La gestion d’un arrêt maladie longue durée représente l’un des enjeux les plus sensibles pour un employeur. Entre obligations légales, organisation interne, maintien éventuel de salaire, anticipation du retour du salarié et risques juridiques, chaque décision doit être prise avec une extrême prudence. Lorsqu’un salarié est confronté à une affection de longue durée (ALD) nécessitant un suivi médical intensif ou un arrêt supérieur à six mois, l’entreprise se retrouve souvent démunie : comment réorganiser l’activité sans commettre d’erreur ? Quelle indemnisation doit être versée ? Quelle marge de manœuvre reste-t-il pour envisager un remplacement, voire un licenciement ?
Cet article fait le point, de manière claire, structurée et à jour des dernières réformes, sur tout ce que doit connaître un employeur confronté à un arrêt maladie longue durée : définition précise, droits du salarié, obligations de l’entreprise, démarches administratives, rémunération, congés, remplacement, et cas très encadrés autorisant un licenciement. Un outil indispensable pour sécuriser votre gestion RH et éviter les risques prud’homaux.
1. Qu’est-ce qu’un arrêt maladie longue durée (ALD) ?
2. Les différentes catégories d’affections longue durée
3. Durée maximale et prolongations possibles
4. Indemnisation : IJSS, maintien de salaire, carences
5. Congés payés et arrêt longue maladie
6. Remplacement du salarié absent
7. Licenciement : ce qui est possible et interdit
8. Droits de l’employeur et risques juridiques
Un arrêt maladie longue durée correspond à une interruption du contrat de travail liée à une affection longue durée (ALD), caractérisée par une pathologie grave, chronique ou nécessitant un traitement prolongé.
Un arrêt est considéré comme « longue durée » lorsqu’il dépasse 6 mois, sur prescription du médecin traitant. Le salarié reste lié à l’entreprise, mais son contrat est suspendu.
À noter :
Un salarié peut souffrir d’une ALD sans être arrêté. L’ALD concerne le traitement ; l’arrêt concerne la capacité de travail.
Le Code de la Sécurité sociale distingue trois catégories :
Il s’agit des pathologies inscrites sur la liste officielle : AVC invalidant, diabète, cancers, maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, etc.
Elles ouvrent droit à une prise en charge à 100 % des soins liés à la maladie.
Ce sont des maladies graves évoluant sur plus de 6 mois, dont le traitement est coûteux.
Elles sont reconnues au cas par cas par le médecin-conseil.
Le salarié souffre de plusieurs maladies invalidantes rendant son état global grave et prolongé.
Le salarié peut bénéficier d’un arrêt maladie :
Il n’existe pas de limitation du nombre de prolongations : elles dépendent uniquement de l’avis médical.
L’arrêt maladie longue durée suspend la rémunération, mais des dispositifs compensent cette perte.
La CPAM prend en charge une partie du revenu via les IJSS, équivalentes à :
Un plafond de 360 IJSS sur 3 ans s’applique lorsque l’arrêt n’est pas lié à une ALD.
L’employeur doit verser un complément, sous conditions :
Le maintien doit assurer :
La durée varie selon l’ancienneté ou la convention collective.
Depuis la réforme imposée par le droit européen, un salarié en arrêt, même non professionnel, acquiert des congés payés.
Deux cas :
Le salarié qui n’a pas pu prendre ses congés en raison de l’arrêt bénéficie d’un report de 15 mois, à compter de l’information donnée par l’employeur.
L’employeur peut conclure un CDD pour remplacement, généralement à terme imprécis.
Il doit impérativement mentionner :
Le contrat se termine au retour du salarié absent.
Sans durée minimale, il peut être requalifié en CDI.
Aucun salarié ne peut être licencié parce qu’il est malade ou en ALD.
Ce serait une discrimination (art. L1132-1).
Le licenciement serait nul, avec indemnité minimale de 6 mois de salaire.
La désorganisation doit être :
Toute approximation expose à un risque élevé de condamnation.
Au retour, l’employeur doit :
Si le salarié est déclaré inapte, une procédure spécifique de reclassement s’applique.
L’absence de recherche de reclassement expose à la nullité du licenciement.
Gérer un arrêt maladie longue durée exige de l’employeur une parfaite maîtrise des règles sociales, médico-administratives et organisationnelles. Entre le versement des indemnités, la possibilité de remplacement, la gestion des congés payés, les obligations liées au maintien dans l’emploi et les rares cas permettant un licenciement, chaque étape doit être respectée avec rigueur.
Une mauvaise décision peut exposer l’entreprise à un risque prud’homal majeur, tandis qu’une gestion conforme favorise une reprise sereine, limite les tensions internes et protège juridiquement l’employeur comme le salarié.
Anticiper, documenter, dialoguer et s’appuyer sur la médecine du travail restent les clés d’une gestion RH sécurisée et humaine, essentielle pour préserver l’équilibre de l’entreprise face à des absences longues et imprévisibles.
L’arrêt longue maladie est prescrit exclusivement par le médecin traitant lorsqu’il estime que l’état du salarié nécessite une interruption prolongée du travail, généralement au-delà de six mois. La Sécurité sociale peut ensuite reconnaître une affection longue durée (ALD) si la pathologie nécessite des soins coûteux et continus. Le médecin-conseil de la CPAM valide ou refuse la prolongation au regard de plusieurs éléments : la gravité de la maladie, l’évolution du traitement, la durée prévisible des soins et les risques liés à la reprise prématurée du travail. L’employeur ne peut ni contester médicalement l’arrêt ni demander des détails sur le diagnostic, car ils sont protégés par le secret médical.
Oui. Depuis la réforme imposée par la Cour de cassation et intégrée au Code du travail, un salarié acquiert désormais des congés payés, qu’il s’agisse d’un arrêt pour maladie professionnelle ou non professionnelle.
La règle actuelle est la suivante :
Oui, à condition de respecter strictement le cadre légal. L’employeur peut recruter :
Le principe est strict : il est interdit de licencier un salarié en raison de sa maladie. Cela constituerait une discrimination fondée sur l’état de santé (art. L1132-1).
Cependant, le licenciement est possible dans 3 situations encadrées :
Le retour nécessite une préparation rigoureuse afin d’éviter tout risque d’inaptitude ou de conflit ultérieur. L’employeur doit :