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Indemnité de départ à la retraite : calculs, conventions collectives et fiscalité

Francois Hagege
Fondateur
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Mise à la retraite ou départ volontaire : vos droits à indemnité expliqués

Mettre fin à sa carrière professionnelle, qu’il s’agisse d’un départ volontaire à la retraite ou d’une mise à la retraite par l’employeur, ouvre droit à une indemnité de départ. Cette indemnité peut être fixée par la loi, mais elle est souvent améliorée par les conventions collectives, qui prévoient des montants plus favorables en fonction de l’ancienneté et du secteur d’activité.

Le Code du travail encadre ces dispositifs (articles L. 1237-9 et suivants), mais la pratique révèle une diversité d’indemnités conventionnelles, souvent plus avantageuses pour les salariés. Comprendre ce régime est donc essentiel afin de vérifier ses droits au moment de quitter la vie active.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Le cadre légal du départ volontaire à la retraite
  3. Les indemnités conventionnelles plus favorables
  4. La mise à la retraite par l’employeur et ses conséquences
  5. Le régime fiscal et social des indemnités de départ
  6. Conclusion

Indemnité légale de départ volontaire à la retraite

Lorsqu’un salarié choisit de partir volontairement à la retraite, il bénéficie d’une indemnité légale prévue par l’article L. 1237-9 du Code du travail, dont le montant varie en fonction de son ancienneté :

  • 0,5 mois de salaire après 10 ans d’ancienneté,
  • 1 mois de salaire après 15 ans,
  • 1,5 mois de salaire après 20 ans,
  • 2 mois de salaire après 30 ans.

Le calcul se fait sur la base du salaire de référence en fin de carrière, défini selon les règles applicables au calcul de l’indemnité de licenciement.

Indemnité conventionnelle de départ volontaire à la retraite

De nombreuses conventions collectives prévoient une indemnité plus élevée que le minimum légal. Le salarié bénéficie alors du montant le plus favorable.

Par exemple :

  • La métallurgie (IDCC 3248) prévoit jusqu’à 6 mois de salaire après 40 ans d’ancienneté.
  • Les industries chimiques (IDCC 44) offrent jusqu’à 7,5 mois après 40 ans.
  • L’immobilier (IDCC 1527) introduit une progression quasi annuelle de l’indemnité après 5 ans de service, atteignant 4,5 mois au-delà de 35 ans.
  • Les cabinets médicaux (IDCC 1147) accordent jusqu’à 3 mois de salaire après 40 ans d’ancienneté.

Ces exemples montrent que les conventions peuvent doubler voire tripler le montant prévu par la loi. Le salarié doit donc systématiquement vérifier la convention collective applicable à son contrat.

Indemnité de mise à la retraite

Lorsque l’initiative du départ en retraite provient de l’employeur, le salarié bénéficie d’une indemnité de mise à la retraite. L’article L. 1237-7 du Code du travail impose que cette indemnité ne puisse être inférieure à l’indemnité légale de licenciement prévue par l’article L. 1234-9. Cette règle vise à protéger le salarié, en évitant que sa sortie de l’entreprise soit moins favorable qu’un licenciement.

Le mode de calcul légal

L’indemnité se calcule en fonction de l’ancienneté du salarié :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour chacune des 10 premières années ;
  • 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté pour toutes les années au-delà de 10 ans.

Le salaire de référence est déterminé selon les règles de l’article R. 1234-4 du Code du travail : il s’agit soit de la moyenne mensuelle des 12 derniers mois, soit de celle des 3 derniers mois, le montant le plus favorable étant retenu.

📌 Exemple : un salarié ayant 12 ans d’ancienneté et un salaire mensuel moyen de 2 000 € percevra :

  • (10 × 1/4 mois) = 2,5 mois, soit 5 000 €,
  • (2 × 1/3 mois) = 0,66 mois, soit 1 333 €,
    ➡ soit un total de 6 333 € d’indemnité de mise à la retraite.

Le rôle des conventions collectives

Dans de nombreux secteurs, la convention collective applicable à l’entreprise prévoit une indemnité plus avantageuse que le minimum légal. Ces dispositions conventionnelles s’appliquent automatiquement, en vertu du principe de faveur consacré par l’article L. 2251-1 du Code du travail.

Ainsi, certains textes peuvent prévoir une majoration de l’indemnité en fonction de l’âge du salarié, de son statut professionnel (cadre ou non-cadre) ou encore de son ancienneté étendue (plus de 30 ou 35 ans).

📌 Exemple : dans la convention collective de la métallurgie, l’indemnité de mise à la retraite peut atteindre plusieurs mois supplémentaires par rapport à la base légale, ce qui constitue un gain financier considérable pour le salarié concerné.

Une protection renforcée du salarié senior

L’indemnité de mise à la retraite s’inscrit dans une logique de protection du salarié en fin de carrière. Elle compense la perte de revenus et valorise l’ancienneté acquise. En outre, elle traduit le principe d’égalité de traitement entre salariés licenciés et salariés mis d’office à la retraite : l’un comme l’autre bénéficient d’une sécurité financière minimale garantie par la loi.

Régime fiscal et social des indemnités de départ

Les indemnités de départ à la retraite bénéficient d’un traitement fiscal et social particulier, qui varie selon que le départ est volontaire ou résulte d’une mise à la retraite par l’employeur.

Départ volontaire à la retraite

Lorsque le salarié décide lui-même de mettre fin à son contrat, les indemnités perçues sont considérées comme un complément de rémunération. En application de l’article 80 duodecies du Code général des impôts (CGI), elles sont intégralement imposables à l’impôt sur le revenu et soumises aux cotisations sociales, à la CSG et à la CRDS.

📌 Exemple : un salarié qui perçoit 8 000 € d’indemnité pour un départ volontaire verra ce montant ajouté à son revenu imposable et supportera également les cotisations sociales habituelles.

Mise à la retraite par l’employeur

Lorsque l’initiative émane de l’employeur, le régime est plus favorable. Une exonération fiscale partielle peut s’appliquer, mais elle est strictement encadrée par la loi. L’indemnité est exonérée dans la limite du montant le plus élevé entre :

  • deux fois la rémunération brute annuelle de l’année précédente, ou
  • 50 % du montant total de l’indemnité versée.

⚠ Toutefois, cette exonération est plafonnée à 5 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). En 2024, ce plafond est fixé à 231 840 €.

Au-delà de ces seuils, la fraction excédentaire est soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.

📌 Exemple : un salarié perçoit une indemnité de mise à la retraite de 120 000 € avec un salaire annuel brut de 45 000 €.

  • Deux fois son salaire annuel = 90 000 €
  • 50 % de l’indemnité = 60 000 €
    ➡ Le montant exonéré est donc de 90 000 €.
    La différence, soit 30 000 €, sera imposable et soumise aux cotisations.

Impact social et retraite complémentaire

Il faut également souligner que, quelle que soit la situation, les indemnités de départ peuvent entrer dans l’assiette de certaines contributions sociales. Toutefois, elles ne génèrent pas de droits supplémentaires à la retraite, car elles ne sont pas assimilées à un salaire ouvrant droit à cotisation retraite complémentaire.

Conclusion

Le départ à la retraite, qu’il soit initié par le salarié ou décidé par l’employeur, ne se limite pas à une simple rupture du contrat de travail : il s’accompagne d’un droit à indemnité, dont le montant peut varier de manière significative selon qu’il s’agit de l’indemnité légale ou de l’indemnité conventionnelle. Le Code du travail fixe des planchers (articles L. 1237-9 et L. 1237-7), garantissant un minimum de protection pour tous les salariés. Toutefois, dans la pratique, les conventions collectives jouent un rôle déterminant en offrant des régimes beaucoup plus favorables, parfois doublés voire triplés par rapport au dispositif légal.

Cette diversité illustre l’importance pour chaque salarié de connaître la convention collective applicable à son entreprise, car elle peut avoir un impact financier majeur au moment du départ à la retraite. Là où la loi garantit quelques mois de salaire, certaines conventions permettent d’obtenir plusieurs mois supplémentaires, proportionnels à l’ancienneté et à la catégorie professionnelle.

Il ne faut pas non plus négliger la différence de traitement fiscal et social entre un départ volontaire et une mise à la retraite. Alors que les indemnités perçues lors d’un départ volontaire sont entièrement imposables, celles versées dans le cadre d’une mise à la retraite par l’employeur bénéficient d’exonérations partielles, sous réserve de respecter les plafonds fixés par la loi et liés au plafond annuel de la Sécurité sociale.

Au-delà du calcul technique, ces règles traduisent une volonté de protéger le salarié en fin de carrière et de reconnaître la valeur de son engagement professionnel. Elles soulignent aussi l’importance d’un accompagnement juridique et social afin d’anticiper au mieux les conséquences d’un départ à la retraite, tant sur le plan financier que fiscal.

Ainsi, avant de mettre un terme à sa vie professionnelle, chaque salarié doit prendre soin d’examiner son ancienneté, ses droits conventionnels et son statut fiscal. Une telle anticipation permet d’aborder cette transition décisive avec plus de sérénité et de garantir une retraite respectueuse des efforts accomplis tout au long d’une carrière.

FAQ

1. Quelle est la différence entre départ volontaire et mise à la retraite ?

Le départ volontaire à la retraite correspond à la situation dans laquelle le salarié prend lui-même l’initiative de quitter son emploi pour liquider ses droits à pension (article L. 1237-9 du Code du travail). Il doit alors respecter un préavis identique à celui d’une démission, sauf dispositions conventionnelles plus favorables.

La mise à la retraite, en revanche, est décidée par l’employeur. Celui-ci ne peut y recourir qu’à partir des 70 ans du salarié, ou entre 67 et 70 ans si le salarié accepte la proposition (article L. 1237-5 du Code du travail). Dans ce cas, le salarié bénéficie d’une indemnité équivalente au minimum légal du licenciement ou, si elle est plus favorable, de l’indemnité prévue par la convention collective (article L. 1237-7).

📌 Exemple : un salarié de 65 ans qui choisit de partir percevra l’indemnité de départ volontaire. À 70 ans, l’employeur pourra le mettre d’office à la retraite avec une indemnité au moins égale à celle d’un licenciement.

2. Comment est calculée l’indemnité légale de départ volontaire à la retraite ?

Le calcul dépend de deux éléments : l’ancienneté du salarié et le salaire de référence. Selon l’article D. 1237-1 du Code du travail, le montant est fixé ainsi :

  • 0,5 mois de salaire après 10 ans d’ancienneté,
  • 1 mois après 15 ans,
  • 1,5 mois après 20 ans,
  • 2 mois après 30 ans.

Le salaire de référence est celui utilisé pour calculer l’indemnité de licenciement (article R. 1234-4) :

  • soit la moyenne mensuelle des 12 derniers mois,
  • soit la moyenne des 3 derniers mois (incluant primes et gratifications annuelles),
    le calcul le plus avantageux étant retenu.

📌 Exemple : un salarié qui part à la retraite après 22 ans d’ancienneté avec un salaire moyen de 2 000 € obtiendra 1,5 mois de salaire, soit 3 000 € d’indemnité légale.

3. Les conventions collectives prévoient-elles des montants plus favorables ?

Oui. L’article L. 1237-4 du Code du travail précise que lorsque la convention collective prévoit une indemnité supérieure, c’est ce montant qui s’applique. Les écarts avec la loi sont souvent significatifs.

Exemples :

  • La convention de la métallurgie (IDCC 3248) accorde jusqu’à 6 mois de salaire après 40 ans d’ancienneté.
  • La convention des industries chimiques (IDCC 44) prévoit 7,5 mois après 40 ans.
  • La convention de l’immobilier (IDCC 1527) introduit un barème progressif quasi annuel, atteignant 4,5 mois au-delà de 35 ans.

Ainsi, une analyse préalable de la convention collective est indispensable, car elle peut multiplier par deux ou trois l’indemnité de départ par rapport à la loi.

📌 Exemple : un salarié du secteur chimique avec 25 ans d’ancienneté touchera 4,5 mois de salaire, contre seulement 1,5 mois selon la loi.

4. Les indemnités de départ à la retraite sont-elles imposables ?

Le régime fiscal dépend de la nature du départ :

  • En cas de départ volontaire, l’indemnité est entièrement imposable et soumise aux cotisations sociales (article 80 duodecies du Code général des impôts). Elle supporte également la CSG et la CRDS.
  • En cas de mise à la retraite par l’employeur, une partie de l’indemnité peut être exonérée d’impôt sur le revenu. Cette exonération est toutefois plafonnée au montant le plus élevé entre :
    • deux fois le montant du salaire brut de l’année précédente,
    • 50 % de l’indemnité perçue,
      avec une limite maximale fixée à 5 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 231 840 € en 2024).

📌 Exemple : un salarié mis à la retraite avec une indemnité de 80 000 € et un salaire annuel brut de 40 000 € pourra bénéficier d’une exonération allant jusqu’à 80 000 € (2 fois son salaire), mais limitée au plafond légal.

5. Quand et comment anticiper son indemnité de départ à la retraite ?

Il est recommandé de préparer son départ à la retraite plusieurs années à l’avance, afin de vérifier :

  • l’ancienneté acquise au moment du départ,
  • le salaire de référence retenu pour le calcul,
  • les avantages spécifiques de la convention collective applicable,
  • et les conséquences fiscales de l’indemnité.

Le salarié peut solliciter un entretien avec son employeur ou le service RH, afin d’obtenir une estimation. En cas de doute, il est conseillé de consulter un avocat en droit social pour sécuriser ses droits.

📌 Exemple : un salarié qui envisage un départ volontaire à 62 ans pourra comparer le gain d’une année supplémentaire d’ancienneté (et donc d’indemnité) avec le montant de sa future pension de retraite.

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