Immobilier

Litiges sur les visites en fin de bail : solutions juridiques

Estelle Marant
Collaboratrice
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Droit de visite du propriétaire : règles et recours en fin de bail

En fin de bail, la question du droit de visite du propriétaire soulève souvent des tensions entre bailleurs et locataires. D’un côté, le propriétaire souhaite mettre en valeur son bien pour le relouer rapidement ou le vendre dans les meilleures conditions. De l’autre, le locataire entend préserver sa jouissance paisible du logement jusqu’au dernier jour de la location, comme le lui garantit l’article 1719 du Code civil. Ce droit à la tranquillité ne saurait être sacrifié au profit de visites répétées ou mal encadrées.

En pratique, le cadre juridique qui régit les visites est souvent mal connu. Certains bailleurs estiment pouvoir accéder librement au logement pour des motifs légitimes, tandis que certains locataires refusent toute visite, parfois au mépris d’une clause contractuelle valable. Cette méconnaissance engendre des litiges fréquents, parfois portés devant les tribunaux.

La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, régissant les rapports locatifs, impose des règles strictes : autorisation préalable du locataire, horaires limités, exclusion des jours fériés. Les sanctions peuvent être lourdes, qu’il s’agisse d’un refus abusif du locataire ou d’une intrusion illégale du propriétaire.

Cet article a pour objectif de fournir aux justiciables une analyse complète et documentée du droit de visite du propriétaire en fin de bail, d’en expliquer les fondements légaux, les conditions d’exercice et les recours possibles en cas de litige. Les références au Code civil et au Code pénal permettent de clarifier les droits et obligations de chaque partie, tout en proposant des bonnes pratiques pour prévenir les conflits.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Fondement légal et principe de jouissance paisible
  3. Organisation contractuelle des visites
  4. Autorisation préalable du locataire
  5. Recours en cas de litige
  6. Bonnes pratiques pour éviter les contentieux
  7. Conclusion

Fondement légal et principe de jouissance paisible

Le droit de visite du propriétaire en fin de bail trouve ses limites dans le principe fondamental de jouissance paisible reconnu au locataire par l’article 1719 du Code civil. Selon ce texte, le bailleur est tenu de garantir au locataire une jouissance libre de toute perturbation pendant toute la durée du bail.

La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, qui régit les rapports locatifs, ne prévoit pas expressément un droit de visite au bénéfice du propriétaire en fin de bail, mais elle encadre strictement toute clause contractuelle permettant ces visites. L’article 4 de cette loi précise que les visites ne peuvent avoir lieu ni les jours fériés, ni plus de deux heures par jour ouvrable.

Ainsi, pour qu’un propriétaire puisse organiser des visites en vue de revendre ou de relouer le bien, il doit s’appuyer soit sur une clause précise insérée au bail, soit sur un accord ponctuel avec le locataire.

Organisation contractuelle des visites

L’insertion d’une clause de visite dans le contrat de location constitue un outil préventif essentiel pour éviter les litiges en fin de bail. Cette clause, librement négociée entre les parties lors de la signature du bail, doit être rédigée avec précision afin d’assurer la sécurité juridique de son application.

Elle doit impérativement préciser :

  • Les jours autorisés pour les visites, en excluant strictement les jours fériés, conformément aux dispositions de l’article 4 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;
  • Les horaires convenus, dans la limite légale de deux heures maximum par jour ouvrable, afin de préserver la jouissance paisible du locataire ;
  • La finalité des visites, qu’il s’agisse d’une revente du bien ou de sa remise en location.

Toute stipulation contractuelle qui élargirait ce droit au-delà des limites fixées par la loi serait réputée non écrite, c’est-à-dire juridiquement inopposable au locataire.

En signant le bail, le locataire s’engage à respecter ce dispositif contractuel. Cela implique qu’il devra autoriser les visites dans les conditions prévues, sauf cas de force majeure ou motif légitime. À défaut, il pourrait être exposé à une mise en demeure ou à une action judiciaire engagée par le bailleur pour faire valoir ses droits.

Autorisation préalable du locataire

Qu’elle soit prévue ou non par le contrat de bail, chaque visite du logement doit obligatoirement faire l’objet de l’accord explicite du locataire. Ce principe découle directement du droit au respect du domicile et de la jouissance paisible prévue par l’article 1719 du Code civil.

Le propriétaire ne peut en aucun cas pénétrer dans le logement de manière unilatérale. Une telle intrusion, même de courte durée et motivée par la vente ou la relocation du bien, constitue une violation de domicile au sens de l’article 226-4 du Code pénal, infraction passible de jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende. Cette protection est absolue et s’applique indépendamment du statut d’occupant (locataire en titre, sous-locataire autorisé, etc.).

L’accord du locataire peut être donné oralement, mais il est vivement recommandé d’obtenir une autorisation écrite. Ce document sert de preuve en cas de contestation et précise les dates, horaires et modalités des visites. Cette précaution devient indispensable lorsque :

  • Les visites ont lieu en l’absence du locataire ;
  • Les clés ou un double sont confiés temporairement au bailleur ou à un agent immobilier ;
  • Plusieurs intervenants (photographes, artisans, agents) doivent accéder au logement.

Une autorisation écrite signée par le locataire permet non seulement de sécuriser juridiquement l’accès, mais aussi d’éviter toute accusation de violation de domicile.

Recours en cas de litige

Refus abusif du locataire

Si le locataire refuse systématiquement l’accès au logement malgré une clause contractuelle valide ou un accord préalable, le propriétaire peut engager une procédure amiable en lui adressant une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette démarche, prévue par les articles 1344 et suivants du Code civil, rappelle les obligations du locataire et fixe un délai pour s’exécuter.

En cas d’échec, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire territorialement compétent pour faire respecter ses droits. Le juge pourra, le cas échéant, ordonner l’exécution forcée des visites ou allouer des dommages et intérêts.

Intrusion illégale du propriétaire

Inversement, si le propriétaire entre dans le logement sans accord du locataire, ce dernier peut :

  • Porter plainte pour violation de domicile (article 226-4 du Code pénal) ;
  • Solliciter des dommages et intérêts pour trouble de jouissance sur le fondement des articles 1240 et 1241 du Code civil.

Le locataire conserve également la possibilité de consigner les loyers en cas de trouble grave de jouissance, conformément à la jurisprudence constante de la Cour de cassation.

Bonnes pratiques pour éviter les contentieux

Négocier en amont
La meilleure approche consiste à privilégier la concertation anticipée. Dès la notification du congé (qu’il soit donné par le bailleur ou le locataire), il est opportun d’établir un calendrier précis des visites.

Cet accord préalable permet de concilier les intérêts du propriétaire, qui souhaite relouer ou vendre rapidement son bien, et la tranquillité du locataire, qui doit pouvoir continuer à jouir paisiblement de son logement jusqu’à la fin du bail. Cette démarche préventive réduit considérablement les risques de refus abusifs ou de tensions.

Formaliser les accords
Pour sécuriser juridiquement l’organisation des visites, il est fortement recommandé de formaliser par écrit toute autorisation ponctuelle ou récurrente. Ce document doit préciser :

  • Les dates et horaires exacts des visites ;
  • L’identité des personnes habilitées à entrer dans le logement (bailleur, agent immobilier, photographe, artisan) ;
  • Les conditions d’accès (présence ou non du locataire, remise de clés).

Cette formalisation devient essentielle lorsque les visites se déroulent en l’absence du locataire, car elle protège le bailleur contre toute accusation de violation de domicile et sert de preuve en cas de litige devant le tribunal judiciaire.

Respecter les horaires et conditions légales
Le respect strict des limites horaires fixées par la loi – soit maximum deux heures par jour ouvrable, hors jours fériés – est un gage de conformité et de bonne foi.

Le non-respect de ces règles peut être interprété comme un trouble de jouissance ouvrant droit à des dommages et intérêts au profit du locataire (articles 1240 et 1241 du Code civil). De même, il est recommandé d’éviter les visites à des heures susceptibles de causer un préjudice au locataire (tôt le matin, tard le soir), même si elles sont techniquement légales.

Conclusion

La fin d’un bail locatif est une période charnière où les droits du propriétaire et ceux du locataire doivent s’articuler dans un équilibre délicat. Le droit de visite n’est pas un droit absolu du bailleur mais une faculté strictement encadrée par la loi et par le contrat. À l’inverse, le locataire ne peut opposer un refus systématique lorsqu’une clause valable ou un accord préalable prévoit des visites dans le respect des conditions légales.

En matière de visites en fin de bail, anticipation et dialogue restent les maîtres-mots. Formaliser les modalités dans le contrat de location ou dans un accord écrit ponctuel permet de prévenir les incompréhensions. Les bailleurs ont tout intérêt à respecter scrupuleusement les horaires légaux et à obtenir l’autorisation explicite du locataire, tandis que les locataires doivent s’acquitter de leurs obligations contractuelles de bonne foi.

En cas de litige persistant, la voie amiable, appuyée par une mise en demeure juridiquement fondée, constitue la première étape avant toute action judiciaire. Enfin, le recours au juge doit rester l’ultime solution, lorsque toutes les tentatives de règlement ont échoué. En respectant ces principes, il est possible de concilier la valorisation du bien immobilier et le droit du locataire à une jouissance paisible jusqu’au terme du bail.

FAQ

1. Un propriétaire peut-il visiter le logement avant la fin du bail ?
Oui, mais sous des conditions strictes. L’article 1719 du Code civil garantit au locataire la jouissance paisible du logement pendant toute la durée du bail. Ainsi, même si le bailleur souhaite organiser des visites pour vendre ou relouer le bien, il doit obtenir l’autorisation préalable du locataire. La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 précise également que les visites ne peuvent pas excéder deux heures par jour ouvrable et sont interdites les jours fériés. En l’absence de clause contractuelle fixant les modalités, un accord ponctuel doit être négocié entre les parties.

2. Que risque un propriétaire qui entre sans autorisation dans le logement ?
Un propriétaire qui pénètre dans le logement sans accord du locataire commet une violation de domicile au sens de l’article 226-4 du Code pénal. Cette infraction est passible d’une peine maximale d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. En plus de cette sanction pénale, le locataire peut demander des dommages et intérêts devant le tribunal judiciaire sur le fondement de l’article 1240 du Code civil pour réparation du préjudice moral et du trouble de jouissance subis.

3. Un locataire peut-il refuser toutes les visites en fin de bail ?
Non, pas si une clause du bail prévoit les visites dans le respect des conditions légales. En cas de refus abusif, le propriétaire peut envoyer une mise en demeure au locataire par lettre recommandée avec accusé de réception. Si le refus persiste, il peut saisir le tribunal judiciaire afin d’obtenir l’exécution forcée ou des dommages et intérêts pour préjudice subi (perte de chances de relouer ou de vendre rapidement). Toutefois, le refus est légitime si le bailleur ne respecte pas les horaires légaux, tente de faire visiter le bien les jours fériés ou ne sollicite pas l’accord préalable.

4. Comment organiser les visites en fin de bail pour éviter un litige ?
La solution la plus efficace est d’anticiper. Dès la notification du congé, bailleur et locataire peuvent convenir par écrit d’un calendrier précis des visites. Celui-ci doit indiquer les jours autorisés, les horaires, la durée maximale et la finalité des visites (vente ou relocation). Il est recommandé d’obtenir une autorisation écrite lorsque les visites se déroulent en l’absence du locataire et que les clés sont confiées à un tiers (agent immobilier, artisan). Ce formalisme protège les deux parties et prévient les accusations de violation de domicile.

5. Quelles démarches engager en cas de litige sur les visites ?
En cas de conflit, la première étape consiste à privilégier un règlement amiable par l’envoi d’une mise en demeure au locataire ou au propriétaire, selon le cas. Cette mise en demeure, prévue par les articles 1344 et suivants du Code civil, doit rappeler les obligations légales ou contractuelles et fixer un délai raisonnable pour se conformer. Si la situation ne se règle pas, la partie lésée peut saisir le tribunal judiciaire territorialement compétent. Le juge pourra ordonner l’exécution des visites, prononcer des sanctions ou accorder des dommages et intérêts. Dans certains cas, il est également possible de recourir à un médiateur pour trouver un accord sans passer par la voie judiciaire.

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