Assurer la santé et la sécurité des salariés est l’une des responsabilités les plus fondamentales qui incombent à tout employeur, quels que soient la taille de l’entreprise ou son secteur d’activité.
Cette exigence n’est pas seulement une expression du bon sens managérial ou de la responsabilité sociale : elle constitue une obligation légale contraignante, ancrée dans le Code du travail, notamment à travers les dispositions des articles L.4121-1 à L.4121-5. Au cœur de ce dispositif juridique se trouve le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), un outil incontournable de pilotage de la prévention en entreprise.
Instauré par le décret du 5 novembre 2001, le DUERP impose à l’employeur de répertorier tous les risques auxquels les travailleurs peuvent être exposés dans le cadre de leur activité professionnelle.
Ce document est à la fois une photographie à l’instant T des dangers identifiés et un levier pour anticiper et prévenir les atteintes à la santé. Il constitue également un bouclier juridique : en cas d'accident du travail ou de maladie professionnelle, l'existence et l’actualisation du DUERP peuvent démontrer l'engagement de l'employeur dans une démarche de prévention active.
L’importance du DUERP s’est d’ailleurs accentuée avec les récentes réformes en droit du travail, notamment la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, et plus récemment le décret n°2025-482 du 27 mai 2025 qui introduit une nouvelle catégorie de risque à prendre en compte : les épisodes de chaleur intense.
Ce cadre normatif actualisé confirme que l’évaluation des risques ne peut plus être figée dans un simple document conservé dans un classeur, mais doit s’inscrire dans une logique vivante, dynamique et évolutive.
Encore faut-il savoir quels risques inscrire dans le DUERP, comment les qualifier et les hiérarchiser selon leur gravité et leur fréquence. Pour accompagner les employeurs, nous vous présentons dans cet article une typologie détaillée des principaux risques professionnels, à intégrer dans votre démarche d’évaluation. Chaque exemple est assorti de références juridiques, de cas concrets et d’éléments de vigilance spécifiques pour faciliter leur intégration opérationnelle dans votre DUERP.
Conformément à l’article L.4121-1 du Code du travail, l’employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Pour répondre à cette exigence, la loi impose l’élaboration d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), prévu par l’article R.4121-1 du Code du travail, qui doit répertorier l’ensemble des risques auxquels les travailleurs peuvent être exposés.
Cette évaluation ne se limite pas à une simple formalité : elle constitue le socle de toute politique de prévention. Le DUERP doit être tenu à jour au moins une fois par an, ou à chaque modification importante des conditions de travail, et conservé pendant quarante ans.
L’évaluation doit porter sur chaque unité de travail, en prenant en compte :
L’article L.4121-3 du Code du travail rappelle que cette évaluation doit tenir compte des différences d’exposition en fonction du sexe. L’implication des instances représentatives du personnel, telles que le CSE ou la CSSCT, est également prévue par le Code du travail.
Les opérations de port de charges sont à l’origine de troubles musculosquelettiques (TMS), en particulier des lombalgies. Ils concernent notamment les secteurs du BTP, du commerce ou de la logistique.
Référence utile : Directive 90/269/CEE sur la manutention manuelle de charges.
Les salariés exposés aux vibrations corporelles (engins de chantier) ou segmentaires (outils portatifs) encourent des affections invalidantes, notamment au dos, aux mains et aux bras.
Les chutes de hauteur ou de plain-pied représentent la deuxième cause d’accidents mortels au travail (source : Anact, 2023). Ces risques doivent être pris en compte dans tous les postes, y compris ceux avec un accès ponctuel à des zones en hauteur.
Le bruit, s’il dépasse les seuils de 80 dB(A) en exposition moyenne, impose des mesures de protection collective et individuelle. Il peut entraîner des surdités professionnelles ou des troubles psychiques.
Les déplacements professionnels sont à l’origine du premier facteur de mortalité au travail. En plus du risque d'accident, la conduite prolongée peut engendrer des douleurs musculo-squelettiques.
Les températures extrêmes (froid ou chaleur) impactent fortement la santé : déshydratation, hypothermie, maux de tête, perte de vigilance. Ce risque est particulièrement élevé dans les entrepôts frigorifiques, les fonderies ou en période de canicule.
Le travail prolongé sur écran entraîne une fatigue visuelle, des troubles posturaux et une sédentarité accrue, augmentant les risques cardiovasculaires. Ces risques sont fréquents dans les métiers administratifs et de l’informatique.
Le stress, la surcharge de travail, les tensions relationnelles, le harcèlement moral ou sexuel doivent être rigoureusement identifiés. Selon la DGT, les RPS sont en forte augmentation (bilan 2023). Leur intégration au DUERP est une obligation.
Les produits chimiques (solvants, peintures, colles, poussières métalliques) sont susceptibles de provoquer des intoxications aiguës ou chroniques, des troubles respiratoires, voire des cancers professionnels. L’article R.4412-93-1 du Code du travail impose de tenir une liste actualisée des travailleurs exposés.
Les métiers sollicitant les mêmes groupes musculaires ou imposant des postures contraignantes (debout prolongé, flexions fréquentes, positions statiques) doivent faire l’objet d’une attention particulière dans le DUERP. Ces situations sont à l’origine de pathologies reconnues en maladie professionnelle.
Le travail posté ou nocturne désynchronise les rythmes biologiques. Il est corrélé à des risques cardiovasculaires, digestifs, cancérogènes, et à des troubles du sommeil. L’INRS estime que 56 % des accidents mortels sont liés à des malaises au travail, potentiellement aggravés par ces horaires atypiques.
Même exogène à l’entreprise, une crise sanitaire doit figurer dans le DUERP : risque de contagion, aménagement des locaux, isolement psychologique dû au télétravail. Cette évaluation doit anticiper les impacts directs et indirects.
Depuis le décret n°2025-482 du 27 mai 2025, l’employeur doit intégrer les épisodes de chaleur intense au DUERP lorsque les seuils de vigilance météorologique sont atteints (jaune, orange, rouge – arrêté du 27 mai 2025). Les effets attendus : hyperthermie, coups de chaleur, déshydratation. Ces obligations s’appliquent tant pour le travail en extérieur que dans des locaux mal ventilés.
La mise à jour du DUERP ne se résume pas à une tâche administrative : c’est une démarche vivante, impliquant les représentants du personnel, les services de santé au travail, le référent sécurité, et surtout les salariés eux-mêmes. L’analyse doit être adaptée aux situations nouvelles : télétravail, réorganisation des équipes, évolution des technologies.
Le défaut de DUERP ou une absence de mise à jour expose l’employeur à une amende administrative (jusqu’à 1 500 € par infraction, article R.4741-1 du Code du travail), mais aussi à une responsabilité civile ou pénale en cas d’accident ou de maladie professionnelle.
Le DUERP n’est pas un simple document réglementaire à remplir pour éviter une sanction administrative. Il est au contraire un outil structurant et stratégique, qui permet à l’entreprise de concilier ses impératifs de performance avec ses obligations de protection de la santé de ses salariés. Son élaboration et sa mise à jour exigent une approche rigoureuse, documentée et concertée, mobilisant aussi bien les instances représentatives du personnel que les services de prévention et de santé au travail.
En identifiant clairement les 13 grandes familles de risques que nous avons développées dans cet article – qu’ils soient physiques, chimiques, psychiques ou organisationnels – l’employeur se dote d’une vision exhaustive des dangers présents dans ses unités de travail. Cette cartographie est la condition préalable à toute politique de prévention efficace, adaptée à la réalité du terrain et aux profils des postes.
Les réformes récentes, notamment en lien avec le travail en horaires atypiques, la lutte contre le harcèlement, ou encore les risques climatiques (exposition à la chaleur) montrent à quel point la législation évolue rapidement. L’employeur a donc tout intérêt à considérer le DUERP non plus comme une obligation isolée, mais comme le pilier d’une politique globale de santé et de sécurité, au service de la pérennité de l’entreprise et du bien-être de ses salariés.
En investissant dans une évaluation complète et sincère des risques professionnels, l’employeur ne se conforme pas seulement à la loi : il instaure une culture de prévention durable, respectueuse des droits fondamentaux des travailleurs, et protectrice contre les aléas humains, juridiques et économiques. Pour aller plus loin dans cette démarche, les ressources disponibles sur defendstesdroits.fr vous accompagnent à chaque étape de la rédaction et de la mise à jour de votre DUERP, en conformité avec les dernières évolutions du droit du travail.
1. Quels sont les risques obligatoires à inclure dans un DUERP ?
Le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) doit contenir l’ensemble des dangers identifiés dans chaque unité de travail de l’entreprise, sans exception. Conformément aux articles L.4121-1 et suivants du Code du travail, l’évaluation doit couvrir tous les types de risques susceptibles d’affecter la santé physique ou mentale des salariés. Parmi les risques les plus fréquemment rencontrés et devant être évalués figurent :
Le DUERP doit être adapté à la réalité du terrain, ce qui implique une analyse spécifique des activités, des postes et des situations de travail concrètes dans l’entreprise.
2. Pourquoi le DUERP est-il indispensable pour l’entreprise ?
Le DUERP n’est pas uniquement une obligation réglementaire ; c’est un outil stratégique de prévention. Sa mise en place répond à plusieurs objectifs essentiels :
3. Comment mettre à jour efficacement un DUERP ?
La mise à jour du DUERP est prévue par l’article R.4121-2 du Code du travail. Elle doit avoir lieu au minimum une fois par an, mais également :
Pour actualiser efficacement le DUERP, il est recommandé de :
Une traçabilité rigoureuse des versions du DUERP est obligatoire : chaque version doit être conservée pendant 40 ans.
4. Qui est responsable de l’élaboration du DUERP ?
La responsabilité incombe uniquement à l’employeur, personne physique ou morale, même s’il peut déléguer certaines tâches. Il s’agit d’une obligation personnelle qui ne peut être ignorée, sous peine de sanctions.
L’employeur peut s’appuyer sur plusieurs acteurs internes et externes :
La participation de ces parties prenantes permet une évaluation fine, complète et réaliste, évitant de passer à côté de dangers spécifiques ou latents.
5. Le DUERP doit-il intégrer les risques psychosociaux ?
Absolument. Depuis plusieurs années, les risques psychosociaux (RPS) sont reconnus comme des risques professionnels à part entière, au même titre que les risques physiques. Leur intégration dans le DUERP est obligatoire, conformément à l’article L.4121-1 du Code du travail, qui impose à l’employeur de protéger aussi bien la santé physique que mentale des travailleurs.
Les RPS comprennent :
La Direction Générale du Travail, dans son bilan 2023, a souligné une hausse significative des arrêts liés aux troubles psychiques, ce qui souligne la nécessité d’une évaluation qualitative et quantitative de ces risques dans le DUERP. L’omission de ces risques peut être interprétée comme une faute de l’employeur en cas de contentieux.