Famille

Tout comprendre au Congé Parental d’Éducation : règles, indemnités et démarches

Estelle Marant
Collaboratrice
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Conditions et durée du congé parental : explications juridiques et montants PreParE

Le congé parental d’éducation occupe une place centrale dans le droit du travail français, en tant que dispositif visant à concilier l’activité professionnelle des salariés avec leurs responsabilités familiales. Prévu aux articles L1225-47 et suivants du Code du travail, il offre aux parents la possibilité de suspendre leur contrat ou de réduire leur temps de travail afin de se consacrer à l’éducation de leur enfant, tout en maintenant leur lien juridique avec l’entreprise.

Cette articulation entre vie professionnelle et vie familiale, renforcée par les évolutions jurisprudentielles et législatives récentes, fait du congé parental un outil essentiel pour sécuriser le parcours professionnel des parents, en particulier durant les premières années de vie de l’enfant.

Dans un contexte où les politiques familiales connaissent de fréquentes révisions, le congé parental d’éducation constitue un véritable pilier de la protection sociale. Son fonctionnement, sa durée, ses modalités de demande et sa rémunération via la Prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) répondent à un cadre légal strict, régulièrement actualisé par la jurisprudence de la Cour de cassation ainsi que par les textes européens. Les réformes annoncées dans le cadre du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 témoignent d’ailleurs d’une volonté de repenser plus largement la place des congés familiaux dans l’organisation du travail.

Pour de nombreux salariés, le congé parental représente une période déterminante : il nécessite une analyse précise des droits ouverts, des conditions d’ancienneté, des délais de prévenance, mais aussi des effets sur la carrière, la rémunération et les droits à retraite.

Les employeurs, quant à eux, doivent appréhender leurs obligations légales, éviter tout risque de discrimination fondée sur la parentalité et garantir la continuité du contrat de travail dans le respect des prescriptions légales.

Dans cet article, defendstesdroits.fr vous propose un décryptage juridique complet du congé parental d’éducation, incluant les montants actualisés de la PreParE, les modalités de prolongation ou de modification du congé, les droits à la formation, ainsi que les impacts de la jurisprudence récente relative au report des congés payés. Un dossier indispensable pour tous les travailleurs, employeurs ou futurs parents souhaitant maîtriser les contours d’un dispositif fondamental du droit de la famille et du droit social.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Définition du congé parental d’éducation
  3. Bénéficiaires et conditions d’ouverture du droit
  4. Procédure pour demander un congé parental
  5. Durée du congé parental : règles et prolongations
  6. Rémunération et PreParE : montants et conditions
  7. Modification, prolongation ou transformation du congé parental
  8. Formation et bilan de compétences pendant ou après le congé
  9. Congé parental et congés payés : évolution jurisprudentielle
  10. Réformes à venir : congé supplémentaire de naissance et refonte du système
  11. Conclusion

1. La définition du congé parental d’éducation

Le congé parental d’éducation, prévu aux articles L1225-47 et suivants du Code du travail, est une période durant laquelle le contrat du salarié est suspendu, à sa demande, pour lui permettre d’élever son enfant. Le salarié peut choisir :

  • un congé parental total, entraînant une suspension du contrat ;
  • un congé parental à temps partiel, avec un travail réduit mais d’au moins 16 heures par semaine, conformément à l’article L1225-47.

Ces deux options appartiennent à la catégorie des congés liés à l’éducation de l’enfant.

2. Qui peut bénéficier du congé parental d’éducation ?

Les salariés concernés

Ont droit au congé parental :

  • la mère salariée ;
  • le père salarié ;
  • toute personne assumant la charge d’un enfant adopté.

Ces bénéficiaires doivent respecter les conditions légales prévues notamment par les articles L1225-47 et suivants.

Condition d’ancienneté

Depuis la réforme du 11 mars 2023, le salarié doit justifier d’au moins un an d’ancienneté dans l’entreprise au moment de sa demande (article L1225-47 du Code du travail).

Avant cette date, l’ancienneté était appréciée à la naissance ou à l’arrivée de l’enfant au foyer.

Interdiction d’exercer une activité professionnelle parallèle

Pendant le congé parental total ou à temps partiel, le salarié ne peut exercer aucune autre activité professionnelle, excepté l’activité d’assistant maternel, seule autorisée par l'article L1225-53 du Code du travail.

3. Comment demander un congé parental ?

Le délai de prévenance

Le salarié doit informer l’employeur dans les délais suivants (article L1225-50) :

  • 1 mois avant la fin du congé maternité ou d’adoption, lorsqu'il souhaite enchaîner directement sur un congé parental ;
  • 2 mois avant le début du congé, si celui-ci ne suit pas immédiatement le congé maternité ou d’adoption.

Ces délais sont essentiels en matière de preuve.

Cependant, la Cour de cassation juge que le non-respect de ces délais n’entraîne pas l'irrecevabilité de la demande (Cass. soc., 18 septembre 2024, n°23-18021).

Le formalisme à respecter

L'information doit être transmise :

  • par lettre recommandée avec avis de réception ;
  • ou remise en main propre contre décharge, conformément à l’article R1225-13.

La demande doit préciser :

  • la date de début du congé ;
  • la durée initiale souhaitée.

L’employeur peut-il refuser ?

Lorsque les conditions légales sont réunies, l’employeur ne peut pas refuser un congé parental d’éducation.

Un refus illégal exposerait l’employeur à une saisine du conseil de prud’hommes.

4. Quelle est la durée du congé parental d’éducation ?

Durée initiale et prolongations possibles

La durée varie en fonction :

  • du nombre d’enfants nés ;
  • de l’âge de l’enfant adopté ;
  • et des règles fixées à l’article L1225-48 du Code du travail.

Quelques exemples issus de la loi :

Naissance d’un enfant unique
  • Durée initiale : 1 an
  • Renouvellement : possible 2 fois
  • Fin : au plus tard au 3e anniversaire de l’enfant
Naissance de trois enfants ou plus
  • Durée initiale : 1 an
  • Renouvellement : 5 fois
  • Fin : au plus tard au 6e anniversaire
Adoption d’un enfant de moins de 3 ans
  • Durée initiale : 1 an
  • Renouvellement : 2 fois
  • Fin : dans les 3 ans suivant l’arrivée de l’enfant au foyer

Prolongation du congé

Le salarié doit informer son employeur 1 mois avant la fin de la période en cours, selon l’article L1225-51.

Prolongations exceptionnelles

En cas de :

  • maladie grave,
  • accident grave,
  • handicap grave de l’enfant,

une prolongation supplémentaire d’un an peut être accordée.

Rupture anticipée en cas de difficultés personnelles

L’article L1225-52 autorise une reprise anticipée :

  • en cas de décès de l’enfant ;
  • en cas de diminution importante des ressources du foyer.

5. Quelle rémunération pendant le congé parental ?

Suspension du contrat : absence de salaire

Le congé parental entraîne une suspension du contrat de travail. Sauf disposition conventionnelle, aucune rémunération n’est due par l’employeur.

La PreParE versée par la CAF ou la MSA

La Prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) est prévue par les articles L531-3 et L531-4 du Code de la sécurité sociale.

Montant applicable depuis le 1er avril 2025

Selon l’instruction interministérielle du 20 mars 2024, les montants nets (après CRDS) sont les suivants :

  • 456,06 euros pour un congé total ;
  • 294,82 euros pour un temps partiel ≤ 50 % ;
  • 170,07 euros pour un temps partiel entre 50 % et 80 %.

Le montant est plafonné lorsque les deux parents prennent simultanément la PreParE : le total ne peut excéder 456,06 euros.

Majoration possible

En présence d’au moins trois enfants à charge, la PreParE peut être portée jusqu’à 745,45 euros.

6. Prolonger, modifier ou rompre un congé parental

Modifier le choix initial

Le salarié peut :

  • passer d’un congé total à un temps partiel ;
  • ou d’un temps partiel à un congé total,

à condition d’informer l’employeur 1 mois à l’avance (article L1225-51).

Toute modification de la durée du travail en cours de temps partiel nécessite :

  • soit l’accord de l’employeur ;
  • soit une disposition conventionnelle expresse.

Nombre de renouvellements

Le congé parental peut être renouvelé deux fois maximum, sauf cas particuliers.

7. Formation professionnelle pendant ou après le congé parental

Pendant le congé : bilan de compétences

Le salarié bénéficie d’un droit à un bilan de compétences, à son initiative, conformément à l’article L1225-56.

Il n’est pas rémunéré durant cette période.

Après le congé : accès à la formation

L’article L1225-59 impose à l’employeur de proposer une action de formation afin de faciliter la reprise, notamment en cas d’évolution des méthodes de travail.

Si la formation est demandée avant la fin du congé, celui-ci prend fin de manière anticipée.

8. L’impact du congé parental sur les congés payés : évolution jurisprudentielle

La Cour de cassation, dans un arrêt majeur du 13 septembre 2023 (n°22-14043), s’aligne sur le droit européen en matière de congés payés.

Lorsque le salarié n’a pas pu prendre ses congés payés parce qu’il exerçait son droit au congé parental, les congés acquis doivent être reportés après la reprise du travail.

Cet arrêt marque une évolution significative du droit français en harmonisation avec la jurisprudence européenne.

9. Vers une réforme du congé parental ?

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (PLFSS) prévoit :

  • la création d’un congé supplémentaire de naissance, d’une durée de 1 ou 2 mois ;
  • un congé cumulable par les deux parents, permettant jusqu’à 4 mois supplémentaires de garde parentale ;
  • des réflexions sur une refonte plus globale du congé parental et sur l’avenir de la PreParE.

Ces évolutions pourraient transformer les droits futurs des salariés, même si aucune suppression rapide de la PreParE ne semble envisageable au regard de la situation actuelle des modes de garde.

Conclusion

Le congé parental d’éducation constitue un dispositif juridique équilibré, conçu pour protéger la présence parentale tout en sécurisant la relation de travail. Réglementé par des dispositions précises du Code du travail et du Code de la sécurité sociale, il illustre la volonté du législateur de promouvoir l’égalité professionnelle, de soutenir les familles et de garantir un encadrement clair aux employeurs comme aux salariés. Les récentes évolutions jurisprudentielles, notamment en matière de report des congés payés ou de régularité des demandes, confirment l’importance d’un droit vivant, aligné sur les principes européens et adapté aux réalités contemporaines.

La diversité des situations rencontrées par les salariés – congé total, temps partiel, prolongations, reprise anticipée, difficultés financières ou événements familiaux graves – démontre combien ce congé doit être appréhendé avec précision. Il engage non seulement la relation contractuelle mais également les droits sociaux, la rémunération, la protection contre le licenciement et les perspectives de formation au retour. L’employeur, tenu à une obligation d’examiner la demande dès lors que les conditions sont remplies, joue un rôle essentiel dans la continuité des droits du salarié et dans la prévention des litiges.

Alors que le PLFSS 2026 ouvre la voie à une transformation globale des congés familiaux avec l’émergence d’un congé supplémentaire de naissance, les contours du congé parental tel qu’on le connaît pourraient évoluer dans les années à venir. Cependant, son rôle structurant, sa fonction sociale et son ancrage juridique laissent présager son maintien comme pierre angulaire des dispositifs de conciliation entre parentalité et activité professionnelle.

Pour les salariés, bien comprendre ce congé permet d’anticiper ses effets sur la carrière, la rémunération et la retraite. Pour les employeurs, une maîtrise des règles applicables limite les risques contentieux et garantit la conformité aux obligations légales. C’est dans cette perspective que defendstesdroits.fr accompagne les justiciables, en leur offrant une information juridique fiable, structurée et régulièrement actualisée afin qu’ils puissent exercer leurs droits en toute sécurité.

FAQ

1. Qui peut bénéficier d’un congé parental d’éducation et quelles conditions doit-il remplir ?

Le congé parental d’éducation est ouvert à tout salarié parent d’un enfant né ou adopté, indépendamment de son type de contrat (CDI, CDD, contrat d’apprentissage ou de professionnalisation). Pour en bénéficier, il faut justifier d’au moins un an d’ancienneté à la date de la demande, conformément à l’article L1225-47 du Code du travail. Cette ancienneté s’apprécie au jour où le salarié transmet sa demande à l’employeur, et non à la naissance de l’enfant, depuis la réforme du 11 mars 2023.

Le congé parental est accessible :

  • au parent biologique (mère ou père) ;
  • au parent adoptant ;
  • aux salariés accueillant un enfant confié en vue d’adoption.

Il n’est pas nécessaire que le salarié vive avec l’autre parent ou qu’il soit marié ou pacsé. Le critère déterminant est la prise en charge effective de l’enfant.

Enfin, l’exercice d’une activité professionnelle parallèle est interdit pendant un congé parental total, sauf dans un seul cas : l’activité d’assistant maternel, explicitement autorisée par l’article L1225-53.

2. Combien de temps peut durer un congé parental et dans quels cas peut-il être prolongé ?

La durée du congé parental varie selon la situation familiale, conformément à l’article L1225-48 du Code du travail. Pour un enfant unique, il peut être accordé pour un an, renouvelable deux fois, et prendre fin au troisième anniversaire de l’enfant. En cas de naissance multiple (au moins trois enfants), le congé peut être renouvelé jusqu’à cinq fois et s’étendre jusqu’au sixième anniversaire des enfants. Pour une adoption, si l’enfant a moins de trois ans, la durée maximale est de trois années suivant l’arrivée au foyer.

Des prolongations exceptionnelles peuvent être accordées dans des circonstances particulières :

  • maladie grave de l’enfant ;
  • accident grave ;
  • handicap grave.

Dans ces situations, une prolongation supplémentaire d’un an peut être autorisée, même si la limite d’âge habituelle est atteinte.

Le congé peut aussi être modifié (passage d’un temps partiel à un congé total ou inversement) ou interrompu anticipativement, notamment en cas de décès de l’enfant ou de baisse significative des ressources du foyer, comme le prévoit l’article L1225-52.

3. Le congé parental est-il rémunéré et comment fonctionne la PreParE versée par la CAF ou la MSA ?

Le congé parental entraîne une suspension du contrat de travail, ce qui signifie qu’aucun salaire n’est versé par l’employeur, sauf clause conventionnelle plus favorable. Pour compenser cette absence de rémunération, le parent peut percevoir la Prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) prévue aux articles L531-3 et L531-4 du Code de la sécurité sociale.

Le montant dépend :

  • du choix entre congé total ou activité à temps partiel ;
  • de la quotité travaillée en cas de temps partiel ;
  • du nombre d’enfants à charge.

Depuis le 1er avril 2025, les montants nets après CRDS sont :

  • 456,06 euros par mois pour un congé total ;
  • 294,82 euros pour un temps partiel n’excédant pas 50 % ;
  • 170,07 euros pour un temps partiel entre 50 et 80 %.

Une majoration peut porter la PreParE jusqu’à 745,45 euros pour les familles ayant au moins trois enfants.

Lorsque les deux parents la perçoivent simultanément, le total des deux allocations ne peut pas dépasser 456,06 euros, ce qui limite les cumuls.

4. Comment faire une demande de congé parental et l’employeur peut-il la refuser ?

Pour demander un congé parental, le salarié doit informer son employeur par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge, conformément à l’article R1225-13 du Code du travail. La demande doit indiquer la date de début du congé et la durée initiale souhaitée.

Le salarié doit respecter des délais précis (article L1225-50) :

  • 1 mois avant la fin du congé maternité ou d’adoption, s’il souhaite enchaîner directement ;
  • 2 mois avant le début du congé, si celui-ci n’est pas consécutif au congé maternité ou d’adoption.

L’employeur ne peut pas refuser un congé parental dès lors que les conditions légales sont réunies. En cas de refus injustifié, le salarié peut formuler une contestation écrite puis saisir le conseil de prud’hommes.

À noter : la Cour de cassation, dans un arrêt du 18 septembre 2024, a jugé que le non-respect des délais de prévenance ne rend pas la demande irrecevable, renforçant ainsi la protection du salarié.

5. Quels sont les droits du salarié pendant et après le congé parental d’éducation ?

Le congé parental n’efface pas les droits du salarié : il les gèle, et certains continuent même de produire effet. Le salarié conserve :

  • ses droits liés à l'ancienneté (calculés selon l’article L1225-54) ;
  • sa protection contre le licenciement, renforcée durant le congé ;
  • son droit à réintégrer son poste ou un poste similaire à la fin du congé ;
  • son droit à une formation si les méthodes de travail ont évolué, conformément à l’article L1225-59 ;
  • son droit d’effectuer un bilan de compétences (article L1225-56).

En matière de congés payés, la jurisprudence européenne a profondément influencé le droit français. L’arrêt de la Cour de cassation du 13 septembre 2023 (n°22-14043) impose désormais le report automatique des congés payés non pris lorsque le salarié s’en est trouvé empêché en raison de l’exercice de son congé parental. Cette décision marque une évolution importante, alignant le droit français sur la Cour de justice de l’Union européenne.

Enfin, le retour au travail doit se faire sans pénalisation, le salarié retrouvant son poste ou un poste équivalent, avec un niveau de rémunération au moins identique.

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