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Fiscalité : ces incohérences qui peuvent vous valoir une vérification

Francois Hagege
Fondateur
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Impôts : ce que l’administration fiscale traque dans vos déclarations

En France, la lutte contre la fraude fiscale constitue un axe stratégique prioritaire pour l’administration fiscale. Cette dernière dispose de moyens techniques et juridiques sophistiqués pour détecter les irrégularités potentielles dans les déclarations des contribuables.

À travers le croisement des données fiscales, bancaires, et patrimoniales, l'administration est en mesure d'identifier toute anomalie apparente ou incohérence manifeste. Le but poursuivi est simple : préserver l’équité fiscale en s’assurant que chaque contribuable contribue à l’impôt à hauteur de ses facultés contributives, conformément à l'article 13 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, principe fondamental du système fiscal français.

Ainsi, lorsqu'un écart inexplicable est détecté entre le patrimoine déclaré et le train de vie observé, entre les revenus déclarés et ceux habituellement perçus dans un secteur donné, ou encore entre la valeur déclarée d’un bien immobilier et sa valeur vénale réelle, les services fiscaux sont fondés à déclencher un contrôle fiscal.

Ce contrôle peut revêtir plusieurs formes : du simple contrôle sur pièces à l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP), voire, dans les cas les plus graves, à des poursuites pour fraude fiscale en application de l'article 1741 du Code général des impôts.

Ce renforcement du contrôle fiscal trouve également son origine dans l’évolution des règles européennes et internationales en matière d’échange d’informations fiscales. L’instauration de l’échange automatique de renseignements bancaires, notamment via le Common Reporting Standard (CRS), permet désormais à l’administration française de retracer les avoirs détenus par ses résidents à l'étranger, ce qui limite les possibilités de dissimulation.

Dans ce contexte, comprendre les signaux déclencheurs d’un contrôle fiscal devient essentiel pour chaque contribuable – particulier comme professionnel. Ces signaux, souvent révélateurs d’une gestion fiscale approximative ou mal conseillée, constituent des indices sérieux d’irrégularités que l’administration fiscale ne laisse plus passer. D’autant plus que certaines erreurs peuvent être commises involontairement, exposant malgré tout le contribuable à des pénalités sévères prévues par l’article 1729 du CGI.

À travers cet article, defendstesdroits.fr propose une analyse détaillée des principales incohérences fiscales qui peuvent attirer l’attention de l’administration et justifier le lancement d’un contrôle fiscal. Une approche pragmatique et rigoureuse, enrichie de références juridiques précises, afin de sensibiliser les contribuables aux risques réels et de les aider à se prémunir contre les redressements injustifiés.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Erreurs manifestes dans la déclaration de revenus
  3. Déficit foncier imputé au revenu global
  4. Sous-évaluation lors d'une vente immobilière
  5. Discordance entre valeur IFI et valeur de succession
  6. Train de vie incompatible avec les revenus
  7. Avoirs à l’étranger non déclarés
  8. Autres situations à risque
  9. Conclusion
  10. FAQ

1. Des erreurs manifestes dans la déclaration des revenus

La constatation d’une variation importante des revenus déclarés entre deux exercices peut alerter l'administration fiscale. En cas d'écart substantiel non justifié entre l'année N et N-1, un contrôle sur pièces peut être engagé.

  • Première étape : une demande de renseignements (simple et non contraignante).
  • Seconde étape : en l'absence de réponse ou de réponse insatisfaisante, une demande d'éclaircissements ou de justifications  juridiquement contraignante et assortie d'un délai de 60 jours pour répondre.

Faute de réponse satisfaisante, l'administration pourra recourir à une taxation d’office.

2. Un déficit foncier important imputé sur le revenu global

Lorsque le contribuable opte pour le régime réel d'imposition des revenus fonciers, des charges importantes peuvent générer un déficit foncier imputable sur le revenu global, dans la limite de 10 700 € par an.

L’administration est attentive à :

  • La nature des charges : seuls les travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration peuvent être déduits.
  • La cohérence entre le montant du déficit déclaré et les revenus fonciers perçus.

Des explications précises et des justificatifs détaillés sont nécessaires pour éviter une rectification fiscale assortie d’une pénalité de 40 % en cas de manquement délibéré.

3. Une vente immobilière à un prix anormalement bas

La sous-évaluation du prix de cession d’un bien immobilier pour réduire l’assiette de la plus-value immobilière est une stratégie risquée.

L'administration dispose des bases de données immobilières (notamment la base DVF : Demande de Valeurs Foncières) pour détecter les incohérences. En cas de suspicion, elle peut exiger des justifications objectives.

L'absence d'arguments solides expose le contribuable à une rectification de la base taxable, avec majoration.

4. Une discordance de valorisation immobilière entre IFI et transmission

Pour l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), certains contribuables déclarent une valeur inférieure à la réalité. Si ce même bien est transmis par donation ou succession dans un délai rapproché pour une valeur nettement supérieure, la discordance devient suspecte.

Les services fiscaux peuvent alors :

  • Rechercher l’abus de droit fiscal.
  • Procéder à un contrôle sur pièces ou un redressement sur la valeur du bien.

Plus l’écart est important, plus le risque d’une procédure de rectification est élevé.

5. Un train de vie incompatible avec les revenus déclarés

L’article L16 B du LPF autorise l'administration à engager un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP) lorsqu'un train de vie ostentatoire est constaté, sans lien apparent avec les revenus déclarés.

Les éléments surveillés peuvent être :

  • Véhicules de luxe.
  • Voyages fréquents.
  • Présence sur les réseaux sociaux valorisant des signes extérieurs de richesse.

Ces éléments, souvent récoltés via des recherches en ligne, peuvent aboutir à une demande d'éclaircissements, voire à des poursuites pour fraude fiscale.

6. La détention de comptes bancaires à l’étranger non déclarés

L’article 1649 A du CGI impose aux contribuables résidents fiscaux en France la déclaration des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger. Cela concerne également :

  • Les comptes d'actifs numériques (cryptomonnaies).
  • Les contrats d'assurance-vie souscrits à l’étranger.

En cas de non-déclaration :

  • Amende forfaitaire de 1 500 € par compte et par année.
  • Délai de prescription étendu à 10 ans.

Grâce à l’échange automatique d’informations bancaires, les comptes non déclarés sont aujourd'hui aisément identifiables.

Autres éléments pouvant justifier un contrôle fiscal

La liste ci-dessus n’est pas exhaustive. L'administration fiscale peut également réagir à :

  • Des mouvements bancaires inexpliqués.
  • Un prêt familial non déclaré.
  • Des dispositifs de défiscalisation immobilière mal utilisés.
  • Des anomalies récurrentes dans la déclaration des revenus professionnels.

Enfin, il est conseillé de se faire accompagner par un avocat fiscaliste dès la réception d’une demande d’informations afin d’anticiper les risques de redressement et limiter les pénalités éventuelles.

Conclusion

Le contrôle fiscal n’est jamais le fruit du hasard. Il découle quasi systématiquement de l’identification par l’administration fiscale d’une ou plusieurs anomalies déclaratives, incompatibles avec le profil ou la situation patrimoniale du contribuable.

Ces anomalies, qu’elles résultent d’une minoration de revenus, d’une sous-évaluation d’actifs immobiliers, d'un déficit foncier inexpliqué ou encore d’une absence de déclaration d’avoirs détenus à l’étranger, constituent autant de signaux d’alerte pour l'administration, lesquels sont rapidement traités grâce aux dispositifs automatisés de croisement d'informations.

Pour le contribuable, la vigilance est donc de rigueur. Une gestion rigoureuse, conforme aux prescriptions du Code général des impôts et du Livre des procédures fiscales, ainsi que l'appui d'un conseil spécialisé, permettent de limiter l'exposition à un contrôle fiscal. À défaut, le risque d’une procédure de rectification fiscale, avec les pénalités et intérêts de retard associés, demeure particulièrement élevé.

La doctrine fiscale rappelle que le respect du formalisme déclaratif ne constitue pas une garantie absolue : ce sont les éléments de fond – la sincérité des valeurs déclarées, la cohérence des revenus et du patrimoine – qui prévalent.

Dans un environnement marqué par la digitalisation des contrôles et l'interconnexion des bases de données, chaque dissonance apparente entre train de vie et revenus déclarés, entre valeur déclarée et valeur réelle, entre déclarations françaises et comptes étrangers, est susceptible de faire l'objet d'une analyse approfondie par les services fiscaux.

Face à cette réalité, les contribuables doivent adopter une posture proactive et transparente, en tenant une documentation précise et en répondant de manière circonstanciée aux demandes de l'administration. L’assistance d’un avocat fiscaliste devient, dans bien des cas, indispensable pour sécuriser la relation avec l’administration et défendre ses intérêts face à une procédure dont les enjeux peuvent être considérables.

FAQ

1. Comment savoir si je suis ciblé par un contrôle fiscal ?
Il n’existe aucun avertissement officiel avant le déclenchement d'un contrôle fiscal. Toutefois, certains signes précurseurs doivent alerter : la réception d’une demande de renseignements (article L10 du Livre des procédures fiscales) ou d’une demande d’éclaircissements ou de justifications (article L16 du LPF). La première est une invitation non contraignante à fournir des informations, tandis que la seconde, juridiquement contraignante, vous oblige à répondre sous 60 jours. Ces demandes interviennent généralement lorsqu’un écart ou une anomalie est détecté(e) dans votre déclaration de revenus ou de patrimoine.

2. Qu’est-ce qu’un train de vie incompatible selon l’administration fiscale ?
Le train de vie incompatible désigne un niveau de dépenses ou un style de vie incohérent avec les revenus déclarés. L’administration fiscale, en vertu de l’article L16 B du LPF, peut surveiller les réseaux sociaux, les annonces immobilières et autres sources d’informations pour identifier des signes extérieurs de richesse injustifiés (véhicule de luxe, voyages fréquents, résidences secondaires…). Si des incohérences apparaissent, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle (ESFP) peut être engagé. Dans les cas graves, une procédure pour fraude fiscale (article 1741 du CGI) peut être envisagée.

3. Quels types de travaux permettent de générer un déficit foncier imputable sur le revenu global ?
Le déficit foncier provient des charges déductibles liées à un bien immobilier loué nu, dans le cadre du régime réel d’imposition (article 31 du CGI). Seuls les travaux d’entretien, de réparation ou d’amélioration sont admis, sous plafond annuel de 10 700 €, sauf cas particuliers portés à 21 400 €. Les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement sont expressément exclus. En cas de déficit foncier élevé, l’administration peut exiger des justifications précises pour vérifier la nature exacte des travaux engagés. En l'absence de preuves suffisantes, un redressement fiscal assorti d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré (article 1729 du CGI) peut s'appliquer.

4. Une vente immobilière sous-évaluée peut-elle entraîner un contrôle fiscal ?
Oui. La sous-évaluation du prix de cession d’un bien immobilier constitue une anomalie détectable par l’administration via les bases de données des transactions immobilières (DVF, Patrim, etc.). Si un prix de vente nettement inférieur à la valeur vénale réelle est constaté, l’administration est en droit de vous demander des explications objectives. À défaut d’arguments solides (état du marché local, caractéristiques spécifiques du bien, situation urgente justifiant la cession…), un redressement de la plus-value imposable peut être prononcé, accompagné de pénalités et intérêts de retard.

5. Quelles sont les sanctions en cas de non-déclaration d’un compte bancaire étranger ?
L’article 1649 A du Code général des impôts impose la déclaration annuelle de tout compte bancaire, contrat d’assurance-vie ou compte d’actifs numériques détenu à l’étranger. L’omission expose le contribuable à une amende forfaitaire de 1 500 € par compte et par année non déclarée (article 1736 IV CGI). La prescription allongée à 10 ans (article L169 LPF) permet à l’administration de récupérer d’anciennes dettes fiscales. Avec la mise en place de l'échange automatique d'informations financières, il est aujourd'hui presque impossible de dissimuler un compte bancaire étranger. En cas de contrôle, l’absence de transparence sur ces comptes peut conduire à une procédure pour dissimulation de patrimoine et, dans certains cas, à des poursuites pénales pour fraude fiscale.

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