Fiscal

Litige avec une banque : frais abusifs, clôtures de compte et vos recours

Estelle Marant
Collaboratrice
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Litiges bancaires : comprendre vos droits et engager les bonnes démarches

Les relations entre clients et établissements bancaires sont régies par un cadre juridique précis destiné à encadrer la facturation des frais, la gestion des comptes et la régularité des opérations. Pourtant, de nombreux consommateurs se retrouvent confrontés à des litiges bancaires qui peuvent avoir un impact significatif sur leur situation financière : facturation excessive de frais de découvert, frais de tenue de compte abusifs, rejet de chèques sans provision non conforme à la loi ou encore clôture de compte sans notification préalable.

Ces situations, bien que fréquentes, ne relèvent pas uniquement de la politique interne des banques : elles sont strictement soumises aux dispositions du Code monétaire et financier et du Code de la consommation. En pratique, cela signifie que le client dispose de droits opposables à l’établissement bancaire et peut engager des recours, que ce soit par voie amiable ou judiciaire.

Connaître ces droits est essentiel pour identifier les pratiques irrégulières, comprendre les plafonds légaux applicables et agir efficacement. De la limitation des commissions d’intervention au respect du préavis légal en cas de clôture de compte, chaque aspect de la relation bancaire est encadré pour garantir un équilibre entre les intérêts de la banque et la protection du consommateur.

Cet article, proposé par defendstesdroits.fr, vous apporte un éclairage complet sur les conflits bancaires les plus fréquents, les textes légaux qui les régissent et les moyens concrets pour défendre vos intérêts.

Sommaire

  1. Comprendre les principaux litiges bancaires
  2. Les frais de découvert : un encadrement strict
  3. Chèques sans provision : droits et obligations
  4. Clôture de compte : un préavis obligatoire
  5. Recours en cas de litige bancaire

Comprendre les principaux litiges bancaires

Les conflits entre clients et établissements bancaires sont variés, mais certains reviennent régulièrement :

  • Facturation abusive de frais de découvert
  • Frais de tenue de compte excessifs
  • Rejet de chèque sans provision
  • Clôture de compte sans notification préalable

Si la loi autorise les banques à facturer certains frais, à fermer un compte ou à rejeter un chèque pour défaut de provision, ces pratiques sont strictement encadrées par le Code monétaire et financier et le Code de la consommation. En cas de non-respect de ces règles, le client dispose de recours amiables et judiciaires.

Les frais de découvert : un encadrement strict

Les plafonds légaux applicables

La loi du 26 juillet 2013 sur la séparation et la régulation des activités bancaires, complétée par le décret n° 2013-931 du 17 octobre 2013, limite les commissions d’intervention en cas de dépassement du découvert autorisé :

  • 8 € par opération et 80 € par mois maximum
  • 4 € par opération et 20 € par mois maximum pour les clients surendettés ou bénéficiant du service bancaire de base

Ces frais sont intégrés dans le taux effectif global (TEG) du découvert, lequel ne peut excéder le taux de l’usure prévu à l’article L. 314-6 du Code de la consommation.

L’obligation d’information préalable

Conformément au décret n° 2014-739 du 30 juin 2014 et à l’article R. 312-1-2 du Code monétaire et financier, la banque doit informer son client au moins 14 jours avant le débit des frais liés à une irrégularité de fonctionnement, y compris les commissions d’intervention.

Les frais de tenue de compte : actifs et inactifs

Comptes actifs

Depuis le 1er janvier 2016, les frais de tenue de compte actif sont généralisés. Ils ne sont pas plafonnés, mais doivent :

  • Être clairement identifiés comme "frais de tenue de compte" dans les documents tarifaires
  • Faire l’objet d’une information préalable au client au moins deux mois avant leur application ou leur modification

Comptes inactifs

Un compte est considéré comme inactif après 12 mois sans opération ou après le décès du titulaire sans manifestation d’héritier. L’arrêté du 21 septembre 2015, pris en application de l’article R. 312-19 du Code monétaire et financier, limite alors les frais à 30 € par an, débités à terme échu.

Chèques sans provision : droits et obligations

Chèques inférieurs ou égaux à 15 €

En application de l’article L. 131-82 du Code monétaire et financier, la banque doit payer un chèque d’un montant ≤ 15 € présenté moins d’un mois après émission, même en cas de provision insuffisante.

Procédure en cas de rejet

La loi du 11 décembre 2001 impose à la banque de prévenir le client par tout moyen approprié et de lui accorder un délai pour régulariser la provision. L’envoi du courrier d’information est facturé à un tarif libre, devant figurer dans la brochure tarifaire.

Plafonds de frais de rejet

Selon l’article D. 131-25 du Code monétaire et financier :

  • 30 € maximum par chèque ≤ 50 €
  • 50 € maximum par chèque > 50 €
    Un rejet répété d’un même chèque dans les 30 jours est considéré comme un seul incident, facturable une seule fois.

Clôture de compte : un préavis obligatoire

Une banque dispose de la faculté légale de fermer un compte bancaire, y compris lorsque celui-ci présente un solde créditeur, et ce sans avoir à motiver sa décision. Cette liberté contractuelle s’explique par le caractère à durée indéterminée de la relation bancaire, qui peut être rompue par l’une ou l’autre des parties.

Cependant, cette prérogative est encadrée par l’article L. 312-1-1 du Code monétaire et financier, qui impose à l’établissement bancaire :

  • De notifier par écrit au client sa décision de clôture, en utilisant un support durable (courrier postal ou électronique)
  • De respecter un préavis d’au moins deux mois avant la date effective de fermeture, afin de laisser au titulaire du compte le temps de transférer ses opérations et de régulariser d’éventuelles transactions en cours

Ce préavis est destiné à protéger les intérêts du client, en lui permettant :

  • D’ouvrir un nouveau compte dans un autre établissement
  • De modifier ses domiciliations (salaires, prestations sociales, prélèvements automatiques)
  • De régler les opérations en attente (chèques émis, virements à venir, paiements par carte différés)

Exception : cette obligation de notification et de préavis disparaît uniquement si le compte est inactif depuis plus de dix ans, c’est-à-dire lorsqu’aucune opération n’a été enregistrée et que le titulaire ou ses ayants droit ne se sont pas manifestés. Dans ce cas, les fonds sont transférés à la Caisse des dépôts et consignations en application de la loi n° 2014-617 du 13 juin 2014 dite loi Eckert.

En revanche, dans certaines situations particulières, la banque peut écourter ou supprimer le préavis si des éléments graves le justifient, par exemple :

  • Soupçon de fraude ou de blanchiment d’argent au sens du Code monétaire et financier
  • Utilisation frauduleuse du compte
  • Violation grave des conditions générales de la convention de compte

Dans tous les cas, la clôture ne doit pas être effectuée de manière abusive ou discriminatoire, sous peine pour la banque d’engager sa responsabilité civile.

Recours en cas de litige bancaire

1. Règlement amiable

En cas de frais abusifs ou de clôture irrégulière, le client doit adresser une réclamation écrite à la banque, en rappelant les références légales applicables et en joignant les justificatifs.

2. Mise en demeure et action en justice

En l’absence de réponse sous huit jours, une mise en demeure peut être envoyée. Si la banque ne régularise pas, le client peut saisir le tribunal compétent pour demander remboursement et dommages-intérêts.

Conclusion

Les litiges bancaires ne doivent jamais être considérés comme une fatalité. La loi encadre de manière stricte la facturation des frais de découvert, les conditions de rejet d’un chèque, l’application des frais de tenue de compte et la clôture d’un compte. Ces règles visent à préserver la transparence, à limiter les abus et à offrir aux consommateurs des moyens de contestation efficaces.

Face à un différend, la démarche doit être méthodique : identifier l’irrégularité, rassembler les preuves, rappeler les références légales et engager un recours adapté. La réclamation écrite, la mise en demeure et, si nécessaire, la saisine du juge compétent sont autant d’outils à la disposition du client pour obtenir réparation.

En vous appuyant sur les dispositions légales en vigueur et en respectant les procédures, vous renforcez vos chances d’obtenir un résultat favorable. Cette vigilance contribue également à instaurer un rapport équilibré avec l’établissement bancaire, fondé sur le respect des obligations contractuelles et la défense des droits du consommateur.

FAQ

1. Quels sont les litiges bancaires les plus courants ?
Les litiges les plus fréquents opposant les clients à leur banque concernent la facturation abusive de frais (découvert, incidents de paiement, tenue de compte), le rejet de chèques sans provision sans respect des procédures légales et la clôture unilatérale de compte sans préavis ou sans justification.
Par exemple :

  • Des commissions d’intervention dépassant les plafonds fixés par le décret n° 2013-931.
  • Des frais de tenue de compte appliqués sans préavis ou non conformes à la convention signée.
  • Un rejet de chèque sans notification préalable, en violation de l’article L. 131-73 du Code monétaire et financier.
  • Une clôture abusive sans respecter le préavis légal de deux mois prévu à l’article L. 312-1-1.

2. Quels sont les plafonds légaux pour les frais bancaires ?
Le droit français encadre strictement certains frais :

  • Commissions d’intervention : maximum 8 € par opération et 80 € par mois, ou 4 € par opération et 20 € par mois pour les clients fragiles financièrement (article R. 312-4-1 du Code monétaire et financier).
  • Frais de rejet de chèque : plafonnés à 30 € pour un chèque ≤ 50 € et 50 € pour un chèque > 50 € (article D. 131-25).
  • Frais de rejet de prélèvement : plafonnés au montant du prélèvement si ≤ 20 €, sinon limités à 20 € (article D. 133-6).
  • Frais pour compte inactif : maximum 30 € par an (arrêté du 21 septembre 2015).

3. La banque peut-elle clôturer un compte sans préavis ?
En règle générale, non. Selon l’article L. 312-1-1 du Code monétaire et financier, la banque doit notifier la clôture par écrit et respecter un préavis minimum de deux mois.
Exceptions :

  • Compte inactif depuis plus de 10 ans, transféré à la Caisse des dépôts (article L. 312-20).
  • Fermeture pour soupçon de fraude ou blanchiment, où la notification peut être immédiate.

4. Que faire si ma banque applique des frais abusifs ?
La procédure type comprend plusieurs étapes :

  1. Réclamation écrite à la banque, avec copie des relevés et références légales.
  2. En cas de silence ou de refus, saisine du médiateur bancaire (procédure gratuite, délai de réponse de 90 jours).
  3. Si aucun accord n’est trouvé, action judiciaire devant le juge des contentieux de la protection ou le tribunal judiciaire.
    Le délai de prescription est de cinq ans à compter de la découverte du prélèvement abusif (article 2224 du Code civil).

5. Quels droits pour un client en situation de fragilité financière ?
Les personnes considérées comme fragiles — souvent identifiées par des incidents répétés de paiement ou une situation de surendettement — bénéficient d’une offre spécifique :

  • Frais d’incidents limités à 20 € par mois.
  • Carte bancaire à autorisation systématique pour éviter les découverts.
  • Suivi personnalisé du compte.
    Ce dispositif, prévu à l’article L. 312-1-3 du Code monétaire et financier, vise à limiter la spirale des frais et protéger les clients vulnérables.

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