Travail

Nouveau congé de naissance 2027 : droits, durée et indemnisation

Estelle Marant
Collaboratrice
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Congé de naissance indemnisé : conditions, délais et modalités

La réforme du congé supplémentaire de naissance, discutée dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, marque une évolution majeure du droit français en matière d’articulation entre vie professionnelle et vie familiale. En offrant aux parents une nouvelle période d’absence indemnisée à l’issue des congés maternité, paternité et d’accueil de l’enfant ou adoption, le législateur affiche une volonté de renforcer la présence des deux parents auprès du nouveau-né, de réduire les inégalités au sein du foyer et d’encourager un meilleur partage des responsabilités parentales.

Ce futur congé s’inscrit dans une dynamique européenne exigeant une amélioration des droits familiaux, mais aussi dans un contexte national où le Gouvernement cherche à lutter contre les difficultés sociales, économiques et organisationnelles rencontrées par les parents salariés.

Toutefois, les nombreuses modifications issues des débats parlementaires témoignent d’un équilibre délicat entre protection des travailleurs, contraintes économiques des employeurs et soutenabilité du système de protection sociale. Report de la date d’entrée en vigueur, question de la simultanéité du congé entre les parents, suppression du fractionnement, détermination du montant de l’indemnisation… autant de paramètres qui évoluent au fil des discussions.

Cet article de defendstesdroits.fr examine avec précision l’état actuel du texte, les apports de l’Assemblée nationale et du Sénat, les conditions d’ouverture du droit, les règles d’indemnisation, ainsi que les conséquences de ce congé sur le contrat de travail, la rémunération et la protection contre le licenciement. L’objectif : permettre aux salariés, aux employeurs et aux acteurs RH de comprendre, de manière fiable et documentée, la portée réelle de ce nouveau dispositif et d’anticiper son entrée en vigueur.

Sommaire

  1. qu’est-ce que le nouveau congé supplémentaire de naissance ?
  2. quelles seront les conditions pour en bénéficier ?
  3. quelle durée et quelles modalités de prise du congé ?
  4. le congé pourra-t-il être pris par les deux parents ?
  5. quel sera le montant de l’indemnisation ?
  6. quelle procédure pour prévenir l’employeur ?
  7. quelles protections et quels droits pendant le congé ?
  8. à quel moment le nouveau congé entrera en vigueur ?

Définition du congé supplémentaire de naissance

Le nouveau congé supplémentaire de naissance, prévu par le PLFSS 2026 (1), est un dispositif permettant au salarié ayant épuisé son congé de maternité, de paternité et d’accueil de l’enfant ou de congé d’adoption de bénéficier d’un temps supplémentaire d’absence indemnisée pour assurer la garde de l’enfant.

Il s’agit d’un congé :

  • de droit,
  • indemnisé,
  • accessible à chacun des deux parents,
  • déclenché après la fin du congé principal lié à la naissance ou à l’adoption.

Le texte n’est pas encore définitivement adopté et peut encore être modifié lors de la commission mixte paritaire et des secondes lectures à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Date d’entrée en vigueur : 1ᵉʳ janvier 2027

Le calendrier initial

La première version du PLFSS 2026 prévoyait une entrée en vigueur au 1ᵉʳ juillet 2027.

Les modifications apportées par les députés

Le 12 novembre 2025, les députés ont voté l’avancement de la date au 1ᵉʳ janvier 2026.

La position du Sénat

Le 24 novembre 2025, le Sénat a adopté un amendement repoussant l’application au 1ᵉʳ janvier 2027, applicable :

  • aux enfants nés ou adoptés à compter de cette date,
  • ainsi qu’aux enfants nés avant mais dont la naissance était prévue après cette date.

En l’état, la date d’application est donc fixée au 1ᵉʳ janvier 2027, sous réserve des débats à venir.

Les bénéficiaires du nouveau congé

Le salarié ayant épuisé un congé parentalisé

Le congé est ouvert au salarié :

  • après épuisement du congé maternité,
  • ou après le congé paternité et d’accueil de l’enfant,
  • ou après le congé d’adoption.

La condition d’épuisement n’est pas exigée lorsqu’un salarié n’a pu exercer ses droits du fait d’un problème d’indemnisation ou d’éligibilité.

Les deux parents

Chaque parent peut bénéficier séparément de ce congé, créant la possibilité d’un cumul de quatre mois :

  • deux mois maximum pour le premier parent,
  • deux mois maximum pour l’autre parent.

Les fonctionnaires

Les fonctionnaires pourront en bénéficier, ainsi que—selon l’amendement sénatorial du 24 novembre 2025—les agents stagiaires de l’État.

Durée et organisation du congé

Durée : un ou deux mois

Le salarié choisit entre :

  • 1 mois,
  • ou 2 mois.

Fractionnement : interdit à ce stade

L’Assemblée nationale souhaitait autoriser un fractionnement en deux périodes d’un mois.
Le Sénat a supprimé cette possibilité.

Le congé devra donc être pris en une seule fois.

Simultanéité entre les deux parents

Le Sénat a supprimé l’obligation d’un mois non simultané.
Les deux parents peuvent donc prendre leur congé en même temps.

Délai de prise du congé et prévenance de l’employeur

Délai de prise

Le congé doit être pris :

  • soit immédiatement après le congé de maternité/paternité/adoption,
  • soit après une période de travail,
  • et impérativement avant la fin du 9ᵉ mois de l’enfant.

Délai de prévenance

Un décret précisera le délai, situé entre :

  • 15 jours minimum,
  • 1 mois maximum.

Ce délai pourra être réduit si le congé est pris immédiatement à la suite du congé paternité ou d’adoption.

Effets du congé sur le contrat de travail

Suspension du contrat

Le congé suspend le contrat. Le salarié n’est plus rémunéré par son employeur.

Maintien des droits

La durée du congé est assimilée à une période de travail effectif pour :

  • l’ancienneté,
  • les droits à évolution professionnelle,
  • les avantages acquis avant le congé.

Interdiction d’exercer une autre activité

Aucune autre activité professionnelle ne peut être exercée durant la période indemnisée.

Indemnisation du congé supplémentaire de naissance

Conditions d’indemnisation

Pour percevoir les indemnités journalières, le salarié doit :

  • cesser tout travail salarié,
  • justifier d’une durée minimale d’affiliation,
  • et avoir perçu un minimum de rémunération sur une période de référence (conditions précisées par décret).

Les indemnités proviennent de l’Assurance maladie, non de l’employeur.

Montant de l’indemnisation

Le Gouvernement a communiqué une estimation :

  • 70 % du salaire net pendant le premier mois,
  • 60 % du salaire net pendant le deuxième mois.

Le texte autorise une dégressivité si la durée choisie est de deux mois.

Revalorisation

Les indemnités seront indexées sur les évolutions du plafond de la Sécurité sociale (PSS).

Fin du congé et reprise du travail

Retour dans l’entreprise

À l’issue du congé, le salarié doit retrouver :

  • son emploi précédent,
  • ou un emploi similaire assorti d’une rémunération équivalente.

Entretien professionnel

Le salarié bénéficie d’un entretien professionnel (article L6315-1 du Code du travail), à moins qu’un tel entretien n’ait déjà été réalisé après un autre congé parentalisé.

Licenciement : protection renforcée

Pendant le congé, l’employeur ne peut rompre le contrat que pour :

  • une faute grave, ou
  • l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la naissance.

Le congé est-il obligatoire ?

Non. Il s’agit d’un congé facultatif, à la discrétion du salarié.

L’employeur peut-il s’y opposer ?

A priori non. Le texte ne prévoit qu’un délai de prévenance et ne mentionne aucune procédure d’autorisation préalable de l’employeur.

Le congé serait donc automatiquement accordé dès que les conditions légales sont réunies.

Le congé supplémentaire de naissance remplace-t-il le congé parental ?

Non. Le congé parental d’éducation reste en vigueur (articles L1225-47 et suivants du Code du travail).

Le nouveau dispositif constitue une période intermédiaire et plus courte, située entre les congés maternité/paternité/adoption et le congé parental.

Conclusion

Le congé supplémentaire de naissance constitue l’une des évolutions les plus significatives du droit social en matière de parentalité depuis la réforme du congé paternité. S’il n’est pas encore définitivement adopté, son architecture actuelle révèle une volonté claire : créer un dispositif intermédiaire entre les congés de naissance obligatoires et le congé parental d’éducation, en offrant aux parents une période supplémentaire d’indemnisation, sans pour autant alourdir excessivement les charges des entreprises.

Ce nouveau congé, d’une durée d’un ou deux mois, non fractionnable et potentiellement simultané entre les parents, produira des effets importants sur l’organisation du travail : suspension du contrat, maintien des droits liés à l’ancienneté, interdiction de travailler pendant l’absence, protection renforcée contre le licenciement, retour à un emploi équivalent… autant de garanties inspirées des régimes déjà existants et adaptées au contexte parental.

Pour les employeurs, la mise en œuvre de ce congé nécessitera une adaptation des pratiques RH, en particulier dans la gestion des absences, la planification des remplacements et l’information obligatoire à transmettre aux salariés. Pour les salariés, ce dispositif représente une opportunité inédite de préserver du temps familial après la naissance ou l’adoption, avec une indemnisation significative assurée par l’Assurance maladie.

À l’approche des dernières étapes parlementaires, les contours définitifs du congé supplémentaire de naissance dépendront encore des arbitrages entre les deux chambres. Mais une certitude demeure : cette réforme, une fois achevée, transformera durablement le paysage des droits liés à la parentalité et renforcera les protections accordées aux parents salariés.

FAQ

1. Qui pourra bénéficier du nouveau congé supplémentaire de naissance et quelles sont les conditions d’éligibilité ?

Le nouveau congé supplémentaire de naissance sera ouvert à tout salarié, qu’il soit en CDI, CDD, temps partiel, apprentissage ou contrat public, dès lors qu’il a épuisé son congé maternité, paternité ou d’adoption.
Il n’est pas conditionné à une durée minimale d’ancienneté, contrairement à d’autres dispositifs du Code du travail.

Pour être éligible :

  • le salarié doit avoir effectivement pris son congé maternité, paternité ou d’adoption jusqu’à son terme ;
  • sauf cas exceptionnels : si le salarié n’a pas pu exercer son droit initial à congé faute d’indemnisation, il pourra néanmoins accéder au congé supplémentaire ;
  • les deux parents sont éligibles, ce qui inclut père, mère, conjoint, concubin ou partenaire PACS dès lors qu’ils ont bénéficié du congé légal prévu pour l’accueil de l’enfant ;
  • les agents publics sont intégrés au dispositif (fonctionnaires et désormais stagiaires administratifs, selon les amendements adoptés).

C’est un congé de droit : l’employeur ne peut donc pas refuser si les conditions légales sont réunies.

2. Quelle sera exactement la durée du congé supplémentaire de naissance et pourra-t-il être fractionné ?

La loi prévoit une durée au choix du salarié :

  • 1 mois, ou
  • 2 mois consécutifs.

Contrairement à d’autres congés qui peuvent être fractionnés (ex. congé parental ou congés payés), le congé supplémentaire devra être pris en une seule fois. Le Sénat a supprimé la possibilité de fractionnement initialement envisagée par l’Assemblée nationale.

Points importants :

  • il doit être utilisé dans les 9 premiers mois de l’enfant, ce qui permet son articulation avec une reprise d’activité intermédiaire ;
  • les deux parents peuvent chacun prendre 1 ou 2 mois, ce qui crée potentiellement jusqu’à 4 mois de présence parentale cumulée ;
  • l’absence est assimilée à une période de travail effectif pour calculer les droits liés à l’ancienneté.

Cette durée non fractionnable permet d’assurer une continuité de présence auprès du nouveau-né, tout en simplifiant la gestion administrative pour l’employeur.

3. Quelle indemnisation est prévue pendant le congé supplémentaire de naissance et comment sera-t-elle calculée ?

Le congé suspend le contrat de travail, ce qui signifie que le salarié ne perçoit plus son salaire, mais peut demander des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale.

Les critères d’accès à l’indemnisation seront fixés par décret, mais devraient inclure :

  • un nombre minimum d’heures de travail ou un montant de rémunération soumis à cotisations au cours d’une période de référence ;
  • l’interruption totale de toute activité professionnelle pendant le congé ;
  • une affiliation préalable à l’assurance maladie.

Selon les indications gouvernementales :

  • 1er mois → indemnité équivalente à 70 % du salaire net ;
  • 2e mois → indemnité équivalente à 60 % du salaire net.

C’est une indemnisation beaucoup plus avantageuse que celle du congé parental, ce qui incite les parents à rester auprès de leur enfant sans subir une perte de revenus trop importante.

Les indemnités seront revalorisées annuellement comme le plafond de la sécurité sociale.

4. Le congé supplémentaire de naissance pourra-t-il être pris simultanément par les deux parents, ou doivent-ils se relayer ?

Oui, les parents pourront prendre ce congé en même temps, sans obligation d’alterner ou de séparer leurs périodes.

Après débat parlementaire :

  • l’Assemblée souhaitait imposer 1 mois non simultané,
  • mais le Sénat a supprimé cette restriction.

Résultat :
➡️ Les deux parents peuvent prendre 1 ou 2 mois ensemble, s’ils le souhaitent.
➡️ Ils peuvent aussi choisir de les prendre séparément pour prolonger la présence auprès de l’enfant.

Cette souplesse favorise :

  • les familles monoparentales,
  • les couples souhaitant se relayer,
  • ou ceux préférant une présence simultanée complète.

C’est un levier important pour partager la charge parentale, principal objectif de la réforme.

5. Quel est l’impact du congé supplémentaire de naissance sur le contrat de travail, la protection du salarié et son retour en poste ?

Pendant le congé :

  • le contrat est suspendu, mais non rompu ;
  • le salarié conserve tous ses avantages acquis (tickets, ancienneté, primes d’usage…) ;
  • l’employeur ne peut pas licencier le salarié, sauf :
    • faute grave,
    • impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la naissance.

À la fin du congé, le salarié bénéficie de :

  • la réintégration dans son poste ou un poste équivalent, avec rémunération identique ou supérieure ;
  • un entretien professionnel obligatoire, sauf s’il a déjà été fait après maternité ou adoption ;
  • la possibilité d’enchaîner avec un congé parental d’éducation, sans délai d’attente.

Cette protection est comparable à celle prévue pour le congé maternité (articles L1225-4 et suivants du Code du travail), ce qui constitue une grande avancée pour l’égalité parentale.

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