Chaque fin d’année, la tradition veut que les entreprises témoignent de leur reconnaissance à l’égard de leurs salariés par des gestes symboliques, parmi lesquels les chèques-cadeaux et bons d’achat occupent une place de choix.
Véritables leviers de motivation et de fidélisation, ces avantages permettent aux salariés de bénéficier de prestations à caractère festif ou familial, sans augmentation directe de leur salaire. Toutefois, au-delà de leur dimension conviviale, ces gratifications posent des enjeux juridiques et sociaux majeurs pour l’employeur et le Comité Social et Économique (CSE).
En effet, sans une conformité rigoureuse aux règles fixées par l’URSSAF, ces avantages peuvent être requalifiés en éléments de rémunération, et donc intégrés dans l’assiette des cotisations sociales avec toutes les conséquences financières que cela implique.
L’année 2025 ne fait pas exception. L’URSSAF maintient une politique d’encadrement stricte, fondée notamment sur le plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS), les circonstances de l’attribution, et la nature des dépenses autorisées.
C’est pourquoi il est essentiel, pour les professionnels du droit social comme pour les membres de CSE ou les responsables RH, de maîtriser les règles d’exonération applicables, les plafonds actualisés, ainsi que les conditions précises d’utilisation des chèques-cadeaux. Faute de quoi, un redressement URSSAF pourrait annuler les effets bénéfiques de cette pratique pourtant bienveillante.
Cet article propose une analyse exhaustive et rigoureusement référencée du régime des chèques-cadeaux d’entreprise pour l’année 2025, en s’appuyant sur les dernières évolutions légales, réglementaires et jurisprudentielles, dans une logique de sécurisation des pratiques professionnelles.
1. Introduction
2. Attribution des bons d’achat par le CSE ou l’employeur : cadre légal
3. Régime social des chèques-cadeaux en 2025 : plafonds et conditions URSSAF
4. Dépassement du plafond : application de la tolérance ministérielle
5. Régime fiscal applicable aux salariés bénéficiaires
6. Spécificité 2024 : les exonérations liées aux Jeux olympiques
7. Sécurisation des pratiques pour le CSE et l’employeur
8. Conclusion
L’octroi de chèques-cadeaux ou bons d’achat aux salariés ne découle d’aucune obligation légale. Il s’agit d’une simple faculté laissée à la discrétion de l’employeur ou du Comité Social et Économique (CSE) dans le cadre de leurs prérogatives respectives. Cette attribution, fréquemment réalisée à l’occasion des fêtes de fin d’année, peut être financée :
Aucune convention collective, aucun engagement unilatéral ni usage ne peut imposer cette pratique, sauf mention expresse le prévoyant.
La jurisprudence sociale (Cass. soc., 20 mars 1991, n° 89-10.579) impose le respect de l’égalité de traitement entre les salariés bénéficiaires. L’attribution doit reposer sur des critères objectifs : l’événement personnel visé (Noël, mariage, naissance...), la situation familiale, etc. Tout critère discriminatoire prohibé par le Code du travail – tel que l’âge, le sexe ou l’opinion syndicale – serait sanctionnable (article L1132-1 du Code du travail).
Une condition d’ancienneté, par exemple, constitue une discrimination indirecte illicite. La Direction de la Sécurité sociale accorde jusqu’au 31 décembre 2025 pour modifier les critères si ceux-ci incluaient une telle condition.
Les bons d’achat sont en principe considérés comme un avantage en nature et, à ce titre, sont soumis à cotisations sociales conformément à l’article L. 242-1 du Code de la sécurité sociale. Toutefois, l’URSSAF admet une exonération à la triple condition que :
En 2025, le PMSS s’élève à 3.925 euros (arrêté du 19 décembre 2024), soit un plafond d’exonération fixé à 196 euros par événement et par salarié.
L'exonération est appréciée individuellement : si deux conjoints salariés dans la même entreprise bénéficient chacun d’un bon pour Noël ou pour leur enfant commun, le plafond de 196 euros s’applique par personne et par événement. En cas de pluralité d’événements (Noël + rentrée scolaire + mariage...), les bons sont cumulables, chacun bénéficiant de son propre plafond.
Selon les positions ministérielles régulièrement suivies par l’URSSAF, les événements susceptibles de justifier l’attribution de chèques-cadeaux exonérés sont les suivants :
Si le montant global attribué dépasse le seuil de 196 euros, les bons d’achat deviennent en principe intégralement soumis aux cotisations sociales dès le premier euro. Toutefois, une tolérance ministérielle permet leur exonération par événement distinct, si les trois conditions cumulatives sont respectées :
Un bon d’achat de 250 euros offert pour Noël sans respecter les deux autres conditions serait réintégré dans l’assiette des cotisations sociales.
Les chèques-cadeaux sont également exonérés d’impôt sur le revenu, à condition de respecter les critères sociaux évoqués ci-dessus. Ils n’ont donc pas à être déclarés par les bénéficiaires lorsque :
A contrario, un bon d’achat non conforme devra être intégré dans la déclaration annuelle de revenus du salarié bénéficiaire.
Par dérogation, les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ont donné lieu à une exonération exceptionnelle : les cadeaux en nature et bons d’achat distribués à cette occasion étaient exonérés jusqu’à 25 % du PMSS, soit 966 euros en 2024. Cette mesure temporaire n’est pas reconduite en 2025.
Pour éviter tout redressement URSSAF, il est indispensable de :
L’URSSAF recommande que le bon d’achat mentionne :
À défaut, le bon peut être requalifié comme avantage en nature et intégré à l’assiette des cotisations.
Les principaux fondements juridiques sont les suivants :
Les chèques-cadeaux d’entreprise, bien que facultatifs, s’inscrivent dans une démarche de valorisation du lien social au sein des entreprises. Ils constituent un instrument apprécié des salariés, mais exigent une gestion juridique maîtrisée. En 2025, comme les années précédentes, l’octroi de ces avantages suppose le respect d’un cadre précis fixé par la réglementation URSSAF et appuyé par une jurisprudence constante, afin d’éviter toute assimilation à de la rémunération déguisée.
Le plafond de 196 euros par événement et par salarié, les conditions restrictives d’attribution liées à des événements personnels, ainsi que l’obligation d’un usage strictement ciblé des bons d’achat, ne doivent jamais être ignorés. La moindre erreur – qu’il s’agisse d’un dépassement de seuil, d’une absence de justification, ou d’une mention trop vague sur le bon – peut entraîner la requalification de l’avantage en nature et, par conséquent, un risque financier non négligeable pour l’employeur ou le CSE.
Pour sécuriser vos pratiques, il est impératif d’anticiper les campagnes d’attribution, de mettre en place des critères transparents, et de conserver toutes les pièces justificatives. En cas de doute, le recours à un conseil juridique spécialisé en droit social ou à une documentation actualisée reste la meilleure garantie d'une politique sociale à la fois généreuse et conforme au droit.
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1. Quels sont les montants à ne pas dépasser pour les chèques-cadeaux exonérés en 2025 ?
Pour que les chèques-cadeaux soient exonérés de cotisations sociales, leur valeur ne doit pas excéder 5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit 196 euros par événement et par salarié en 2025. Ce seuil est apprécié individuellement et par événement.
2. Quelles conditions doivent être réunies pour bénéficier de l’exonération URSSAF ?
Trois conditions sont nécessaires :
3. Peut-on offrir des chèques-cadeaux uniquement à certains salariés ?
Non, sauf si le critère de distinction repose sur des faits objectifs liés à l’événement. L’attribution doit respecter l’égalité de traitement entre les salariés. Une différenciation fondée sur l’ancienneté, par exemple, est considérée comme discriminatoire.
4. Les bons d’achat sont-ils imposables pour le salarié ?
Non, s’ils respectent les conditions d’exonération définies par l’URSSAF. Dans ce cas, ils ne doivent pas être déclarés comme un revenu imposable par le salarié. À défaut, ils seront soumis à l’impôt sur le revenu comme un avantage en nature.
5. Que se passe-t-il en cas de dépassement du plafond de 196 euros ?
Si le montant total des chèques-cadeaux dépasse 196 euros par événement et que l’une des conditions d’exonération n’est pas remplie, l’intégralité du montant est réintégrée dans l’assiette des cotisations sociales, dès le premier euro.