Par defendstesdroits.fr – Rédaction juridique
Le régime juridique applicable aux salariés victimes d’un accident du travail constitue l’un des dispositifs les plus protecteurs du Code du travail. Dès la survenance d’un accident d’origine professionnelle, le contrat de travail est immédiatement suspendu, entraînant un ensemble de droits renforcés destinés à préserver la santé de la victime et empêcher toute mesure de rétorsion patronale liée à son état de santé. Cette protection s’inscrit au cœur du droit à la sécurité au travail, lequel impose à l’employeur une obligation générale de prévention.
Toutefois, cette protection, bien que robuste, n’est pas absolue. Certaines entreprises se trouvent confrontées à des situations où la présence du salarié est indispensable, où un comportement fautif grave est avéré ou encore où l’activité elle-même est menacée. Il peut donc exister des circonstances dans lesquelles un licenciement demeure légalement envisageable, malgré la suspension du contrat.
Comprendre les contours de cette dérogation à l’interdiction générale de licencier pendant un accident du travail suppose une analyse rigoureuse de la jurisprudence, des articles L1226-7 et suivants du Code du travail, ainsi que des décisions récentes de la Cour de cassation. L’objet du présent article est de présenter, dans une tonalité claire et juridique, la portée de la protection du salarié, les exceptions admises et la procédure applicable en cas de licenciement.
1. compréhension de la protection du salarié en accident du travail
2. peut-on licencier pendant un arrêt lié à un accident du travail ?
3. la faute grave comme exception légale au maintien du contrat
4. l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif non lié à l’accident
5. motifs interdits de licenciement durant l’arrêt de travail
6. procédure à respecter en cas de licenciement pendant un accident du travail
7. conséquences juridiques d’un licenciement illégal
8. enjeux financiers pour l’employeur et risques contentieux
Selon l’article L1226-7 du Code du travail, le contrat de travail est suspendu lorsque la victime d’un accident du travail bénéficie d’un arrêt de travail. Pendant toute la durée de cette suspension, l’employeur ne peut pas prononcer de licenciement, sauf exceptions strictement encadrées.
Cette protection débute dès que l’employeur est informé du caractère professionnel de l’accident, même si la CPAM n’a pas encore statué (Cass. soc., 17 mai 2016, n°14-23702).
La protection cesse à la reprise du travail, après avis favorable du médecin du travail.
L’article L1226-9 du Code du travail énonce deux motifs permettant de rompre le contrat d’un salarié en accident du travail :
Aucun autre motif ne peut légalement justifier un licenciement durant cette période.
La faute grave est celle qui rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pendant la durée de préavis.
Elle peut être :
Dans tous les cas, la faute doit être précise, prouvée et imputable au salarié.
L’article L1332-4 du Code du travail impose à l’employeur d’engager les poursuites disciplinaires dans les 2 mois à compter de la connaissance des faits. Ce délai n’est pas interrompu par la suspension du contrat (Cass. soc., 17 janv. 1996, n°92-42031).
Après l’entretien préalable, la sanction doit être notifiée dans le mois, sous peine de nullité (Cass. soc., 21 nov. 2007, n°06-44993).
L’employeur peut aussi rompre le contrat s’il justifie que le maintien du contrat est impossible, pour un motif :
Ne peuvent jamais justifier un licenciement pendant un accident du travail :
Toute rupture fondée sur l'un de ces motifs est nulle.
Selon l’article L1226-13 du Code du travail, tout licenciement prononcé en dehors des deux exceptions prévues est nul.
Le salarié peut demander :
La reconnaissance d’un accident du travail a pour effet d’augmenter le taux de cotisation AT/MP de l’entreprise, ce qui explique l’enjeu financier majeur lié au respect des règles de protection.
Un licenciement mal encadré expose l’employeur à :
La protection du salarié victime d’un accident du travail constitue un pilier essentiel du droit social français, garantissant que son état de santé ne puisse jamais justifier une rupture de son contrat. Pour autant, le législateur et la jurisprudence admettent que certaines situations exceptionnelles permettent tout de même un licenciement lorsque l’employeur apporte des preuves solides et objectives. La faute grave ou l’impossibilité absolue de maintenir le contrat pour un motif totalement étranger à l'accident représentent les deux seuls fondements légaux permettant d’agir.
Toute décision doit être guidée par une analyse attentive des faits, des délais disciplinaires et des exigences procédurales, car le moindre manquement expose l’employeur à la nullité de la rupture, avec des conséquences indemnitaires importantes. Dans un contexte où les obligations de prévention et de sécurité sont de plus en plus renforcées, la prudence, la transparence et la rigueur juridique demeurent les conditions incontournables d’une gestion conforme à la loi et à la jurisprudence sociale.
En règle générale, un employeur ne peut pas licencier un salarié dont le contrat est suspendu en raison d’un accident du travail. Cette interdiction résulte de l’article L1226-9 du Code du travail, qui instaure une protection complète dès que l’employeur a connaissance du caractère professionnel de l’accident, même si la CPAM n’a pas encore rendu sa décision définitive.
La protection s’applique du premier jour d’arrêt jusqu’à la fin de la suspension du contrat.
Toutefois, il ne s’agit pas d’une protection absolue : deux exceptions légales permettent une rupture du contrat. L’employeur doit alors démontrer que la décision respecte strictement les critères posés par la loi et la jurisprudence, faute de quoi le licenciement encourt la nullité, avec des conséquences indemnitaires importantes.
La faute grave est un comportement du salarié qui rend impossible son maintien dans l’entreprise, même temporairement. Le salarié peut donc être licencié pour faute grave pendant la suspension de son contrat, sous réserve d’apporter des preuves objectives du comportement incriminé.
Cette faute peut être :
Il est essentiel de souligner que la procédure disciplinaire doit respecter les délais légaux : 2 mois pour engager l’action disciplinaire à compter de la connaissance des faits (article L1332-4) et 1 mois pour notifier la sanction après l’entretien préalable. Le non-respect de ces délais entraîne la nullité du licenciement.
Ce motif constitue la seconde exception prévue par la loi (article L1226-9). Il ne peut être invoqué que si l’employeur démontre que la poursuite du contrat est objectivement impossible, pour une raison totalement indépendante :
Les juges admettent cette justification uniquement dans des circonstances exceptionnelles, comme :
En revanche, sont expressément exclus :
L’impossibilité doit être matériellement démontrable, et non invoquée par convenance.
Un licenciement prononcé en dehors des deux exceptions prévues est automatiquement nul, en application de l’article L1226-13 du Code du travail. Cette nullité entraîne des conséquences très lourdes pour l’employeur.
Le salarié peut demander :
L’employeur peut également voir sa responsabilité civile engagée et être condamné sur le terrain de la faute inexcusable lors d’un autre contentieux. En outre, un licenciement irrégulier peut être retenu par la CARSAT pour majorer le taux AT/MP de l’entreprise.
Jamais. La jurisprudence est constante : même en cas de difficultés financières sérieuses, l’employeur ne peut pas licencier un salarié en accident du travail pour un motif économique (Cass. soc., 18 févr. 2015).
Un motif économique n’appartient pas à la catégorie des motifs permettant de caractériser une “impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident”.
La seule hypothèse possible est la cessation totale d’activité, qui n’est pas un motif économique mais une impossibilité matérielle de maintenir le contrat.
Ainsi, un plan de sauvegarde de l’emploi, une réorganisation, une baisse de commandes ou une dégradation de la situation financière ne peuvent en aucun cas servir de fondement au licenciement d’un salarié en accident du travail.