Lorsqu’un salarié est déclaré inapte par le médecin du travail, l’employeur se trouve dans une situation délicate mêlant obligations légales, procédure stricte et calculs d’indemnités complexes. L’inaptitude, qu’elle soit professionnelle (résultant d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle) ou non professionnelle (consécutive à une maladie ou un accident de la vie courante), ne se traite pas de la même manière.
La procédure de licenciement pour inaptitude impose à l’employeur de respecter plusieurs étapes encadrées par le Code du travail : avis médical d’inaptitude, recherche de reclassement, consultation du Comité Social et Économique (CSE), notification du licenciement et enfin, versement des indemnités.
Ces indemnités, souvent mal comprises, sont en réalité une protection du salarié inapte, destinée à compenser la rupture du contrat dans des circonstances indépendantes de sa volonté. Elles varient en fonction de l’origine de l’inaptitude, de l’ancienneté et de la rémunération du salarié.
L’objectif de cet article est de permettre aux employeurs, DRH et salariés de comprendre clairement les modalités de calcul, les différences entre les régimes d’indemnisation et les erreurs à éviter.
Les règles exposées ci-dessous reposent sur les dispositions des articles L1226-2, L1226-4, L1226-14 et L1234-9 du Code du travail, ainsi que sur la jurisprudence de la Cour de cassation.
Oui. Selon l’article L1234-9 du Code du travail, le licenciement pour inaptitude ouvre droit à une indemnité de licenciement, qu’elle soit légale ou conventionnelle.
Cependant, tout dépend de l’origine de l’inaptitude :
L’inaptitude doit toujours être constatée par le médecin du travail, après un examen médical approfondi. L’employeur ne peut licencier le salarié qu’après avoir démontré l’impossibilité de reclassement, sous peine de nullité du licenciement.
Lorsqu’un salarié est déclaré inapte à la suite d’une maladie non professionnelle ou d’un accident non lié au travail, il perçoit une indemnité légale de licenciement, sous réserve de 8 mois d’ancienneté .
Le calcul repose sur deux paramètres :
Formule légale de calcul (article R1234-2 du Code du travail) :
Le salarié peut aussi percevoir une indemnité compensatrice de congés payés, mais pas d’indemnité compensatrice de préavis, car il est inapte à travailler (article L1226-4). Toutefois, le préavis non exécuté compte dans l’ancienneté, ce qui augmente le montant final.
En cas d’inaptitude professionnelle, résultant d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, l’employeur doit verser une indemnité spéciale, égale au double de l’indemnité légale de licenciement.
Cette règle découle de l’article L1226-14 du Code du travail, et s’applique sans condition d’ancienneté.
La formule de calcul reste la même que pour l’inaptitude non professionnelle, mais le montant obtenu est multiplié par deux.
Le salarié bénéficie également de :
La jurisprudence (Cass. soc., 22 octobre 2025, n°24-17826) précise que la durée du préavis ne doit pas être incluse dans le calcul de l’ancienneté servant de base à l’indemnité spéciale.
Prenons l’exemple d’un salarié percevant 2 000 € brut par mois et ayant 9 ans d’ancienneté :
Ces montants peuvent être majorés si la convention collective prévoit un régime plus favorable (ex. : convention de la métallurgie ou du commerce de gros).
Lorsqu’un salarié en CDD est déclaré inapte, la rupture du contrat avant son terme est possible (article L1243-1 du Code du travail).
L’employeur doit alors verser :
L’inaptitude met donc fin au contrat sans que cela soit considéré comme une faute ou une démission.
Le salarié licencié pour inaptitude peut s’inscrire auprès de France Travail pour bénéficier des allocations chômage, sous réserve d’être apte à l’emploi et de remplir les conditions habituelles d’affiliation.
L’indemnité spéciale versée en cas d’inaptitude professionnelle n’a pas d’impact sur le différé d’indemnisation, tant qu’elle ne dépasse pas les montants légaux (article R5422-1 du Code du travail).
L’employeur doit également remettre au salarié :
Certaines erreurs dans le calcul ou la procédure exposent l’employeur à des sanctions financières ou prud’homales :
Un mauvais calcul ou un non-versement de l’indemnité spéciale peut constituer une faute grave de l’employeur et entraîner des dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Le licenciement pour inaptitude illustre parfaitement la complexité du droit du travail français, mêlant protection du salarié, responsabilité de l’employeur et équité économique.
Chaque étape – de la constatation médicale au calcul de l’indemnité – requiert une rigueur juridique absolue.
L’employeur doit veiller à identifier la nature de l’inaptitude, respecter les délais, consulter le CSE et appliquer les règles d’indemnisation prévues par le Code du travail et les conventions collectives.
Quant au salarié, il conserve des droits essentiels : indemnisation équitable, allocations chômage et protection contre le licenciement abusif.
Une gestion conforme à la loi permet de prévenir les contentieux et d’assurer un équilibre juste entre obligations patronales et garanties sociales.
L’inaptitude professionnelle découle d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, reconnus par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). Dans ce cas, le salarié bénéficie d’une indemnité spéciale doublée selon l’article L1226-14 du Code du travail.
L’inaptitude non professionnelle, en revanche, résulte d’une maladie ou d’un accident sans lien avec l’activité salariée. Le salarié perçoit alors l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, sous réserve d’au moins 8 mois d’ancienneté (article L1234-9).
Cette distinction détermine non seulement le montant des indemnités, mais aussi le droit à l’indemnité équivalente au préavis non exécuté pour les cas professionnels.
Le calcul de l’indemnité repose sur le salaire de référence et l’ancienneté du salarié.
Conformément à l’article R1234-2 du Code du travail, l’indemnité légale est au minimum :
Oui. Le salarié licencié pour inaptitude peut bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), sous réserve d’être apte à occuper un nouvel emploi.
L’employeur doit remettre une attestation France Travail (anciennement Pôle emploi) à la fin du contrat.
Le salarié doit ensuite s’inscrire en ligne sur francetravail.fr, dans un délai idéal de 12 mois suivant la rupture du contrat.
Le délai de carence reste le même que pour tout licenciement : 7 jours de base, auxquels peuvent s’ajouter un différé congés payés et un différé spécifique si une indemnité dépasse les montants légaux.
À noter : l’indemnité spéciale de licenciement pour inaptitude professionnelle n’augmente pas le différé d’indemnisation (circulaire Unédic 2023-10).
Avant tout licenciement, l’employeur doit respecter la procédure de reclassement prévue par les articles L1226-2 à L1226-12 du Code du travail.
Cela implique :
Plusieurs erreurs peuvent avoir des conséquences contentieuses graves :
L’employeur a intérêt à formaliser ses calculs et décisions par écrit, et à les justifier à l’aide des articles L1226-4, L1226-14 et R1234-2 du Code du travail, afin d’éviter toute contestation prud’homale.