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Publicité d’entreprise : ce que la loi autorise ou interdit

Francois Hagege
Fondateur
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Communication d’entreprise : règles juridiques essentielles

Faire connaître son entreprise ne relève pas d’un simple réflexe commercial. En réalité, toute démarche de promotion — qu’il s’agisse d’un site internet, d’une page sur un réseau social, d’une campagne de publicité ou d’un événement public — engage juridiquement le professionnel qui en est à l’initiative. Trop souvent perçue à tort comme une opération libre et créative, la communication commerciale s’inscrit en réalité dans un cadre juridique strictement encadré par le droit français, tant pour des raisons de loyauté du marché que de protection du consommateur.

Du choix du nom commercial à l’usage des plateformes numériques, en passant par le contenu des messages publicitaires ou la protection de la marque, chaque action destinée à rendre visible une activité économique doit respecter des obligations légales précises. Le non-respect de ces normes peut entraîner des sanctions lourdes, aussi bien administratives que pénales. De plus, dans un écosystème économique marqué par la concurrence numérique, la réputation d’une entreprise peut être affectée de manière durable par une stratégie de visibilité mal maîtrisée juridiquement.

Ainsi, tout entrepreneur, dirigeant de TPE/PME, auto-entrepreneur ou professionnel libéral doit connaître les règles juridiques fondamentales qui encadrent la promotion de son activité, sous peine d’en assumer les conséquences. C’est à cette condition que la visibilité peut devenir un levier de croissance durable, et non un facteur de risque.

Sommaire

  1. Respecter les démarches légales avant toute communication
  2. Élaborer une stratégie de communication conforme au droit
  3. Créer un site web professionnel : obligations incontournables
  4. Utiliser les réseaux sociaux dans le respect des règles
  5. Protéger sa marque et son identité commerciale
  6. Organiser un événement promotionnel en toute légalité
  7. Collaborer avec des partenaires : cadre contractuel

1. Respecter les démarches légales avant toute communication commerciale

Avant de promouvoir une entreprise, il est impératif de sécuriser sa légalité d'existence. La communication commerciale est soumise à des obligations préalables qui trouvent leur fondement dans le droit des sociétés, le droit fiscal et le droit de la consommation.

Toute entité exerçant une activité commerciale ou artisanale doit avoir été immatriculée au Registre national des entreprises (RNE), en application de l'article L123-1 du Code de commerce. Cette immatriculation déclenche l'attribution d'un numéro SIREN indispensable pour toute démarche de publicité ou communication. De même, l’utilisation d’un nom commercial ou d’une enseigne doit être déclarée lors de cette immatriculation. La promotion d’une activité non enregistrée peut être considérée comme un acte de concurrence déloyale ou d’exercice illégal d’une activité commerciale.

Par ailleurs, toute entreprise diffusant des contenus promotionnels doit respecter la législation sur la publicité : celle-ci est régie par les dispositions de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN), ainsi que par le Code de la consommation en matière de pratiques commerciales loyales.

2. Élaborer une stratégie de communication conforme au droit

Concevoir un plan de communication ne relève pas seulement d’un impératif marketing. Il s’agit également d’un acte juridique engageant la responsabilité de l’entreprise en cas d’atteinte à la concurrence, aux consommateurs ou à la propriété intellectuelle. Ainsi, toute stratégie de communication doit :

  • identifier les canaux de diffusion compatibles avec la réglementation applicable : publicité numérique, affichage, mailing, événements publics ;
  • vérifier la conformité des contenus publicitaires aux exigences légales (interdiction des allégations trompeuses, mentions obligatoires, respect de l'image d'autrui) ;
  • prévoir un encadrement contractuel clair dans le cadre de partenariats, mécénats ou co-marketing.

Le non-respect de ces règles peut entraîner des sanctions administratives de la DGCCRF, des actions en responsabilité civile par des concurrents ou encore des amendes pénales, notamment en cas de pratiques commerciales trompeuses.

3. Créer un site internet : obligations juridiques incontournables

Un site professionnel n’est pas un simple outil promotionnel, il constitue un espace juridiquement réglementé. En vertu des articles 6 et suivants de la LCEN, tout site web d'entreprise doit comporter :

  • des mentions légales obligatoires (identité de l’éditeur, coordonnées, SIREN, RCS, directeur de la publication, hébergeur) ;
  • une politique de confidentialité conforme au RGPD (Règlement (UE) 2016/679) ;
  • une gestion transparente des cookies et traceurs, avec recueil du consentement explicite.

Les professionnels doivent également veiller à ne pas porter atteinte à des marques déposées ou à la propriété intellectuelle de tiers lorsqu’ils publient des contenus visuels, textes ou vidéos.

4. Publicité sur les réseaux sociaux : attention au droit de la consommation

La promotion via les plateformes sociales est encadrée par les mêmes règles que les autres formes de publicité. Toute promotion mensongère, exagérée ou omettant des informations essentielles est susceptible d’être qualifiée de pratique commerciale trompeuse.

En outre, les contenus sponsorisés, collaborations avec des influenceurs ou placements de produits doivent être signalés de manière visible et non équivoque, conformément à l’avis de l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) et aux recommandations de la DGCCRF. L'omission de cette information peut être réprimée au titre de la publicité dissimulée.

5. Protection de la marque et du nom commercial : une étape juridique stratégique

Faire connaître son entreprise implique également de protéger juridiquement son image. Le dépôt d’une marque à l’INPI, en vertu du Code de la propriété intellectuelle, est recommandé pour sécuriser le nom de l’entreprise, son logo, ses slogans, etc.

De même, l’acquisition d’un nom de domaine doit s’accompagner de précautions contractuelles avec le registrar et d’une vérification d’antériorité. En cas d’usurpation, l’action en concurrence déloyale ou en contrefaçon peut être engagée devant le tribunal judiciaire.

6. Organiser des événements promotionnels : conformité et autorisations

Les actions de communication physique (salons, expositions, ventes privées, distributions de flyers) sont soumises à une réglementation locale et nationale. Selon le type d'événement, des déclarations préalables en mairie peuvent être nécessaires.

Si l'événement implique la diffusion de musique ou de contenu protégé, il est indispensable d’obtenir l’autorisation de la SACEM, au risque de commettre une infraction de contrefaçon. De plus, certaines manifestations nécessitent des assurances spécifiques et un règlement intérieur conforme au droit de la sécurité.

Conclusion

La promotion d’une entreprise ne saurait être envisagée comme un simple levier de communication. Elle constitue un acte juridique structurant, indissociable de l’activité économique, qui suppose une rigueur dans la mise en œuvre et un respect scrupuleux des obligations légales. Qu’il s’agisse de créer un site web, d’animer une communauté sur les réseaux sociaux, d’organiser un événement ou de concevoir une identité de marque, toute action de visibilité engage la responsabilité du professionnel.

Agir en conformité avec la législation applicable, anticiper les obligations issues du Code de la consommation, du Code de commerce ou du RGPD, protéger ses droits via l’INPI, s’assurer contre les risques liés à la communication... Ces réflexes ne sont pas accessoires : ils sont au cœur d’une stratégie de développement sécurisée et pérenne.

Promouvoir son activité, oui. Mais le faire dans le respect du droit, c’est assurer à son entreprise une croissance visible, maîtrisée et juridiquement protégée.

FAQ

1. Quelles sont les démarches juridiques obligatoires avant de promouvoir une entreprise ?

Avant de communiquer sur votre activité, vous devez impérativement formaliser juridiquement votre entreprise. Cela passe par :

  • l'immatriculation auprès du Registre national des entreprises (RNE) ou au Registre du commerce et des sociétés (RCS) selon la nature de l'activité (commerciale ou artisanale) ;
  • l’attribution d’un numéro SIREN/SIRET délivré par l’INSEE via l’INPI ou le guichet unique (articles L123-1 et suivants du Code de commerce) ;
  • l’obtention des autorisations spécifiques, le cas échéant (licence, agrément, certification) ;
  • le dépôt de marque auprès de l’INPI pour protéger votre nom, logo ou slogan ;
  • le respect des obligations fiscales (numéro de TVA intracommunautaire, déclaration d’activité, option ou non pour la TVA) ;
  • et l’identification du régime social applicable au dirigeant (SSI, URSSAF, CIPAV…).

Ces démarches sont préalables à toute communication publique. Promouvoir une activité non déclarée expose à des sanctions pénales pour travail dissimulé (article L8221-3 du Code du travail) ou exercice illégal d’une activité réglementée.

2. Est-il possible de promouvoir son activité librement sur les réseaux sociaux ?

La communication digitale est libre dans le respect des règles encadrant la publicité, notamment :

  • Loyauté et véracité des contenus (article L121-1 du Code de la consommation) : toute affirmation doit pouvoir être prouvée, et ne doit pas induire le consommateur en erreur ;
  • Respect du RGPD (Règlement général sur la protection des données) si vous collectez des données personnelles via des formulaires ou outils de tracking ;
  • Mention obligatoire des partenariats ou contenus sponsorisés : selon l’ARPP et la DGCCRF, toute opération de communication commerciale dissimulée est interdite (publicité déguisée) ;
  • En cas de démarchage via messagerie ou email, respect du régime applicable à la prospection commerciale (opt-in ou opt-out selon les cas) ;
  • Pour les professions réglementées (avocats, experts-comptables, médecins…), la publicité reste encadrée par leurs codes déontologiques respectifs.

En résumé, les réseaux sociaux sont des outils puissants mais juridiquement encadrés, et tout professionnel se doit de sécuriser sa communication.

3. Quelles sont les obligations légales d’un site web d’entreprise ?

Tout site internet professionnel doit comporter un ensemble de mentions obligatoires prévues par :

  • L’article 6 III de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) du 21 juin 2004 ;
  • Le RGPD (Règlement UE 2016/679) ;
  • La directive ePrivacy sur les cookies et traceurs.

Les informations obligatoires sont notamment :

  • la dénomination sociale, forme juridique, capital, siège social, numéro RCS ou RM ;
  • le nom du directeur de publication et de l’hébergeur ;
  • une politique de confidentialité détaillée sur le traitement des données ;
  • un module de consentement aux cookies respectant les exigences de la CNIL ;
  • les conditions générales de vente (CGV) pour les sites e-commerce.

L’absence de ces éléments peut entraîner des sanctions administratives (jusqu’à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale – article 20 de la LCEN), voire un contentieux RGPD.

4. Quelles sont les règles à respecter lors de l’organisation d’un événement promotionnel ?

Organiser un événement pour promouvoir son entreprise implique plusieurs vérifications juridiques :

  • Respect du droit de l’événementiel : autorisations de la mairie pour occupation temporaire du domaine public, déclaration de débit de boisson temporaire, sécurité incendie si lieu ERP (Établissement recevant du public) ;
  • Contrats avec les prestataires (traiteur, animateurs, lieu, sécurité…) : pensez à formaliser par écrit toutes les conditions (prix, responsabilité, annulation) ;
  • Musique diffusée : obtenir les autorisations de la SACEM pour les droits d’auteur ;
  • Protection des images prises durant l’événement : respect du droit à l’image, notamment si les visages sont reconnaissables ;
  • Assurances : responsabilité civile organisateur, annulation ou interruption de l’événement.

Un événement mal encadré peut engager votre responsabilité civile ou pénale en cas d’incident ou d’infraction.

5. Quels sont les risques juridiques d’une campagne publicitaire non conforme ?

Les risques encourus sont multiples, et varient selon l’infraction commise :

  • Publicité trompeuse ou mensongère : sanctionnée jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende (article L132-2 du Code de la consommation) ;
  • Non-respect du RGPD : sanctions allant jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial ou 20 millions d’euros par la CNIL ;
  • Non-respect des mentions légales obligatoires : amendes administratives (LCEN) ;
  • Contrefaçon : en cas de reprise non autorisée d’éléments protégés (marque, visuel, slogan), vous engagez votre responsabilité civile et pénale (article L335-2 du Code de la propriété intellectuelle) ;
  • Sanctions ordinales : pour les professions réglementées en cas de non-respect des règles déontologiques de communication.

En somme, toute stratégie de communication doit être juridiquement auditée en amont pour éviter de porter atteinte aux droits des tiers ou à l’ordre public.

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