Travail

Part salariale des tickets-restaurant : comment est-elle prélevée ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Tickets-restaurant et bulletin de paie : droits et obligations

Les titres-restaurant représentent aujourd’hui l’un des avantages sociaux les plus répandus dans les entreprises françaises. Destinés à faciliter la prise en charge des repas des salariés, ils participent directement à l’amélioration de leur pouvoir d’achat et constituent un élément attractif de la politique de rémunération. Contrairement à une idée reçue, les tickets-restaurant ne sont pas un avantage obligatoire, mais un dispositif facultatif que l’employeur peut décider de mettre en place, au même titre qu’un restaurant d’entreprise ou qu’une indemnité repas.

Leur fonctionnement repose sur un cofinancement entre l’employeur et le salarié. Cette répartition des coûts soulève toutefois une interrogation fréquente : la participation du salarié peut-elle être directement déduite de son salaire ? La question est essentielle, car le Code du travail encadre strictement les retenues opérées sur rémunération, afin de protéger le salarié contre des prélèvements arbitraires. Or, la jurisprudence est venue préciser que la déduction de la part salariale liée aux titres-restaurant ne constitue pas une retenue illicite mais un mécanisme légal, distinct de la notion de « fournitures diverses » visée à l’article L3251-1 du Code du travail.

Cet article revient sur la définition et le fonctionnement des titres-restaurant, leur qualification en tant qu’avantage social, les modalités de financement par l’employeur et le salarié, ainsi que les règles applicables à leur déduction sur le salaire. Il s’appuie sur les dispositions légales et sur les arrêts récents de la Cour de cassation pour offrir une vision complète des droits et obligations liés à cet avantage.

Sommaire

  1. Définition et fonctionnement des titres-restaurant
  2. Les tickets-restaurant sont-ils des avantages sociaux ?
  3. Répartition du financement entre employeur et salarié
  4. Déduction de la part salariale sur le salaire : cadre légal
  5. Jurisprudence sur la retenue liée aux titres-restaurant
  6. Obligations de l’employeur et droits du salarié

Définition et fonctionnement des titres-restaurant

Les titres-restaurant (ou "tickets-resto", "chèques déjeuner") permettent aux salariés de prendre en charge une partie de leurs repas. Ils ne sont pas obligatoires, l’employeur pouvant opter pour d’autres dispositifs : restaurant d’entreprise, prime de panier, indemnité repas.

Leur montant est fixé librement par l’employeur, dans la limite d’un plafond d’utilisation quotidien fixé par décret (25 € par jour depuis le décret n°2022-1266 du 29 septembre 2022). Ils peuvent être utilisés tous les jours, sauf le dimanche et les jours fériés, sauf si le salarié travaille à ces dates (article R3262-8 du Code du travail).

Ces titres ne constituent pas un avantage en nature, mais un avantage social assimilé à des frais professionnels selon l’Urssaf. Ils ouvrent droit à des exonérations sociales et fiscales sous conditions, notamment lorsque la part patronale respecte les limites fixées par la réglementation.

Financement : part employeur et part salariale

Le financement repose sur un système mixte :

  • l’employeur prend en charge une partie de la valeur du titre (généralement entre 50 % et 60 %) ;
  • le salarié supporte la part restante, appelée part salariale.

Exemple : pour un titre d’une valeur de 9 €, si l’employeur finance 60 % (soit 5,40 €), le salarié contribue à hauteur de 40 % (soit 3,60 €).

Cette contribution est automatiquement déduite du salaire net, sans que cela constitue une retenue illégale. Le salarié est libre de refuser les titres-restaurant ; dans ce cas, aucune déduction n’est opérée.

Déduction de la part salariale sur le salaire

L’article L3251-1 du Code du travail interdit à l’employeur de pratiquer des retenues pour recouvrer des fournitures diverses (ex. : matériel, outillage). Mais la jurisprudence (Cass. soc., 1er mars 2017) a jugé que les titres-restaurant ne rentrent pas dans ce champ.

Ainsi, la déduction opérée par l’employeur pour la part salariale constitue un mécanisme légal et admis par les juges. Elle correspond simplement au paiement par le salarié de son dû, en contrepartie d’un avantage dont il bénéficie.

Le prélèvement mensuel correspond au nombre de titres attribués multiplié par la part salariale unitaire. Concrètement, si un salarié travaille 20 jours dans le mois et bénéficie d’un titre par jour, la déduction sera égale à 20 fois la part salariale (ex. : 20 × 3,60 € = 72 €).

Obligations et précautions pour l’employeur

L’employeur qui met en place les titres-restaurant doit respecter un certain nombre d’obligations légales et pratiques afin d’éviter toute contestation de la part des salariés ou un redressement en cas de contrôle.

  • Informer clairement le salarié : le salarié doit connaître la valeur faciale du titre, ainsi que la répartition entre la part employeur et la part salariale. Cette information doit être transparente dès la mise en place du dispositif, mais aussi lors de chaque évolution (augmentation du montant, modification de la part patronale). Une communication claire évite les litiges liés à un manque de compréhension ou à une erreur d’interprétation.
  • Mentionner sur le bulletin de paie : la déduction opérée au titre de la part salariale doit apparaître distinctement sur le bulletin de salaire. Cette obligation permet d’assurer la traçabilité du prélèvement et garantit au salarié la possibilité de vérifier que la retenue correspond bien au nombre de titres attribués. Une omission ou une ligne imprécise peut être contestée devant le conseil de prud’hommes.
  • Respecter les plafonds d’exonération fixés par l’Urssaf : pour que la contribution patronale bénéficie du régime social et fiscal avantageux, elle doit représenter entre 50 % et 60 % de la valeur du titre, sans dépasser le plafond d’exonération fixé annuellement par l’Urssaf. Tout dépassement entraîne une réintégration dans l’assiette des cotisations sociales, ce qui alourdit les charges de l’entreprise.
  • Justifier la répartition financière : en cas de contestation par le salarié, l’entreprise doit être en mesure de prouver le mode de calcul appliqué et la correcte répartition entre la part patronale et la part salariale. Cela suppose de conserver une documentation précise (accord collectif, décision unilatérale de l’employeur, justificatifs comptables). En l’absence de justificatifs, l’employeur s’expose à une régularisation ou à une condamnation.

En pratique, un employeur prudent veillera à intégrer les règles de gestion des tickets-restaurant dans le règlement intérieur ou une note de service, afin de sécuriser juridiquement le dispositif et de prévenir toute contestation ultérieure.

Conclusion

Les tickets-restaurant s’inscrivent dans la catégorie des avantages sociaux qui renforcent l’attractivité de l’entreprise et améliorent les conditions de vie des salariés. Bien qu’ils ne soient pas obligatoires, ils répondent à un besoin pratique reconnu par le législateur et bénéficient d’un cadre juridique spécifique, notamment en matière de financement et d’exonérations sociales.

Leur particularité réside dans le partage du coût entre employeur et salarié. Contrairement à d’autres avantages en nature, le salarié participe directement à la dépense, ce qui justifie que sa contribution soit déduite du salaire.

Loin de constituer une retenue illégale, cette déduction est admise par la jurisprudence (Cass. soc., 1er mars 2017) comme un mode normal de participation à un avantage facultatif.

Pour les employeurs, le respect des règles est essentiel : la part patronale doit respecter les plafonds d’exonération fixés par l’Urssaf, la part salariale doit être clairement identifiée et le bulletin de paie doit mentionner le montant prélevé. Pour les salariés, il est important de savoir qu’ils disposent d’un droit de refus : l’attribution des titres-restaurant n’est pas imposée, mais une fois acceptée, elle implique automatiquement une contribution financière déduite de la paie.

En définitive, la question de la déduction sur salaire des tickets-restaurant illustre l’équilibre que le droit du travail cherche à instaurer : offrir des avantages collectifs attractifs, tout en garantissant la transparence et la légalité des retenues sur rémunération. C’est dans ce cadre que s’inscrit la pratique quotidienne des entreprises, entre souplesse d’organisation et sécurisation juridique des droits des salariés.

FAQ

1. Les tickets-restaurant sont-ils considérés comme un avantage en nature ?

Non. Les tickets-restaurant ne constituent pas un avantage en nature au sens du Code du travail. Ils sont qualifiés d’avantages sociaux et assimilés à des frais professionnels (Urssaf, Bulletin officiel de la Sécurité sociale). Cela signifie qu’ils ne sont pas intégrés au salaire brut soumis à cotisations, mais qu’ils bénéficient d’un régime fiscal et social particulier.

  • Avantage en nature : lorsque l’employeur fournit gratuitement un bien ou un service (logement, véhicule de fonction, repas gratuit) et que le salarié n’a aucune participation.
  • Avantage social : dispositif facultatif qui vient en complément de la rémunération, financé conjointement par l’employeur et le salarié.

Exemple : un repas offert gratuitement dans l’entreprise constitue un avantage en nature, tandis qu’un ticket-restaurant financé à 60 % par l’employeur et 40 % par le salarié relève d’un avantage social.

2. L’employeur peut-il déduire la part salariale directement sur le salaire ?

Oui, cette pratique est légale. L’article L3251-1 du Code du travail interdit à l’employeur d’opérer des retenues de salaire pour compenser des fournitures diverses (par exemple, des outils ou du matériel). Mais la Cour de cassation, dans un arrêt du 1er mars 2017 (n°15-18333), a clairement affirmé que les titres-restaurant ne relèvent pas de cette interdiction.

La participation du salarié n’est donc pas une retenue abusive, mais une contrepartie due. Le mécanisme est simple : chaque mois, l’employeur avance la totalité de la valeur des titres-restaurant, puis récupère la part salariale en l’indiquant sur le bulletin de paie.

Exemple : pour 20 tickets de 9 €, si la part du salarié est de 3,60 €, une somme de 72 € sera prélevée sur sa rémunération nette.

3. Quelle est la répartition habituelle entre employeur et salarié ?

Le Code du travail ne fixe pas de répartition obligatoire, mais les textes fiscaux conditionnent les exonérations sociales à une contribution patronale comprise entre 50 % et 60 % de la valeur du titre (BOI-SSM-0001, Urssaf).

  • Si la part employeur est inférieure à 50 % : il n’y a pas d’exonération.
  • Si elle dépasse 60 % : l’excédent est réintégré dans l’assiette des cotisations sociales.

Exemple : pour un ticket de 10 €, l’employeur peut financer entre 5 € et 6 €. Le salarié paiera donc entre 4 € et 5 €, prélevés directement sur son salaire.

Ce système vise à préserver un équilibre équitable entre employeur et salarié, tout en encourageant les entreprises à mettre en place ce dispositif.

4. Le salarié peut-il refuser de bénéficier des tickets-restaurant ?

Oui. L’octroi des tickets-restaurant est facultatif et nécessite l’accord du salarié. Il peut décider de ne pas en bénéficier. Dans ce cas, aucune déduction ne sera opérée sur son salaire.

Cependant, dès lors que le salarié accepte, sa participation devient obligatoire et automatique, sous forme de retenue sur salaire correspondant à la part fixée.

Il faut noter que le refus est rare car ce dispositif constitue un véritable complément de rémunération net d’impôts et de charges (sous conditions). Mais un salarié peut choisir de s’en passer, par exemple s’il bénéficie déjà d’un autre avantage (restaurant d’entreprise, indemnité repas).

5. Comment vérifier la déduction des tickets-restaurant sur la fiche de paie ?

Le bulletin de salaire doit faire apparaître de manière claire et distincte la ligne correspondant à la part salariale des tickets-restaurant. Cette mention permet au salarié de contrôler :

  • le nombre de titres attribués en fonction des jours travaillés ;
  • la valeur faciale du titre ;
  • la part employeur (souvent exonérée de charges) et la part salariale (prélevée).

En cas d’erreur, le salarié peut demander une régularisation immédiate. Si l’employeur persiste dans l’irrégularité, le salarié dispose d’un recours devant l’inspection du travail ou le conseil de prud’hommes.

Exemple : un salarié travaillant 22 jours dans le mois doit recevoir 22 titres. S’il n’en reçoit que 20 alors que 22 contributions salariales ont été déduites, il peut exiger une correction sur son prochain bulletin.

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