Travail

Droits des salariés en sécurité privée : ce que prévoit la convention

Estelle Marant
Collaboratrice
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Congés, salaires, primes : les dispositions sociales de la sécurité privée

Dans un contexte où la sécurité des personnes et des biens est devenue un enjeu sociétal majeur, les entreprises privées investies de missions de surveillance, d’assistance et de protection occupent une place stratégique. Que ce soit dans les aéroports, les centres commerciaux, les lieux culturels ou les événements publics, les agents de sécurité interviennent quotidiennement pour assurer l’ordre, prévenir les risques et dissuader les actes malveillants. Pourtant, derrière la discrétion de l’uniforme et la neutralité apparente des interventions, se cache un corps professionnel confronté à des conditions de travail spécifiques, souvent exigeantes, et nécessitant une reconnaissance à la hauteur des responsabilités engagées.

C’est dans cette optique que s’inscrit la Convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité, conclue le 15 février 1985 et étendue par arrêté ministériel. Ce texte conventionnel, codifié sous l’IDCC 1351, vient compléter les dispositions générales du Code du travail par un ensemble de normes particulières, destinées à encadrer les relations entre employeurs et salariés du secteur. Il s’agit d’un outil juridique fondamental pour garantir une cohérence sociale, une juste rémunération, et une protection effective des droits individuels et collectifs des travailleurs.

La convention couvre une large gamme de thèmes essentiels à la vie professionnelle : grilles salariales, majorations, primes, durée du travail, congés, rupture du contrat, formation, santé, prévoyance, etc. Elle se distingue également par une prise en compte accrue des contraintes du terrain : horaires atypiques, forte amplitude horaire, port d’uniforme, interventions en horaires décalés, exposition aux incivilités, etc.

À travers cette analyse détaillée, defendstesdroits.fr vous propose de décortiquer les avantages concrets offerts par cette convention, afin de mieux comprendre ce à quoi les salariés du secteur ont droit – et ce que les employeurs doivent impérativement respecter. Ce panorama complet vous aidera à anticiper vos obligations, à défendre vos intérêts, et à sécuriser vos pratiques contractuelles dans un secteur soumis à un haut niveau d’encadrement réglementaire.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Entreprises concernées par la convention prévention et sécurité
  3. Les primes conventionnelles spécifiques à la sécurité privée
  4. Rémunération minimale et compléments salariaux
  5. Congés payés et absences spécifiques
  6. Encadrement de la rupture du contrat
  7. Formation, prévoyance et santé
  8. Dispositions sur la maladie et la maternité
  9. Accès et mise à jour de la convention collective
  10. Conclusion

Entreprises concernées par la convention prévention et sécurité

Activités entrant dans le champ d’application

La convention s’applique aux structures exerçant à titre principal des activités telles que :

  • la surveillance humaine ou par systèmes électroniques ;
  • les prestations de sécurité incendie et assistance à personnes ;
  • la sécurisation de manifestations publiques (culturelles, sportives, commerciales) ;
  • les services de télésurveillance, vidéoprotection ou intervention sur alarme.

Activités exclues

Certaines professions sont explicitement exclues du champ d’application de cette convention collective, parmi lesquelles :

  • les transporteurs de fonds, qui relèvent d’un autre texte sectoriel ;
  • les enquêteurs privés et agents de recherche ;
  • les gardiens d’immeubles, médiateurs, ou agents assurant une mission de police administrative.

Les primes conventionnelles spécifiques à la sécurité privée

Prime d’ancienneté

Prévue pour les agents d’exploitation, techniciens, employés et agents de maîtrise, cette prime vient récompenser la fidélité dans l’entreprise. Son calcul s’appuie sur le salaire minimal conventionnel, en proportion de l’ancienneté acquise.

Prime d’étalement des congés

Pour inciter à fractionner les congés principaux, la convention prévoit une prime si le salarié prend au moins deux semaines de ses congés en dehors de la période du 1er juin au 30 septembre. Ce dispositif incitatif vise à mieux répartir les absences, notamment dans les périodes à forte activité sécuritaire.

Indemnité de panier

Les agents d’exploitation et personnel administratif peuvent bénéficier d’une indemnité de panier, dès lors que leur vacation atteint 6 heures continues. En cas de service prolongé à 12 heures, une seule indemnité reste due. Le montant de cette prime est revalorisé en fonction des révisions salariales triennales, comme le prévoit l’accord du 25 septembre 2023.

Prime d’habillage et déshabillage

Conformément à l’article L3121-3 du Code du travail, le port obligatoire d’un uniforme sur le lieu de travail donne droit à une contrepartie financière. La convention fixe une indemnité mensuelle forfaitaire, proratisée selon la durée du service effectif.

Rémunération minimale et compléments salariaux

Minima hiérarchiques

Les entreprises de la branche doivent respecter une grille de salaires conventionnelle définie par catégorie et niveau. Cette grille, révisée en 2024 et applicable à l’ensemble du territoire suite à son extension par arrêté du 20 décembre 2023, prévoit une progression salariale échelonnée jusqu’en 2026.

Tâches non prévues au contrat

Lorsqu’un salarié effectue des missions supplémentaires ne figurant pas à son contrat, mais requérant des compétences spécifiques, il doit percevoir un complément de rémunération. Ce complément, prévu par l’article 3.4.2 de la convention, est distinct du salaire de base.

Risques en cas de non-respect

Le défaut de paiement du salaire minimum conventionnel expose l’employeur à des sanctions administratives (inspection du travail), civiles (condamnation aux prud’hommes) et pénales.

Congés payés et absences spécifiques

Congés supplémentaires pour ancienneté

Les agents de maîtrise et cadres bénéficient de jours supplémentaires dès lors qu’ils atteignent certains seuils d’ancienneté. Ce droit est octroyé sans condition de poste ou d’affectation.

Congés exceptionnels

La convention prévoit des autorisations d’absence pour événements familiaux (mariage d’un proche, naissance, décès) plus étendues que celles du Code du travail, sous réserve d’application de la disposition la plus favorable.

Repos quotidien obligatoire

La jurisprudence récente (Cass. soc., 7 février 2024, n°21-22994) rappelle qu’un repos minimal de 12 heures entre deux services est impératif. Son non-respect cause un préjudice automatique au salarié, ouvrant droit à réparation.

Encadrement de la rupture du contrat

Période d’essai

Selon la classification du salarié, la période d’essai peut aller jusqu’à 4 mois renouvelables. Le renouvellement nécessite l’accord exprès du salarié. Les délais de prévenance sont encadrés selon l’article L1221-25 du Code du travail.

Préavis

En cas de démission ou de licenciement, la durée du préavis varie en fonction de l’ancienneté et du statut professionnel. Pendant le préavis, le salarié peut s’absenter pour rechercher un nouvel emploi, sans perte de salaire.

Formation, prévoyance et santé

Formation professionnelle

L’avenant étendu par l’arrêté du 17 mai 2024 rend obligatoire une contribution mutualisée destinée à financer les certifications de compétence complémentaire (CCC). Cette contribution est applicable à tous les employeurs du secteur.

Prévoyance

Un régime de prévoyance couvre tous les salariés du secteur (cadres et non-cadres) contre les risques d’incapacité de travail, invalidité ou décès, dans le respect des critères d’ancienneté fixés par la convention.

Frais de santé

Les salariés peuvent prétendre à une couverture complémentaire santé, sous réserve d’ancienneté. Cette couverture respecte au minimum les exigences du panier de soins ANI (accord national interprofessionnel).

Dispositions sur la maladie et la maternité

Aménagement du temps de travail pour les salariées enceintes

Dès la fin du troisième mois de grossesse, la salariée bénéficie d’une réduction journalière de 30 minutes de son temps de travail, sans réduction de salaire. Cette disposition vise à protéger la santé maternelle et fœtale.

Maintien de salaire en arrêt de travail

La convention prévoit un complément de salaire en cas de maladie ou maternité, en complément des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale, selon les durées et plafonds définis dans l’accord.

Accès et mise à jour de la convention collective

Le texte conventionnel complet (base + avenants) est disponible gratuitement sur defendstesdroits.fr. Pour une lecture simplifiée, des synthèses juridiques structurées, régulièrement mises à jour, permettent d’accéder directement aux informations pertinentes : grilles de salaires, durées de préavis, droits aux congés, etc. Le tout est rédigé dans un langage accessible, sans sacrifier la rigueur juridique.

Conclusion

La convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité constitue bien plus qu’un simple document de gestion RH : elle est le pilier juridique du contrat social noué entre les professionnels du secteur et leurs employeurs. Grâce à elle, le cadre professionnel des agents de sécurité se dote d’un socle solide de garanties sociales, façonnées sur mesure pour répondre aux réalités du terrain.

À travers ses dispositions sur les primes d’ancienneté, les congés exceptionnels, la période d’essai, la reconnaissance des missions non prévues au contrat, ou encore le maintien de la rémunération en cas de maladie, la convention collective vise à assurer une égalité de traitement entre les salariés, tout en laissant place à des ajustements propres à chaque entreprise. Elle renforce également la sécurité juridique de l’employeur, en encadrant les procédures sensibles telles que la rupture de contrat, l’évolution salariale ou encore la gestion des absences pour maternité.

Surtout, la convention reflète la reconnaissance d’un secteur professionnel souvent peu médiatisé, mais fondamental pour l’équilibre social et économique. Par ses multiples protections, elle valorise les métiers de la sécurité privée, sécurise les parcours professionnels et contribue à la fidélisation des salariés dans un contexte où le turn-over peut être élevé.

Pour les employeurs, elle représente un levier d’attractivité, de conformité et de prévention des contentieux. Pour les salariés, elle offre un cadre protecteur et un référentiel clair pour faire valoir leurs droits.

Afin de tirer pleinement parti de cette convention, il est essentiel d’en maîtriser le contenu, de suivre ses mises à jour, et d’appliquer rigoureusement ses clauses. C’est l’objet même des synthèses proposées sur defendstesdroits.fr, rédigées dans un langage clair, et enrichies d’analyses juridiques accessibles, pour permettre à chacun – employeur comme salarié – d’agir en connaissance de cause, dans le respect du droit et des intérêts en présence.

FAQ

1. Quelles entreprises doivent appliquer la convention collective prévention et sécurité ?

La convention s’applique à toute entreprise exerçant des activités de sécurité privée : surveillance, télésurveillance, sécurité incendie, protection d’événements, etc. Les entreprises de transport de fonds ou les activités de sécurité publique n’entrent pas dans son champ. Elle est codifiée sous l’IDCC 1351.

2. Quelles sont les principales primes prévues dans la sécurité privée ?

La convention prévoit plusieurs primes spécifiques : prime d’ancienneté, indemnité de panier repas, prime d’habillage/déshabillage, et prime d’étalement des congés. Chacune est encadrée par des conditions précises de durée de travail ou de période de congé.

3. Comment est calculé le salaire minimum dans la sécurité privée en 2025 ?

Le salaire minimum est fixé par une grille conventionnelle révisée pour les années 2024 à 2026. Elle varie selon la qualification, le poste et le niveau hiérarchique. L’employeur ne peut en aucun cas rémunérer un salarié en dessous de ces seuils, sous peine de sanctions.

4. Quels congés exceptionnels sont prévus par la convention sécurité privée ?

En plus des congés légaux, la convention accorde des jours pour événements familiaux comme le mariage d’un frère ou d’une sœur. Certains congés sont plus favorables que ceux prévus par le Code du travail, auquel cas la règle la plus avantageuse s’applique.

5. La convention prévoit-elle des droits en cas de maladie ou grossesse ?

Oui. Les salariées enceintes bénéficient d’une réduction journalière de travail dès le 3e mois. En cas d’arrêt maladie ou maternité, un complément de rémunération est prévu, sous conditions. Ces garanties sont cumulables avec les prestations de la Sécurité sociale.

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