Travail

Entretien préalable en CDI : rôle et limites de l’assistant du salarié

Estelle Marant
Collaboratrice
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Entretien préalable à licenciement : qui peut assister le salarié ?

Être convoqué à un entretien préalable à un licenciement constitue un moment délicat pour tout salarié. Cet entretien est une étape obligatoire de la procédure de licenciement prévue par le Code du travail (articles L.1232-2 et suivants). Il a pour objectif de permettre à l’employeur d’exposer les motifs envisagés et au salarié de présenter ses explications.

Mais pour garantir l’équité de ce face-à-face, le législateur a prévu une garantie essentielle : le droit pour le salarié de se faire assister par une tierce personne.

Cette faculté, loin d’être accessoire, constitue une protection juridique fondamentale. Elle permet au salarié de ne pas se retrouver seul face à son employeur, de bénéficier de conseils sur la stratégie à adopter et de disposer d’un témoin pouvant relater fidèlement le déroulement de l’entretien.

La loi encadre strictement ce droit : le salarié peut choisir un représentant du personnel (membre élu du CSE, délégué syndical) ou, en l’absence de représentants, un conseiller extérieur inscrit sur une liste départementale (article L.1232-7 du Code du travail).

Cette assistance est d’autant plus importante que toute irrégularité, comme l’absence de communication de la liste des conseillers par l’employeur, peut entraîner la remise en cause de la procédure et ouvrir la voie à une contestation devant le conseil de prud’hommes. Comprendre qui peut assister le salarié, quel est son rôle exact, mais aussi les obligations qui pèsent sur lui, est donc indispensable pour sécuriser la procédure et protéger efficacement les droits du travailleur.

Sommaire

  1. Introduction : l’importance de l’assistance en entretien préalable
  2. Qui peut assister un salarié lors d’un entretien préalable
  3. Les règles encadrant le choix de l’assistant
  4. Le rôle de l’assistant pendant et après l’entretien
  5. Conclusion

L’assistant, conseiller du salarié : identité et limites

Qui peut assister le salarié ?

Conformément à l’article L.1232-4 du Code du travail, le salarié peut se faire assister par :

  • un représentant du personnel présent dans l’entreprise (membre élu du CSE, délégué syndical, etc.) ;
  • à défaut de représentant, par un conseiller du salarié extérieur, inscrit sur une liste départementale établie par l’autorité administrative.

L’employeur est tenu de communiquer cette liste dans la lettre de convocation. À défaut, la procédure est irrégulière (Cass. soc., 21 janvier 2009, n° 07-42985).

Les limites du choix

Le salarié doit informer son employeur de son intention d’être assisté. L’employeur ne peut s’opposer au choix d’un membre du personnel de l’entreprise, sauf s’il existe un conflit manifeste d’intérêts ou une entrave avérée au bon déroulement de l’entretien.

⚖ Exemple : un salarié convoqué dans une petite entreprise sans représentants du personnel peut choisir un conseiller extérieur. Si l’employeur n’a pas transmis la liste, il s’expose à voir la procédure contestée.

Les règles encadrant l’assistance

Les droits de l’assistant

L’assistant ne peut subir aucune perte de rémunération pour avoir accompagné un salarié (Cass. soc., 12 février 1991, n° 87-45259). Les frais de déplacement nécessaires doivent lui être remboursés.

Un report de l’entretien peut être demandé si l’assistant choisi est indisponible. Toutefois, l’employeur peut refuser ce report, le salarié devant alors désigner une autre personne, sauf preuve que l’assistant a été dissuadé ou empêché par l’employeur (Cass. soc., 5 juin 1985, n° 84-43023).

Les devoirs de l’assistant

L’assistant est soumis à une obligation de discrétion concernant les procédés de fabrication, l’organisation interne ou les informations confidentielles de l’entreprise. Une violation de ce devoir peut engager sa responsabilité.

Le rôle de l’assistant pendant et après l’entretien

Pendant l’entretien

L’assistant a un rôle passif mais protecteur. Il ne se substitue pas au salarié et ne plaide pas à sa place, contrairement à un avocat. Son rôle consiste à :

  • conseiller le salarié en amont sur la conduite à tenir,
  • soutenir moralement le salarié pendant l’entretien,
  • prendre des notes et formuler éventuellement des observations,
  • veiller à ce que les droits du salarié soient respectés.

⚖ Exemple : l’assistant peut intervenir si l’employeur dépasse le cadre prévu en abordant des éléments étrangers au licenciement.

Après l’entretien

L’assistant peut servir de témoin en cas de litige ultérieur devant le conseil de prud’hommes. Le compte rendu qu’il a établi peut être produit comme élément de preuve, notamment en cas de contradiction entre le motif annoncé oralement et celui mentionné dans la lettre de licenciement.

Conclusion

Le droit pour le salarié d’être assisté lors d’un entretien préalable à licenciement n’est pas un simple détail procédural, mais une garantie légale majeure. Il traduit la volonté du législateur d’instaurer un minimum d’équilibre dans une situation où l’employeur détient une position de force. En permettant la présence d’un représentant du personnel ou d’un conseiller extérieur, la loi confère au salarié un appui moral, technique et juridique.

Le rôle de l’assistant reste encadré : il ne se substitue pas au salarié, mais il veille au respect de ses droits, prend des notes, conseille et, le cas échéant, sert de témoin en cas de litige.

Cette fonction de témoin est d’autant plus précieuse qu’elle peut influencer l’issue d’un contentieux prud’homal, notamment lorsque les déclarations orales de l’employeur diffèrent des motifs mentionnés dans la lettre de licenciement.

L’employeur, quant à lui, doit respecter ses obligations : informer le salarié de son droit à être assisté, transmettre la liste des conseillers extérieurs lorsqu’il n’existe pas de représentants dans l’entreprise, et ne pas entraver ce droit. Tout manquement est susceptible d’entacher la procédure de licenciement d’irrégularité et de donner lieu à une indemnisation pour le salarié.

En définitive, l’assistance lors de l’entretien préalable apparaît comme une sécurité juridique indispensable pour le salarié, mais également comme un garde-fou pour l’employeur qui, en respectant scrupuleusement cette règle, sécurise la procédure et limite les risques contentieux.

FAQ

1. Le salarié peut-il choisir un avocat comme assistant lors de l’entretien préalable ?

Non, le salarié ne peut pas être assisté par un avocat lors de l’entretien préalable. Ce droit est strictement encadré par le Code du travail. L’article L.1232-4 prévoit que l’assistant doit être soit :

  • un représentant du personnel de l’entreprise (élu du CSE, délégué syndical),
  • soit un conseiller du salarié extérieur, inscrit sur une liste départementale (article L.1232-7).

La logique est claire : l’entretien préalable n’est pas une audience judiciaire, mais un moment de dialogue contradictoire. Le salarié doit pouvoir s’exprimer personnellement, tandis que l’assistant joue un rôle de soutien et de témoin. La présence d’un avocat transformerait la nature de l’entretien en une défense contentieuse, ce qui n’est pas son objectif.

⚖ Exemple : un salarié convoqué pour insuffisance professionnelle peut demander à un délégué syndical de l’accompagner, mais pas à son avocat habituel. S’il souhaite une assistance juridique, celle-ci interviendra ultérieurement devant le conseil de prud’hommes.

2. Que se passe-t-il si l’employeur n’indique pas la liste des conseillers du salarié ?

Lorsque l’entreprise ne dispose pas de représentants du personnel, l’employeur est obligé de transmettre au salarié la liste départementale des conseillers du salarié. Cette liste est fournie par la préfecture et actualisée régulièrement.

L’omission de cette mention rend la procédure irrégulière (Cass. soc., 21 janvier 2009, n°07-42985). Le licenciement n’est pas annulé automatiquement, mais le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes et obtenir une indemnité pour non-respect de la procédure, pouvant s’ajouter aux indemnités classiques de licenciement.

⚖ Exemple : un salarié licencié dans une PME sans CSE, à qui l’employeur n’a pas transmis la liste des conseillers extérieurs, peut réclamer plusieurs mois de salaire pour vice de procédure.

3. L’entretien peut-il être reporté si l’assistant choisi est indisponible ?

Le salarié peut demander un report de l’entretien si son assistant est indisponible, mais l’employeur n’est pas tenu légalement d’accepter. Le principe de célérité de la procédure (articles L.1232-2 et suivants) permet à l’employeur de maintenir l’entretien à la date fixée.

Toutefois, si le salarié prouve que l’employeur a volontairement empêché la présence de l’assistant (par intimidation, dissuasion ou refus délibéré), la procédure sera jugée irrégulière (Cass. soc., 5 juin 1985, n°84-43023).

⚖ Exemple : si un salarié souhaite être accompagné par un représentant syndical qui n’est disponible que quelques jours plus tard, l’employeur peut refuser de décaler l’entretien. En revanche, si l’employeur a exercé une pression pour que ce représentant ne vienne pas, il engage sa responsabilité.

4. Quel est le rôle exact de l’assistant pendant l’entretien préalable ?

L’assistant a un rôle de soutien et de vigilance. Il ne peut pas plaider à la place du salarié ni négocier directement avec l’employeur, mais il peut :

  • préparer le salarié en amont sur les points à aborder,
  • intervenir ponctuellement au cours de l’entretien pour donner un avis,
  • prendre des notes et rédiger un compte rendu écrit,
  • témoigner ensuite en cas de contentieux devant le conseil de prud’hommes.

Son rôle est aussi psychologique : il apporte un soutien moral dans un moment où le salarié peut se sentir isolé.

⚖ Exemple : un assistant peut relever une contradiction entre le motif évoqué oralement (insuffisance professionnelle) et la lettre de licenciement (faute disciplinaire). Ce constat pourra être produit devant le juge.

5. L’assistant est-il soumis à des obligations particulières ?

Oui. L’assistant est soumis à un devoir de discrétion (article L.1232-13 du Code du travail). Il ne peut divulguer aucune information confidentielle de l’entreprise, que ce soit sur les procédés de fabrication, la gestion interne ou des éléments stratégiques.

S’il s’agit d’un conseiller extérieur, cette obligation de secret est d’autant plus renforcée qu’il peut intervenir dans plusieurs entreprises et doit garantir une neutralité stricte. Un manquement à ce devoir peut engager sa responsabilité civile et, dans certains cas, pénale.

De plus, l’assistant doit respecter un comportement impartial. Il ne peut pas perturber le déroulement de l’entretien, ni transformer son rôle en plaidoirie agressive.

⚖ Exemple : un conseiller du salarié qui révélerait à la presse des informations confidentielles apprises pendant l’entretien engagerait sa responsabilité et pourrait être poursuivi.

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