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Qui peut analyser pour moi les trois derniers exercices de copropriété avant un achat ?

Jordan Alvarez
Editeur
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Copropriété : Comment faire analyser les comptes avant d’acheter un bien ?

L’achat d’un bien en copropriété implique bien davantage que la simple visite d’un appartement ou d’un local : il exige une compréhension précise de la situation financière, comptable et juridique de l’immeuble. Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, intégrée aux articles L721-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation, le vendeur a l’obligation de communiquer à l’acquéreur un ensemble de documents destinés à assurer la transparence de la gestion de la copropriété. Parmi ces pièces, l’examen des trois derniers exercices comptables revêt une importance déterminante, puisqu’il permet d’évaluer la stabilité financière de la copropriété, la qualité de la gestion du syndic, le niveau d’impayés, l’existence de dettes fournisseurs, l’ampleur des travaux votés ou à venir, ainsi que les risques futurs d’augmentation des charges.

Cet examen n’est pourtant pas un acte anodin : il requiert une lecture attentive des comptes annuels, du budget prévisionnel, du fonds travaux (article 14-2 de la loi du 10 juillet 1965), des procès-verbaux d’assemblées générales et des documents transmis dans le cadre de la vente (article L721-2 CCH). Déceler une anomalie comptable, comprendre l’évolution des charges, vérifier la cohérence des dépenses, identifier des retards de paiement ou des provisions insuffisantes ne s’improvise pas. Ces éléments conditionnent directement la valeur réelle du bien et la charge financière future de l’acquéreur.

Pour cette raison, de nombreux acheteurs choisissent de déléguer cette analyse à des professionnels qualifiés (experts-comptables, avocats en droit immobilier, notaires).

Chacun intervient avec des compétences propres : l’expert-comptable pour l'analyse financière, l’avocat pour la sécurité juridique, le notaire pour la conformité des documents et la régularité de la transaction. L’objectif est clair : éviter de signer un compromis d’achat sans maîtriser l’ensemble des informations indispensables, mais aussi prévenir les situations à risque comme des travaux coûteux imminents, une copropriété en difficulté ou un syndic défaillant.

Dans le cadre d’un achat immobilier, l’examen des trois derniers exercices de copropriété constitue donc une étape fondamentale, et le choix du professionnel chargé de cette analyse conditionne la sécurité de l’opération. Cet article vous éclaire sur les intervenants pouvant réaliser cette mission, leurs rôles respectifs, et la manière dont ils contribuent à sécuriser votre projet d’acquisition.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Pourquoi analyser les comptes de copropriété
  3. Rôle du notaire
  4. Rôle de l’expert-comptable
  5. Rôle de l’avocat en droit immobilier
  6. Limites du syndic et de l’agent immobilier
  7. Peut-on analyser soi-même les exercices
  8. Quel professionnel choisir selon la situation
  9. Conclusion

1. Le notaire : un contrôle indispensable mais non exhaustif

Le notaire intervient obligatoirement lors de la vente en copropriété. Son rôle consiste notamment à vérifier les documents obligatoires que doit transmettre le vendeur, conformément aux articles L721-2 et L721-3 du CCH.

Ses vérifications portent principalement sur :

  • le règlement de copropriété et ses modificatifs,
  • l’état daté,
  • le diagnostic technique global (DTG) s’il existe,
  • les procès-verbaux d’assemblées générales,
  • les charges courantes et futures dépenses.

Le notaire dispose d’une compétence juridique large, mais son analyse vise essentiellement à sécuriser la vente, pas à effectuer une étude financière détaillée des comptes de copropriété.

Limite :

Le notaire ne réalise pas une expertise financière approfondie des trois derniers exercices, car ce n’est pas sa mission. Il vérifie la conformité juridique, non la qualité de gestion du syndic.

2. L’expert-comptable : l’analyse financière la plus complète

Pour comprendre en profondeur la situation financière de la copropriété, l’intervenant le mieux placé reste l’expert-comptable.

Pourquoi ?

Car lui seul peut :

  • analyser les budgets prévisionnels et leur cohérence,
  • étudier la répartition des charges,
  • contrôler les dettes fournisseurs et le niveau d’impayés,
  • vérifier l’évolution du fonds travaux (Loi ALUR – art. 14-2 de la loi du 10 juillet 1965),
  • repérer les déséquilibres comptables ou anomalies,
  • évaluer la gestion du syndic par comparaison avec la comptabilité de référence.

Ses conclusions permettent à l’acquéreur d’anticiper :

  • des appels de fonds exceptionnels,
  • des travaux importants à venir,
  • des risques d’augmentation des charges,
  • une éventuelle mauvaise gestion du syndic (déficit, irrégularités).

En pratique :

De nombreux acheteurs font appel à un expert-comptable avant de signer le compromis, car l'analyse des comptes peut révéler des problèmes qui n’apparaissent pas dans les documents juridiques.

3. L’avocat en droit immobilier : analyse juridique et sécurisation de l’achat

L’avocat en droit immobilier joue un rôle complémentaire de l’expert-comptable.
Il peut analyser les trois derniers exercices, non pas sous l’angle financier, mais sous l’angle juridique et stratégique.

Il peut notamment :

  • déceler des votes d’assemblée irréguliers,
  • identifier des litiges en cours avec le syndic ou des copropriétaires,
  • repérer les contentieux judiciaires pouvant impacter les charges,
  • interpréter les travaux obligatoires imposés par la loi,
  • préparer des clauses protectrices dans le compromis.

Son intervention est utile si :

  • la copropriété a une situation complexe,
  • des travaux lourds (ravalement, toiture, ascenseur) ont été votés,
  • l’immeuble présente des malfaçons ou litigieux,
  • vous achetez pour investissement locatif.

L’avocat apporte la vision juridique globale qui renforce la sécurité de l’opération.

4. Le syndic : une source d’information, mais pas un analyste neutre

Le syndic est tenu de fournir les documents comptables et administratifs obligatoires.
Mais il n’a aucun rôle consultatif dans l’analyse des trois derniers exercices.

Pourquoi ?

Parce qu’il est juge et partie : c’est lui qui tient la comptabilité de la copropriété.

Il peut donner des informations techniques, mais un acheteur prudents doit toujours :

  • croiser ces éléments avec les PV d’assemblées,
  • vérifier les compteurs, dettes et impayés,
  • demander une analyse externe.

5. L’agent immobilier : un intermédiaire, pas un analyste juridique

L’agent immobilier doit informer l’acquéreur, mais il n’a ni compétence comptable, ni mission de contrôle juridique approfondi.

Il remet les documents préalables à l’acquéreur (obligation loi ALUR), mais son conseil reste général et commercial.

6. L’acheteur peut-il analyser lui-même les trois exercices ?

Oui, mais cela exige de maîtriser :

  • la comptabilité en partie double,
  • les obligations comptables des copropriétés (décret n°2005-240),
  • les réserves financières et leur suffisance,
  • l’analyse des charges par nature,
  • l’impact des travaux votés ou en cours,
  • la lecture approfondie des procès-verbaux.

Cette auto-analyse est envisageable pour un acheteur averti, mais fortement déconseillée dans les copropriétés complexes ou anciennes.

7. Quel professionnel choisir selon votre situation ?

Cas 1 : copropriété très ancienne, travaux importants

→ Expert-comptable + avocat.

Cas 2 : copropriété récente ou bien gérée

→ Expert-comptable seul.

Cas 3 : immeuble en procédure, litiges, charges élevées

→ Avocat spécialisé. Cas 4 : achat d’un studio en résidence étudiante ou senior

→ Analyse comptable indispensable (les charges peuvent être très élevées).

8. Documents que vous devez absolument faire analyser

Selon les articles L721-2 et L721-3 du CCH, le vendeur doit transmettre :

  • les trois derniers exercices de copropriété,
  • les procès-verbaux d’assemblées générales,
  • l’état des charges courant/an dernier,
  • le fonds travaux,
  • les dettes et impayés,
  • l’état daté,
  • les diagnostics techniques,
  • les informations sur les procédures en cours.

Un professionnel peut détecter des anomalies comme :

  • un fonds travaux insuffisant,
  • des comptes déficitaires récurrents,
  • des impayés importants,
  • des dépenses disproportionnées,
  • des travaux obligatoires non votés,
  • des provisions anormalement faibles.

Conclusion

L’analyse des trois derniers exercices comptables de la copropriété est un passage incontournable pour tout acquéreur souhaitant sécuriser un investissement immobilier. Ce contrôle ne se limite pas à lire quelques chiffres : il s’agit d’une étude approfondie permettant d’anticiper l’évolution future des charges, de détecter les déséquilibres financiers, d’évaluer la qualité de gestion du syndic et d’identifier les travaux lourds susceptibles d’affecter la valeur du bien. En cela, cette étape constitue un véritable outil d’aide à la décision, permettant à l’acquéreur d’acheter en pleine connaissance de cause.

Si le notaire garantit la conformité juridique de la vente, il ne se substitue pas à une analyse financière détaillée. L’expert-comptable, en revanche, possède les compétences techniques nécessaires pour examiner les dépenses, les dettes, les impayés, les provisions ou encore le fonds travaux de la copropriété. Il peut ainsi offrir une vision claire de sa santé économique.

L’avocat en droit immobilier, pour sa part, intervient en complément pour analyser les risques juridiques, les litiges éventuels, les décisions d’assemblée irrégulières ou les travaux imposés par des obligations légales. Chacun participe donc, à son niveau, à la sécurisation du projet d’achat.

Recourir à ces professionnels n’est pas toujours obligatoire, mais cela permet d’éviter les mauvaises surprises : appels de fonds imprévus, charges excessives, copropriété sous-financée, travaux urgents ou encore gestion contestable du syndic. L’acquéreur averti doit considérer cette analyse comme un investissement visant à protéger son achat et non comme un simple coût.

À une époque où les obligations légales des copropriétés se multiplient et où les travaux énergétiques deviennent de plus en plus fréquents, comprendre l’état financier réel de l’immeuble est indispensable. L’analyse des trois derniers exercices comptables constitue l’un des outils les plus fiables pour anticiper ces enjeux, préparer son budget et acheter en toute sécurité. defendstesdroits.fr rappelle ainsi que l’information financière, comptable et juridique est le premier rempart contre les risques liés à l’acquisition d’un bien en copropriété.

FAQ

1. Pourquoi est-il indispensable d’analyser les trois derniers exercices de copropriété avant un achat ?

L’analyse des trois derniers exercices de copropriété est l’un des seuls moyens d’apprécier la réalité financière, administrative et structurale de l’immeuble. Elle permet d’identifier les points suivants :

  • niveau des charges courantes (article 14-1 de la loi du 10 juillet 1965) ;
  • évolution des dépenses sur trois ans, révélatrice d’une gestion équilibrée ou détériorée ;
  • montant du fonds travaux obligatoire (article 14-2 de la loi de 1965) ;
  • dettes du syndicat envers les fournisseurs, mandataires ou prestataires ;
  • impayés des copropriétaires, pouvant fragiliser l’immeuble et augmenter les charges futures ;
  • travaux votés, programmés ou urgents, pouvant entraîner des appels de fonds importants ;
  • procédures judiciaires en cours (article 55 du décret du 17 mars 1967), susceptibles de générer des dépenses imprévues.

Ces documents permettent également de détecter les copropriétés en difficulté, les syndics défaillants, les immeubles ayant un déficit structurel, ou encore les situations à fort risque financier. Un acquéreur qui n’analyse pas cette documentation s’expose à des dépenses considérables après l’achat : ravalement obligatoire, changement de chaudière collective, réfection de toiture, ascenseur, mise en conformité sécurité incendie, rénovation énergétique…

2. Le notaire peut-il garantir une analyse complète des comptes ou faut-il recourir à un autre professionnel ?

Le notaire vérifie uniquement la conformité juridique des documents transmis par le vendeur, conformément aux obligations de la loi ALUR (articles L721-2 et L721-3 CCH).
Son rôle essentiel consiste à :

  • contrôler la présence de toutes les pièces obligatoires ;
  • vérifier les mentions de l’état daté ;
  • assurer la régularité des décisions d’assemblée générale ;
  • mentionner les informations juridiques dans l’acte de vente.

En revanche, le notaire ne procède pas :

  • à l’analyse financière détaillée des comptes ;
  • à la vérification du niveau d’impayés ;
  • à l’analyse des risques futurs liés à la trésorerie ;
  • à la détection d’une sous-provision récurrente des charges ;
  • à l’analyse des travaux votés mais non financés ;
  • à l’étude de la gestion du syndic.

Sa mission n’est pas celle d’un analyste financier mais d’un sécurisateur juridique de la transaction.
C’est pourquoi son intervention doit être complétée, dans les copropriétés complexes ou anciennes, par celle d’un expert-comptable ou d’un avocat.

3. En quoi l’expert-comptable est-il le professionnel le plus qualifié pour analyser les comptes de copropriété ?

L’expert-comptable est le seul professionnel capable de réaliser une analyse technique, financière et structurelle des exercices comptables de la copropriété.
Son rôle consiste à examiner :

  • l’équilibre entre recettes et dépenses ;
  • les taux d’impayés et leur évolution ;
  • la conformité du budget prévisionnel (article 14-1 loi 1965) ;
  • les dettes fournisseurs, révélatrices d’une trésorerie fragile ;
  • le niveau des provisions pour travaux et leur adéquation ;
  • les reliquats, déficits ou excédents sur plusieurs années ;
  • l’usage du plan pluriannuel de travaux, devenu obligatoire ;
  • la cohérence entre travaux votés et travaux budgétés ;
  • la qualité de la tenue des comptes par le syndic conformément au décret comptable du 14 mars 2005.

L’expert-comptable détecte également les anomalies telles que :

  • travaux votés mais non financés ;
  • dépenses disproportionnées ;
  • provisions insuffisantes pour des travaux urgents ;
  • charges mal réparties ;
  • conventions illégales ou coûteuses imposées par le syndic ;
  • mauvaise anticipation des dépenses énergétiques.

Il peut enfin comparer la copropriété à des référentiels standard, tels que la moyenne des charges d’un immeuble similaire, ce qui permet à l’acquéreur de mesurer objectivement la situation.

4. Quel est l’intérêt de solliciter un avocat en droit immobilier pour analyser les exercices comptables ?

L’avocat ne remplace pas l’expert-comptable, mais il en est le complément indispensable dès lors que des risques juridiques apparaissent.
Son intervention peut être déterminante pour :

  • évaluer la légalité des décisions d’assemblée générale ;
  • vérifier les travaux rendus obligatoires par la loi (sécurité incendie, rénovation énergétique, étanchéité) ;
  • identifier des conflits entre copropriétaires ou avec le syndic ;
  • analyser des procédures contentieuses en cours (article 55 décret 1967) ;
  • repérer des malfaçons engageant les responsabilités du syndic, du promoteur ou des entreprises ;
  • interpréter les clauses du règlement de copropriété susceptibles d’entraîner des charges supplémentaires ;
  • sécuriser juridiquement l’acte de vente par la rédaction de clauses protectrices.

Dans les copropriétés anciennes, ou celles en difficulté financière, l’avocat peut alerter sur des risques majeurs :
travaux obligatoires non anticipés, procédure d’insalubrité, déclaration en copropriété en difficulté (articles L615-1 et suivants CCH).

5. L’acheteur peut-il analyser seul les trois derniers exercices ou est-ce risqué ?

L’analyse personnelle n’est possible que pour un acquéreur ayant des compétences solides en comptabilité, en finances et en droit de la copropriété.
Une lecture isolée des documents peut conduire à des erreurs majeures, notamment :

  • confusion entre charges courantes et charges exceptionnelles ;
  • incompréhension des provisions ;
  • mauvaise interprétation des travaux votés ;
  • absence d’alerte sur les dettes fournisseurs ;
  • sous-estimation des impayés ;
  • non-prise en compte du fonds travaux ;
  • incapacité à mesurer si les dépenses sont cohérentes ou disproportionnées.

En pratique, beaucoup d’acheteurs passent à côté de signaux d’alerte évidents, comme :

  • une forte hausse des charges sur trois ans,
  • un budget prévisionnel régulièrement sous-évalué,
  • un fonds travaux quasi nul,
  • des travaux lourds inscrits dans le plan pluriannuel de travaux,
  • un taux d’impayés supérieur à 15 %,
  • des déficits répétés,
  • une absence de mise en concurrence des contrats du syndic.

Une mauvaise lecture peut entraîner des coûts inattendus pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros quelques mois après l’achat.

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