Travail

Publicité, site web, réseaux sociaux : ce que le droit impose aux entrepreneurs

Estelle Marant
Collaboratrice
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Stratégie de visibilité commerciale : que dit le droit ?

Se faire connaître est l’un des plus grands défis de toute entreprise, qu’elle soit naissante ou établie. À l’ère du numérique, de la concurrence dématérialisée et de la saturation publicitaire, il ne suffit plus d’avoir un bon produit ou un service innovant : il faut savoir se rendre visible, lisible et légitime. Pourtant, faire connaître son entreprise ne relève pas uniquement de la stratégie marketing ou de la communication digitale. Il s’agit aussi, et surtout, d’un enjeu juridique, trop souvent ignoré par les entrepreneurs.

Car avant de communiquer, il faut être conforme. Avant de promouvoir, il faut être déclaré. Avant de se rendre attractif, il faut être juridiquement structuré. Chaque action visant à accroître la notoriété de l’entreprise — création de site, lancement de campagne, présence sur les réseaux sociaux, organisation d’événements ou distribution de flyers — implique des obligations légales strictes, des textes à respecter, et parfois des formalités préalables. Négliger ces aspects expose l’entrepreneur à des sanctions, à des litiges ou à un déficit d’image parfois irrémédiable.

C’est pourquoi il est indispensable de comprendre les articulations entre visibilité commerciale et sécurité juridique. Loin d’être une contrainte, cette rigueur permet au contraire de renforcer la crédibilité de l’entreprise, de rassurer les partenaires et d’asseoir sa légitimité sur un marché souvent saturé.

Ce dossier juridique s’adresse aux professionnels soucieux de conjuguer performance économique et conformité réglementaire. Il passe en revue, de manière exhaustive et opérationnelle, les étapes obligatoires avant toute action de communication, les techniques juridiques pour protéger sa marque, les règles encadrant la publicité, les mentions obligatoires sur les supports numériques ainsi que les bonnes pratiques légales à adopter pour bâtir une stratégie de visibilité pérenne. Il est enrichi de références légales précises, afin d’apporter aux justiciables une information claire, fiable et directement exploitable.

Sommaire

  1. Vérifier la conformité juridique de son activité
  2. Choisir un statut adapté et protéger son nom commercial
  3. Déclarer son activité et respecter les mentions légales
  4. Créer un site internet conforme au RGPD
  5. Encadrer sa communication digitale et physique
  6. Utiliser les réseaux sociaux dans le respect du droit
  7. Protéger ses créations : logo, contenu, identité visuelle
  8. Collaborer avec des partenaires en toute sécurité juridique

1. Choisir un statut juridique adapté et conforme

Avant toute action de communication ou de promotion, l’entrepreneur doit impérativement donner une existence légale à son entreprise. Selon la nature du projet, plusieurs statuts sont envisageables : entreprise individuelle, micro-entreprise, société (SAS, SARL, SA, etc.).

L’activité ne peut être rendue publique sans une immatriculation préalable au Registre du commerce et des sociétés (RCS) ou au Répertoire des métiers (RM) selon les cas.

Par ailleurs, en fonction du secteur d’activité, certaines autorisations ou licences spécifiques peuvent être exigées (activités réglementées, commerce de détail, artisanat alimentaire, etc.). Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions pénales ou administratives.

2. Protéger son nom, sa marque et son contenu

Promouvoir son entreprise suppose d’exposer son identité commerciale : nom, logo, slogan, visuels, etc. Dès lors, il est impératif de protéger juridiquement ces éléments contre toute appropriation ou contrefaçon.

L’entrepreneur doit envisager :

  • Le dépôt d’un nom de marque auprès de l’INPI, conformément aux articles L.711-1 à L.711-4 du Code de la propriété intellectuelle ;
  • L’enregistrement d’un nom de domaine, via l’AFNIC, en veillant à ce qu’il ne porte pas atteinte à des droits antérieurs ;
  • La protection des contenus diffusés (textes, visuels, vidéos, logiciels), notamment par le droit d’auteur.

En cas d’omission, l’entreprise court un risque d’atteinte à sa réputation, de litige pour concurrence déloyale ou de procédure en contrefaçon.

3. Respecter les règles en matière de communication commerciale

Toute action de promotion – que ce soit en ligne ou hors ligne – est soumise à des obligations juridiques précises. La communication commerciale doit être loyale, véridique et non trompeuse. À ce titre :

  • La publicité comparative est autorisée sous conditions strictes ;
  • Le bénéfice d’une promotion doit être explicite (prix de référence, durée, conditions) ;
  • Les avis en ligne relayés doivent être authentiques ;
  • Toute communication adressée à des professionnels doit respecter les règles de la prospection BtoB, en particulier en matière d’e-mailing ou de SMS (réglementé par le RGPD et la loi Informatique et Libertés).

Le non-respect de ces règles expose à des amendes administratives prononcées par la DGCCRF ou la CNIL.

4. Créer un site internet : mentions légales obligatoires

Le site internet d’une entreprise est aujourd’hui un levier incontournable pour sa visibilité. Mais il n’échappe pas aux obligations légales. Le professionnel doit y faire figurer un certain nombre de mentions légales obligatoires, sous peine de sanctions :

  • Raison sociale, adresse, SIRET, RCS ;
  • Nom du directeur de la publication ;
  • Coordonnées de l’hébergeur ;
  • En cas de traitement de données, mentions relatives à la politique de confidentialité et au consentement RGPD.

En outre, la gestion des cookies, l’envoi de newsletters, la géolocalisation, ou encore l’analyse de trafic doivent être conformes au RGPD.

5. Exploiter les leviers de notoriété de manière légale

Les méthodes de promotion sont multiples, mais doivent toujours être conformes aux textes. Parmi les plus utilisées :

Réseaux sociaux et influence

L’entreprise peut recourir à des influenceurs pour sa visibilité. Toutefois, les publications sponsorisées doivent impérativement être transparente sur leur caractère commercial.

Publicité par voie de prospectus ou d’affichage

L’affichage public ou la distribution de flyers dans l’espace public nécessite parfois une autorisation préalable de la mairie. L’usage d’un panneau d’affichage sur la façade de l’entreprise doit également respecter les normes locales d’urbanisme.

Organisation d’événements

Un événement commercial (inauguration, salon, animation) doit respecter les règles en matière de sécurité, de responsabilité civile, de déclaration auprès des autorités, et parfois de redevance SACEM si de la musique est diffusée publiquement.

6. Évaluer sa communication pour la réajuster

Une stratégie de communication se pilote avec des indicateurs de performance (KPI). L’entrepreneur doit également veiller à ne pas franchir les limites du droit : propos diffamatoires sur un concurrent, collecte illégale de données, ou publicité mensongère.

Conclusion

Rendre visible son entreprise est une opération complexe qui ne peut être réduite à des actions publicitaires ou à une présence en ligne bien pensée. La communication d’entreprise s’inscrit dans un cadre juridique rigoureux, façonné par le Code de commerce, le Code de la consommation, le Code de la propriété intellectuelle, mais aussi par les règles issues du RGPD, de la loi pour une République numérique ou encore des obligations de transparence fixées par les autorités administratives indépendantes telles que la DGCCRF ou la CNIL.

Agir sans en maîtriser les risques, c’est exposer son entreprise à des amendes, à des litiges commerciaux, ou pire, à une perte de réputation. À l’inverse, inscrire ses actions de promotion dans un cadre sécurisé et conforme permet d’asseoir sa légitimité, de construire une image de marque cohérente et d’attirer des partenaires ou des clients dans un climat de confiance renforcée.

Déclarer son activité, protéger sa marque, sécuriser ses communications, se conformer au RGPD, respecter les droits d’auteur, encadrer les partenariats ou encore maîtriser les mentions obligatoires sur son site : chaque détail compte, et chaque oubli peut coûter cher. C’est pourquoi toute stratégie de visibilité devrait être précédée, accompagnée et relue à l’aune du droit.

Faire connaître son entreprise, c’est avant tout faire connaître une structure solide, crédible et juridiquement fiable. La visibilité ne peut s’affranchir de la conformité. Elle en est, au contraire, la condition première et la garantie durable.

FAQ

1. Quelles sont les démarches juridiques à effectuer avant toute action de communication commerciale ?

Avant toute opération de communication ou de prospection commerciale, l'entrepreneur doit s'assurer que son activité est parfaitement encadrée juridiquement. Cela implique :

  • L'immatriculation de l’entreprise au Registre du commerce et des sociétés (RCS) ou au Répertoire des métiers (RM), selon la nature de l’activité (article L123-1-1 du Code de commerce).
  • La déclaration du nom commercial ou de l’enseigne, si différent de la dénomination sociale, auprès du guichet unique de formalités.
  • La publication de l’avis de constitution dans un support d’annonces légales.
  • Le respect des obligations fiscales et sociales, notamment l’obtention d’un numéro SIREN/SIRET, et l’affiliation à l’URSSAF ou à la sécurité sociale des indépendants.
  • La vérification des autorisations spécifiques selon l'activité (licences, agréments, obligations sectorielles...).

Toute action publicitaire entreprise sans immatriculation peut être requalifiée en exercice illégal d’une activité commerciale, passible de sanctions civiles, pénales et fiscales.

2. Quelles sont les obligations légales pour faire de la publicité ou du marketing en ligne ?

Le Code de la consommation (articles L121-1 et suivants) encadre strictement les pratiques publicitaires. L’entrepreneur doit notamment :

  • Éviter toute pratique commerciale trompeuse, mensongère ou agressive ;
  • Respecter le droit à l’information du consommateur, en affichant clairement les caractéristiques essentielles des biens ou services, les prix, les conditions générales de vente (CGV), et les mentions légales ;
  • Indiquer de manière explicite les partenariats sponsorisés ou la publicité déguisée sur les réseaux sociaux (Directive européenne 2005/29/CE transposée) ;
  • Respecter le RGPD en cas de collecte de données personnelles à des fins de prospection : il faut informer l’utilisateur, obtenir son consentement et lui offrir un droit d’opposition, en application des articles 13, 14 et 21 du RGPD.

Le non-respect de ces règles peut entraîner des amendes administratives importantes infligées par la DGCCRF ou la CNIL.

3. Peut-on utiliser librement des photos, logos ou contenus trouvés sur internet pour ses supports de communication ?

Non, la réutilisation de contenus visuels ou textuels (images, musiques, logos, vidéos, contenus rédactionnels) est strictement encadrée par le Code de la propriété intellectuelle. Sauf autorisation explicite ou licence libre, ces éléments sont protégés par le droit d’auteur (article L111-1 et suivants CPI).

Pour être en règle, l’entrepreneur doit :

  • Créer ses propres visuels ou passer par un professionnel ;
  • Utiliser des banques d’images libres de droits avec respect des conditions de licence (ex. Creative Commons) ;
  • Enregistrer son propre logo ou charte graphique auprès de l’INPI pour protéger son identité visuelle (articles L711-1 à L712-1 CPI).

L’utilisation non autorisée d’un contenu protégé expose à des actions en contrefaçon, avec sanctions civiles (dommages-intérêts, interdictions) voire pénales (jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende – article L335-2 CPI).

4. Comment encadrer la collecte d’e-mails et de données dans le cadre de campagnes publicitaires ?

Collecter des adresses e-mail pour de la prospection est autorisé, mais strictement encadré par le RGPD (Règlement général sur la protection des données – UE 2016/679). L’entreprise doit :

  • Obtenir le consentement préalable et explicite de l'utilisateur avant tout envoi de courriel à des particuliers ;
  • Permettre à tout moment de se désinscrire facilement (lien de désabonnement obligatoire) ;
  • Tenir un registre des traitements de données ;
  • Nommer un délégué à la protection des données (DPO) si elle traite des données à grande échelle ;
  • Mettre en place des mesures de sécurité appropriées (chiffrement, anonymisation...).

Les entreprises ne respectant pas ces obligations risquent des amendes jusqu’à 4 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial (article 83 du RGPD), en cas de contrôle de la CNIL.

5. Existe-t-il des restrictions juridiques spécifiques pour les promotions sur les réseaux sociaux ?

Oui, la publicité via les réseaux sociaux est soumise à des obligations spécifiques. Toute campagne doit respecter :

  • Les conditions d'utilisation propres à chaque plateforme (LinkedIn, Facebook, Instagram, etc.) ;
  • Les dispositions relatives à la publicité dissimulée : un influenceur doit indiquer explicitement qu’il s’agit d’un contenu sponsorisé (loi n°2023-451 du 9 juin 2023 encadrant l’influence commerciale) ;
  • L’obligation d’identification de l’émetteur (l’entreprise) dans tout contenu promotionnel ;
  • Le respect du droit de la consommation : pas de fausses promesses, prix trompeurs, ou concours biaisés ;
  • La protection des mineurs : les publicités pour certains produits (alcool, paris, etc.) doivent être limitées voire interdites.

En cas d'infraction, les sanctions peuvent aller de la simple mise en demeure à des sanctions pénales et financières importantes.

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