Recruter un jeune travailleur attire de nombreux employeurs, notamment dans le cadre des emplois saisonniers ou des contrats de courte durée. Pourtant, l’embauche d’un mineur n’est pas un acte anodin : elle implique le respect de règles strictement définies par le Code du travail et par certaines dispositions réglementaires complémentaires.
En France, la protection des mineurs au travail s’inscrit dans un double objectif : garantir l’accès progressif à l’emploi tout en assurant la préservation de leur santé, de leur sécurité et de leur moralité.
Les employeurs doivent donc composer avec un régime juridique spécifique, où chaque formalité a son importance. Une erreur dans la procédure – par exemple l’absence d’autorisation administrative ou la méconnaissance des limitations horaires – peut entraîner des sanctions civiles, administratives ou pénales.
Ainsi, avant de proposer un poste à un jeune, il est indispensable de connaître les conditions légales d’âge, les démarches à accomplir auprès de l’inspection du travail, les règles de durée et d’organisation du travail, ainsi que les obligations relatives à la rémunération. À cela s’ajoute un encadrement renforcé sur les travaux interdits ou réglementés, afin de protéger les mineurs contre des activités dangereuses ou inadaptées à leur développement physique et psychologique.
Cet article revient en détail sur toutes les étapes à respecter, en s’appuyant sur les textes légaux de référence (articles L4153-1 et suivants, L3162-1, D4153-3, etc. du Code du travail), afin d’offrir aux employeurs une lecture claire et opérationnelle des règles applicables à l’embauche des mineurs.
Un mineur peut être embauché dès 16 ans révolus, avec l’accord écrit de son ou ses représentants légaux (article L4153-1 du Code du travail). Cette autorisation parentale est obligatoire sauf si le mineur est émancipé.
Il est possible d’embaucher un jeune âgé de 14 à 16 ans, uniquement pendant les vacances scolaires d’au moins 14 jours consécutifs (article L4153-3 du Code du travail). Dans ce cas, l’employeur doit :
Il est interdit d’employer des enfants de moins de 14 ans, sauf dans certains secteurs spécifiques tels que le spectacle, la mode ou l’audiovisuel, sous réserve d’obtenir une autorisation administrative (article L7124-1 du Code du travail).
L’employeur doit respecter les mêmes formalités que pour un salarié majeur, auxquelles s’ajoutent des exigences spécifiques :
Une dérogation peut porter la durée à 10 heures par jour et 40 heures par semaine, uniquement dans certains secteurs comme le BTP ou l’aménagement paysager, sous conditions (article R3162-1 du Code du travail).
Les mineurs bénéficient de garanties renforcées :
La loi prévoit une rémunération minorée par rapport au SMIC (article D3231-3 du Code du travail) :
Cependant, l’abattement disparaît lorsque le jeune justifie de 6 mois d’expérience professionnelle dans la branche d’activité concernée.
Pour protéger leur santé et leur sécurité, certains travaux sont strictement interdits aux mineurs (articles L4153-8 et suivants du Code du travail), notamment :
Des dérogations peuvent être accordées pour des jeunes en formation professionnelle, mais uniquement sous conditions strictes (articles R4153-40 et suivants du Code du travail).
Beaucoup d’entreprises proposent des emplois saisonniers aux enfants de leurs salariés. Si la pratique est répandue, elle ne doit pas se traduire par une priorité systématique à l’embauche. L’article L1132-1 du Code du travail interdit toute discrimination fondée sur la situation de famille.
Le Défenseur des droits a rappelé à plusieurs reprises qu’un recrutement réservé aux enfants de salariés constitue une discrimination prohibée (délibération n°2009-356 du 26 octobre 2009). L’employeur s’expose à des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (article 225-2 du Code pénal).
L’embauche d’un mineur impose une vigilance particulière sur plusieurs aspects :
L’embauche d’un mineur constitue une opportunité pour les entreprises, notamment durant les périodes de forte activité, mais elle ne peut s’improviser. Le législateur a mis en place un dispositif rigoureux destiné à protéger ces travailleurs particulièrement vulnérables. Âge minimal d’embauche, autorisation parentale, accord de l’inspection du travail, durée maximale du travail, interdiction de certaines tâches, encadrement du travail de nuit et des jours fériés : chaque règle doit être scrupuleusement respectée sous peine de sanctions.
L’employeur ne doit pas voir ces obligations comme des contraintes, mais comme des garanties de sécurité juridique. Elles permettent de préserver les droits du jeune salarié, tout en sécurisant la responsabilité de l’entreprise. Dans un contexte où les litiges liés à la discrimination à l’embauche ou au non-respect des règles de protection des mineurs peuvent être lourdement sanctionnés (article 225-2 du Code pénal), la vigilance est plus que jamais de mise.
En définitive, employer un mineur est possible, à condition de s’inscrire dans le respect strict du cadre légal. C’est un levier d’intégration professionnelle pour les jeunes, mais aussi une démonstration de responsabilité sociale pour l’employeur. En se conformant à ces règles, l’entreprise contribue à offrir aux mineurs une première expérience professionnelle enrichissante, sécurisée et respectueuse de leurs droits fondamentaux.
Oui, mais de façon très encadrée. L’embauche d’un mineur de 14 à 16 ans n’est permise que pendant les vacances scolaires d’une durée minimale de 14 jours consécutifs (article L4153-3 du Code du travail). L’employeur doit respecter trois conditions essentielles :
Exemple : si les vacances durent 4 semaines, le contrat ne pourra excéder 2 semaines. Le non-respect de cette règle expose l’employeur à une sanction administrative et pénale.
La réglementation impose des plafonds stricts :
Des dérogations sont possibles uniquement dans certains secteurs comme le BTP, les travaux publics ou l’entretien d’espaces verts. Dans ce cas, l’inspection du travail peut autoriser une durée de 10 heures par jour et 40 heures par semaine (article R3162-1 du Code du travail).
Il faut également noter que les mineurs bénéficient d’un repos quotidien renforcé (14 heures pour les moins de 16 ans, 12 heures pour les 16-18 ans) et d’un repos hebdomadaire obligatoire de deux jours consécutifs (article L3164-2).
La rémunération des mineurs est fixée par l’article D3231-3 du Code du travail. Le principe est le suivant :
Toutefois, cette minoration est supprimée si le jeune justifie d’au moins 6 mois de pratique professionnelle dans la branche dont il relève. Cela signifie qu’un apprenti ou un saisonnier ayant déjà accumulé une expérience significative doit percevoir le SMIC sans abattement.
Exemple : un jeune de 17 ans travaillant dans la restauration ayant effectué deux saisons d’été précédentes dans le même secteur ne peut plus être rémunéré à 90 % du SMIC, mais doit percevoir le taux plein.
En principe, la loi interdit ces pratiques pour protéger la santé des mineurs :
Ainsi, un mineur peut servir en restauration un 14 juillet si la convention collective HCR l’autorise, mais il ne peut pas être affecté à une usine de production un jour férié classique.
Non. Le principe d’égalité d’accès à l’emploi interdit toute priorité d’embauche fondée sur la situation familiale (article L1132-1 du Code du travail). Le Défenseur des droits a rappelé que réserver des postes exclusivement aux enfants de salariés constitue une discrimination à l’embauche (délibération n°2009-356 du 26 octobre 2009).
Les risques pour l’employeur sont lourds :
Ainsi, même si la pratique est répandue dans certaines entreprises, elle expose à des contentieux importants. Un employeur qui souhaite recruter un enfant de salarié doit veiller à ce que la procédure de sélection reste ouverte, transparente et non discriminatoire.