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Santé au travail : une augmentation des arrêts qui interroge les employeurs

Jordan Alvarez
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Hausse des arrêts maladie : quelles conséquences réelles pour les entreprises ?

L’année 2023 marque une progression notable des arrêts de travail et des accidents liés à l’activité professionnelle. Selon les données publiées par l’Assurance maladie, 1 287 décès en lien avec le travail ont été recensés sur l’année, dont 759 imputables à un accident du travail. Ces chiffres témoignent d’une tendance préoccupante qui interroge autant les acteurs de la santé au travail que les entreprises, déjà confrontées à des problématiques d’organisation, de gestion des ressources humaines et de performance économique.

Pour les employeurs, l’augmentation des arrêts maladie constitue un véritable défi : désorganisation des équipes, surcharges de travail, coûts indirects et obligations légales renforcées.

Du côté des salariés, l’impact de cette intensification est tout aussi important et renvoie aux questions de santé au travail, de prévention des risques professionnels et de reconnaissance des maladies ou accidents liés à l’activité.

Cet article entend offrir une lecture approfondie et juridiquement structurée de cette évolution, en s’appuyant sur les chiffres les plus récents, les obligations légales des employeurs et les enjeux de prévention, tout en éclairant les perspectives futures pour les organisations.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Évolution récente des arrêts maladie : ce que disent les chiffres
  3. Salariés les plus touchés : tendances démographiques et professionnelles
  4. Conséquences pour l’entreprise et les équipes
  5. Impacts économiques et organisationnels pour les employeurs
  6. Prévention de l’absentéisme : leviers et obligations légales
  7. Accidents du travail mortels : état des lieux et secteurs exposés
  8. Particularité du secteur du BTP
  9. Enjeux futurs pour les entreprises face à l’augmentation des arrêts

Taux d’absentéisme en hausse : un environnement marqué par de fortes disparités

Un recul apparent des arrêts maladie mais une sinistralité toujours élevée

Les études menées par divers organismes (Drees, Assurance maladie, WTW) montrent que si le nombre d’arrêts maladie a diminué de 12,5 % en 2023, le volume global reste élevé.
Selon l’Assurance maladie, les données de sinistralité pour 2023 révèlent :

  • une baisse de 1,5 % des accidents du travail avec arrêt ;
  • une hausse de 5,1 % des accidents de trajet ;
  • une augmentation de 7,1 % des maladies professionnelles.

Cette progression des maladies professionnelles, notamment les troubles musculosquelettiques (TMS), traduit une dégradation durable des conditions de travail dans certains secteurs.

Les femmes particulièrement touchées par les risques professionnels

Les chiffres montrent que les femmes sont plus souvent victimes d’accidents de trajet (53 %) et de maladies professionnelles (54 %), alors même qu’elles ne représentent que 47 % des salariés.
Cette différence s’explique par :

  • leur présence majoritaire dans des secteurs physiquement exigeants (santé, aide à la personne, nettoyage),
  • leur exposition à des métiers comportant des risques de manutention, de répétitivité et de stress accru.

Les analyses soulignent que même à secteur égal, les missions confiées diffèrent, influençant directement le taux de sinistralité.

Les contrats précaires moins concernés

Selon WTW, le taux d’absentéisme atteint :

  • 2,1 % pour les CDD,
  • 5 % pour les CDI.

Cette différence s’explique notamment par la précarité attachée au CDD et la réticence des salariés à interrompre un contrat à durée déterminée, même en cas de difficultés de santé.

Conséquences de l’absentéisme pour les équipes et les employeurs

Une surcharge de travail pour les salariés présents

L’augmentation des arrêts maladie entraîne :

  • une intensification de la charge de travail,
  • des difficultés organisationnelles,
  • un accroissement du stress,
  • une détérioration de la qualité de vie au travail.

À terme, ces facteurs favorisent l’apparition de nouveaux arrêts maladie, créant un cercle vicieux au sein des entreprises.

Des impacts économiques significatifs pour les entreprises

Une baisse immédiate de la productivité

La multiplication des arrêts affecte directement la performance opérationnelle. Les projets sont retardés, les délais rallongés, et la qualité de service peut se dégrader.

Des coûts supplémentaires

Les entreprises doivent assumer :

  • les indemnités complémentaires dues aux salariés (article L1226-1 du Code du travail),
  • le remplacement temporaire des salariés absents,
  • la désorganisation structurelle des équipes.
Une image de marque affaiblie

Une entreprise confrontée à un absentéisme important peut voir sa réputation altérée, notamment en matière de conditions de travail et d’attractivité des talents.

Comment réguler l’absentéisme maladie ? Les leviers prioritaires

La prévention : une responsabilité légale de l’employeur

L’article L4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de mettre en œuvre des mesures visant à :

  • éviter les risques professionnels,
  • adapter le travail à l’homme,
  • développer la prévention collective.

Pourtant, moins de la moitié des salariés déclarent bénéficier de véritables actions de prévention dans leur entreprise.

Le rôle du management et de l’organisation du travail

Les études montrent que les salariés identifient comme priorité :

  • une meilleure organisation du travail,
  • des charges plus équilibrées,
  • des horaires compatibles avec la santé.

Les employeurs, eux, privilégient la formation et la sensibilisation, notamment des managers, afin de mieux détecter les signaux d’alerte.

Le recours au temps partiel thérapeutique

Les médecins du travail recommandent dans plus de 60 % des cas le temps partiel thérapeutique, outil permettant une reprise progressive et réduisant le risque de désinsertion professionnelle.

La hausse des accidents mortels : une tendance alarmante

Des chiffres en augmentation

En 2023, 661 décès au travail ont été recensés.
Parmi les accidents du travail reconnus :

  • 759 décès,
  • augmentation notable des malaises (432 cas),
  • 193 décès dûs à des causes externes.

Les jeunes travailleurs et les intérimaires sont particulièrement exposés.

Les secteurs les plus touchés

Les activités les plus à risque sont :

  • la santé, le nettoyage, l’intérim,
  • l’alimentation,
  • le transport,
  • le BTP.

L’impact de la sous-traitance

Selon la Dares, les salariés des entreprises sous-traitantes sont davantage exposés aux risques :

  • contraintes de temps,
  • manipulation de charges lourdes,
  • formations insuffisantes,
  • employés vulnérables (notamment travailleurs étrangers non francophones).

La sous-traitance peut devenir un moyen indirect d’externaliser les risques professionnels.

Le cas particulier du secteur du BTP

Le BTP demeure l’un des secteurs les plus dangereux :

  • 79 000 accidents du travail en 2022,
  • 32 629 accidents avec arrêt en 2021,
  • 44 accidents mortels en 2021.

Les obligations de prévention sont particulièrement renforcées, conformément à l’article L4121-1 et aux règles propres aux chantiers (plans de prévention, coordination SPS, EPI, etc.).

Conclusion

L’augmentation des arrêts maladie et la hausse de la sinistralité professionnelle traduisent une réalité préoccupante pour les entreprises : surcharge de travail, risques psychosociaux, coûts économiques et enjeux d’organisation.

Pour les salariés, ces chiffres révèlent une dégradation des conditions de travail dans plusieurs secteurs, nécessitant un effort collectif de prévention, d’adaptation des modes d’organisation et d’amélioration de la qualité de vie au travail.

À l’heure où les politiques publiques interrogent la soutenabilité du système d’indemnisation, les entreprises doivent renforcer leurs actions de prévention, soutenir leurs collaborateurs et repenser leurs modèles internes afin de préserver la santé des travailleurs et la continuité de leur activité.

FAQ

1. Pourquoi observe-t-on une augmentation des arrêts maladie en France ?

Plusieurs facteurs expliquent la hausse des arrêts maladie : intensification du travail, exposition croissante aux risques physiques (troubles musculosquelettiques), multiplication des risques psychosociaux et vieillissement des travailleurs. Les données de l’Assurance maladie montrent également une augmentation des maladies professionnelles, notamment dans les secteurs de la santé, du nettoyage, de l’action sociale ou du transport.
Les études révèlent que les salariés ressentent davantage de signes avant-coureurs (fatigue, surcharge, stress), signalant un besoin de renforcement des politiques de prévention.

2. Quels secteurs sont les plus touchés par les arrêts maladie et les accidents du travail ?

Les secteurs les plus exposés sont ceux où les contraintes physiques et organisationnelles sont les plus intenses :

  • la santé et l’aide à la personne,
  • le nettoyage,
  • l’intérim,
  • l’alimentation,
  • le transport,
  • le BTP.
    Ces secteurs cumulent risques de manutention, gestes répétitifs, exposition à la pénibilité et pressions temporelles. Les salariés de la sous-traitance sont également davantage exposés, notamment en raison du manque d'information, des délais imposés et de la faible maîtrise des risques.

3. Quels sont les impacts de l’absentéisme sur les salariés présents ?

L’absentéisme entraîne une surcharge de travail pour les équipes, une multiplication des responsabilités et une accélération du rythme professionnel. Cette pression intensifie le stress, l’épuisement mental et peut provoquer des conflits internes. Une charge excessive génère une baisse de performance, un risque accru de burn-out, une dégradation de la qualité de vie au travail et, à terme, de nouveaux arrêts maladie. Cela crée un cycle continu qui fragilise durablement l’équilibre collectif.

4. Quelles sont les conséquences économiques pour les employeurs ?

Pour les entreprises, l’augmentation des arrêts maladie implique :

  • une baisse de productivité,
  • des coûts financiers liés aux indemnités complémentaires,
  • des dépenses pour remplacer les salariés absents,
  • des difficultés de planification et de continuité du service,
  • une possible dégradation de l’expérience client,
  • un impact sur leur attractivité.
    En outre, la répétition des absences peut conduire à une réorganisation interne coûteuse, voire à des risques psychosociaux chez les équipes restantes.

5. Quelles actions de prévention permettent de réduire l’absentéisme maladie ?

Les entreprises disposent de plusieurs leviers, dont certains sont obligatoires :

  • évaluation des risques professionnels (Document unique – article L4121-1),
  • aménagement des postes et ergonomie,
  • politique de prévention santé (sommeil, alimentation, activité physique),
  • lutte contre la surcharge de travail et les risques psychosociaux,
  • recours au temps partiel thérapeutique,
  • formation des managers à la détection des situations à risque,
  • meilleure coordination avec la médecine du travail.
    Les études montrent que les salariés considèrent l’amélioration de l’organisation du travail comme le levier le plus efficace.

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