Les soins dentaires occupent une place essentielle dans la santé publique. Lorsqu’ils sont réalisés dans les règles de l’art, ils contribuent à améliorer la qualité de vie des patients. Mais lorsque le praticien commet une erreur, les conséquences peuvent être lourdes : douleurs persistantes, aggravation de l’état de santé bucco-dentaire, dégradations esthétiques irréversibles, frais supplémentaires élevés, voire perte de revenus.
En France, la responsabilité des chirurgiens-dentistes est encadrée par un ensemble de règles juridiques strictes, qui visent à protéger le patient tout en respectant la spécificité de l’activité médicale. L’article 1140 du Code civil pose le principe général de la réparation intégrale du dommage causé. L’article L. 1142-1 du Code de la santé publique précise que les professionnels de santé libéraux, comme les dentistes, sont responsables des conséquences dommageables d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins en cas de faute prouvée.
Contrairement à d’autres prestataires de services soumis à une obligation de résultat, le dentiste est tenu d’une obligation de moyens.
Cela signifie qu’il doit mettre en œuvre tous les actes et diligences conformes aux données acquises de la science, sans pouvoir garantir systématiquement un résultat parfait.
La difficulté pour le patient réside donc dans la preuve : il doit démontrer l’existence d’une faute, d’un préjudice et d’un lien de causalité direct entre les deux. Dans ce contexte, connaître ses droits et les recours possibles est essentiel pour agir efficacement, que ce soit par une démarche amiable auprès du praticien ou de son assureur, par une procédure disciplinaire devant l’Ordre des chirurgiens-dentistes, ou par une action judiciaire devant les tribunaux.
Le dentiste doit fournir des soins consciencieux, attentifs et conformes aux règles de l’art. Selon la jurisprudence, il n’est pas tenu d’obtenir la guérison, mais doit démontrer qu’il a tout mis en œuvre pour y parvenir. La charge de la preuve repose sur le patient, qui doit établir :
Le patient doit obtenir une copie intégrale de son dossier médical. Ce document contient les comptes rendus, radiographies, devis, factures et tout élément relatif aux soins. Le dentiste est tenu de le fournir dans un délai de huit jours (ou deux mois si les informations datent de plus de cinq ans).
Pour évaluer les manquements, il est recommandé de solliciter un médecin-conseil indépendant. Ce professionnel pourra rédiger un rapport médical détaillé permettant d’étayer la demande d’indemnisation.
Avant tout recours judiciaire, une mise en cause ou une mise en demeure peut être adressée au dentiste. Cette démarche permet souvent de transmettre directement le dossier à son assureur, lequel peut proposer une indemnisation après expertise.
Le patient peut obtenir réparation pour :
Conformément à l’article L. 1142-2 du Code de la santé publique, l’assureur du dentiste peut diligenter une expertise pour déterminer la responsabilité. Le patient peut accepter ou refuser l’offre proposée, et saisir le juge en cas d’évaluation jugée insuffisante.
Pour les litiges inférieurs à 10 000 €, c’est le tribunal judiciaire – anciennement tribunal d’instance – qui est compétent. Au-delà de ce montant, la compétence reste également au tribunal judiciaire, mais la procédure peut varier selon la nature du litige.
Ce recours vise à engager la responsabilité civile professionnelle du dentiste sur le fondement de l’article L. 1142-1 du Code de la santé publique et de l’article 1240 du Code civil (responsabilité délictuelle) ou de l’article 1140 du Code civil (responsabilité contractuelle).
Le patient peut agir avec ou sans avocat selon la valeur du litige, mais l’assistance d’un professionnel du droit est fortement recommandée. Un avocat spécialisé en droit médical pourra :
Le Conseil départemental de l’Ordre des chirurgiens-dentistes peut être saisi en cas de manquement déontologique ou d’infraction au Code de déontologie des chirurgiens-dentistes (articles R. 4127-201 à R. 4127-282 du Code de la santé publique).
Ce recours permet d’obtenir :
En cas de blessures involontaires (article 222-19 du Code pénal) ou de mise en danger délibérée de la vie d’autrui (article 223-1 du Code pénal), le patient peut déposer plainte auprès du procureur de la République, d’un commissariat ou d’une gendarmerie.
Ce type de recours est réservé aux situations où la faute est manifeste et grave, par exemple :
Un litige avec un dentiste ne se règle pas à la légère. Les enjeux, à la fois médicaux, esthétiques et financiers, peuvent être considérables. Le droit français offre au patient plusieurs voies pour obtenir réparation : règlement amiable, procédure disciplinaire ou action judiciaire.
Chacune de ces options obéit à des règles précises et à des délais stricts, notamment la prescription de 5 ans prévue par l’article 2224 du Code civil.
La clé d’une action efficace réside dans la constitution d’un dossier solide, comprenant le dossier médical complet, les justificatifs financiers, les preuves des souffrances subies, ainsi que, si possible, une expertise indépendante. La vigilance est de mise à chaque étape : une mauvaise évaluation du préjudice, un manquement procédural ou un délai non respecté peuvent compromettre l’issue du recours.
S’il est recommandé d’envisager en premier lieu une résolution amiable avec le praticien ou son assurance, il ne faut pas hésiter à recourir aux juridictions compétentes si cette voie échoue. Enfin, un accompagnement par un médecin-conseil et un avocat spécialisé augmente significativement les chances d’obtenir une indemnisation adaptée à la gravité du préjudice subi.
1. Quels sont les recours possibles en cas de soins dentaires mal faits ?
Lorsqu’un patient estime avoir subi un préjudice à la suite de soins dentaires mal réalisés, plusieurs voies s’offrent à lui :
2. Comment prouver qu’un dentiste a commis une faute ?
La preuve de la faute repose sur trois éléments juridiques :
Pour établir cette preuve, il est conseillé de :
3. Quels préjudices peuvent être indemnisés ?
L’indemnisation vise à réparer intégralement le dommage subi, conformément à l’article 1140 du Code civil. Les préjudices indemnisables peuvent être :
4. Quel est le délai pour agir contre un dentiste ?
Le délai de prescription en matière de responsabilité médicale est fixé à 5 ans (article 2224 du Code civil). Ce délai court à partir du jour où le patient a connaissance :
Ce point de départ peut parfois être postérieur à la date des soins, par exemple lorsqu’une complication apparaît plusieurs mois après.
⚠️ Passé ce délai, aucune action ne sera recevable, sauf interruption de prescription (par exemple par une mise en demeure ou une assignation en justice).
5. L’assistance d’un avocat est-elle obligatoire pour agir ?
Devant le tribunal judiciaire, l’avocat n’est pas toujours obligatoire, notamment pour les litiges inférieurs à 10 000 €. Toutefois, en matière de responsabilité médicale, l’assistance d’un avocat spécialisé est fortement recommandée, car :
De plus, l’avocat peut coordonner le travail avec un médecin-conseil indépendant, ce qui renforce considérablement la crédibilité du dossier.