Travail

Professionnels : rédiger une facture conforme au Code de commerce

Estelle Marant
Collaboratrice
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Mentions obligatoires sur les factures : ce que dit le droit fiscal

La facture est bien plus qu’un simple justificatif commercial : elle est à la fois un document comptable, un support fiscal et une preuve juridique. Toute entreprise, quel que soit son statut, sa taille ou son secteur d’activité, est légalement tenue de remettre une facture à ses clients dans de nombreuses situations, en particulier dans les relations entre professionnels.

Cette obligation, encadrée par l’article L441-9 du Code de commerce et le Code général des impôts, s’inscrit dans un vaste corpus de règles destinées à garantir la transparence des transactions, à faciliter le contrôle fiscal et à protéger les parties prenantes contre les abus.

Mais encore faut-il savoir rédiger une facture conforme. Les exigences sont nombreuses : mentions obligatoires, informations sur les parties, conditions de règlement, TVA, pénalités de retard, numéro de facture chronologique...

Et les sanctions peuvent être lourdes en cas d’omission, d’inexactitude ou d’absence de facture, qu’elles soient fiscales, administratives ou pénales. Dans un contexte de dématérialisation progressive des obligations comptables et de généralisation de la facturation électronique d’ici 2026, la rigueur formelle devient un impératif juridique incontournable pour tous les professionnels.

Ce dossier vous permet de comprendre l’étendue de vos obligations en matière de facturation, d’identifier les mentions qui doivent obligatoirement figurer sur vos documents commerciaux, de différencier les règles applicables selon votre statut (entreprise classique, micro-entreprise, auto-entrepreneur), et d’anticiper les conséquences en cas de non-conformité. Il constitue un véritable appui juridique pour sécuriser vos pratiques professionnelles, tout en assurant la conformité de vos relations commerciales avec vos partenaires, clients ou sous-traitants.

Sommaire

  1. La facturation est-elle obligatoire pour tous les professionnels ?
  2. Mentions obligatoires relatives aux parties et à la transaction
  3. Quelles informations spécifiques doivent figurer sur la facture ?
  4. Quelles règles pour les auto-entrepreneurs et micro-entreprises ?
  5. Facturation électronique : ce que prévoit la loi pour 2026
  6. Sanctions fiscales, pénales et administratives en cas d’erreur

1. La facturation est-elle obligatoire dans toutes les situations ?

Entre professionnels

L’émission d’une facture est obligatoire pour toute vente de bien ou prestation de service entre professionnels, quelle que soit la nature ou le montant de la transaction. Cette obligation découle de l’article L441-9 du Code de commerce, modifié par la loi PACTE et précisé par l’article 289 du Code général des impôts.

Avec un consommateur

La délivrance d’une facture à un particulier n’est obligatoire que :

  • pour toute prestation de service d’un montant supérieur à 25 € TTC ;
  • sur demande expresse du client, pour toute opération, y compris la vente de biens.

Dans ces hypothèses, la facture prend souvent la forme d’une note, mais elle reste soumise à des mentions strictes (arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983).

2. Quelles sont les mentions obligatoires sur une facture professionnelle ?

La liste des mentions figure à l’article 242 nonies A de l’annexe II du Code général des impôts. Une facture doit mentionner a minima :

a) Informations sur l’émetteur (vendeur ou prestataire)

  • Dénomination sociale, forme juridique, capital social ;
  • Adresse du siège social ;
  • Numéro RCS et ville du greffe (pour les commerçants) ;
  • Numéro SIREN et RM (pour les artisans) ;
  • Numéro de TVA intracommunautaire (obligatoire au-delà de 150 € HT) ;
  • Assurance professionnelle souscrite si l’activité est réglementée (ex : artisans).

b) Informations sur l’acheteur

  • Nom ou raison sociale ;
  • Adresse complète ;
  • Numéro de TVA intracommunautaire si le client est lui-même assujetti (au-delà de 150 € HT).

c) Mentions de forme et de fond

  • Date d’émission ;
  • Numéro de facture, unique et chronologique ;
  • Date de la vente ou de la prestation, si différente ;
  • Conditions de règlement, délais, escomptes éventuels ;
  • Taux des pénalités de retard ;
  • Indemnité forfaitaire de 40 € due en cas de retard de paiement.

d) Détails des prestations

  • Nature, quantité et prix unitaire des produits ou services ;
  • Taux et montant de la TVA applicable (ou mention d’exonération) ;
  • Rabais, remises ou ristournes éventuellement accordés ;
  • Montants totaux HT et TTC.

3. Mentions spécifiques à certaines situations

Autoliquidation de la TVA

Dans certains cas, notamment dans le secteur du bâtiment ou en cas de vente intracommunautaire, la TVA est autoliquidée par l’acheteur. La mention « autoliquidation – article 283-2 CGI » doit impérativement figurer sur la facture. À défaut, le fournisseur devient indûment redevable de la TVA facturée à tort.

Autofacturation

Lorsque l’acheteur émet la facture au nom et pour le compte du vendeur, la mention « autofacturation » doit apparaître, accompagnée d’un accord écrit entre les parties.

Franchise en base de TVA

Les autoentrepreneurs et micro-entreprises bénéficiant de la franchise en base doivent apposer la mention « TVA non applicable – article 293 B du CGI » sur leurs factures.

Autres mentions spécifiques

  • Éco-participation : indiquer le montant de la contribution environnementale ;
  • Centre de gestion agréé : « membre d’un centre agréé, le règlement par chèque est accepté » ;
  • Facture rectificative : préciser la nature de la modification (erreur, oubli…).

4. Règles applicables aux autoentrepreneurs et microentreprises

Les entrepreneurs individuels doivent indiquer leur nom, prénom ainsi que leur éventuel nom commercial. Ils sont également tenus, en l’absence d’assujettissement à la TVA, de préciser l’application du régime de franchise, conformément à l’article 293 B CGI.

Bien que simplifiées, les obligations restent formelles. Une facture incomplète peut entraîner des sanctions similaires à celles applicables aux sociétés.

5. La facturation électronique : une réforme imminente

La loi de finances pour 2020 a instauré une obligation progressive de facturation électronique dans les échanges entre entreprises assujetties à la TVA, établies en France.

a) Calendrier d’entrée en vigueur

  • 1er janvier 2026 : obligation de réception pour toutes les entreprises, obligation d’émission pour les grandes entreprises ;
  • 2027 : généralisation à toutes les entreprises, y compris les TPE.

b) Modalités de transmission

Les factures devront transiter via le Portail Public de Facturation (Chorus Pro) ou une plateforme privée partenaire immatriculée.

c) Sanction en cas de manquement

L’omission d’émettre une facture électronique en temps utile pourra être sanctionnée d’une amende administrative de 15 € par document, plafonnée à 15 000 € par an (article 1737 CGI).

6. Quelles sanctions en cas de facture absente ou irrégulière ?

Les risques encourus varient selon la nature du manquement : fiscale, pénale ou administrative.

a) Sanctions fiscales

  • Amende de 50 % des sommes facturées ou reçues, si la facture est fictive ou sans fondement économique ;
  • Amende de 5 % plafonnée à 37 500 € si la transaction est comptabilisée mais la facture irrégulière ;
  • Amende de 15 € par omission ou inexactitude, plafonnée à 25 % du montant total de la facture.

b) Sanctions pénales

En application de l’article 131-39 du Code pénal, une entreprise peut être sanctionnée jusqu’à :

  • 75 000 € d’amende, voire 50 % du montant facturé ;
  • Exclusion temporaire des marchés publics (jusqu’à 5 ans).

c) Sanctions administratives

L’article L242-16 du Code des relations entre le public et l’administration prévoit également :

  • Amende maximale de 75 000 € pour une personne physique ;
  • Jusqu’à 375 000 € pour une personne morale, avec doublement en cas de récidive dans un délai de deux ans.

Conclusion

Maillon fondamental de toute relation économique, la facture professionnelle ne tolère aucune approximation. Elle engage la responsabilité de son émetteur et devient, en cas de litige, un élément de preuve déterminant dans la reconnaissance d’un droit à paiement. Mais elle est aussi l’un des instruments privilégiés de l’administration fiscale pour traquer les fraudes, les abus de droit ou les irrégularités déclaratives. À ce titre, sa rédaction doit être précise, exhaustive et conforme aux normes en vigueur, faute de quoi le professionnel s’expose à de lourdes sanctions pécuniaires, à des redressements fiscaux et, dans les cas les plus graves, à des sanctions pénales.

La montée en puissance de la facturation électronique, qui s’imposera à toutes les entreprises dans un avenir proche, vient renforcer encore l’importance de se former à la réglementation applicable. En structurant correctement votre facturation dès maintenant, vous vous assurez non seulement de répondre aux attentes de vos partenaires commerciaux, mais également de limiter les risques contentieux et de sécuriser vos flux financiers.

En définitive, maîtriser les règles de facturation, c’est affirmer votre crédibilité professionnelle, renforcer votre compliance juridique et bâtir une gestion d’entreprise fiable et durable. Rédiger sans erreur, c’est aussi facturer en toute sérénité.

FAQ

1. Quelles mentions sont légalement obligatoires sur une facture professionnelle ?
La facture constitue un document comptable et fiscal devant répondre à des exigences strictes définies notamment par l’article L441-9 du Code de commerce et l’article 242 nonies A de l’annexe II du Code général des impôts. Elle doit contenir les informations d’identification du vendeur (dénomination sociale, adresse du siège, numéro SIREN ou SIRET, immatriculation au RCS ou au répertoire des métiers, numéro de TVA intracommunautaire), mais aussi celles de l’acheteur (nom ou raison sociale, adresse, numéro de TVA si applicable).

La facture doit aussi inclure des mentions opérationnelles :

  • Date d’émission,
  • Numérotation chronologique unique,
  • Date de la prestation ou de la vente,
  • Conditions de paiement,
  • Détail des produits ou services,
  • Montants HT et TTC,
  • Taux et montant de la TVA,
  • Réductions appliquées,
  • Indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement en cas de retard de paiement,
  • Taux des pénalités de retard.

L’absence de l’une de ces mentions peut entraîner des amendes fiscales et, dans certains cas, engager la responsabilité pénale du professionnel.

2. Dans quels cas la facturation est-elle obligatoire avec un particulier ?
Contrairement à la relation entre professionnels, qui impose systématiquement l’émission d’une facture, les échanges avec des particuliers suivent un régime plus souple :

  • Pour les prestations de service, une facture est obligatoire dès 25 € TTC, ou sur simple demande du client, selon l’arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983.
  • Pour les ventes de biens, la facture est obligatoire uniquement en cas de vente à distance (vente en ligne ou par correspondance) ou si le client le demande.

Dans ces situations, on parle souvent de note, mais elle doit répondre aux mêmes exigences légales qu’une facture classique. Cela permet notamment au client d’invoquer ses droits à la garantie légale, à la preuve d’achat et aux réclamations post-livraison.

3. Les auto-entrepreneurs sont-ils soumis aux mêmes obligations de facturation ?
Oui. Le régime micro-entrepreneur ou auto-entrepreneur ne dispense en rien de l’obligation de facturation. Il impose même des mentions spécifiques supplémentaires. En particulier, si l’auto-entrepreneur bénéficie de la franchise en base de TVA, il doit faire figurer la mention suivante :
« TVA non applicable – article 293 B du CGI ».

Il doit également indiquer son nom et prénom, suivis le cas échéant de son nom commercial, ainsi que son numéro SIREN. Pour les activités artisanales, l’indication de l’assurance professionnelle est obligatoire. Les mêmes règles de numérotation, de détail des prestations et d’indemnité forfaitaire s’appliquent.

Ce régime n’exonère pas non plus de la facturation électronique à venir, ni des sanctions en cas de non-conformité. Le professionnel micro-entrepreneur reste pleinement responsable de ses obligations déclaratives et comptables.

4. Quelles sont les sanctions en cas d’absence ou d’erreur sur une facture ?
Les sanctions sont à la fois fiscales, pénales et administratives, en fonction de la nature du manquement :

  • Sanctions fiscales :
    → Amende de 15 € par omission ou inexactitude, plafonnée à 25 % du montant total de la facture.
    → En cas de facture fictive ou non conforme à une livraison réelle, une amende de 50 % du montant facturé peut être appliquée (article 1737 du CGI).
    → Pour les transactions non facturées ou non comptabilisées, l’amende peut atteindre 375 000 €.
  • Sanctions pénales :
    → Une infraction à la réglementation est punie d’une amende de 75 000 € pour les personnes physiques, portée à 50 % de la somme facturée ou due (article 131-39 du Code pénal).
    → Les personnes morales peuvent se voir exclues des marchés publics pendant 5 ans.
  • Sanctions administratives :
    → L’administration peut infliger une amende jusqu’à 75 000 € pour une personne physique, et 375 000 € pour une personne morale.
    → En cas de récidive dans les 2 ans, le plafond monte à 150 000 € et 750 000 € respectivement.

Ces sanctions visent à prévenir la fraude, à protéger l’intégrité des relations commerciales, et à assurer la traçabilité des transactions.

5. Qu’impose la réforme de la facturation électronique à partir de 2026 ?
La réforme issue de l’ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021 impose aux entreprises françaises d’émettre et de recevoir leurs factures exclusivement par voie électronique dans leurs relations interentreprises (B2B). Cette obligation s’appliquera progressivement entre 2026 et 2027, selon la taille de l’entreprise.

  • À compter du 1er janvier 2026, toutes les entreprises devront pouvoir recevoir des factures électroniques.
  • À partir de 2027, elles devront aussi les émettre via Chorus Pro ou une plateforme partenaire agréée.

Les objectifs de cette réforme sont multiples :
Lutter contre la fraude à la TVA,
Simplifier les déclarations fiscales,
Améliorer la gestion administrative des entreprises.

Toute entreprise ne respectant pas cette obligation s’expose à une amende de 15 € par facture non électronique, plafonnée à 15 000 € par année civile.

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