Travail

Fiscalité sociale des entreprises : focus sur la taxe d’apprentissage

Estelle Marant
Collaboratrice
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Taxe d’apprentissage : règles juridiques, employeurs redevables et obligations

La taxe d’apprentissage occupe une place singulière dans le paysage des prélèvements obligatoires pesant sur les employeurs. À la croisée du droit du travail, du droit de la sécurité sociale et du droit fiscal, elle ne se limite pas à une charge financière supplémentaire, mais s’inscrit dans une logique de solidarité nationale visant à soutenir le développement de la formation professionnelle initiale et de l’alternance. Son objectif est clair : permettre l’adéquation entre les besoins du marché du travail et les compétences des futurs actifs, en assurant un financement pérenne des dispositifs de formation.

Depuis la réforme opérée à compter du 1er janvier 2019, la taxe d’apprentissage est intégrée à la contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance, prévue par les articles L6131-1 et suivants du Code du travail. Cette refonte a profondément modifié ses modalités de déclaration, de recouvrement et d’affectation, avec notamment la généralisation de la déclaration sociale nominative (DSN) et la mise en place d’un circuit de répartition centralisé du solde via la plateforme nationale Soltéa. Ces évolutions ont renforcé la lisibilité du dispositif, tout en accentuant les exigences de conformité pesant sur les employeurs.

Dans la pratique, la détermination des employeurs redevables, l’identification des exonérations applicables, le calcul précis de l’assiette et du taux, ainsi que le respect du calendrier de versement du solde, soulèvent de nombreuses interrogations. Une erreur d’appréciation peut entraîner des rappels de contributions, assortis de majorations et de pénalités, dans un contexte où les contrôles des organismes de recouvrement sont de plus en plus automatisés. C’est pourquoi une compréhension rigoureuse du cadre juridique de la taxe d’apprentissage s’avère indispensable pour sécuriser la situation de l’employeur.

À travers cette analyse détaillée, defendstesdroits.fr propose d’éclairer les justiciables sur les fondements juridiques, les mécanismes et les enjeux pratiques de la taxe d’apprentissage, en s’appuyant exclusivement sur les textes en vigueur et la doctrine applicable, afin d’offrir une information fiable et juridiquement sécurisée.

Sommaire

1. Fondements juridiques de la taxe d’apprentissage
2. Employeurs assujettis et champ d’application
3. Exonérations légales et exonération liée à l’emploi d’apprentis
4. Calcul de la taxe d’apprentissage et taux applicables
5. Contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA)
6. Déclaration et recouvrement via la DSN
7. Versement et affectation du solde par la plateforme Soltéa

Contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance : cadre légal

Une contribution instaurée par le Code du travail

Depuis le 1er janvier 2019, les employeurs participent au financement de la formation professionnelle et de l’alternance par le versement d’une contribution unique, instituée par l’article L6131-1 du Code du travail. Cette contribution a remplacé plusieurs dispositifs antérieurs afin de simplifier et d’unifier le financement.

Composition de la contribution unique

Conformément à l’article L6131-2 du Code du travail, la contribution unique se compose :

  • de la contribution à la formation professionnelle ;
  • de la taxe d’apprentissage.

Certaines entreprises d’au moins 250 salariés peuvent également être redevables d’une contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA) lorsque leur effectif en alternance est insuffisant, dans les conditions prévues par le Code du travail.

Qui est redevable de la taxe d’apprentissage ?

Principe d’assujettissement

En application des articles L6241-1 à L6241-5 du Code du travail, sont redevables de la taxe d’apprentissage :

  • les employeurs soumis à l’impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option ;
  • les personnes physiques et les sociétés de personnes exerçant une activité commerciale ou industrielle, imposées à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC).

L’assujettissement repose donc à la fois sur la nature de l’activité et sur le régime fiscal de l’employeur.

Portée de l’assujettissement

La taxe d’apprentissage concerne aussi bien les petites entreprises que les groupes structurés, dès lors qu’ils emploient des salariés et relèvent du champ défini par le Code du travail. L’absence d’apprentis dans l’effectif n’exonère pas, en principe, du paiement de la taxe.

Quelles sont les entreprises exonérées de la taxe d’apprentissage ?

Exonérations prévues par la loi

Par dérogation au principe d’assujettissement, certaines entités sont expressément exonérées de la taxe d’apprentissage. Il s’agit notamment :

  • des organismes dont l’objet exclusif est l’enseignement (enseignement scolaire, supérieur, technique ou médical) ;
  • des associations, fondations et organismes à but non lucratif ;
  • des mutuelles régies par le Code de la mutualité ;
  • de certaines coopératives agricoles, artisanales ou de transport ;
  • des organismes d’habitations à loyer modéré.

Ces exonérations trouvent leur fondement dans les articles L6241-1 et suivants du Code du travail.

Exonération mensuelle liée à l’emploi d’apprentis

Sont également exonérés, chaque mois, les employeurs remplissant deux conditions cumulatives :

  • employer au moins un apprenti sous contrat d’apprentissage ;
  • verser des rémunérations n’excédant pas six fois le SMIC mensuel en vigueur.

Ce mécanisme vise à encourager directement le recours à l’apprentissage, en allégeant la charge contributive des employeurs concernés.

Comment est calculée la taxe d’apprentissage ?

Une assiette fondée sur les rémunérations

La taxe d’apprentissage est calculée sur la base des rémunérations soumises aux cotisations sociales, versées par l’employeur à ses salariés. Cette assiette est alignée sur celle utilisée pour le calcul des cotisations de sécurité sociale, ce qui facilite les contrôles et le recouvrement.

Certaines rémunérations sont toutefois exclues, notamment celles versées aux apprentis par les employeurs de moins de 11 salariés.

Taux applicable

Le taux de droit commun de la taxe d’apprentissage est fixé à 0,68 % de la masse salariale.
Par exception, un taux réduit de 0,44 % s’applique aux établissements situés dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, en raison du régime local spécifique. Dans ces territoires, le solde de la taxe d’apprentissage n’est pas dû.

La contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA)

Conditions d’assujettissement

La CSA concerne les entreprises d’au moins 250 salariés qui sont redevables de la taxe d’apprentissage et dont le taux d’alternants est inférieur à 5 % de l’effectif total, conformément à l’article L6242-1 du Code du travail.

Objectif du dispositif

Cette contribution vise à inciter les grandes entreprises à recourir davantage à l’apprentissage et aux contrats favorisant l’insertion professionnelle. Elle s’ajoute à la taxe d’apprentissage et obéit à des règles de calcul spécifiques.

Déclaration et recouvrement de la taxe d’apprentissage

Une taxe désormais déclarée via la DSN

Depuis la réforme du recouvrement, la taxe d’apprentissage est déclarée et recouvrée par les organismes sociaux. Les employeurs doivent effectuer la déclaration via la déclaration sociale nominative (DSN), ce qui marque une intégration complète dans le circuit des cotisations sociales.

Le recouvrement est assuré par l’Urssaf ou la MSA, selon le régime de protection sociale de l’employeur.

Décomposition en deux parts

La taxe d’apprentissage se décompose juridiquement en deux fractions :

  • une part principale, recouvrée mensuellement ;
  • un solde, déclaré une fois par an via la DSN d’avril.

Le solde de la taxe d’apprentissage et la plateforme Soltéa

Une affectation centralisée du solde

Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance n°2021-797 du 23 juin 2021, le solde de la taxe d’apprentissage n’est plus versé directement par les employeurs aux établissements bénéficiaires. Il est désormais collecté par l’Urssaf ou la MSA, puis affecté via une plateforme nationale dénommée Soltéa, gérée par la Caisse des dépôts et consignations.

Calendrier de répartition

La campagne annuelle de répartition du solde est organisée selon un calendrier fixé par arrêté. Pour l’année 2025, la campagne s’étend du 26 mai au 24 octobre, conformément à l’arrêté du 23 mai 2025. Les employeurs peuvent y désigner les établissements habilités bénéficiaires, dans les limites prévues par la réglementation.

Enjeux juridiques et risques en cas de manquement

Le non-respect des obligations liées à la taxe d’apprentissage expose l’employeur à des redressements, des majorations de retard et, le cas échéant, à des sanctions financières dans le cadre des contrôles opérés par les organismes de recouvrement. La centralisation du recouvrement et l’automatisation via la DSN renforcent la capacité de contrôle de l’administration, rendant indispensable une maîtrise rigoureuse des règles applicables.

La taxe d’apprentissage ne constitue donc pas une simple formalité déclarative, mais un dispositif juridique structuré, au croisement du droit du travail, du droit de la sécurité sociale et du droit fiscal, dont la compréhension conditionne la sécurité juridique des employeurs.

Conclusion

La taxe d’apprentissage s’impose aujourd’hui comme un dispositif structurant du financement de la formation professionnelle et de l’alternance, dont la portée dépasse largement la simple logique contributive. Encadrée par des dispositions précises du Code du travail, elle traduit la volonté du législateur de faire participer activement les employeurs à la construction des compétences et à l’insertion durable des jeunes sur le marché du travail. Son intégration au sein de la contribution unique a permis d’unifier les règles applicables, tout en renforçant la traçabilité et le contrôle des sommes versées.

Pour les employeurs, la maîtrise du régime juridique de la taxe d’apprentissage constitue un enjeu majeur de sécurité juridique. L’identification correcte du champ d’assujettissement, la vérification des cas d’exonération, le calcul exact de la contribution et le respect des modalités déclaratives via la DSN conditionnent la conformité de l’entreprise face aux organismes de recouvrement. La centralisation du versement du solde et son affectation par l’intermédiaire de la plateforme Soltéa renforcent par ailleurs la responsabilité des employeurs dans le suivi de l’utilisation de leur contribution.

Dans un contexte de réformes successives et de renforcement des contrôles, la taxe d’apprentissage illustre la nécessité, pour les entreprises, d’adopter une approche proactive de leurs obligations sociales et fiscales. Une veille juridique régulière et une compréhension approfondie des textes applicables permettent non seulement d’éviter les risques de redressement, mais également de donner du sens à cette contribution, en participant activement au financement des formations et des établissements qui façonnent les compétences de demain.

Loin d’être une simple formalité administrative, la taxe d’apprentissage constitue ainsi un outil juridique et économique, au service de l’intérêt général, dont la bonne application participe à l’équilibre du système de formation professionnelle. L’accompagnement proposé par defendstesdroits.fr s’inscrit dans cette démarche, en offrant aux employeurs les clés nécessaires pour appréhender ce dispositif avec rigueur, clarté et conformité au droit en vigueur.

FAQ

1. Quels employeurs sont soumis à la taxe d’apprentissage et sur quels critères repose l’assujettissement ?

La taxe d’apprentissage concerne une large catégorie d’employeurs du secteur privé. Sont redevables, en application des articles L6241-1 à L6241-5 du Code du travail, les employeurs soumis à l’impôt sur les sociétés, qu’ils y soient assujettis de plein droit ou sur option, ainsi que les personnes physiques et sociétés de personnes exerçant une activité commerciale ou industrielle, imposées à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des BIC. L’assujettissement ne dépend ni du nombre de salariés ni de la présence d’apprentis, mais de la nature de l’activité exercée et du régime fiscal applicable. Une entreprise nouvellement créée peut donc être redevable dès lors qu’elle entre dans ce champ.

2. Quelles sont les exonérations prévues par la loi et dans quels cas peuvent-elles s’appliquer ?

Le principe d’assujettissement connaît plusieurs dérogations légales. Sont notamment exonérés les organismes à but non lucratif, les structures ayant pour objet exclusif l’enseignement, les mutuelles, certaines coopératives et les organismes de logement social, conformément aux dispositions du Code du travail. Par ailleurs, une exonération dite mensuelle s’applique lorsque l’employeur remplit deux conditions cumulatives : employer au moins un apprenti sous contrat d’apprentissage et verser des rémunérations n’excédant pas six fois le SMIC. Cette exonération vise à favoriser l’embauche d’apprentis en réduisant immédiatement la charge contributive de l’employeur.

3. Comment est déterminée l’assiette de calcul de la taxe d’apprentissage ?

La taxe d’apprentissage est calculée sur la base des rémunérations brutes soumises aux cotisations sociales, versées aux salariés au cours de la période de référence. Cette assiette correspond à celle utilisée pour le calcul des cotisations de sécurité sociale, ce qui permet une cohérence entre fiscalité sociale et obligations déclaratives. Certaines rémunérations sont exclues, notamment celles versées aux apprentis par les employeurs de moins de 11 salariés. Le taux de droit commun de 0,68 % s’applique à cette assiette, sauf dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, où un taux réduit est prévu en raison du régime local.

4. Quelle est la différence entre la taxe d’apprentissage et la contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA) ?

La taxe d’apprentissage concerne l’ensemble des employeurs entrant dans son champ d’application, tandis que la contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA) vise spécifiquement certaines entreprises d’au moins 250 salariés. En vertu de l’article L6242-1 du Code du travail, la CSA est due lorsque la proportion de salariés en alternance est inférieure à 5 % de l’effectif total. Elle constitue un mécanisme incitatif destiné à encourager les grandes entreprises à développer l’apprentissage et les contrats favorisant l’insertion professionnelle, en ajoutant une charge financière en cas de sous-engagement.

5. Comment se déroulent la déclaration, le recouvrement et l’affectation du solde de la taxe d’apprentissage ?

Depuis la réforme du recouvrement, la taxe d’apprentissage est déclarée via la déclaration sociale nominative (DSN) et recouvrée par l’Urssaf ou la MSA, selon le régime applicable à l’employeur. Elle se compose d’une part principale, déclarée et acquittée mensuellement, et d’un solde, déclaré une fois par an. Ce solde n’est plus versé directement par l’employeur aux établissements bénéficiaires : il est désormais affecté par l’intermédiaire de la plateforme nationale Soltéa, gérée par la Caisse des dépôts et consignations, conformément à l’ordonnance du 23 juin 2021. L’employeur conserve toutefois un rôle actif, puisqu’il peut orienter l’affectation du solde vers des établissements habilités, dans le respect du calendrier fixé par arrêté.

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