Automobile

Délai de rétractation après l’achat d’un véhicule : vos droits et recours

Estelle Marant
Collaboratrice
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Achat de voiture : quand peut-on se rétracter légalement ?

L’achat d’un véhicule, qu’il soit neuf ou d’occasion, représente un investissement financier considérable et engageant. Pourtant, il arrive que l’acquéreur, une fois la transaction conclue, souhaite revenir sur sa décision. Mauvaise appréciation du budget, doute sur l’état du véhicule ou simple changement d’avis : peut-on se rétracter après avoir signé le contrat d’achat d’une voiture ?

Le droit français prévoit, dans certaines hypothèses, un droit de rétractation de 14 jours permettant à l’acheteur d’annuler la vente sans justification. Mais ce droit, prévu par le Code de la consommation, ne s’applique pas à toutes les situations. En effet, le cadre diffère selon que la vente a eu lieu en concession, à distance, dans le cadre d’un démarchage, ou encore lors d’une foire ou d’un salon. De plus, si l’achat est financé par un crédit, des règles particulières de rétractation s’ajoutent.

Lorsque le droit de rétractation n’est pas ouvert, d’autres recours existent : la garantie légale de conformité (articles L. 217-4 et suivants du Code de la consommation), la garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil) ou encore la possibilité d’invoquer un vice du consentement (article 1131 du Code civil) en cas de tromperie.

Cet article de defendstesdroits.fr expose en détail les différents cas où l’acheteur d’un véhicule peut se rétracter, ainsi que les alternatives légales offertes lorsqu’un tel droit n’est pas applicable.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Les cas où le droit de rétractation s’applique
  3. Les cas où le droit de rétractation ne s’applique pas
  4. Les recours alternatifs à la rétractation
  5. Procédure en cas de litige avec un vendeur automobile
  6. Conclusion

Les cas où le droit de rétractation s’applique

Achat d’un véhicule à distance ou après démarchage

L’article L. 221-18 du Code de la consommation accorde à tout consommateur un délai de 14 jours pour se rétracter lorsqu’il a acheté un véhicule en ligne, par téléphone ou à la suite d’un démarchage.

  • Le délai court à partir du lendemain de la livraison du véhicule.
  • L’acheteur n’a pas à justifier de motif.
  • Le vendeur doit rembourser toutes les sommes versées (acompte, arrhes, prix payé) dans un délai maximal de 14 jours.

À défaut de remboursement, l’acheteur peut obtenir des intérêts de retard et dispose de 5 ans pour agir en justice (article 2224 du Code civil).

Achat d’un véhicule financé par un crédit lié

Lorsque la voiture est achetée grâce à un crédit affecté, l’acheteur bénéficie d’un droit de rétractation prévu par l’article L. 312-19 du Code de la consommation.

  • Le délai est de 14 jours à compter de la signature du contrat de prêt.
  • La rétractation du crédit entraîne automatiquement l’annulation de la vente.
  • La voiture ne peut pas être livrée avant l’expiration du délai, sauf si l’acheteur demande une livraison immédiate et renonce expressément à son droit.

Les cas où le droit de rétractation ne s’applique pas

Vente entre particuliers

L’achat d’une voiture d’occasion auprès d’un particulier n’ouvre aucun droit de rétractation. Une fois la vente conclue, l’acheteur ne peut revenir en arrière, sauf à invoquer un vice caché ou une tromperie.

Achat sur foire, salon ou en concession

Lorsqu’un véhicule est acquis directement en concession, sur une foire ou un salon, le consommateur ne dispose pas du délai légal de 14 jours, sauf si la vente est financée par un crédit affecté.

De même, l’article L. 221-28 du Code de la consommation exclut le droit de rétractation pour les produits nettement personnalisés (par exemple un véhicule commandé avec des options spécifiques).

Les recours alternatifs en cas d’impossibilité de se rétracter

La garantie des vices cachés

Si le véhicule présente un défaut non apparent, antérieur à la vente, qui le rend impropre à son usage ou en diminue fortement la valeur, l’acheteur peut agir sur le fondement de l’article 1641 du Code civil.
Il dispose alors de deux choix (article 1644) :

  • rendre le véhicule et se faire rembourser (action rédhibitoire),
  • le conserver et obtenir une réduction du prix (action estimatoire).

La garantie légale de conformité

Applicable uniquement aux ventes entre un professionnel et un consommateur, elle permet à l’acheteur d’obtenir la réparation, le remplacement ou le remboursement du véhicule si celui-ci n’est pas conforme au contrat (articles L. 217-4 à L. 217-14 du Code de la consommation).

Le vice du consentement

En cas de dol (mensonge, dissimulation, manipulation), l’acheteur peut demander l’annulation de la vente sur le fondement de l’article 1131 du Code civil.

Procédure en cas de litige lié au délai de rétractation

La démarche amiable

L’acheteur doit adresser au vendeur une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception, rappelant ses droits légaux et exigeant le remboursement des sommes versées.

L’action judiciaire

En cas de refus du vendeur, l’acheteur peut saisir le tribunal judiciaire compétent. Le juge pourra ordonner le remboursement, accorder des dommages et intérêts et, le cas échéant, prononcer la résolution du contrat.

Conclusion

Le délai de rétractation en matière d’achat automobile n’est pas un droit systématique, mais une faculté encadrée par la loi et limitée à certaines situations bien précises. L’acheteur qui conclut sa vente à distance ou via un démarchage bénéficie de 14 jours pour changer d’avis, tout comme celui qui a financé son acquisition grâce à un crédit affecté. En revanche, pour une transaction réalisée directement en concession, sur une foire ou entre particuliers, la vente est en principe irrévocable dès sa conclusion.

Cela ne signifie pas pour autant que le consommateur est sans recours. En cas de défaut du véhicule, d’informations trompeuses ou de vice caché, il peut engager la responsabilité du vendeur et obtenir réparation, voire l’annulation de la vente. Le droit français combine ainsi plusieurs mécanismes de protection afin de préserver l’équilibre entre vendeur et acheteur.

Pour défendre ses droits, l’acheteur doit agir avec vigilance, conserver tous les justificatifs (contrat, bon de commande, correspondances) et ne pas hésiter à recourir à une mise en demeure puis, si nécessaire, à la saisine du tribunal judiciaire. C’est dans cette démarche rigoureuse que se joue l’efficacité du droit de la consommation et du droit civil, au service de la protection des consommateurs.

FAQ

1. Dans quels cas puis-je me rétracter après l’achat d’une voiture ?
Le droit de rétractation de 14 jours (article L. 221-18 du Code de la consommation) s’applique uniquement si la vente est conclue à distance (site internet, téléphone) ou à la suite d’un démarchage à domicile. Le délai court à partir du lendemain de la livraison du véhicule. Pendant ce délai, l’acheteur peut annuler la vente sans avoir à justifier de motif et sans pénalité. Le vendeur doit alors rembourser toutes les sommes versées (acompte, arrhes, prix payé) dans les 14 jours.
⚠️ Exemple : un consommateur commande une voiture d’occasion sur internet auprès d’un concessionnaire et la reçoit par transporteur. Il a 14 jours pour revenir sur son engagement.

2. Que se passe-t-il si j’achète une voiture à crédit et change d’avis ?
Si l’achat est financé par un crédit affecté, l’acheteur bénéficie d’un droit de rétractation de 14 jours à compter de la signature du contrat de prêt (article L. 312-19 du Code de la consommation). La rétractation du crédit entraîne automatiquement la résolution de la vente.

  • Si la voiture n’a pas encore été livrée, la vente est annulée de plein droit.
  • Si le véhicule a déjà été livré, il doit être restitué et le vendeur doit rembourser les sommes perçues.
    ⚠️ Attention : si l’acheteur exige une livraison immédiate avant l’expiration du délai, il renonce expressément à son droit de rétractation.

3. Puis-je annuler un achat en concession ou sur un salon automobile ?
En principe, la vente conclue directement en concession, sur foire ou salon est ferme et définitive. L’acheteur ne dispose pas du délai de rétractation de 14 jours. L’exception concerne uniquement l’achat financé par un crédit lié.
De plus, selon l’article L. 221-28 du Code de la consommation, le droit de rétractation ne s’applique pas aux véhicules nettement personnalisés (exemple : une voiture configurée sur mesure avec des options spécifiques).
⚠️ Exemple : un particulier signe un bon de commande en concession pour un modèle en stock : il ne peut pas se rétracter. En revanche, s’il a souscrit un crédit affecté, il pourra annuler le contrat de prêt dans les 14 jours, ce qui annulera la vente.

4. Quels recours si je ne peux pas me rétracter mais découvre un défaut sur le véhicule ?
Même en l’absence de droit de rétractation, la loi protège l’acheteur grâce à :

  • La garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil), qui permet de faire annuler la vente ou de demander une réduction du prix si le défaut rend le véhicule impropre à l’usage. Exemple : un vice mécanique grave non signalé.
  • La garantie légale de conformité (articles L. 217-4 à L. 217-14 du Code de la consommation), qui s’applique pour les ventes avec un professionnel et couvre les défauts de conformité apparus dans les 2 ans suivant la livraison.
  • Le recours pour dol ou tromperie (article 1131 du Code civil), en cas de dissimulation volontaire (kilométrage trafiqué, carnet d’entretien falsifié).
    Dans ces cas, l’acheteur peut obtenir le remboursement, une réduction du prix, la réparation ou le remplacement du véhicule, voire des dommages et intérêts.

5. Que faire si le vendeur refuse de rembourser malgré l’exercice de mon droit de rétractation ?
Si le vendeur professionnel ne respecte pas son obligation de remboursement dans les 14 jours suivant la rétractation, des intérêts de retard sont automatiquement dus (article L. 242-4 du Code de la consommation) :

  • 10 % entre 30 et 44 jours de retard,
  • 20 % entre 45 et 60 jours,
  • 50 % au-delà de 60 jours.
    L’acheteur doit commencer par envoyer une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception. Si le vendeur persiste, l’acheteur peut saisir le tribunal judiciaire (article R. 631-3 du Code de la consommation). Le juge pourra ordonner le remboursement, appliquer des astreintes et accorder des dommages et intérêts.

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