Travail

Salarié étranger : ce que vous devez savoir sur la taxe due à la DGFiP

Estelle Marant
Collaboratrice
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Taxe DGFiP : obligations légales de l’employeur lors de l’embauche d’un étranger

Recruer un travailleur étranger en France engage l’employeur dans un processus juridique rigoureux, soumis à des obligations administratives, fiscales et sociales strictes. Parmi celles-ci, la taxe DGFiP, anciennement taxe Ofii, constitue une charge financière souvent méconnue mais incontournable. Elle intervient lors de la première admission au séjour d’un ressortissant étranger souhaitant exercer une activité professionnelle salariée, ou dans le cadre de l’accueil d’un salarié détaché par une entreprise étrangère.

Depuis le transfert du recouvrement à la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), cette taxe s’est dotée d’un régime déclaratif aligné sur les règles fiscales, augmentant la responsabilité de l’employeur en matière de déclaration, de liquidation et de paiement. Elle s’applique dès l’instant où un visa de contrat de travail est délivré ou lorsqu’une autorisation de travail est accordée, faisant de cet événement le fait générateur de l’obligation.

Mais dans quels cas cette taxe est-elle due ? Quels employeurs sont concernés ou, au contraire, exonérés ? Quel est le montant exact à verser selon la nature du contrat ou la durée de l’embauche ? Quelles sont les modalités de déclaration selon le régime fiscal applicable à l’entreprise ? Et surtout, quelles sont les conséquences en cas d’erreur ou d’omission ?

Ce contenu s’adresse à tous les employeurs – TPE, PME, grands groupes, structures agricoles, entreprises étrangères – qui envisagent de recruter un salarié étranger, qu’il s’agisse d’un emploi permanent, saisonnier ou temporaire. Il a pour vocation de clarifier les contours juridiques et fiscaux de la taxe DGFiP, en s’appuyant sur les textes en vigueur tels que le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), le Code du travail ainsi que les instructions fiscales publiées au BOFiP.

Vous y trouverez des réponses concrètes, structurées et sourcées, afin d’agir en conformité avec la réglementation en vigueur et d’éviter toute irrégularité pouvant impacter la légalité du recrutement ou entraîner des sanctions financières.

Sommaire

1. Qu’est-ce que la taxe DGFiP (ex-OFII) ?
2. Dans quels cas l’employeur est-il redevable de la taxe ?
3. Quels cas d’embauche échappent au paiement de la taxe ?
4. Comment calculer le montant dû ?
5. À quel moment la taxe devient-elle exigible ?
6. Comment déclarer et payer la taxe à la DGFiP ?
7. Quels employeurs sont exonérés de cette contribution ?
8. Références juridiques applicables

Définition légale de la taxe DGFiP

La taxe DGFiP est une contribution due par l’employeur procédant à l’embauche d’un ressortissant étranger soumis à autorisation de travail. Elle est prévue par l’article L. 436-10 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), et constitue une condition accessoire de l’autorisation de travail ou du visa du contrat de travail. Antérieurement perçue par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), elle est désormais recouvrée par la Direction générale des finances publiques (DGFiP).

Cette taxe concerne aussi bien l’embauche sur le territoire français que l’accueil de salariés détachés par des entreprises établies hors de France.

Opérations soumises ou non à la taxe

Cas d’assujettissement

L’article précité encadre les cas où la taxe devient exigible :

  • Première admission au séjour pour exercer une activité salariée avec autorisation de travail ;
  • Changement de statut : par exemple, un étudiant étranger accédant à un contrat de travail avec demande d’autorisation ;
  • Retour sur le territoire : un travailleur étranger ayant quitté la France et y revenant avec un nouveau titre de séjour autorisant le travail.

Chacun de ces cas constitue un fait générateur au sens fiscal du terme, ce qui déclenche l’obligation de déclaration et de paiement.

Cas d’exonération

L’employeur n’est pas redevable de la taxe dans les cas suivants :

  • Renouvellement du titre de séjour autorisant le travail, sans rupture de séjour ;
  • Dispense d’autorisation de travail, notamment pour :
    • les citoyens de l’UE/EEE/Suisse ;
    • les titulaires d’une carte de résident ou d’une carte “vie privée et familiale” ;
    • les étudiants disposant d’un droit au travail dans la limite légale ;
    • les bénéficiaires de la protection subsidiaire.

Modalités de calcul de la taxe

Embauche ≥ 12 mois

Le montant de la taxe est égal à 55 % du salaire brut mensuel, plafonné à 2,5 SMIC. Par exemple, pour une rémunération brute de 2 000 €, la taxe s’élèvera à 1 100 €, sauf dépassement du plafond.

Embauche < 12 mois

Lorsque le contrat est temporaire (plus de 3 mois, moins de 12 mois), la taxe est forfaitaire et modulée selon le salaire :

  • 74 € si le salaire est ≤ SMIC mensuel brut ;
  • 300 € si le salaire est > 1,5 SMIC mensuel brut ;
  • Montants intermédiaires possibles.

Contrats spécifiques

  • Saisonniers : taxe proratisée mensuellement, selon un barème précis ;
  • Jeunes professionnels en accord bilatéral : taxe fixe de 72 € ;
  • Assistants de langue : exonération complète.

Chaque embauche génère un paiement unique de la taxe.

Paiement et déclaration : échéances et procédures

Quand payer ?

L’article L. 436-11 du CESEDA impose à l’employeur de payer la taxe à la fin du mois du premier jour d’activité en France. Ce délai court dès la prise de fonction effective.

Attention : il est strictement interdit à l’employeur :

  • de demander au salarié le remboursement de la taxe ;
  • d’imputer son montant ou tout autre frais lié au recrutement sur le salaire.

Modalités de déclaration

L’article D. 436-2 du CESEDA distingue trois situations selon le régime fiscal de l’employeur :

  1. Régime normal de TVA :
    • Déclaration jointe à la TVA de janvier ou du 1er trimestre suivant le fait générateur.
  2. Régime simplifié ou forfaitaire agricole :
    • Déclaration annuelle au titre de l’exercice fiscal en cours.
  3. Autres redevables :
    • Déclaration auprès du service des impôts au plus tard le 25 février suivant l’année d’exigibilité.

En cas de cessation d’activité, la taxe devient immédiatement exigible, selon les mêmes règles que la régularisation de la TVA.

Catégories d'employeurs exonérées

Tous les employeurs ne sont pas soumis à la taxe DGFiP. Le législateur a prévu des cas d’exonération explicite, principalement pour des raisons d’équité administrative, de simplification ou en raison de la nature de la relation de travail.

Voici les principales catégories d’employeurs non redevables de la taxe :

1. Les particuliers employeurs

Les particuliers employeurs, c’est-à-dire les personnes physiques qui recrutent un salarié pour leur usage personnel ou familial, sont exclus du champ d’application de la taxe.
Cela concerne notamment :

  • l’aide à domicile pour personnes âgées ou dépendantes ;
  • les gardes d’enfants à domicile ;
  • les employés de maison, femmes/hommes de ménage, jardiniers, chauffeurs, etc.

Cette exonération découle du principe selon lequel les particuliers ne sont pas des agents économiques au sens du droit fiscal, et ne disposent pas toujours de la capacité administrative et financière pour supporter une fiscalité assimilable à celle d’une entreprise.

2. Les établissements d’enseignement supérieur délivrant un diplôme de niveau master

Sont également exonérés de la taxe :

  • les universités publiques ;
  • les grandes écoles ou établissements privés d’enseignement supérieur habilités à délivrer un diplôme de grade master.

Cette exception s’explique par la politique d’attractivité universitaire de la France et le soutien à la mobilité internationale des chercheurs, enseignants et étudiants. Elle s’applique notamment lorsque ces établissements recrutent :

  • des enseignants-chercheurs étrangers ;
  • des doctorants sous contrat doctoral ;
  • des post-doctorants étrangers.

Cela permet de faciliter la coopération scientifique et académique internationale, sans imposer une charge fiscale supplémentaire à des institutions à but non lucratif.

3. Les employeurs de ressortissants européens ou assimilés

La taxe DGFiP ne s’applique pas aux employeurs qui recrutent des ressortissants :

  • de l’Union européenne (UE) ;
  • de l’Espace économique européen (EEE) : Islande, Liechtenstein, Norvège ;
  • de la Confédération suisse ;
  • de Monaco et d’Andorre, dans les conditions prévues par les accords bilatéraux.

Ces ressortissants bénéficient du principe de libre circulation des travailleurs (article 45 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne), qui comprend un accès direct au marché du travail sans autorisation préalable.
Dès lors qu’aucune autorisation de travail n’est requise, aucune taxe ne peut être exigée.

Exonération automatique : aucun justificatif à produire

Dans tous ces cas, l’exonération est de plein droit. Cela signifie que :

  • aucune demande de dérogation ne doit être formulée auprès de l’administration fiscale ;
  • aucun justificatif spécifique n’est exigé lors de la déclaration ;
  • l’employeur ne doit ni déclarer ni payer la taxe pour les embauches entrant dans ces catégories.

Toutefois, en cas de contrôle, il est recommandé de conserver les preuves de la situation exonératoire, telles que :

  • la copie du contrat de travail du salarié étranger ;
  • une pièce d’identité ou un titre de séjour attestant de la nationalité UE/EEE/Suisse ;
  • ou un justificatif du statut de l’établissement (habilitation à délivrer un diplôme de grade master).

Conclusion

La taxe DGFiP s’impose comme une formalité fiscale à ne pas négliger dans le cadre de l’embauche d’un travailleur étranger ou de l’accueil d’un salarié détaché. Elle matérialise l’engagement de l’employeur dans le respect du droit des étrangers et de la réglementation du travail en France, en conditionnant la validité de l’autorisation de travail délivrée par les autorités.

Le montant, les délais, les cas d’exonération et les régimes déclaratifs varient selon la durée du contrat, le niveau de rémunération, et le régime fiscal de l’entreprise. Le non-respect de cette obligation, même en l’absence de volonté frauduleuse, peut conduire à des régularisations fiscales, voire à une remise en cause du contrat de travail lui-même si l’autorisation a été obtenue sur une base irrégulière.

Il est impératif pour les employeurs de connaître ces règles, de les anticiper dès la phase de recrutement, et de consulter si besoin des professionnels du droit pour sécuriser leurs pratiques.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter les textes de référence, en particulier les articles L. 436-10 à L. 436-11 et D. 436-1 à D. 436-2 du CESEDA, l’article L. 5222-2 du Code du travail, ainsi que le BOI-TPS-EMOE qui précise les modalités d’application fiscale de la taxe. Et si vous souhaitez poser une question sur votre situation particulière, n’hésitez pas à faire appel à un juriste spécialisé sur defendstesdroits.fr.

FAQ

1. Quels employeurs sont concernés par la taxe DGFiP lors de l’embauche d’un salarié étranger ?

Tout employeur établissant une relation salariale avec un ressortissant étranger non dispensé d’autorisation de travail est susceptible d’être redevable de la taxe DGFiP.

Cela inclut :

  • les entreprises françaises du secteur privé (industries, services, agriculture, BTP, etc.) ;
  • les employeurs publics, dans les cas où ils procèdent à l’embauche hors concours ou sans statut particulier ;
  • les entreprises étrangères non établies en France, mais qui détachent temporairement un salarié sur le territoire français ;
  • les employeurs agricoles, y compris dans le cadre des emplois saisonniers (cueillettes, vendanges, etc.).

En revanche, certains employeurs sont expressément exclus du champ d’application, notamment :

  • les particuliers employeurs (aide à domicile, garde d’enfant, etc.) ;
  • les établissements d’enseignement supérieur délivrant un diplôme de niveau master ;
  • les employeurs de ressortissants de l’Union européenne, de l’EEE ou de la Suisse, qui bénéficient de la liberté de circulation et de travail.

Référence juridique : articles L. 436-10 et suivants du CESEDA.

2. Dans quelles situations la taxe DGFiP devient-elle exigible pour l’employeur ?

La taxe devient exigible dans tous les cas où le contrat de travail d’un étranger est soumis à visa ou autorisation administrative préalable, notamment :

  • Première admission au séjour en France à des fins professionnelles (embauche d’un salarié vivant à l’étranger et entrant sur le territoire) ;
  • Changement de statut, par exemple lorsqu’un étudiant étranger déjà en France obtient un titre l’autorisant à travailler à temps plein ;
  • Retour sur le territoire, après expiration d’un titre précédent, dès lors que l’autorisation de travail est à nouveau requise ;
  • Recrutement dans le cadre d’accords bilatéraux, comme les programmes de jeunes professionnels.

Le fait générateur est soit le visa du contrat de travail, soit l’octroi d’une autorisation de travail. La taxe est due même si l’activité est saisonnière, temporaire ou limitée à un contrat d’apprentissage, sauf cas d’exonération.

3. Comment calculer le montant de la taxe DGFiP selon le type de contrat et la rémunération ?

Le montant de la taxe dépend de la durée du contrat, de sa nature (temporaire, saisonnier, permanent) et du niveau de rémunération.

Trois grandes situations doivent être distinguées :

  • Contrats de 12 mois ou plus : la taxe représente 55 % du salaire brut mensuel, plafonné à 2,5 SMIC brut mensuel.
    → Exemple : pour un salaire de 2 200 € brut, la taxe est de 1 210 €.
  • Contrats de plus de 3 mois et de moins de 12 mois : une taxe forfaitaire est due, de :
    • 74 € si le salaire est inférieur ou égal au SMIC,
    • jusqu’à 300 € si le salaire dépasse 1,5 SMIC.
  • Emplois saisonniers : montant modulé selon la durée du contrat (par mois entamé).

Il existe également une taxe spécifique de 72 € pour l’embauche de jeunes professionnels dans le cadre d’accords bilatéraux (ex. Canada, Argentine).

Référence : article D. 436-1 du CESEDA.

4. Quand et comment déclarer la taxe DGFiP ? Quelles démarches effectuer ?

La déclaration de la taxe suit une logique fiscale, alignée sur le régime de TVA applicable à l’employeur :

  • Régime normal de TVA : déclaration sur l’annexe à la déclaration de TVA du mois de janvier ou du 1er trimestre de l’année suivant celle du fait générateur.
  • Régime simplifié ou remboursement forfaitaire agricole : déclaration sur la déclaration annuelle de TVA.
  • Autres cas (non soumis à TVA) : dépôt de la déclaration auprès du service de recouvrement compétent, au plus tard le 25 février suivant l’année d’embauche.

En cas de cessation d’activité, la taxe devient immédiatement exigible et doit être acquittée dans un délai de 60 jours.

La déclaration s’effectue via les services fiscaux (DGFiP), et non plus auprès de l’OFII, comme cela était le cas auparavant.

5. Un employeur peut-il demander à un salarié étranger de rembourser la taxe DGFiP ?

Absolument pas. L’employeur doit intégralement supporter le coût de la taxe, sans le répercuter sur le salarié, même par voie détournée.

Il est formellement interdit de :

  • prélever tout ou partie de la taxe sur le salaire ;
  • demander un remboursement par accord écrit ou verbal ;
  • compenser la taxe avec d’autres frais liés au recrutement ou à l’entrée en France.

Cette interdiction vise à protéger le salarié étranger d’une atteinte à ses droits fondamentaux et à garantir l’égalité de traitement.

Référence juridique : article L. 5222-2 du Code du travail.

Toute violation de cette règle expose l’employeur à des sanctions administratives et pénales, en plus d’éventuelles actions prud’homales pour non-paiement de salaire.

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