La discrimination au travail constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des salariés et un manquement direct aux principes d’égalité de traitement inscrits dans le Code du travail et dans les textes européens, notamment la directive 2000/78/CE du Conseil. Malgré ces protections, la réalité du contentieux montre que de nombreux salariés se heurtent encore à des difficultés majeures lorsqu’il s’agit de démontrer la matérialité d’une discrimination.
Traditionnellement, le droit impose à celui qui allègue un fait d’en rapporter la preuve. Or, dans le cas particulier des discriminations, cette exigence stricte met le salarié dans une position de faiblesse : il ne dispose pas toujours des documents nécessaires (bulletins de paie, décisions de recrutement, bilans d’évaluation, curriculum vitae des candidats retenus, etc.), ceux-ci étant détenus par l’employeur.
Afin de rétablir l’équilibre entre les parties, le législateur a instauré un aménagement de la charge de la preuve. L’article L. 1134-1 du Code du travail prévoit que le salarié n’a pas à prouver directement la discrimination : il lui suffit de présenter un faisceau d’indices précis et concordants laissant supposer son existence.
Ce mécanisme repose sur une logique protectrice : dès que le salarié apporte des éléments laissant présumer une inégalité de traitement, il appartient alors à l’employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
Dans ce contexte, la jurisprudence et les recommandations de la Défenseure des droits rappellent régulièrement l’importance de garantir un véritable accès à la preuve, en permettant au juge d’adopter une approche active et d’ordonner, si nécessaire, la communication de pièces détenues par l’employeur. Cette approche vise à rendre effectif le droit de chaque salarié de faire reconnaître la discrimination subie et d’obtenir réparation du préjudice.
L’article L. 1134-1 du Code du travail précise que « lorsque survient un litige relatif à une discrimination, le salarié présente des éléments de fait laissant supposer son existence. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ».
Ainsi, le salarié n’a pas à rapporter une preuve complète. La jurisprudence de la Cour de cassation confirme régulièrement que la présentation d’un faisceau d’indices suffit pour inverser la charge de la preuve. Ce système vise à protéger la victime présumée face à l’asymétrie d’information.
Le déséquilibre persiste néanmoins dans la pratique : l’employeur conserve souvent les bulletins de paie, les curriculum vitae des candidats retenus ou encore les données sur les promotions. Sans communication de ces éléments, le salarié ne peut démontrer la différence de traitement dont il s’estime victime.
Dans sa décision-cadre n°2022-139 du 31 août 2022, la Défenseure des droits a rappelé que les juges doivent jouer un rôle actif en ordonnant, le cas échéant, des mesures d’instruction pour garantir l’effectivité du droit au recours.
L’article L. 1134-1, alinéa 3 du Code du travail permet au juge de prendre toute mesure d’instruction qu’il estime utile afin de former sa conviction. Cette disposition donne au magistrat un rôle déterminant dans le contentieux de la discrimination.
D’autres textes complètent ce dispositif :
En permettant au salarié d’apporter de simples indices et au juge d’ordonner des investigations, le droit français cherche à rééquilibrer la relation de travail. L’objectif est de rendre effectif le droit à un procès équitable et d’éviter que l’employeur, détenteur exclusif de certaines informations, ne prive le salarié de toute possibilité de démontrer la discrimination.
Un faisceau d’indices est constitué lorsque plusieurs éléments concordants tendent à démontrer l’existence d’une discrimination. Il peut s’agir par exemple :
Pris isolément, chaque indice peut sembler insuffisant. Mais ensemble, ils créent une présomption sérieuse de discrimination, qui oblige l’employeur à se justifier. Ce mécanisme illustre une logique protectrice : dès qu’un doute existe, il profite au salarié.
La Défenseure des droits occupe une place essentielle dans le dispositif français de lutte contre les discriminations. Autorité administrative indépendante, elle est chargée de veiller au respect de l’égalité de traitement et de garantir l’effectivité des droits fondamentaux. Toute personne s’estimant victime d’une discrimination directe ou indirecte peut la saisir gratuitement, sans condition de représentation par un avocat.
Au-delà de son rôle de médiation et d’accompagnement des victimes, la Défenseure des droits émet régulièrement des recommandations destinées aux pouvoirs publics, aux employeurs et aux juridictions. Ces recommandations permettent de rappeler l’importance d’un accès concret à la preuve, condition indispensable pour que les victimes puissent faire valoir leurs droits devant le juge.
Dans sa décision-cadre n°2022-139 du 31 août 2022, Madame Claire Hédon, actuelle Défenseure des droits, a mis en lumière les difficultés structurelles rencontrées par les salariés : impossibilité d’accéder aux bulletins de paie de leurs collègues pour établir une comparaison, opacité des procédures de recrutement, ou encore absence de transparence dans les critères de promotion. Ces obstacles empêchent bien souvent la reconnaissance judiciaire de la discrimination.
Face à ce déséquilibre, la Défenseure des droits insiste sur la nécessité pour les juges d’user pleinement de leurs prérogatives procédurales : ordonner la communication de pièces, recourir aux mesures d’instruction prévues par le Code du travail et le Code de procédure civile, ou encore adopter un rôle actif dans la recherche de la vérité. Son objectif est de renforcer l’effectivité du droit au recours et d’assurer que toute personne discriminée puisse obtenir une réparation intégrale de son préjudice.
En outre, la Défenseure des droits contribue à une meilleure sensibilisation des acteurs sociaux (employeurs, syndicats, magistrats) et propose régulièrement des réformes législatives visant à améliorer l’accès à la preuve et à réduire les discriminations systémiques.
La problématique de la preuve en matière de discrimination illustre toute la complexité du droit du travail contemporain. Si le législateur a prévu un mécanisme d’allègement de la charge probatoire au profit du salarié, l’effectivité de ce droit repose en grande partie sur la capacité du juge à jouer un rôle actif dans la recherche de la vérité. L’article L. 1134-1 du Code du travail, l’article 145 du Code de procédure civile ou encore les dispositions du Code du travail en matière prud’homale confèrent au juge les moyens d’ordonner des mesures d’instruction indispensables pour accéder à des preuves détenues par l’employeur.
Ce dispositif permet de transformer des indices isolés en un faisceau d’indices convergents, capable de renverser la présomption et d’ouvrir la voie à une reconnaissance judiciaire de la discrimination. L’enjeu dépasse le simple contentieux individuel : il s’agit de garantir l’égalité de traitement entre les salariés, de protéger la dignité au travail et de rendre pleinement effectif le droit à un recours équitable.
Ainsi, en combinant l’initiative des salariés victimes, l’accompagnement d’avocats spécialisés et l’intervention active du juge, le droit français tend à rééquilibrer la relation de travail et à assurer que toute forme de discrimination, directe ou indirecte, puisse être sanctionnée et réparée.
La preuve en matière de discrimination est particulière : le salarié n’a pas besoin de démontrer directement la discrimination. Selon l’article L. 1134-1 du Code du travail, il doit seulement présenter des éléments laissant supposer l’existence d’un traitement inégal. Ces éléments, appelés faisceau d’indices, peuvent inclure :
Pris isolément, chaque indice peut sembler insuffisant. Mais lorsqu’ils sont rapprochés, ils créent une présomption de discrimination. Dès lors, c’est à l’employeur de prouver que sa décision est fondée sur des critères objectifs et légitimes.
Une fois que le salarié présente un faisceau d’indices, la charge de la preuve se renverse. L’employeur doit alors justifier sa décision par des éléments objectifs et étrangers à toute discrimination. Par exemple :
La jurisprudence exige que ces justifications soient réelles, pertinentes et vérifiables. Un simple prétexte ou une explication vague ne suffisent pas. Si l’employeur ne parvient pas à apporter la preuve d’éléments objectifs, le juge retiendra l’existence d’une discrimination.
Le régime probatoire spécifique en matière de discrimination a été conçu pour protéger les salariés face à l’inégalité d’accès à la preuve. L’article L. 1134-1 du Code du travail instaure une règle dérogatoire au droit commun de la preuve :
Ce mécanisme est conforme aux principes posés par le droit de l’Union européenne, notamment par la directive 2000/78/CE relative à l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail. Il vise à éviter qu’une discrimination réelle ne reste impunie simplement parce que la victime n’a pas accès aux documents détenus par l’employeur.
Le juge dispose de plusieurs moyens légaux pour surmonter le déséquilibre entre le salarié et l’employeur dans l’accès à la preuve :
Ces outils confèrent au juge un rôle actif afin de garantir que la victime d’une discrimination puisse faire valoir ses droits.
La Défenseure des droits, autorité indépendante, est compétente pour recevoir les réclamations de toute personne s’estimant victime de discrimination. Dans sa décision-cadre n°2022-139 du 31 août 2022, elle a rappelé que l’accès à la preuve reste l’un des principaux obstacles à la reconnaissance judiciaire des discriminations.
Elle souligne notamment que l’employeur détient des éléments essentiels comme les bulletins de salaire comparatifs, les procédures de recrutement ou les dossiers d’évaluation. Dès lors, elle recommande aux juges d’user pleinement de leurs pouvoirs d’investigation pour garantir l’effectivité du droit au recours.
La Défenseure des droits joue également un rôle de sensibilisation et de proposition de réformes pour renforcer l’égalité de traitement et améliorer les outils procéduraux mis à disposition des victimes.