Travail

Congés payés non utilisés : comment bénéficier d’un report légal ?

Francois Hagege
Fondateur
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Congés payés : dans quels cas peut-on obtenir un report ?

(Article rédigé pour defendstesdroits.fr)

La gestion des congés payés constitue un enjeu majeur pour l’employeur comme pour le salarié. Longtemps considérée comme un mécanisme rigide, limitant strictement la prise des congés à une période déterminée, la matière a connu d’importantes évolutions, notamment sous l’influence du droit de l’Union européenne et de la jurisprudence de la Cour de cassation.

Le principe demeure : les congés acquis et non pris avant la date limite sont en principe perdus, conformément à la logique organisée par les articles L3141-1 et suivants du Code du travail. Toutefois, les récentes décisions et la loi du 22 avril 2024 ont profondément modifié les règles en imposant à l’employeur de garantir l’effectivité du droit au repos et en élargissant les situations permettant un report automatique ou obligatoire des congés payés non pris.

Désormais, le salarié en arrêt maladie — qu’elle soit professionnelle ou non — acquiert des congés payés et peut bénéficier d’un report obligatoire lorsqu’il n’a pas été en mesure d’exercer son droit à congé. Les nouvelles décisions rendues en 2025 marquent un tournant majeur : la maladie intervenue pendant les congés ouvre également droit au report, sous réserve de notification immédiate à l’employeur.

Cet article vise à éclairer employeurs et salariés sur les règles applicables, les conditions du report, les obligations de l’employeur et l’évolution jurisprudentielle, afin d’assurer une gestion conforme aux exigences légales et protectrice des droits de chacun.

Sommaire

  1. Comprendre le principe de perte des congés non pris
  2. Les reports possibles par accord ou convention collective
  3. Les cas où le report devient obligatoire selon la loi
  4. Maladie pendant les congés : le nouveau droit au report
  5. Le délai légal de REPORT DE 15 MOIS
  6. Acquisition de congés pendant un arrêt maladie
  7. Procédure pour demander un report de congés payés
  8. Report à l’initiative de l’employeur : conditions strictes
  9. Utiliser le COMPTE ÉPARGNE-TEMPS en alternative au report
  10. Rôle des accords collectifs dans l’organisation du report

LE PRINCIPE : LES CONGÉS NON PRIS SONT PERDUS APRÈS LA DATE LIMITE

La période de référence et la période de prise des congés

La période d’acquisition est traditionnellement fixée du 1er juin N-1 au 31 mai N, sauf accord collectif contraire.
Les congés acquis au cours de cette période doivent être pris avant le 31 mai de l’année suivante, conformément à l’article L3141-13 du Code du travail.

Exemple :
Les jours acquis entre le 1er juin 2024 et le 31 mai 2025 doivent être pris avant le 31 mai 2026.

Une fois cette date dépassée, les congés non pris sont, en principe, perdus si l’employeur démontre avoir permis au salarié d’exercer effectivement son droit.

LES SITUATIONS PERMETTANT LE REPORT DES CONGÉS PAYÉS

Le report par accord entre employeur et salarié

En dehors des cas légaux, rien n’interdit à l’employeur et au salarié de convenir d’un report conventionnel, sous réserve d’un accord écrit.
L’article L3141-16 autorise les aménagements négociés, notamment par :

  • accord d’entreprise,
  • accord de branche,
  • usage interne,
  • décision conjointe entre employeur et salarié.

Le report prévu par une convention collective

Certaines conventions collectives prévoient :

  • des délais de prise élargis,
  • des reports automatiques,
  • des jours transférables en cas de travail annualisé (art. L3141-22),
  • ou encore des règles spécifiques pour les salariés au forfait jours.

Ces dispositions s’appliquent dès lors qu’elles sont plus favorables au salarié (art. L2254-1 du Code du travail).

LES CAS OBLIGATOIRES DE REPORT IMPOSÉS PAR LA LOI

Report en cas de refus des congés pour nécessité de service

Lorsque l’employeur refuse une demande de congé pour circonstances exceptionnelles, celui-ci doit permettre au salarié de les prendre ultérieurement (art. L3141-14).
Le report est alors obligatoire.

Report dû à une contrainte extérieure empêchant la prise des congés

Certaines situations empêchent totalement la prise de congés :

  • arrêt maladie ou accident (professionnel ou non),
  • congé maternité,
  • congé d’adoption,
  • congé de paternité,
  • toute circonstance indépendante de la volonté du salarié.

Ces cas ouvrent droit à un report automatique, conformément à l’interprétation combinée de l’article L3141-5 et du droit européen.

ÉVOLUTION MAJEURE : LA MALADIE PENDANT LES CONGÉS PAYÉS

La jurisprudence antérieure

Avant 2025, seule la maladie débutée avant les congés pouvait conduire à un report.
La maladie survenant pendant les congés n’ouvrait aucun droit à report, sauf dispositions conventionnelles.

Cette position française était contraire aux directives européennes.

L’arrêt du 10 septembre 2025 : revirement total

Dans un arrêt majeur du 10 septembre 2025 (Cass. soc., n°23-22732), la Cour de cassation décide que :

« Dès lors qu’un salarié placé en arrêt maladie pendant ses congés payés a notifié à son employeur cet arrêt, il a droit au report de ses congés. »

Ce revirement aligne le droit français sur la jurisprudence de la CJUE.

Conditions :
  • le salarié doit informer l’employeur de l’arrêt maladie,
  • l’arrêt doit être justifié par un certificat médical,
  • les congés sont alors réputés non pris et peuvent être reportés.

Cette solution est d’application immédiate.

LE DÉLAI DE REPORT : 15 MOIS MAXIMUM

Principe légal

Le salarié empêché de prendre ses congés en raison d’une maladie bénéficie d’un délai de report de 15 mois, conformément à l’article L3141-19-1.

Le point de départ dépend de la durée de l'arrêt :

Arrêt de travail inférieur à un an

Le délai commence lorsque le salarié reçoit l’information sur ses droits (dans le mois suivant sa reprise).

Arrêt supérieur à un an

Le délai débute à la fin de la période de référence au titre de laquelle les congés ont été acquis.

Nouvelle précision jurisprudentielle (Cass. soc., 13 novembre 2025)

L’employeur ne peut opposer la perte des congés durant le délai de report si :

  • il ne prouve pas qu’il a informé le salarié, ou
  • il n’a pas mis celui-ci en mesure d’exercer effectivement ses droits.

DROITS DES SALARIÉS EN ARRÊT DE TRAVAIL : AVANT ET APRÈS LA LOI DU 22 AVRIL 2024

Acquisition des congés pendant l’arrêt

Depuis la loi DDADUE du 22 avril 2024 :

  • les salariés en arrêt non professionnel acquièrent 2 jours de congés par mois,
  • les salariés en arrêt professionnel acquièrent 2,5 jours.

Cette évolution met fin à une inégalité longtemps dénoncée.

DEMANDE DE REPORT : PROCÉDURE ET PREUVES

Demande émanant du salarié

Elle doit être réalisée par écrit, idéalement :

  • lettre recommandée avec AR,
  • ou remise contre décharge.

Demande émanant de l’employeur

L’accord du salarié est indispensable, sauf cas légal de report obligatoire.
Là encore, la preuve écrite est indispensable.

LE COMPTE ÉPARGNE-TEMPS (CET) COMME ALTERNATIVE AU REPORT

Fonctionnement du CET

Lorsqu’un report n’est pas possible, certains jours peuvent être transférés sur un CET, à condition qu’un accord collectif le prévoie (art. L3151-1).

Peuvent y être affectés :

  • la 5ᵉ semaine,
  • les jours de repos,
  • les heures supplémentaires,
  • les jours de fractionnement.

Le CET permet ensuite :

  • une rémunération différée,
  • un congé rémunéré ultérieur,
  • ou l’alimentation d’un produit d’épargne retraite.

CONCLUSION

Le régime du report des congés payés connaît aujourd’hui une évolution profonde, marquée par une convergence entre droit interne et exigences européennes. Les règles applicables imposent désormais à l’employeur une vigilance accrue, tant dans l’information du salarié que dans la garantie effective de son droit au repos. Le salarié, de son côté, bénéficie d’un régime renforcé, lui permettant de ne plus perdre ses congés en cas d’arrêt maladie — y compris lorsque celui-ci survient pendant les congés — ou dans toute situation l’empêchant objectivement de les prendre.

La jurisprudence récente et la loi du 22 avril 2024 ont remodelé les contours du droit aux congés payés, en assurant une meilleure protection du salarié et en encadrant strictement les obligations de l’employeur. L’ensemble des acteurs de l’entreprise doit désormais intégrer ces évolutions afin d’assurer une gestion rigoureuse, conforme aux textes et respectueuse des droits fondamentaux liés au repos périodique.

FAQ

1. Dans quels cas le report des congés payés devient-il obligatoire pour l’employeur ?

Le report des congés payés non pris s’impose dès lors que le salarié n’a pas pu exercer son droit à congé pour une raison extérieure à sa volonté. La jurisprudence comme le droit de l’Union européenne imposent ce report notamment dans les situations suivantes :

  • arrêt maladie ou accident, qu’il soit professionnel ou non ;
  • congé maternité ou adoption, qui rend impossible la prise des jours avant la date limite ;
  • refus motivé de l’employeur, fondé sur des circonstances exceptionnelles : surcharge temporaire d’activité, impératif économique ou organisationnel ;
  • report imposé par l’employeur, là encore pour motif exceptionnel.

L’employeur doit alors assurer au salarié la possibilité effective de prendre ses jours ultérieurement. À défaut, les congés ne peuvent être considérés comme perdus.

2. Comment le droit au report s’applique-t-il lorsque la maladie survient pendant les congés payés ?

Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 10 septembre 2025, tout salarié placé en arrêt maladie pendant ses congés peut désormais obtenir le report intégral des jours non consommés. Ce revirement majeur repose sur deux principes :

  • la maladie n’est pas du repos : un congé payé doit permettre une véritable récupération ;
  • la France doit respecter le droit européen, qui protège strictement le droit aux congés.

Pour bénéficier du report, le salarié doit impérativement :

  1. notifier immédiatement son arrêt à l’employeur ;
  2. transmettre l’avis d’arrêt dans les délais ;
  3. revenir vers l’employeur pour organiser les nouvelles dates une fois l’arrêt terminé.

Il s’agit désormais d’un droit automatique, opposable à l’employeur.

3. Quel est le délai maximal pour reporter les congés payés non pris et comment se calcule-t-il ?

Le Code du travail fixe un délai de 15 mois, sauf accord collectif plus favorable. Ce délai s’applique pour tous les congés non pris pour cause de maladie ou d’accident.
Mais son point de départ dépend de la situation :

  • si l’arrêt dure moins de 12 mois : le délai commence à la date où le salarié reçoit les informations sur ses droits (nombre de jours et date limite de prise) ;
  • si l’arrêt dure plus de 12 mois : le délai commence au terme de la période de référence, mais est suspendu tant que l’employeur n’a pas communiqué ces informations.

La Cour de cassation (13 novembre 2025) rappelle que c’est à l’employeur de prouver qu’il a correctement informé le salarié. Sans cette preuve, la perte des congés ne peut être opposée.

4. Les salariés en arrêt maladie acquièrent-ils toujours des congés payés et à quel rythme ?

Depuis la loi du 22 avril 2024, tous les salariés acquisent des congés, même en arrêt maladie non professionnelle. Deux régimes coexistent :

  • 2,5 jours ouvrables par mois en cas d’accident du travail ou maladie professionnelle ;
  • 2 jours ouvrables par mois en cas d’arrêt maladie non professionnelle.

Cette avancée résulte directement d’une condamnation européenne de la France pour non-conformité au droit de l’Union.
Ces congés acquis pendant l’arrêt ouvrent également droit à report, lorsqu’ils n’ont pas pu être pris du fait de la prolongation de l’arrêt.

5. L’employeur peut-il refuser une demande de report de congés payés ? Quels sont les risques ?

L’employeur ne peut refuser un report que dans les cas non prévus par la loi ou par les accords collectifs. Lorsque l’impossibilité de prendre les congés résulte d’une maladie, d’un accident, d’un congé maternité ou d’un refus initialement motivé par l’entreprise, le refus est illégal.
En cas de refus injustifié :

  • le salarié peut saisir le Conseil de prud’hommes ;
  • l’employeur peut être condamné à verser une indemnité compensatrice équivalente aux congés perdus ;
  • l’employeur peut être condamné pour manquement à son obligation d’assurer l’exercice effectif du droit à congé, obligation de résultat reconnue par la jurisprudence.

Ainsi, un refus n’est juridiquement valable que si :

  • le salarié avait réellement la possibilité de prendre ses congés ;
  • aucune situation légale ou jurisprudentielle n’imposait le report.

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