Travail

Harcèlement moral et sexuel : responsabilités de l’employeur et recours du salarié

Estelle Marant
Collaboratrice
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Stop au harcèlement en entreprise : cadre légal, preuves et démarches

Le harcèlement au travail, qu’il soit moral ou sexuel, constitue aujourd’hui l’une des atteintes les plus sérieuses portées à la dignité et à la santé des travailleurs. Alors que le droit du travail impose à l’employeur une obligation stricte de sécurité visant à protéger chaque salarié, les situations rencontrées sur le terrain démontrent que les mécanismes juridiques restent encore insuffisamment connus. Derrière les notions souvent mal comprises de « pression », « brimade », « agissements répétés » ou encore « comportements sexistes », se trouvent pourtant des qualifications juridiques précises, définies aux articles L1152-1 et L1153-1 du Code du travail, et renforcées par les dispositions du Code pénal.

La méconnaissance de ces règles prive trop souvent les victimes de leurs droits, et expose l’employeur à des contentieux lourds, faute d’avoir mis en œuvre les mesures de prévention, de protection ou d’enquête exigées par la loi. La jurisprudence, toujours plus abondante, rappelle régulièrement que l’employeur doit agir, non seulement lorsqu’un harcèlement est avéré, mais dès lors qu’un risque sérieux est signalé dans l’entreprise. L’enjeu n’est donc pas seulement juridique : il touche aux conditions de travail, à la protection de la santé mentale, à l’organisation interne, à la qualité du dialogue social et à la performance même de la structure.

Cet article, rédigé par defendstesdroits.fr, propose une analyse complète et structurée des notions de harcèlement moral et sexuel, des obligations légales de l’employeur, des recours ouverts aux salariés, et des outils permettant de prévenir efficacement ces atteintes. Il s’adresse tant aux salariés cherchant à comprendre et faire valoir leurs droits, qu’aux employeurs et membres du CSE souhaitant mettre en place un cadre de travail conforme aux exigences légales et aux attentes contemporaines en matière de santé et sécurité au travail.

Sommaire

1. Introduction générale
2. Les différentes formes de harcèlement au travail
3. Les obligations légales de l’employeur
4. Les recours du salarié victime de harcèlement
5. Prévenir durablement le harcèlement dans l’entreprise
6. Conclusion générale

Comprendre les mécanismes juridiques du harcèlement en milieu professionnel

Le harcèlement en entreprise constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des travailleurs. Les dispositions du Code du travail et du Code pénal encadrent strictement ces comportements, afin de protéger la santé physique et mentale des salariés.

Selon les études les plus récentes, une part significative des travailleurs déclare avoir été confrontée à des faits pouvant s’apparenter à du harcèlement. Pourtant, les textes applicables restent encore méconnus. L’objectif de defendstesdroits.fr est d’apporter une analyse complète, juridiquement structurée et accessible.

Les formes de harcèlement reconnues par la loi

Le harcèlement moral : une atteinte progressive aux conditions de travail

L’article L1152-1 du Code du travail définit le harcèlement moral comme une succession d’agissements répétés ayant pour objet ou pour effet :

  • d’atteindre aux droits et à la dignité du salarié ;
  • d’altérer sa santé physique ou mentale ;
  • ou de compromettre son avenir professionnel.

Il peut s’agir d’intimidations, de brimades, d’isolement organisationnel, de retrait de missions ou encore de dénigrement systématique.

Exemple jurisprudentiel
La Cour de cassation a considéré comme des agissements répétés le fait de priver un salarié de tout moyen de travail durant plusieurs semaines à son retour d’arrêt maladie, ce qui avait aggravé son état de santé (Cass. soc., 29 janv. 2013, n° 11-22867).

Le harcèlement moral peut être :

  • vertical : venant d’un supérieur hiérarchique ;
  • horizontal : initié par un collègue ;
  • collectif : appelé mobbing lorsqu’il résulte d’un groupe de salariés.

Le harcèlement sexuel : une infraction pénalement réprimée

L’article L1153-1 du Code du travail prohibe tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste créant pour le salarié une situation :

  • dégradante ou humiliante ;
  • intimidante, hostile ou offensante.

La notion s’applique également lorsque :

  • plusieurs personnes agissent sur un salarié, même si chaque acteur n’a pas répété les faits ;
  • plusieurs comportements successifs émanent de personnes différentes, sans concertation, mais s’inscrivant dans une répétition identifiable ;
  • une pression grave, même unique, vise à obtenir un acte sexuel au profit de l’auteur ou d’un tiers.

Ces faits relèvent non seulement du droit du travail, mais aussi du Code pénal, notamment l’article 222-33.

Les obligations légales de l’employeur : prévenir, protéger, agir

Une obligation générale de prévention

L’employeur est tenu, en vertu des articles L1152-4 et L1153-5 du Code du travail, de prendre toutes mesures nécessaires pour prévenir le harcèlement moral et sexuel.

Cela implique notamment :

  • l’intégration des risques psychosociaux dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ;
  • la mise en place d’un règlement intérieur rappelant les interdictions pénales et les procédures internes ;
  • la diffusion d’informations accessibles à tous les salariés.

L’obligation d’information des salariés

L’employeur doit afficher ou transmettre les informations relatives :

  • à l’article 222-33-2 du Code pénal pour le harcèlement moral ;
  • à l’article 222-33 du Code pénal pour le harcèlement sexuel ;
  • aux voies de recours, autorités compétentes et interlocuteurs internes, notamment les référents harcèlement.

Cette obligation vise à garantir que chaque salarié connaisse ses droits et les mécanismes de signalement.

L’enquête interne : une étape incontournable

Lorsque des faits sont portés à la connaissance de l’employeur, son obligation de sécurité l’oblige à procéder immédiatement à une enquête interne.

La jurisprudence considère que même en l’absence d’enquête formelle, l’employeur peut être exonéré si des mesures effectives ont été prises pour protéger le salarié ( Cass. soc., 12 juin 2024, n° 23-13975 ).

En cas de saisine par un membre du CSE, l’employeur doit mener une enquête conjointe et agir sans délai (article L2312-59 du Code du travail).

Le pouvoir disciplinaire

L’auteur d’un harcèlement moral ou sexuel s’expose à des sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu’au licenciement.

L’employeur doit mettre fin aux faits constatés et protéger la victime, sous peine d’engager sa propre responsabilité pour manquement à l’obligation de sécurité.

Les voies de recours pour les victimes

Les interlocuteurs internes et externes

Le salarié peut solliciter :

  • les élus du CSE ;
  • la médecine du travail ;
  • l’inspection du travail ;
  • le référent harcèlement sexuel prévu par l’article L2314-1 du Code du travail.

Ces acteurs peuvent constater les faits, proposer des mesures de protection ou accompagner la démarche de signalement.

Rassembler les preuves

Pour établir l’existence d’un harcèlement, le salarié doit fournir des éléments laissant présumer la matérialité des faits : mails, attestations, messages, éléments chronologiques, certificats médicaux, etc.

Le système probatoire prévu en droit du travail repose ensuite sur un mécanisme de partage de la charge de la preuve : l’employeur doit démontrer que les éléments avancés ne caractérisent pas un harcèlement.

La médiation en cas de harcèlement moral

L’article L1152-6 du Code du travail autorise la mise en place d’une médiation, à l’initiative de la victime ou de la personne mise en cause. Le médiateur tente de concilier les parties et, en cas d’échec, informe sur les droits et garanties.

L’action devant le conseil de prud’hommes

Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes afin de :

  • obtenir la réparation intégrale du préjudice ;
  • faire reconnaître la rupture du contrat aux torts de l’employeur ;
  • contester un licenciement motivé par une situation de harcèlement.

Ces actions reposent sur le non-respect par l’employeur de son obligation de sécurité.

Le recours pénal : déposer plainte

La victime peut porter plainte contre l’auteur des faits. Le procureur déterminera l’opportunité des poursuites et, le cas échéant, l’affaire sera examinée devant le juge pénal.

Les moyens de prévention à intégrer durablement dans l’entreprise

Formaliser des outils internes

Pour limiter les risques de harcèlement, l’employeur peut :

  • diffuser une charte interne dédiée ;
  • former les managers à la détection des comportements déviants ;
  • organiser des campagnes d’information régulières ;
  • intégrer des procédures claires de signalement.

Renforcer le rôle des acteurs internes

Les élus du CSE, les référents harcèlement et les services RH développent un rôle essentiel dans la détection précoce des comportements inappropriés. Une coopération efficace permet d’améliorer l’ambiance de travail et de réduire les risques psychosociaux.

Conclusion

La lutte contre le harcèlement moral et sexuel au travail repose sur un équilibre délicat : garantir la protection immédiate des victimes, assurer la responsabilité pleine de l’employeur, tout en maintenant un cadre de travail respectueux des droits et libertés de chacun. Le législateur, à travers les articles L1152-1, L1153-1, L1152-4, L2312-59 du Code du travail et les dispositions du Code pénal, a placé l’employeur au cœur du dispositif, en lui imposant une démarche proactive de prévention, d’information et de réaction.

Il apparaît ainsi indispensable que chaque entreprise, quelle que soit sa taille, structure ses outils internes : DUERP mis à jour, règlement intérieur conforme, charte de prévention, référents désignés, procédure claire de signalement, enquête interne maîtrisée, formation des managers. Ces éléments ne constituent pas de simples formalités : ils sont l’expression juridique de l’obligation de sécurité, dont la violation peut entraîner des conséquences lourdes, tant civiles que pénales.

Pour les salariés, la compréhension des mécanismes probatoires et des recours disponibles est déterminante. Les voies internes (CSE, référent harcèlement, médecine du travail, inspection du travail) comme les voies judiciaires (prud’hommes, juridictions pénales) forment un ensemble cohérent, permettant à la victime d’être entendue, protégée et réparée.

Le harcèlement au travail n’est pas une fatalité. Le droit offre des outils puissants, à condition que chacun en maîtrise les contours. C’est précisément la mission de defendstesdroits.fr : mettre à disposition une information juridique fiable, lisible, régulièrement mise à jour, et permettre à chaque justiciable, salarié comme employeur, d’agir dans un cadre protecteur et conforme aux exigences légales.

FAQ

1. Quels sont les signes permettant d’identifier un harcèlement moral au travail ?

Le harcèlement moral se caractérise par des agissements répétés qui altèrent la santé ou la dignité du salarié (article L1152-1 du Code du travail). Les signes les plus fréquemment constatés incluent :

  • une mise à l’écart progressive, comme l’exclusion des réunions, l’attribution de tâches dévalorisantes ou l’absence d’informations essentielles au travail ;
  • des remarques dénigrantes, attaques personnelles, critiques non professionnelles ou humiliations verbales ;
  • une dégradation délibérée des conditions de travail, telle qu’une surcharge de tâches injustifiée ou, au contraire, un retrait brutal des missions ;
  • des pressions psychologiques répétées entraînant stress, anxiété, troubles du sommeil ou consultations médicales fréquentes ;
  • un contrôle excessif ou un management oppressant, destiné à fragiliser le salarié.

L’évaluation s’effectue au regard de l’effet réel des agissements sur le salarié, sans tenir compte de l’intention de l’auteur des faits. Ce sont les conséquences – et non les motivations – qui permettent de qualifier juridiquement un harcèlement moral.

2. Quels comportements sont considérés comme du harcèlement sexuel en entreprise ?

Le harcèlement sexuel est défini par l’article L1153-1 du Code du travail et englobe plusieurs catégories de comportements :

  • propos, gestes ou attitudes à caractère sexuel ou sexiste, qu’ils soient explicites ou insinués ;
  • messages inappropriés, invitations insistantes, commentaires sur l’apparence physique, attentions non désirées ;
  • situations hostiles ou humiliantes, créées sciemment ou non, portant atteinte à la dignité des travailleurs ;
  • pressions ou chantages visant à obtenir un acte de nature sexuelle, même si ces pressions ne se répètent pas ;
  • faits isolés mais graves, émanant d’un supérieur hiérarchique, d’un collègue ou même d’un tiers (client, prestataire…).

Il peut également s’agir d’un harcèlement collectif, lorsque plusieurs personnes participent à la création d’un climat sexuel oppressant. La répétition peut résulter d’agissements provenant de plusieurs auteurs distincts.

3. L’employeur peut-il être tenu responsable même s’il n’est pas l’auteur du harcèlement ?

Oui. En raison de son obligation de sécurité, l’employeur est responsable dès lors qu’il n’a pas mis en œuvre toutes les mesures nécessaires pour prévenir et faire cesser les agissements (articles L1152-4 et L1153-5).
Sa responsabilité peut être engagée lorsque :

  • il n’a pas réagi aux alertes, plaintes ou signaux faibles ;
  • il n’a pas conduit une enquête interne alors que des éléments sérieux étaient portés à sa connaissance ;
  • il n’a pas modifié les conditions de travail pour protéger la victime (changement d’équipe, éloignement du mis en cause, etc.) ;
  • il n’a pas mis en place les mesures obligatoires : DUERP à jour, règlement intérieur conforme, information des salariés, référents harcèlement ;
  • il a tardé à sanctionner l’auteur des faits.

Même si l’enquête conclut à l’absence de harcèlement, l’employeur doit démontrer qu’il a agi avec diligence et transparence. À défaut, il peut être condamné pour manquement à son obligation de sécurité, même sans intention fautive.

4. Comment constituer des preuves solides en cas de harcèlement moral ou sexuel ?

Le système probatoire est avantageux pour la victime : elle n’a pas à apporter la preuve définitive du harcèlement, mais seulement des éléments laissant présumer son existence. Ces éléments peuvent inclure :

  • des mails, SMS, messages internes, enregistrements de messages vocaux ou captures d’écran (s’ils ne violent pas la loyauté de la preuve) ;
  • des témoignages de collègues ou d’anciens salariés, sous forme d’attestations conformes à l’article 202 du Code de procédure civile ;
  • des documents professionnels montrant des changements brusques d’organisation, des sanctions injustifiées ou une rétrogradation ;
  • des certificats médicaux, attestant d’un état de stress, d’anxiété ou de troubles somatiques liés à la situation ;
  • un carnet de faits datés permettant de retracer précisément les agissements (langue utilisée, heure, lieu, contexte).

Une fois ces preuves établies, l’employeur doit démontrer, de manière objective, que les faits évoqués ne caractérisent pas un harcèlement. Cette inversion partielle de la charge de la preuve favorise la reconnaissance judiciaire des situations de souffrance au travail.

5. Quels sont les recours disponibles pour une victime de harcèlement au travail ?

Le salarié dispose de plusieurs moyens d’action complémentaires :

  1. Recours internes
    • Saisir les membres du CSE, qui peuvent déclencher un droit d’alerte et demander une enquête.
    • Contacter le référent harcèlement sexuel désigné au sein du CSE ou par l’employeur.
    • Solliciter la médecine du travail, qui peut préconiser des aménagements, un changement de poste ou une mise à l’abri temporaire.
    • Avertir la hiérarchie ou les ressources humaines.
  2. Recours administratifs
    • Contacter l’inspection du travail, qui peut constater des infractions et exiger des mesures rapides.
  3. Recours amiables
    • Mettre en œuvre une médiation en cas de harcèlement moral, conformément à l’article L1152-6, afin d’obtenir un apaisement ou une résolution des tensions.
  4. Recours judiciaires
    • Saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir des dommages et intérêts, contester un licenciement lié à la dénonciation des faits ou demander la résiliation judiciaire du contrat.
    • Déposer une plainte pénale, particulièrement en cas de harcèlement sexuel, sanctionné par le Code pénal.
  5. Mesures d’urgence
    • Dans les cas les plus graves, il est possible de solliciter des mesures conservatoires ou une mise à l’écart immédiate du mis en cause.

Ces recours ne s’excluent pas mutuellement : un salarié peut engager une procédure prud’homale, alerter l’inspection du travail et porter plainte simultanément.

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