Travail

Inaptitude du salarié : les étapes légales à connaître pour consulter le CSE

Estelle Marant
Collaboratrice
Partager

CSE et inaptitude : comment respecter la loi sans erreur ?

Lorsqu’un salarié est déclaré inapte à reprendre son travail par le médecin du travail, l’employeur se trouve face à un véritable parcours juridique, encadré par le Code du travail et une jurisprudence abondante. L’inaptitude, qu’elle soit professionnelle (consécutive à un accident du travail ou une maladie professionnelle) ou non professionnelle, impose à l’employeur une série d’obligations parmi lesquelles figure la consultation du Comité Social et Économique (CSE).

Cette étape, loin d’être une simple formalité, constitue un gage de transparence et d’équité dans la gestion des ressources humaines. Elle vise à associer la représentation du personnel à la recherche de solutions de reclassement adaptées et, le cas échéant, à la préparation d’un licenciement pour inaptitude.

Cependant, la consultation du CSE n’est pas systématiquement requise. Des exceptions légales et jurisprudentielles existent, notamment lorsque le médecin du travail estime que le maintien du salarié dans l’entreprise serait gravement préjudiciable à sa santé.

Cet article, rédigé par defendstesdroits.fr, vous propose une analyse détaillée et rigoureuse des conditions, modalités et conséquences juridiques de la consultation du CSE en cas d’inaptitude, pour vous permettre de sécuriser chaque étape de la procédure.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Définition et fondement juridique de l’obligation de consultation
  3. Quand et comment consulter le CSE après un avis d’inaptitude
  4. Les informations que l’employeur doit transmettre au CSE
  5. Les sanctions encourues en cas d’absence de consultation du CSE
  6. Les cas de dispense légale ou médicale de consultation du CSE
  7. La procédure spécifique pour le licenciement d’un salarié protégé
  8. Les bonnes pratiques pour sécuriser la consultation du CSE
  9. Conclusion

Qu’est-ce que l’obligation de consultation du CSE en cas d’inaptitude ?

Fondement juridique

Selon les articles L1226-2 (inaptitude d’origine non professionnelle) et L1226-10 du Code du travail (inaptitude d’origine professionnelle), l’employeur doit rechercher un poste de reclassement approprié aux capacités du salarié.
Avant toute proposition, il doit consulter le CSE, afin de recueillir son avis sur les possibilités de reclassement.

Le CSE joue ici un rôle de garant de la loyauté de la procédure : il vérifie que l’employeur explore réellement toutes les options envisageables pour maintenir le salarié dans l’emploi, dans le respect de ses restrictions médicales.

Quand le CSE doit-il être consulté ?

La consultation du CSE doit intervenir après la déclaration d’inaptitude mais avant toute proposition de reclassement.
Cette chronologie a été confirmée par la jurisprudence constante (Cass. soc., 16 septembre 2015, n°13-26316).

Ainsi, la séquence à respecter est la suivante :

  1. Le médecin du travail rend son avis d’inaptitude (article L4624-4 du Code du travail) ;
  2. L’employeur consulte le CSE sur les possibilités de reclassement ;
  3. Puis, il soumet au salarié les postes disponibles conformes aux recommandations du médecin.

En cas d’impossibilité de reclassement, la consultation du CSE doit précéder la convocation du salarié à l’entretien préalable au licenciement (Cass. soc., 16 mars 2016, n°14-13986).

Comment se déroule la consultation du CSE ?

La loi ne prévoit aucun formalisme strict quant à la forme de cette consultation. Elle peut donc avoir lieu :

  • lors d’une réunion ordinaire ou extraordinaire du CSE ;
  • ou même à distance, par visioconférence ou téléconférence (Cass. soc., 30 septembre 2020, n°19-13122).

L’important est que le CSE ait effectivement été informé et en mesure de délibérer.
Il est fortement conseillé de conserver une preuve écrite de la consultation (procès-verbal, mention dans le registre des délibérations, ou échanges de courriels).

Quelles informations l’employeur doit-il communiquer au CSE ?

Afin de permettre au CSE de rendre un avis éclairé, l’employeur doit lui transmettre tous les éléments utiles à la compréhension de la situation, notamment :

  • les conclusions écrites du médecin du travail ;
  • les indications relatives aux capacités du salarié à exercer d’autres fonctions (article L4624-3 du Code du travail) ;
  • la liste des postes disponibles et compatibles avec les restrictions émises ;
  • les efforts de recherche de reclassement effectués par l’employeur.

En cas d’omission d’informations, la consultation pourrait être jugée irrégulière, ce qui exposerait l’entreprise à des sanctions prud’homales.

Quelles sanctions en cas d’absence de consultation du CSE ?

Si l’inaptitude est d’origine professionnelle

L’absence de consultation du CSE constitue une violation de la procédure de reclassement.
Selon l’article L1226-15 du Code du travail, le salarié peut prétendre à une indemnité spécifique d’au moins six mois de salaire, sauf réintégration dans l’entreprise.
Cette position est confirmée par la Cour de cassation (Cass. soc., 15 octobre 2014, n°13-16958).

Si l’inaptitude est d’origine non professionnelle

L’omission de consultation prive le licenciement de cause réelle et sérieuse.
Le salarié peut alors obtenir une indemnisation selon le barème dit "Macron", en application des articles L1235-3 et suivants du Code du travail (Cass. soc., 30 septembre 2020, n°19-11974).

Cas de dispense de consultation du CSE

Absence de CSE dans l’entreprise

L’employeur n’a pas à consulter le CSE lorsque ce dernier n’existe pas légalement.
En effet, seules les entreprises de 11 salariés et plus ont l’obligation d’en instaurer un (article L2311-2 du Code du travail).
Si le CSE n’a pas été mis en place faute de candidats, un procès-verbal de carence doit être établi pour justifier l’absence de consultation (Cass. soc., 8 juillet 2020, n°18-26806).

En revanche, si l’employeur n’a pas tenté d’organiser les élections alors qu’il y était tenu, la consultation demeure obligatoire.

Dispense décidée par le médecin du travail

Lorsque le médecin du travail indique, dans son avis d’inaptitude, que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé, ou que l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement, l’employeur est dispensé de rechercher un poste (articles L1226-2-1 et L1226-12 du Code du travail).

Dans cette hypothèse, la consultation du CSE devient inutile, comme l’a confirmé la Cour de cassation (Cass. soc., 8 juin 2022, n°20-22500 ; Cass. soc., 13 décembre 2023, n°22-15760).

Consultation du CSE pour un salarié protégé déclaré inapte

Lorsqu’un salarié protégé (membre du CSE, délégué syndical, représentant du personnel, etc.) est déclaré inapte, une procédure spéciale s’applique.
Conformément aux articles L2421-3 et R2421-8 du Code du travail, l’employeur doit :

  1. Organiser un entretien préalable au licenciement ;
  2. Consulter le CSE sur le projet de licenciement ;
  3. Solliciter l’autorisation de l’inspection du travail avant toute rupture du contrat.

Cette autorisation est indispensable : tout licenciement d’un salarié protégé sans autorisation administrative est nul de plein droit.

Les bonnes pratiques pour sécuriser la procédure

Afin de prévenir tout contentieux, l’employeur doit veiller à :

  • convoquer le CSE dans des délais raisonnables après l’avis d’inaptitude ;
  • établir un procès-verbal de la consultation pour conserver une preuve ;
  • fournir des informations complètes et objectives sur les possibilités de reclassement ;
  • et, en cas de doute sur l’obligation, solliciter un avis juridique avant toute décision.

Ces étapes garantissent non seulement le respect des droits du salarié, mais aussi la sécurité juridique de l’employeur dans une matière souvent source de litiges.

Conclusion

La consultation du CSE en cas d’inaptitude s’inscrit au cœur des garanties offertes aux salariés par le droit du travail français. Elle concrétise la volonté du législateur d’impliquer la représentation du personnel dans les décisions touchant à la santé et à la sécurité au travail.

Pour l’employeur, il s’agit d’une étape à la fois juridique et stratégique, dont le respect conditionne la validité de toute décision ultérieure de reclassement ou de licenciement.
Ignorer cette obligation expose l’entreprise à des risques financiers importants et à une remise en cause de la loyauté de la procédure.

À l’inverse, une consultation régulière et documentée du CSE renforce la sécurité juridique de l’entreprise, tout en témoignant de la bonne foi de l’employeur dans la gestion des situations d’inaptitude.
Le site defendstesdroits.fr rappelle que la rigueur, la transparence et la traçabilité demeurent les meilleurs alliés du droit du travail dans la résolution équitable des conflits entre salariés et employeurs.

FAQ

1. Le CSE doit-il toujours être consulté en cas d’inaptitude d’un salarié ?

Oui, sauf exceptions prévues par le Code du travail. La consultation du CSE est obligatoire dès qu’un salarié est déclaré inapte, qu’il s’agisse d’une inaptitude professionnelle ou non professionnelle. Elle permet de recueillir un avis sur les possibilités de reclassement, avant toute proposition au salarié ou tout licenciement.
Références légales : Articles L1226-2 et L1226-10 du Code du travail.

2. Quand la consultation du CSE doit-elle avoir lieu dans la procédure ?

La consultation doit se dérouler entre l’avis d’inaptitude du médecin du travail et la proposition de reclassement au salarié. En cas d’impossibilité de reclassement, le CSE doit être consulté avant la convocation à l’entretien préalable au licenciement.
Cette chronologie a été confirmée par la Cour de cassation (Cass. soc., 16 septembre 2015, n°13-26316).

3. Quelles sont les conséquences si l’employeur oublie de consulter le CSE ?

L’omission de la consultation peut avoir de lourdes conséquences.

  • En cas d’inaptitude professionnelle, le salarié peut obtenir une indemnité d’au moins six mois de salaire (article L1226-15 du Code du travail).
  • En cas d’inaptitude non professionnelle, le licenciement est requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à une indemnisation selon le barème Macron.

4. Dans quels cas l’employeur est-il dispensé de consulter le CSE ?

Deux situations permettent la dispense :

  1. Absence légale de CSE, notamment dans les entreprises de moins de 11 salariés ou disposant d’un procès-verbal de carence.
  2. Dispense médicale, lorsque le médecin du travail précise que tout maintien du salarié dans l’emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou qu’aucun reclassement n’est possible.
    Références : Articles L1226-2-1, L1226-12 du Code du travail ; Cass. soc., 8 juin 2022, n°20-22500.

5. Quelles précautions l’employeur doit-il prendre pour sécuriser la procédure ?

Pour éviter tout contentieux, il est conseillé de :

  • Consulter le CSE rapidement après l’avis d’inaptitude ;
  • Conserver une preuve écrite de la consultation (procès-verbal, courriel, registre) ;
  • Informer le CSE de manière complète (poste occupé, avis médical, propositions de reclassement) ;
  • Former les membres du CSE sur les obligations légales liées à l’inaptitude.
    Ces bonnes pratiques renforcent la sécurité juridique de la décision de reclassement ou de licenciement.

Articles Récents

Besoin d'aide ?

Nos équipes sont là pour vous guider !

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.