Fiscal

Recouvrement de créances : que faire en cas de défaut de paiement

Estelle Marant
Collaboratrice
Partager

Facture impayée : comment agir contre une entreprise débitrice

Un défaut de paiement intervient lorsqu’une entreprise cliente ne règle pas une facture à la date d’échéance prévue. Cette situation, loin d’être marginale, affecte directement la trésorerie et la capacité opérationnelle des entreprises créancières, en particulier des TPE et PME. Dans certains secteurs, un seul impayé peut fragiliser durablement la structure financière d’un fournisseur.

Plusieurs causes peuvent expliquer l’absence de règlement : difficultés financières du débiteur, litige commercial, mauvaise foi ou simple négligence. Quelle qu’en soit l’origine, la loi encadre précisément les droits du créancier et met à sa disposition une série de recours amiables et judiciaires pour recouvrer la somme due dans les délais légaux.

Le cadre juridique applicable repose notamment sur :

  • L’article L. 110-4 du Code de commerce, qui prévoit un délai de prescription de 5 ans pour les créances commerciales ;
  • L’article 2247 du Code civil, qui précise que la prescription doit être invoquée par le débiteur pour produire effet ;
  • Les articles 1405 et suivants du Code de procédure civile, qui régissent la procédure d’injonction de payer ;
  • L’article 835 du Code de procédure civile, qui encadre le référé-provision.

Dans un contexte économique tendu, agir rapidement contre un débiteur défaillant n’est pas une option : c’est une condition essentielle pour sécuriser les flux de trésorerie et protéger les droits du créancier.

Sommaire

  1. Introduction : comprendre les enjeux d’un défaut de paiement
  2. Conséquences financières et juridiques d’une facture impayée
  3. Les recours amiables contre une entreprise débitrice
  4. Les recours judiciaires pour obtenir le paiement
  5. La stratégie globale de recouvrement pour sécuriser les créances
  6. FAQ : les questions fréquentes sur les défauts de paiement
  7. Conclusion

Conséquences d’un défaut de paiement

Le retard de règlement a des répercussions directes sur la santé financière du créancier. En effet, une facture impayée peut créer un effet boule de neige : le créancier se retrouve à son tour dans l’impossibilité d’honorer ses propres engagements financiers. À terme, cela peut conduire à une situation de cessation des paiements, au sens de l’article L. 631-1 du Code de commerce.

Lorsque c’est l’entreprise débitrice elle-même qui est en cessation de paiement, la créance doit être déclarée au passif dans le cadre d’une procédure collective. Le créancier perd alors la possibilité de réclamer directement le paiement et devra s’en remettre à la procédure judiciaire ouverte contre le débiteur.

Défaut de paiement : les recours amiables

Identifier les causes de l’impayé et relancer efficacement

Avant d’engager une procédure, il est recommandé d’identifier la cause réelle du défaut de paiement : difficultés économiques, litige sur la prestation ou stratégie dilatoire. Une relance structurée et graduée doit ensuite être mise en œuvre :

  • Contact téléphonique ou mail pour un règlement rapide ;
  • Lettre de relance formelle en rappelant la facture, l’échéance et les pénalités prévues (art. L. 441-10 C. com.) ;
  • Mise en demeure si aucune réponse n’intervient.

La mise en demeure : une étape juridique déterminante

La mise en demeure constitue une interpellation formelle du débiteur. Prévue à l’article 1344 du Code civil, elle fait courir les intérêts moratoires, interrompt la prescription et marque une étape clé avant une action judiciaire.

Elle doit contenir :

  • L’identification précise des parties ;
  • Le montant exact de la créance et la nature de l’obligation ;
  • Le délai imparti pour régulariser la situation ;
  • L’annonce explicite d’un recours judiciaire en cas de non-paiement.

L’envoi en recommandé avec accusé de réception ou la signification par commissaire de justice (anciennement huissier) est recommandé pour donner à la démarche toute sa force probante.

Défaut de paiement : les recours judiciaires

En cas d’échec des démarches amiables, plusieurs procédures judiciaires peuvent être engagées en fonction de la situation.

L’injonction de payer

L’injonction de payer est une procédure rapide, peu coûteuse et non contradictoire, prévue aux articles 1405 et suivants du Code de procédure civile. Elle est particulièrement adaptée aux créances certaines, liquides et exigibles.

Le juge statue sur la base d’un dossier complet fourni par le créancier : contrat, facture, bon de livraison ou de commande, correspondances. Si la requête est acceptée, une ordonnance portant injonction de payer est rendue. Si elle n’est pas contestée par le débiteur, elle devient exécutoire et permet d’engager des mesures de saisie (saisie-attribution, saisie-vente, saisie sur rémunération…).

Le référé-provision

Le référé-provision (art. 835 CPC) est une procédure rapide et contradictoire. Le débiteur est convoqué à une audience, et le juge peut ordonner le paiement d’une provision si la créance n’est pas sérieusement contestable. Cette voie est particulièrement utile lorsque le créancier souhaite obtenir une décision exécutoire rapidement, tout en conservant la possibilité d’un procès au fond si nécessaire.

L’assignation au fond

L’assignation au fond est une procédure plus longue et plus coûteuse. Elle suppose une rédaction formelle de l’acte introductif d’instance et son dépôt auprès du greffe du tribunal de commerce compétent (lieu du siège social du débiteur). Le juge examine le fond du litige, après débats contradictoires, et rend un jugement exécutoire.

Lorsque la créance dépasse 10 000 euros, la représentation par avocat est obligatoire devant le tribunal de commerce (art. 853 CPC). Si le jugement est défavorable au créancier, un appel peut être interjeté dans un délai d’un mois à compter de sa signification.

La stratégie du créancier face à un débiteur défaillant

Face à une entreprise débitrice qui ne respecte pas ses engagements, la réactivité est un facteur déterminant. Plus le délai d’action est court, plus les chances de recouvrer la créance sont élevées. Le recours à la mise en demeure, suivi d’une injonction de payer ou d’un référé-provision, constitue une combinaison efficace et rapide pour obtenir une ordonnance exécutoire.

Dans les situations les plus complexes ou en cas de contestation sérieuse, l’assignation au fond reste une voie solide pour faire valoir ses droits. La preuve de la créance joue ici un rôle déterminant : une facture claire, des conditions contractuelles précises et des échanges documentés facilitent grandement la procédure.

Conclusion

Le défaut de paiement constitue l’un des risques les plus sensibles pour la stabilité financière des entreprises, en particulier celles dont la trésorerie repose sur une rotation régulière des encaissements. Il ne s’agit pas simplement d’un retard administratif, mais bien d’un manquement contractuel et juridique qui peut avoir des effets en cascade sur l’ensemble de la chaîne économique : fournisseurs, sous-traitants, salariés, et partenaires commerciaux.

Face à cette réalité, les entreprises créancières disposent d’un arsenal juridique solide pour protéger leurs intérêts. La combinaison entre démarches amiables structurées (relance, mise en demeure, sommation de payer) et recours judiciaires gradués (injonction de payer, référé-provision ou assignation au fond) offre un cadre d’action complet et efficace. Ces outils, prévus par le Code civil, le Code de commerce et le Code de procédure civile, permettent de faire valoir ses droits dans le respect des procédures légales et dans des délais raisonnables.

Au-delà de la procédure, c’est une stratégie globale de recouvrement qui doit être pensée en amont :

  • des conditions contractuelles claires et protectrices,
  • une gestion comptable rigoureuse,
  • des relances anticipées et graduées,
  • et une réactivité juridique dès les premiers signes de défaillance.

Une entreprise qui agit rapidement limite non seulement ses pertes financières mais renforce aussi sa crédibilité face à ses partenaires. Elle démontre qu’elle maîtrise ses droits et qu’elle ne tolère pas les retards injustifiés. Dans un contexte économique parfois incertain, cette proactivité juridique peut faire la différence entre une structure financière stable et une entreprise fragilisée par des impayés chroniques.

En fin de compte, le recouvrement n’est pas qu’une affaire de trésorerie : c’est un enjeu stratégique, juridique et économique. Anticiper, relancer, mettre en demeure et, si nécessaire, saisir la justice, sont autant d’étapes permettant au créancier de faire respecter ses droits, de préserver son activité et de garantir la continuité de ses engagements.

FAQ

1. Qu’est-ce qu’un défaut de paiement ?
Un défaut de paiement correspond à l’absence de règlement d’une facture arrivée à échéance, que ce soit en totalité ou en partie. Cette situation se matérialise lorsque le délai convenu contractuellement ou légalement (article L. 441-10 du Code de commerce) est dépassé sans que le débiteur n’ait procédé au paiement.

Le défaut de paiement peut résulter de différentes causes :

  • Des difficultés financières réelles de l’entreprise débitrice ;
  • Un désaccord commercial ou une contestation de la facture ;
  • Une stratégie dilatoire visant à retarder volontairement le règlement.

Dans tous les cas, cette situation est juridiquement encadrée. Le créancier est en droit de réclamer le paiement, d’appliquer des pénalités de retard et, si nécessaire, d’engager des procédures judiciaires pour faire valoir ses droits.

2. Quels sont les risques pour le créancier en cas de défaut de paiement ?
Une facture impayée ne représente pas seulement un manque temporaire de liquidités : elle peut générer des conséquences économiques lourdes, surtout pour les petites structures. Parmi les principaux risques :

  • Déséquilibre de trésorerie : le poste client gonfle et la capacité de financement diminue ;
  • Effet domino financier : un impayé peut entraîner à son tour un retard dans le règlement des fournisseurs ou des charges sociales ;
  • Risque de cessation de paiement pour le créancier si plusieurs factures ne sont pas réglées dans les temps ;
  • Affaiblissement de la position de négociation dans la relation commerciale.

Le défaut de paiement peut également fragiliser la relation contractuelle entre les parties et détériorer la confiance commerciale. C’est pourquoi la loi donne au créancier des outils pour réagir rapidement et efficacement.

3. Quelles sont les premières démarches à entreprendre face à un défaut de paiement ?
Face à un retard de paiement, le recouvrement amiable est souvent le premier réflexe à adopter. Cette approche repose sur plusieurs étapes structurées :

  • Relance téléphonique ou écrite pour identifier les causes du retard (problèmes de trésorerie, litige, oubli…) et obtenir un règlement rapide ;
  • Lettre de relance formelle, mentionnant la facture, son montant, la date d’échéance et les pénalités prévues ;
  • Mise en demeure (article 1344 du Code civil), envoyée en recommandé avec accusé de réception ou signifiée par commissaire de justice.

La mise en demeure constitue un acte juridique fort. Elle interrompt la prescription, fait courir les intérêts moratoires et renforce la position du créancier en vue d’une action judiciaire. Elle marque le passage d’une simple réclamation commerciale à une démarche juridiquement encadrée.

4. Quelles sont les procédures judiciaires disponibles pour recouvrer une créance impayée ?
Si les démarches amiables n’aboutissent pas, le créancier peut recourir à l’une des trois voies judiciaires principales :

  • L’injonction de payer (articles 1405 et suivants du Code de procédure civile) :
    • Procédure rapide, peu coûteuse et non contradictoire ;
    • Le juge statue uniquement sur la base des éléments fournis par le créancier (contrat, devis, facture, bon de livraison…) ;
    • Si l’ordonnance n’est pas contestée, elle devient exécutoire et permet la mise en œuvre de mesures de saisie.
  • Le référé-provision (article 835 CPC) :
    • Procédure contradictoire mais rapide (quelques semaines en général) ;
    • Le juge peut ordonner une provision, c’est-à-dire le versement d’une somme immédiate, si la créance n’est pas sérieusement contestable ;
    • Ce recours est particulièrement adapté lorsque le débiteur tente de gagner du temps sans argument valable.
  • L’assignation au fond (articles 54, 56 et 751 CPC) :
    • Procédure plus longue, adaptée aux litiges complexes ou aux créances importantes ;
    • Elle nécessite la rédaction d’une assignation et l’examen approfondi du litige par le juge ;
    • Si le jugement est favorable, le créancier obtient un titre exécutoire lui permettant de procéder à des saisies forcées (saisie bancaire, saisie mobilière, saisie de créances…).

Cette graduation dans les recours permet au créancier de choisir la voie la plus adaptée à la situation et à l’urgence économique.

5. Pourquoi agir rapidement est déterminant en cas de défaut de paiement ?
Le temps joue en défaveur du créancier. Plus le retard de paiement s’allonge, plus le risque de non-recouvrement augmente. Plusieurs raisons à cela :

  • La prescription quinquennale prévue par l’article L. 110-4 du Code de commerce peut éteindre le droit d’agir si le créancier tarde à se manifester ;
  • Le débiteur peut se retrouver en cessation de paiement ou faire l’objet d’une procédure collective, rendant le recouvrement plus complexe ;
  • Plus le délai est long, plus la preuve de la créance peut devenir difficile à produire (perte de documents, contestation tardive…).

Agir vite, dès les premiers retards, permet au créancier de renforcer sa position juridique, de préserver ses chances d’obtenir une décision favorable et de sécuriser sa trésorerie. La combinaison d’une mise en demeure bien rédigée et d’une procédure adaptée offre une stratégie efficace pour recouvrer les sommes dues.

6. Quelles bonnes pratiques pour prévenir les défauts de paiement à l’avenir ?
La meilleure protection contre les défauts de paiement reste une politique contractuelle et financière bien structurée. Les entreprises peuvent notamment :

  • Rédiger des conditions générales de vente claires mentionnant les délais de paiement, les pénalités et les clauses de réserve de propriété ;
  • Vérifier la solvabilité des clients avant de contractualiser (consultation RCS, bilans, enquêtes de solvabilité) ;
  • Mettre en place un système de relances automatisées pour éviter les oublis ;
  • Prévoir des acompte ou garanties de paiement pour les contrats importants ;
  • Agir rapidement dès le premier signe de retard pour éviter l’installation d’une situation d’impayé.

En combinant anticipation juridique et réactivité opérationnelle, le risque de défaut de paiement peut être considérablement réduit.

Articles Récents

Besoin d'aide ?

Nos équipes sont là pour vous guider !

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.