L’année 2023 marque une progression notable des arrêts de travail et des accidents liés à l’activité professionnelle. Selon les données publiées par l’Assurance maladie, 1 287 décès en lien avec le travail ont été recensés sur l’année, dont 759 imputables à un accident du travail. Ces chiffres témoignent d’une tendance préoccupante qui interroge autant les acteurs de la santé au travail que les entreprises, déjà confrontées à des problématiques d’organisation, de gestion des ressources humaines et de performance économique.
Pour les employeurs, l’augmentation des arrêts maladie constitue un véritable défi : désorganisation des équipes, surcharges de travail, coûts indirects et obligations légales renforcées.
Du côté des salariés, l’impact de cette intensification est tout aussi important et renvoie aux questions de santé au travail, de prévention des risques professionnels et de reconnaissance des maladies ou accidents liés à l’activité.
Cet article entend offrir une lecture approfondie et juridiquement structurée de cette évolution, en s’appuyant sur les chiffres les plus récents, les obligations légales des employeurs et les enjeux de prévention, tout en éclairant les perspectives futures pour les organisations.
Les études menées par divers organismes (Drees, Assurance maladie, WTW) montrent que si le nombre d’arrêts maladie a diminué de 12,5 % en 2023, le volume global reste élevé.
Selon l’Assurance maladie, les données de sinistralité pour 2023 révèlent :
Cette progression des maladies professionnelles, notamment les troubles musculosquelettiques (TMS), traduit une dégradation durable des conditions de travail dans certains secteurs.
Les chiffres montrent que les femmes sont plus souvent victimes d’accidents de trajet (53 %) et de maladies professionnelles (54 %), alors même qu’elles ne représentent que 47 % des salariés.
Cette différence s’explique par :
Les analyses soulignent que même à secteur égal, les missions confiées diffèrent, influençant directement le taux de sinistralité.
Selon WTW, le taux d’absentéisme atteint :
Cette différence s’explique notamment par la précarité attachée au CDD et la réticence des salariés à interrompre un contrat à durée déterminée, même en cas de difficultés de santé.
L’augmentation des arrêts maladie entraîne :
À terme, ces facteurs favorisent l’apparition de nouveaux arrêts maladie, créant un cercle vicieux au sein des entreprises.
La multiplication des arrêts affecte directement la performance opérationnelle. Les projets sont retardés, les délais rallongés, et la qualité de service peut se dégrader.
Les entreprises doivent assumer :
Une entreprise confrontée à un absentéisme important peut voir sa réputation altérée, notamment en matière de conditions de travail et d’attractivité des talents.
L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de mettre en œuvre des mesures visant à :
Pourtant, moins de la moitié des salariés déclarent bénéficier de véritables actions de prévention dans leur entreprise.
Les études montrent que les salariés identifient comme priorité :
Les employeurs, eux, privilégient la formation et la sensibilisation, notamment des managers, afin de mieux détecter les signaux d’alerte.
Les médecins du travail recommandent dans plus de 60 % des cas le temps partiel thérapeutique, outil permettant une reprise progressive et réduisant le risque de désinsertion professionnelle.
En 2023, 661 décès au travail ont été recensés.
Parmi les accidents du travail reconnus :
Les jeunes travailleurs et les intérimaires sont particulièrement exposés.
Les activités les plus à risque sont :
Selon la Dares, les salariés des entreprises sous-traitantes sont davantage exposés aux risques :
La sous-traitance peut devenir un moyen indirect d’externaliser les risques professionnels.
Le BTP demeure l’un des secteurs les plus dangereux :
Les obligations de prévention sont particulièrement renforcées, conformément à l’article L4121-1 et aux règles propres aux chantiers (plans de prévention, coordination SPS, EPI, etc.).
L’augmentation des arrêts maladie et la hausse de la sinistralité professionnelle traduisent une réalité préoccupante pour les entreprises : surcharge de travail, risques psychosociaux, coûts économiques et enjeux d’organisation.
Pour les salariés, ces chiffres révèlent une dégradation des conditions de travail dans plusieurs secteurs, nécessitant un effort collectif de prévention, d’adaptation des modes d’organisation et d’amélioration de la qualité de vie au travail.
À l’heure où les politiques publiques interrogent la soutenabilité du système d’indemnisation, les entreprises doivent renforcer leurs actions de prévention, soutenir leurs collaborateurs et repenser leurs modèles internes afin de préserver la santé des travailleurs et la continuité de leur activité.
Plusieurs facteurs expliquent la hausse des arrêts maladie : intensification du travail, exposition croissante aux risques physiques (troubles musculosquelettiques), multiplication des risques psychosociaux et vieillissement des travailleurs. Les données de l’Assurance maladie montrent également une augmentation des maladies professionnelles, notamment dans les secteurs de la santé, du nettoyage, de l’action sociale ou du transport.
Les études révèlent que les salariés ressentent davantage de signes avant-coureurs (fatigue, surcharge, stress), signalant un besoin de renforcement des politiques de prévention.
Les secteurs les plus exposés sont ceux où les contraintes physiques et organisationnelles sont les plus intenses :
L’absentéisme entraîne une surcharge de travail pour les équipes, une multiplication des responsabilités et une accélération du rythme professionnel. Cette pression intensifie le stress, l’épuisement mental et peut provoquer des conflits internes. Une charge excessive génère une baisse de performance, un risque accru de burn-out, une dégradation de la qualité de vie au travail et, à terme, de nouveaux arrêts maladie. Cela crée un cycle continu qui fragilise durablement l’équilibre collectif.
Pour les entreprises, l’augmentation des arrêts maladie implique :
Les entreprises disposent de plusieurs leviers, dont certains sont obligatoires :