dans la convention Syntec, le congé pour mariage est porté à 5 jours.
  • Dans la fonction publique, le décès d’un enfant ouvre droit à 8 jours.

Il est donc important pour le salarié de vérifier sa convention collective (souvent annexée au contrat de travail) pour savoir si ses droits sont améliorés.

3. Comment demander un congé exceptionnel à son employeur ?
La demande doit être formalisée par écrit (courrier ou email) et accompagnée d’un justificatif officiel : acte de naissance, acte de mariage, certificat de décès, notification MDPH pour un handicap…

  • Délai : idéalement dès que l’événement est connu, afin que l’employeur puisse s’organiser.
  • Précision : la loi n’impose pas que le congé soit pris exactement le jour de l’événement, mais il doit être en lien direct avec celui-ci (avant, pendant ou juste après).
    En cas d’absence de justificatif ou de demande tardive, l’employeur peut refuser sans être en faute.

4. Les congés exceptionnels sont-ils toujours rémunérés et comment sont-ils comptabilisés ?
Oui, ces jours sont assimilés à du temps de travail effectif (article L3142-2 du Code du travail) :

  • Le salarié conserve l’intégralité de sa rémunération.
  • Les jours sont comptabilisés dans le calcul des congés payés.
  • Aucune récupération d’heures n’est possible.
    Exemple : un salarié en CDD de 3 mois qui se marie aura droit à 4 jours payés, même s’il n’a pas un an d’ancienneté.

5. Quels sont les recours possibles en cas de refus injustifié de l’employeur ?
Si l’employeur refuse sans motif valable :

  1. Mise en demeure : envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception rappelant l’article L3142-1 et les faits.
  2. Preuves : conserver la copie de la demande initiale, l’accusé de réception et les justificatifs.
  3. Saisine du Conseil de prud’hommes (article L1411-1 du Code du travail) :
    • Phase de conciliation : tentative d’accord amiable.
    • Phase de jugement : décision contraignante si aucun accord n’est trouvé.
      Exemple : un salarié qui se voit refuser 3 jours pour adoption, malgré justificatif, pourra obtenir en justice non seulement la reconnaissance de son droit, mais aussi des dommages-intérêts pour préjudice moral.

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