Dans le cadre d’une activité artisanale, le devis constitue bien plus qu’un simple document chiffré. Il s’agit d’un acte juridique déterminant, situé au cœur de la phase précontractuelle, dont la fonction première est d’assurer une information loyale et complète du client avant tout engagement. Pour l’artisan, la rédaction du devis répond à un double enjeu : sécuriser juridiquement la relation commerciale et respecter les obligations légales imposées par le droit de la consommation.
Le devis permet au client d’apprécier précisément la nature des prestations proposées, leur coût, leurs modalités d’exécution ainsi que les conditions financières applicables. En pratique, il constitue le support principal sur lequel se fonde le consentement du client. Dès lors qu’il est accepté, il devient un véritable contrat, engageant l’artisan comme le consommateur, conformément au principe de la force obligatoire des conventions posé à l’article 1103 du Code civil.
Pour certaines activités artisanales, notamment dans les secteurs du bâtiment, de la réparation et de l’entretien, l’établissement d’un devis est obligatoire avant toute exécution de travaux. Le non-respect de cette exigence expose le professionnel à des sanctions administratives, mais aussi à des contestations contractuelles susceptibles de remettre en cause le paiement des prestations réalisées.
Il est donc essentiel pour les artisans de maîtriser les règles applicables à la rédaction du devis, tant sur le plan du contenu obligatoire que sur celui de sa portée juridique, afin de prévenir les litiges et d’exercer leur activité en toute sécurité.
Le devis est un document écrit par lequel un professionnel propose à un client l’exécution de travaux ou d’une prestation de services à des conditions déterminées. Il constitue une offre de contracter, au sens du droit des obligations.
Tant qu’il n’est pas signé, le devis n’engage en principe que l’artisan, qui est tenu par les conditions qu’il a lui-même fixées. En revanche, une fois accepté et signé par le client, le devis vaut contrat de prestation de services. Les parties sont alors juridiquement liées par ses termes, tant sur le prix que sur la nature et l’étendue des travaux.
Cette transformation du devis en contrat découle directement de l’article 1113 du Code civil, selon lequel le contrat est formé par la rencontre d’une offre et d’une acceptation. À compter de la signature, toute modification unilatérale par l’artisan est interdite, sauf accord exprès du client.
L’établissement d’un devis est obligatoire pour les prestations de dépannage, réparation et entretien dans les secteurs du bâtiment et de l’équipement de la maison. Cette obligation résulte de l’arrêté du 24 janvier 2017, pris en application du Code de la consommation.
Sont notamment concernés les travaux de :
Le devis doit être remis avant toute intervention, dès lors que le montant estimé dépasse le seuil fixé par la réglementation ou lorsque le client en fait expressément la demande.
En dehors des cas légalement imposés, le devis demeure fortement recommandé. Il constitue un outil de preuve en cas de litige et permet de démontrer que le client a été correctement informé, conformément aux articles L111-1 et L112-1 du Code de la consommation.
Tout devis doit contenir les informations permettant au consommateur d’identifier clairement le professionnel et de comprendre la prestation proposée. À ce titre, doivent notamment figurer :
Pour les prestations visées par l’arrêté du 24 janvier 2017, le devis doit également mentionner :
L’absence d’une seule de ces mentions peut suffire à fragiliser la valeur juridique du document.
Conformément à l’article L132-1 du Code de l’artisanat, l’artisan doit mentionner sur ses devis :
Cette obligation vise à garantir la protection du client en cas de dommage lié à l’exécution des travaux.
En principe, l’artisan peut facturer l’établissement d’un devis, à condition d’en informer clairement le client avant sa réalisation. Toutefois, certains secteurs sont soumis à une obligation de devis gratuit, notamment :
Lorsque le devis est payant, son coût doit apparaître de manière explicite sur le document, sous peine de contestation.
Le devis engage pleinement l’artisan dès lors qu’il a été accepté. Il ne peut ni modifier les prix, ni refuser l’exécution des travaux sans engager sa responsabilité contractuelle.
En revanche, le client n’est engagé qu’à compter de la signature. Tant que le devis n’est pas accepté, il conserve une liberté totale. Des règles particulières s’appliquent toutefois en cas de versement d’arrhes ou d’acompte, conformément à l’article L214-1 du Code de la consommation.
En cas de contrat conclu à distance ou hors établissement, le client bénéficie en outre d’un droit de rétractation de 14 jours, prévu à l’article L221-18 du Code de la consommation, sauf exceptions légales.
Un devis incomplet, imprécis ou non conforme expose l’artisan à plusieurs risques :
La jurisprudence rappelle régulièrement que l’obligation d’information précontractuelle est une obligation déterminante, dont la violation peut entraîner la nullité du contrat ou l’octroi de dommages et intérêts.
Oui. Dès lors qu’un devis est accepté et signé, il vaut contrat de prestation de services, conformément à l’article 1103 du Code civil. L’artisan est tenu d’exécuter les travaux selon les conditions prévues (prix, délais, prestations). Toute modification unilatérale expose le professionnel à une action en responsabilité contractuelle. Le devis devient alors la référence juridique principale en cas de litige.
Les erreurs les plus courantes concernent l’absence de détail des prestations, l’oubli du taux de TVA applicable, la non-mention de l’assurance professionnelle ou encore une description trop vague des travaux. Ces manquements peuvent permettre au client de contester le devis, de refuser le paiement ou de demander l’annulation du contrat pour défaut d’information précontractuelle.
Oui, sauf dans certains secteurs réglementés (déménagement, services à la personne, optique, etc.). En dehors de ces cas, le devis peut être payant à condition que le client soit informé du prix avant sa réalisation. Le caractère payant ou gratuit du devis doit impérativement être mentionné sur le document, faute de quoi la facturation peut être contestée.
En principe, un devis signé engage définitivement les parties. Toutefois, des exceptions existent. En cas de contrat conclu à distance ou hors établissement, le consommateur bénéficie d’un droit de rétractation de 14 jours, prévu à l’article L221-18 du Code de la consommation. En dehors de ces hypothèses, l’annulation peut entraîner le versement de dommages et intérêts.
L’absence de devis obligatoire ou la présence d’un devis incomplet peut entraîner des sanctions administratives, un refus de paiement, voire l’annulation de la vente. En cas de contrôle ou de litige, l’artisan peut également voir sa responsabilité civile engagée pour manquement à son obligation d’information, avec des conséquences financières parfois lourdes.