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SA en droit des sociétés : tout savoir sur cette structure à capitaux

Estelle Marant
Collaboratrice
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Créer une SA en France : cadre légal, capital, gouvernance

La société par actions (SA) est sans conteste l’une des formes juridiques les plus emblématiques du droit français des sociétés. Son régime, rigoureusement encadré par le Code de commerce, en fait un outil de structuration privilégié pour les projets entrepreneuriaux de grande envergure, notamment ceux nécessitant l’appel à des investisseurs multiples ou à des financements importants.

Pensée dès l’origine pour favoriser l’investissement, la SA permet d’attirer des actionnaires en leur offrant une participation sécurisée dans le capital, tout en séparant strictement le pouvoir de décision stratégique (actionnaires et conseil d’administration ou conseil de surveillance) de la gestion opérationnelle (direction générale ou directoire).

Si cette forme sociale est souvent perçue comme complexe, c’est qu’elle repose sur des mécanismes juridiques hautement techniques, destinés à garantir la transparence, l’équilibre des pouvoirs et la protection des intérêts de l’ensemble des parties prenantes. La SA est également marquée par l’existence d’organes sociaux spécialisés, par une exigence de capital minimum, par des formalités comptables renforcées, ainsi que par des modalités spécifiques d’émission de valeurs mobilières.

Que vous soyez un entrepreneur souhaitant structurer un groupe de sociétés, un investisseur s’interrogeant sur la sécurité juridique de votre participation, ou un étudiant en droit des affaires, comprendre le fonctionnement de la SA est un passage incontournable pour maîtriser les enjeux du droit des sociétés.

Sommaire

  1. Définition juridique de la société par actions
  2. Les deux types de SA selon leur recours au public
  3. Les formes de gouvernance de la SA
  4. Les fonctions clés : administrateurs, président, directeur général
  5. Le capital social et les apports en SA
  6. Le statut juridique des actionnaires
  7. Les valeurs mobilières : actions ordinaires et de préférence
  8. Le régime des obligations émises par une SA
  9. Les formalités d’immatriculation et la personnalité morale
  10. Avantages et contraintes de la société anonyme

Définition de la société par actions

La société anonyme (SA) est une société de capitaux, régie par les articles L.224-1 à L.225-270 du Code de commerce. Elle est réputée commerciale quelle que soit son objet, en vertu de l’article L.210-1. Sa structure rigide en fait une forme juridique adaptée aux projets impliquant des capitaux importants, notamment pour les sociétés qui envisagent de faire appel public à l’épargne.

La SA est caractérisée par une personnalité morale acquise lors de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS). Son capital est divisé en actions et les associés, appelés actionnaires, ne sont responsables des dettes sociales qu’à hauteur de leurs apports.

Types de SA selon l’objet ou la gouvernance

SA avec ou sans offre au public

Deux grandes catégories de SA coexistent :

  • La SA avec offre au public, destinée à l’émission d’actions ou d’obligations sur un marché réglementé ;
  • La SA sans offre au public, plus répandue en pratique, qui ne recourt pas à l’appel public à l’épargne.

SA à conseil d’administration ou à directoire

Le mode de gouvernance peut également différer :

Composition et fonctionnement du conseil d’administration

Le conseil d’administration (CA) est composé de 3 à 18 membres (personnes physiques ou morales), élus pour une durée maximale de 6 ans renouvelable. La loi impose un équilibre entre les sexes et limite l’âge des administrateurs à 70 ans, sauf dérogation statutaire.

Le CA est l’organe collégial chargé de déterminer les orientations stratégiques de la société, sous la responsabilité de son président. Il nomme le directeur général (DG), qui assure la gestion courante.

Rôle du président du conseil d’administration

Le président du CA est élu parmi les administrateurs pour un mandat de 6 ans maximum. Il doit être une personne physique et ne peut cumuler cette fonction avec d'autres mandats exécutifs dans plus de cinq sociétés anonymes.

Le directeur général et les directeurs généraux délégués

La direction peut être exercée :

  • soit par le président du CA, qui devient président-directeur général ;
  • soit par un directeur général distinct, nommé par le CA.

Le directeur général dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société, dans la limite de l’objet social. Il peut être assisté de directeurs généraux délégués, au nombre maximum de cinq.

La révocation ad nutum du DG est possible sans motif, sauf si celle-ci est abusive, auquel cas des dommages et intérêts peuvent être dus (jurisprudence constante).

Gouvernance avec directoire et conseil de surveillance

Dans ce schéma, le directoire est l’organe exécutif, composé de 1 à 5 membres (ou 7 si la société est cotée). Il est nommé par le conseil de surveillance, organe de contrôle stratégique, composé de 3 à 18 membres.

Ce modèle renforce la séparation des pouvoirs entre gestion et contrôle, souvent privilégié dans les grandes sociétés.

Capital social et apports

La SA doit être constituée avec un capital social minimum de 37 000 €. Le capital est formé exclusivement :

  • d’apports en numéraire, libérés pour moitié à la constitution, le solde dans les cinq ans ;
  • d’apports en nature, évalués par un commissaire aux apports, sauf dispense légale.

La clause de capital variable est prohibée.

Actionnaires et droits sociaux

Les actions de la SA représentent des parts du capital social et confèrent des droits financiers (dividendes) et politiques (vote).

La SA peut émettre :

  • des actions ordinaires, sans avantage particulier ;
  • des actions de préférence, avec des droits spécifiques (dividende prioritaire, droit de vote double, etc.), selon l’article L.228-1.

Les actions peuvent être au porteur ou nominatives, selon leur mode de gestion.

Obligations et valeurs mobilières

La SA peut émettre des obligations, sous réserve que :

  • le capital soit intégralement libéré ;
  • deux exercices comptables aient été clôturés ;
  • ou qu’un commissaire vérifie l’actif et le passif.

L’émission est décidée par le CA, le directoire ou, par exception, l’assemblée générale.

Conclusion

La société par actions (SA) illustre à la perfection la volonté du législateur français d’encadrer solidement les projets à forte composante financière. Elle constitue une architecture juridique rigide, conçue pour encadrer la levée de fonds, organiser la gouvernance et prévenir les dérives en matière de gestion ou de représentation sociale.

En retour de cette sécurité juridique, la SA impose à ses fondateurs et dirigeants de respecter un formalisme strict, des règles de fonctionnement précises et un contrôle régulier, que ce soit par les organes sociaux ou par des commissaires aux comptes dès que certains seuils sont atteints. Elle suppose également une responsabilité accrue, tant pour les administrateurs que pour les directeurs généraux ou les membres du directoire, en cas de faute de gestion ou de violation des statuts.

La SA demeure ainsi une structure exigeante, mais taillée sur mesure pour les entreprises qui ont pour ambition d'accéder aux marchés financiers, d'étendre leurs activités à l'international ou de renforcer la solidité de leur gouvernance. Elle est donc au cœur des stratégies de croissance, de financement et de gouvernance des entreprises françaises de grande taille, tout en demeurant accessible à condition d’en maîtriser les clés juridiques.

FAQ

1. Quelle est la définition juridique d’une société par actions (SA) en droit français ?

La société anonyme (SA) est définie par l’article L.224-1 du Code de commerce comme une société de capitaux dont la responsabilité des associés est limitée au montant de leurs apports. Elle possède une personnalité morale distincte de celle de ses membres à compter de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS).

Sa finalité première est de permettre la réunion de capitaux importants, souvent en vue d’un développement économique structuré, voire d’une introduction en bourse. Elle est particulièrement encadrée afin de garantir la transparence, la sécurité juridique des actionnaires et la bonne gouvernance de l’entreprise. Elle convient ainsi aux entreprises souhaitant structurer leur actionnariat et leur direction autour d’un cadre légal sécurisé.

2. Quelles sont les différences entre une SA avec et sans offre au public ?

Le Code de commerce distingue deux types de SA selon leur mode de constitution :

  • La SA avec offre au public (article L.225-2 et suivants) est autorisée à faire appel à l’épargne publique, notamment par l’émission de titres financiers sur les marchés réglementés. Ce type de SA doit se conformer à des exigences strictes de publication, d'information financière (prospectus, commissaires aux comptes), et de gouvernance renforcée.
  • La SA sans offre au public (articles L.225-12 à L.225-16-1) est la forme la plus fréquente. Elle est constituée entre actionnaires privés, sans solliciter le public pour lever des fonds. Ce statut implique moins de formalités mais reste encadré juridiquement, notamment en matière de transparence financière, de responsabilité des dirigeants et de tenue des assemblées générales.

Ce choix impacte directement les obligations comptables, les rapports avec l’AMF (Autorité des marchés financiers) et les procédures de contrôle interne.

3. Quel est le mode de gouvernance d’une société anonyme et qui prend les décisions ?

Le régime de gouvernance de la SA peut suivre deux modèles distincts, définis par le Code de commerce :

  • Le modèle moniste : il repose sur un conseil d’administration (CA) qui nomme en son sein un président et désigne un directeur général (DG). Le DG peut être le président lui-même (on parle alors de PDG). Ce modèle favorise une gouvernance centralisée. Les articles L.225-17 à L.225-56 encadrent son fonctionnement.
  • Le modèle dualiste : la société est administrée par un directoire, chargé de la gestion quotidienne, sous le contrôle d’un conseil de surveillance. Ce modèle, défini par les articles L.225-57 à L.225-93, permet une séparation nette des pouvoirs, souvent choisie dans les groupes internationaux ou les SA à actionnariat dispersé.

Dans tous les cas, les décisions majeures (modification des statuts, approbation des comptes, affectation des résultats) relèvent de l’assemblée générale des actionnaires, instance souveraine. Le CA ou le directoire assurent la mise en œuvre des orientations fixées.

4. Quelles sont les conditions de capital et d’apports dans une SA ?

La création d’une SA nécessite un capital social minimum de 37 000 €, conformément à l’article L.224-2 du Code de commerce. Ce capital peut être constitué :

  • d’apports en numéraire, devant être libérés à hauteur de la moitié à la constitution, le solde devant être versé dans un délai de cinq ans (article L.225-3) ;
  • d’apports en nature, soumis à une évaluation obligatoire par un commissaire aux apports, sauf exceptions prévues par l’article L.225-8 ;
  • les apports en industrie ne sont pas admis dans les SA, ce qui les distingue des SAS.

Les actions doivent toutes être libellées en valeur égale, et la clause de capital variable est interdite (article L.231-1). Ces exigences renforcent la fiabilité et la lisibilité de la structure financière de la SA.

5. La société anonyme est-elle adaptée à toutes les entreprises ?

La SA n’est pas une structure universellement adaptée à toutes les tailles d’entreprise. Elle convient surtout aux :

  • grandes entreprises souhaitant structurer un actionnariat étendu ;
  • groupes de sociétés, holdings, ou entreprises envisageant une introduction en bourse ;
  • projets nécessitant une gouvernance complexe ou un financement externe substantiel.

En revanche, pour les TPE, PME ou entreprises familiales, la SAS ou la SARL sont souvent préférées en raison de leur souplesse statutaire, de leur gestion plus simple et de leurs formalités allégées.

La SA demeure donc une structure d’envergure, exigeant une maîtrise du droit des sociétés, un formalisme de haut niveau et une capacité à respecter les obligations comptables, juridiques et financières associées.

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