Travail

Indemnité spécifique de rupture conventionnelle : calcul et négociation

Estelle Marant
Collaboratrice
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Indemnité de rupture conventionnelle : calcul, droits et fiscalité

La rupture conventionnelle permet à un salarié en contrat à durée indéterminée (CDI) et à son employeur de mettre fin d’un commun accord au contrat de travail. Contrairement au licenciement ou à la démission, elle repose sur une volonté partagée et ouvre droit au versement d’une indemnité spécifique. Celle-ci ne peut jamais être inférieure à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, selon la formule la plus favorable au salarié.

L’indemnité de rupture conventionnelle constitue donc un socle minimal obligatoire, qui peut faire l’objet de négociations afin d’obtenir un montant supérieur. Sa détermination implique de prendre en compte l’ancienneté, le salaire de référence, mais aussi les éventuelles dispositions prévues par la convention collective applicable.

Sommaire

  1. Qu’est-ce que l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ?
  2. Comment calculer le montant minimal prévu par le Code du travail ?
  3. Quel rôle joue la convention collective dans le calcul de l’indemnité ?
  4. Peut-on négocier une indemnité supérieure au minimum légal ?
  5. Quels sont les recours si l’employeur ne respecte pas le montant minimal ?
  6. L’indemnité de rupture conventionnelle est-elle imposable et soumise à cotisations ?
  7. Quel délai de carence s’applique avant le versement des allocations chômage ?

Qu’est-ce que l’indemnité spécifique en cas de rupture conventionnelle individuelle du CDI ?

Lorsqu’un salarié conclut une rupture conventionnelle, l’employeur a l’obligation de lui verser une indemnité spécifique. Elle se distingue :

  • de la démission, où aucune indemnité n’est due ;
  • du licenciement, où l’indemnité est imposée par la loi ou la convention collective.

L’objectif de cette indemnité est de compenser la perte du contrat de travail et d’assurer au salarié un minimum de protection financière en cas de départ de l’entreprise.

Montant de l’indemnité : minimum légal et négociation

Un montant librement négocié mais encadré

En vertu de l’article L1237-13 du Code du travail, le salarié et l’employeur sont libres de négocier le montant de l’indemnité. Toutefois, cette liberté est encadrée : le montant convenu ne peut être inférieur à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.

Calcul de l’indemnité légale de licenciement

Le salarié doit percevoir au minimum :

  • 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années ;
  • 1/3 de mois de salaire brut par année d’ancienneté à partir de la 11e année.

Le salaire de référence est déterminé selon la formule la plus favorable pour le salarié :

  • soit la moyenne mensuelle des 12 derniers mois ;
  • soit le tiers des 3 derniers mois, en intégrant les primes et gratifications au prorata.

Rôle de la convention collective

Certaines conventions collectives prévoient une indemnité supérieure. Dans ce cas, l’indemnité conventionnelle constitue le seuil minimal que l’employeur doit respecter.

Simulation et exemples de calcul

Exemple 1 : salarié avec plus de 10 ans d’ancienneté

Un salarié justifiant de 17 ans d’ancienneté avec un salaire de référence de 1 600 € percevra au minimum :

  • [(1 600 x 1/4) x 10] + [(1 600 x 1/3) x 7] = 7 733,33 €.

Exemple 2 : salarié avec moins de 10 ans d’ancienneté

Un salarié ayant 5 ans d’ancienneté avec le même salaire de référence (1 600 €) percevra :

  • (1 600 x 1/4) x 5 = 2 000 €.

Ces montants constituent des planchers légaux, qui peuvent être dépassés par la négociation.

Puis-je négocier une indemnité plus élevée ?

Oui. L’indemnité peut être supra-légale, c’est-à-dire supérieure au minimum imposé par la loi ou la convention collective. Le Code du travail ne fixe aucun plafond.

Les arguments pouvant justifier une négociation plus favorable incluent :

  • la fidélité (ancienneté importante) ;
  • le statut (cadre, manager) et le niveau de responsabilité ;
  • les apports spécifiques du salarié (expertise rare, résultats obtenus) ;
  • la volonté de l’employeur d’éviter un contentieux prud’homal ;
  • des situations particulières : harcèlement, burn-out, arrêt maladie, grossesse, etc.

Une étude de la Dares (2018) a montré que les cadres et les salariés de grandes entreprises obtiennent généralement des indemnités plus élevées, en raison d’un pouvoir de négociation renforcé.

Recours en cas de non-respect du minimum légal

Si l’indemnité fixée par la rupture conventionnelle est inférieure au minimum légal ou conventionnel, la DREETS peut refuser d’homologuer la convention.
En cas de non-paiement ou de paiement partiel à la date prévue, le salarié peut :

  • envoyer une mise en demeure à l’employeur ;
  • saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir le solde de l’indemnité due.

Fiscalité et cotisations sociales

Imposition

L’indemnité est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite de :

  • deux fois la rémunération annuelle brute de l’année précédente,
  • ou 50 % de l’indemnité perçue,
    dans la limite de six fois le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS).

Cotisations sociales

Elle est exonérée dans la limite de deux PASS. Au-delà, la fraction excédentaire est soumise aux cotisations sociales. Si le montant dépasse dix PASS, l’indemnité est intégralement soumise à cotisations.

CSG et CRDS

La partie exonérée de cotisations peut également être exonérée de CSG/CRDS, dans les mêmes limites. Au-delà, elle est intégrée dans l’assiette de calcul.

Le délai de carence France Travail

Après une rupture conventionnelle, le salarié bénéficie d’allocations chômage, mais un délai de carence s’applique :

  • 7 jours incompressibles pour tous ;
  • un différé d’indemnités calculé en fonction du montant des indemnités supra-légales : [(indemnités supra-légales) / 107,9], plafonné à 150 jours (75 en cas de licenciement économique).

Un différé congés payés peut aussi s’ajouter si une indemnité compensatrice a été versée.

Conclusion

La rupture conventionnelle est aujourd’hui l’un des dispositifs les plus utilisés pour mettre fin à un CDI d’un commun accord, car elle combine sécurité juridique, indemnisation minimale garantie et ouverture des droits au chômage. Toutefois, l’élément central reste le calcul de l’indemnité spécifique, véritable enjeu financier pour le salarié.

Ce calcul n’est jamais uniforme : il dépend à la fois des planchers légaux fixés par le Code du travail, des dispositions conventionnelles plus favorables, mais aussi de la capacité de négociation du salarié. L’indemnité doit toujours être au moins égale à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, mais rien n’empêche d’obtenir une indemnité supra-légale, parfois significative, en fonction de l’ancienneté, du statut, de la taille de l’entreprise et des enjeux prud’homaux.

Pour l’employeur, il s’agit d’une démarche qui exige prudence et anticipation. Proposer une indemnité conforme aux obligations légales et conventionnelles garantit l’homologation par la DREETS et sécurise la rupture. Mais aller au-delà du minimum légal peut être une stratégie managériale efficace, permettant d’éviter un contentieux, de préserver l’image sociale de l’entreprise et de reconnaître les années de service d’un salarié.

Pour le salarié, maîtriser les règles de calcul et connaître ses droits est essentiel pour aborder les négociations sereinement. La prise en compte du salaire de référence, des primes, du 13e mois, ainsi que la comparaison entre le calcul légal et le calcul conventionnel, permettent de vérifier que le montant proposé est conforme. En cas de désaccord ou de manquement de l’employeur, le recours au conseil de prud’hommes reste une garantie pour obtenir le respect du minimum dû.

Enfin, la question ne s’arrête pas au calcul brut : les régimes social et fiscal de l’indemnité, ainsi que le délai de carence imposé par France Travail, doivent être intégrés dans toute réflexion. L’indemnité perçue peut être exonérée dans certaines limites, mais elle peut également générer un différé d’indemnisation du chômage, pouvant aller jusqu’à 150 jours.

Ainsi, la rupture conventionnelle n’est pas seulement une modalité de fin de contrat : c’est un outil juridique et financier complexe, où chaque chiffre compte. Elle implique une vigilance accrue, tant du côté du salarié que de l’employeur, afin de garantir un équilibre entre sécurité juridique, équité financière et respect des droits sociaux.

FAQ

1. Comment calculer le montant minimum de l’indemnité de rupture conventionnelle ?

Le minimum légal correspond à l’indemnité légale de licenciement, prévue par les articles L1234-9 et R1234-2 du Code du travail. Elle se calcule selon l’ancienneté et le salaire brut de référence :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans,
  • 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans.

Le salaire de référence est défini par l’article R1234-4 :

  • la moyenne mensuelle des 12 derniers mois de salaire brut,
  • ou le tiers des 3 derniers mois, primes incluses au prorata.

📌 Exemple : un salarié avec 12 ans d’ancienneté et un salaire brut de 2 000 € percevra au minimum :
[(2 000 x 1/4) x 10] + [(2 000 x 1/3) x 2] = 6 666 €.

2. Quel est l’impact de la convention collective sur l’indemnité ?

Les conventions collectives peuvent prévoir des modalités de calcul plus favorables, qui s’imposent à l’employeur. Dans ce cas, le salarié doit obligatoirement bénéficier du montant le plus avantageux entre la loi et la convention.

Exemples :

  • Dans la convention Syntec, le taux appliqué peut être plus élevé pour les cadres, avec une prise en compte des primes renforcée.
  • Dans la métallurgie, le calcul inclut parfois des coefficients de majoration selon le statut.
  • Dans l’hôtellerie-restauration (HCR), une ancienneté minimale plus courte ouvre droit à indemnité.

👉 Le salarié doit toujours comparer les deux formules (légale et conventionnelle) afin de vérifier que son employeur respecte le minimum obligatoire.

3. Peut-on négocier une indemnité de rupture conventionnelle plus élevée ?

Oui, le salarié peut négocier une indemnité supra-légale, c’est-à-dire supérieure au minimum prévu. L’article L1237-13 du Code du travail confirme que le montant est fixé par accord entre les parties.

Les éléments qui renforcent la capacité de négociation sont :

  • une ancienneté importante, qui témoigne de la fidélité au poste,
  • un statut élevé (cadre, manager, expert rare),
  • des succès professionnels avérés ayant contribué aux résultats de l’entreprise,
  • la volonté de l’employeur d’éviter un contentieux prud’homal ou un risque de requalification (licenciement abusif, harcèlement, burn-out, etc.),
  • des contextes particuliers (grossesse, maladie, discriminations alléguées).

📌 Exemple pratique : un salarié cadre ayant 20 ans d’ancienneté peut obtenir une indemnité deux ou trois fois supérieure au minimum légal, afin d’assurer une sortie amiable et de sécuriser l’employeur contre d’éventuelles actions judiciaires.

4. L’indemnité est-elle imposable et soumise à cotisations sociales ?

L’indemnité de rupture conventionnelle est soumise à un régime social et fiscal particulier :

  • Impôt sur le revenu : exonération possible dans la limite du plus élevé entre :
    • deux fois la rémunération annuelle brute de l’année précédente,
    • ou 50 % de l’indemnité perçue,
      avec un plafond de 6 PASS (plafond annuel de la sécurité sociale).
      Au-delà, la fraction excédentaire est imposable.
  • Cotisations sociales : exonération jusqu’à 2 PASS. Si l’indemnité dépasse ce seuil, la fraction excédentaire est soumise aux cotisations. Si elle dépasse 10 PASS, elle est intégralement soumise.
  • CSG et CRDS : s’appliquent sur la part imposable, sans abattement.

📌 Exemple : une indemnité supra-légale de 120 000 € versée en 2025, avec un PASS fixé à environ 46 368 €, entraînera une exonération partielle mais sera en grande partie réintégrée dans l’assiette sociale et fiscale.

5. Quel délai de carence avant de percevoir les allocations chômage après une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations chômage, mais le versement effectif est différé par :

  1. Un délai d’attente incompressible de 7 jours (article L5422-1 du Code du travail).
  2. Un différé spécifique d’indemnisation, calculé sur la part supra-légale de l’indemnité : montant / 107,9, plafonné à 150 jours (ou 75 en cas de licenciement économique).
  3. Un différé congés payés, correspondant aux jours de congés indemnisés par l’employeur.

📌 Exemple : si un salarié touche 20 000 € d’indemnité supra-légale, il aura un différé supplémentaire d’environ 185 jours (20 000 / 107,9), mais celui-ci sera plafonné à 150 jours maximum.

Ainsi, le salarié peut attendre plusieurs mois avant de percevoir son indemnisation chômage.

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