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Accueillir un stagiaire : Conditions, droits et limites à respecter

Jordan Alvarez
Editeur
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Réglementation des stages : Ce que doivent savoir les employeurs

L’accueil de stagiaires en entreprise constitue aujourd’hui un levier essentiel de formation professionnelle, mais également un terrain de vigilance pour les employeurs. Le cadre légal du stage a été profondément renforcé ces dernières années afin d’éviter toute dérive consistant à substituer un stagiaire à un salarié ou à exploiter cette période d’apprentissage à des fins productives. L’entreprise doit désormais respecter un ensemble d’obligations strictes relatives à la rémunération, aux conditions d’encadrement, à la durée maximale, aux tâches réalisables et aux droits accordés au stagiaire.

Le recours au stage est régi non pas par le Code du travail, mais principalement par le Code de l’éducation, qui érige le stage en véritable outil pédagogique. L’étudiant conserve son statut scolaire et ne saurait être assimilé à un salarié, ce qui implique pour l’employeur des obligations spécifiques, mais également des limites importantes. Le stage doit offrir un apprentissage structuré, accompagné d’un tuteur, d’objectifs fixés et d’un environnement garantissant la montée en compétences.

Parce qu’il est fréquent, dans la pratique, que les entreprises ignorent ou méconnaissent certaines prescriptions – nombre de stagiaires autorisés, durée maximale, délai de carence, seuil déclenchant la gratification obligatoire, ou encore droits à congés –, defendstesdroits.fr vous fournit ici une analyse juridique complète et actualisée. L’objectif : permettre aux employeurs de sécuriser leurs pratiques, éviter les risques de sanctions administratives ou de requalification, et offrir au stagiaire les conditions d’accueil prévues par la loi.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Le Statut du Stagiaire
  3. Les Stages Interdits par la Loi
  4. Mentions Légales de la Convention de Stage
  5. Nombre Maximum de Stagiaires dans l’Entreprise
  6. Durée Maximale et Délai de Carence
  7. Rémunération du Stagiaire
  8. Congés et Absences
  9. Questions fréquentes
  10. Conclusion

Le cadre juridique du stage en entreprise

Le stagiaire n’est pas un salarié

Le stage n’est jamais régi par un contrat de travail.
L’article L124-1 du Code de l’éducation rappelle que l’entreprise et l’étudiant sont liés par une convention tripartite et non par un lien de subordination caractéristique du salariat.

Ainsi, aucune déclaration préalable à l’embauche (DPAE) n’est exigée, le stagiaire n'étant pas intégré aux effectifs salariés au sens du Code du travail.

Les stages interdits par la loi

L’article L124-7 du Code de l’éducation interdit formellement de conclure une convention de stage pour :

  • réaliser une tâche régulière correspondant à un poste permanent ;
  • absorber un accroissement temporaire d’activité ;
  • remplacer un salarié absent ou dont le contrat est suspendu ;
  • occuper un emploi saisonnier.

Toute utilisation du stage comme alternative à l’embauche expose l’employeur à un risque de requalification en contrat de travail et à des sanctions administratives.

La convention de stage : mentions obligatoires

Une convention tripartite obligatoire

Doivent impérativement signer la convention :

  • le stagiaire ;
  • l’organisme d’accueil ;
  • l’établissement d’enseignement (enseignant référent).

Cette exigence découle de l’article D124-1 du Code de l’éducation, garantissant le cadre pédagogique du stage.

Les mentions essentielles exigées par la loi

Selon l’article D124-4, la convention doit notamment préciser :

  • l’intitulé complet du cursus du stagiaire et son volume horaire annuel ;
  • les compétences à acquérir ;
  • les missions confiées, validées par l’établissement d’enseignement ;
  • le nom du tuteur de stage et de l’enseignant référent ;
  • les conditions d’encadrement, de présence et de gratification.

L’absence d’une de ces mentions rend la convention irrégulière.

Nombre maximum de stagiaires dans l’entreprise

L’article R124-10 du Code de l’éducation fixe un plafond impératif :

  • moins de 20 salariés : maximum 3 stagiaires en simultané ;
  • 20 salariés et plus : limite de 15 % de l’effectif, arrondie à l’entier supérieur.

Ce dispositif évite le recours massif au stage comme substitut à l’emploi salarié.

Durée du stage et délai de carence

Durée maximale : 6 mois par année d’enseignement

L’article L124-5 limite à 6 mois la durée totale du stage dans une même entreprise pour un même étudiant au cours d’une année universitaire.

Cette durée s’apprécie toutes périodes confondues.

Délai de carence obligatoire

Pour accueillir un nouveau stagiaire sur un même poste, l’entreprise doit respecter un délai de carence égal à un tiers de la durée du stage précédent, conformément à l’article L124-11.

Exemple : après un stage de 6 mois, un délai de 2 mois doit être observé.
Ce délai disparaît si le stage est interrompu à l’initiative du stagiaire.

Rémunération du stagiaire : règles applicables

La gratification devient obligatoire au-delà de 2 mois

Selon l’article L124-6, l’employeur doit verser une gratification lorsque la présence du stagiaire dépasse 2 mois, soit :

  • 44 jours (à raison de 7 h par jour), ou
  • 308 heures de présence.

Dès la 309e heure, la gratification devient obligatoire.

Montant minimal de la gratification en 2025

Le taux horaire minimal est fixé à 4,35 €, correspondant à 15 % du plafond horaire de la Sécurité sociale (article L124-6).

Une convention collective peut prévoir un montant supérieur, auquel l’employeur doit se conformer.

Mode de calcul : réel ou lissé

L’employeur peut choisir :

  • un versement calculé sur les heures réelles du mois,
  • un lissage : calcul de la durée totale du stage et versement mensuel moyen.

Ces modalités sont admises par la Lettre circulaire ACOSS du 2 juillet 2015.

Avantages auxquels le stagiaire a droit

L’article L124-13 impose l’égalité avec les salariés pour :

  • remboursement des frais de transport ;
  • restauration : tickets-restaurant ou accès au restaurant d’entreprise.

Congés et absences du stagiaire

Stage de 2 mois maximum

Aucune obligation légale n’impose à l’employeur d’accorder des congés. L’entreprise peut néanmoins le prévoir dans la convention.

Stage de plus de 2 mois

L’article L124-13 impose de fixer dans la convention :

  • les jours de congés éventuels ;
  • les autorisations d’absence ;
  • les modalités d’indemnisation, laissées au choix de l’employeur.

Congés spécifiques : maternité, paternité, adoption

Le stagiaire bénéficie des mêmes droits à congés spéciaux que les salariés (article L124-13), notamment :

  • congé maternité ;
  • congé paternité ;
  • congé d’adoption.

Ces droits ne peuvent pas être restreints par la convention.

Questions fréquentes sur l’embauche d’un stagiaire

Pourquoi accueillir un stagiaire ?

Le stage permet de :

  • contribuer à la formation d’un futur professionnel ;
  • préparer un éventuel recrutement ;
  • renforcer l’ancrage de l’entreprise dans un réseau éducatif.

Il ne doit jamais servir à assurer une production permanente.

Peut-on embaucher un stagiaire à l’issue de son stage ?

Oui, mais le passage à un contrat de travail nécessite un accord explicite et un nouveau contrat, sans reprise automatique des obligations issues du stage.

Une assurance spécifique est-elle nécessaire ?

Certaines conventions imposent une responsabilité civile professionnelle. L’établissement d’enseignement assure généralement le stagiaire pour les dommages qu’il pourrait causer, mais une vérification contractuelle s’impose.

Conclusion

Le cadre juridique applicable aux stages en entreprise repose sur un équilibre entre les besoins pédagogiques du stagiaire et les impératifs organisationnels de l’employeur. La loi rappelle sans ambiguïté que la finalité première du stage demeure l’apprentissage : il ne peut ni remplacer un salarié, ni pallier un manque d’effectif, ni absorber un surcroît d’activité. La présence du stagiaire doit s’inscrire dans un parcours de formation clairement défini, sous l’autorité d’un tuteur et dans le respect d’objectifs pédagogiques précis.

La réglementation impose également des obligations incontournables : gratification au-delà de deux mois, mention obligatoire des missions, durée maximale de six mois, délai de carence, plafond du nombre de stagiaires, droits à congés pour les stages longs, ou encore égalité concernant certains avantages comme les frais de transport et la restauration. Le non-respect de ces règles peut exposer l’entreprise à des sanctions de l’inspection du travail, voire à une requalification en contrat de travail, avec toutes les conséquences financières que cela implique.

En respectant scrupuleusement les dispositions du Code de l’éducation, l’entreprise garantit un encadrement juridique clair, protège ses intérêts, et valorise une pratique éthique et conforme du stage. Le stagiaire bénéficie alors d’une expérience réellement formatrice, alignée sur les objectifs de sa formation, tandis que l’entreprise sécurise ses procédures et préserve la qualité de son environnement de travail. Si certaines situations particulières nécessitent une analyse plus fine, defendstesdroits.fr reste un partenaire fiable pour accompagner les employeurs dans la mise en œuvre de leurs obligations et la compréhension des évolutions législatives.

FAQ

1. Un stagiaire peut-il remplacer un salarié absent dans l’entreprise ?

Non, cela est interdit par la loi.
L’article L124-7 du Code de l’éducation mentionne expressément qu’un stage ne peut être conclu pour remplacer un salarié absent, qu'il s’agisse d’un arrêt maladie, d’un congé payé, d’un congé maternité ou d’une suspension du contrat de travail. Le stage ne doit jamais permettre à l’entreprise d’assurer une continuité opérationnelle en évitant un recrutement temporaire.

Cette interdiction vise à protéger le stagiaire contre une charge de travail incompatible avec un objectif pédagogique, et à empêcher l’employeur de contourner les règles applicables à l’emploi salarié (CDD, intérim, remplacement).
En cas de contrôle de l’inspection du travail ou de contentieux, l’entreprise risque :

  • une amende administrative ;
  • une requalification en contrat de travail si les missions étaient identiques à celles d’un salarié ;
  • un rappel de salaires, congés payés et cotisations sociales.

Un stagiaire peut toutefois observer ou participer à des missions similaires à celles des salariés, mais uniquement dans une logique d’apprentissage, sous supervision, et jamais en autonomie totale sur un poste indispensable.

2. À partir de quand la gratification devient-elle obligatoire pour un stagiaire ?

La gratification devient obligatoire lorsque la présence du stagiaire dépasse 308 heures, ce qui correspond à 44 jours de présence, calculés à raison de 7 heures par jour. Dès la 309e heure, l’employeur doit verser une rémunération minimale fixée par la loi.

Les textes applicables (article L124-6 et article D124-6) précisent également la manière de calculer ces heures :

  • 7 heures de présence = 1 jour de présence ;
  • 22 jours de présence = 1 mois de stage.

Le seuil ne s’apprécie pas par rapport à la durée inscrite dans la convention, mais au réel, c’est-à-dire au nombre d’heures effectivement accomplies.

Bon à savoir :

  • Même en dessous de 2 mois, une gratification peut être versée volontairement.
  • Une convention collective ou un accord de branche peut imposer une gratification dès le premier jour.
  • Toute gratification versée dans le cadre légal est exonérée de cotisations sociales, dans certaines limites.

L’employeur doit donc anticiper ce seuil pour éviter un redressement et organiser correctement son budget.

3. Combien de stagiaires une PME ou une grande entreprise peut-elle accueillir en même temps ?

Le nombre de stagiaires est strictement encadré pour éviter qu’une entreprise ne développe une “politique de stagiaires” en substitution à l’emploi salarié.

Selon l’article R124-10 du Code de l’éducation :

  • Moins de 20 salariés : maximum 3 stagiaires en simultané.
  • 20 salariés et plus : limite de 15 % de l’effectif, arrondie à l’entier supérieur.

Exemple :
Une entreprise de 47 salariés peut accueillir 8 stagiaires (47 × 15 % = 7,05, arrondi à 8).

Ces plafonds s’apprécient par semaine civile, ce qui signifie qu’un dépassement même temporaire est illégal.
En cas de contrôle, l’employeur encourt :

  • des sanctions administratives ;
  • l’annulation ou la non-conformité des conventions ;
  • la mise en demeure de réduire le nombre de stagiaires.

Les entreprises doivent donc vérifier leur effectif de référence et planifier les périodes de stage pour rester en conformité.

4. Quelles missions peut-on confier à un stagiaire sans enfreindre la loi ?

Le stagiaire peut participer à des missions opérationnelles, mais uniquement dans une optique d’apprentissage, conformément aux objectifs pédagogiques définis avec l’établissement d’enseignement.
La convention doit mentionner précisément les compétences visées ainsi que les activités confiées (article D124-4).

Pour rester dans les clous, les missions doivent respecter trois critères :

  1. Avoir un but pédagogique : elles doivent permettre au stagiaire de développer des compétences prévues par son cursus.
  2. Être supervisées : le stagiaire doit être encadré par un tuteur expérimenté.
  3. Ne pas remplacer un salarié : il ne peut ni tenir un poste clé, ni assurer une mission indispensable ou permanente.

Exemples autorisés :

  • participation à la rédaction d’un dossier sous supervision,
  • réalisation d’une étude ou mission exploratoire,
  • assistance à un collaborateur sur un projet.

Exemples interdits :

  • gestion autonome d’un portefeuille client,
  • ouverture et fermeture de magasin,
  • tenue de caisse,
  • gestion d’un service en remplacement d’un employé.

Respecter ces principes est indispensable pour éviter une requalification ou une sanction de l’inspection du travail.

5. Un stagiaire a-t-il droit à des congés ou des absences rémunérées pendant son stage ?

Le droit aux congés dépend de la durée du stage :

Stages de 2 mois maximum

L’employeur n’a aucune obligation d’accorder des congés ou des autorisations d’absence. Toutefois, il peut en prévoir à titre volontaire, ce qui est souvent apprécié par les étudiants.

Stages de plus de 2 mois

Selon l’article L124-13 du Code de l’éducation, la convention doit obligatoirement prévoir :

  • les jours de congés ;
  • les autorisations d’absence ;
  • les modalités de rémunération (librement fixées).

Ces congés ne sont pas assimilés à des congés payés du Code du travail. Il s’agit d’un régime autonome dans lequel l’employeur peut choisir de rémunérer ou non les jours off.

Congés spécifiques (obligatoires)

Indépendamment de la durée du stage, le stagiaire bénéficie des mêmes droits que les salariés en cas de :

  • grossesse ;
  • paternité ;
  • adoption.

Ces absences doivent être accordées sans restriction et dans les mêmes conditions que pour le personnel salarié.

Ne pas accorder ces absences constitue une violation de la loi et peut engager la responsabilité de l’employeur.

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