Le recours aux heures supplémentaires constitue un outil indispensable pour de nombreuses entreprises confrontées à un pic d’activité, à des absences imprévues ou à des nécessités d’organisation internes. Encadré par les articles L3121-28 et suivants du Code du travail, ce mécanisme permet d’augmenter temporairement la durée du travail tout en garantissant au salarié des droits en matière de rémunération, de majoration, de repos compensateur et de protection contre les abus.
La réglementation applicable aux heures supplémentaires est cependant dense : qualification de l’heure supplémentaire, pouvoir de direction de l’employeur, refus légitime du salarié, durées maximales de travail, contingent annuel, taux de majoration, règles d’affichage sur la fiche de paie, incidence sur la fiscalité... Autant de notions essentielles dont la maîtrise conditionne la sécurité juridique tant pour le salarié que pour l’entreprise.
S’y ajoutent les apports constants de la jurisprudence venant préciser, par exemple, que le salarié peut désormais prétendre à des heures supplémentaires même au cours d’une semaine où un jour de congé payé a été pris, dès lors que le décompte hebdomadaire conduit à dépasser la durée légale (Cass. soc., 10 septembre 2025).
Cet article vise à offrir une analyse complète, structurée et accessible de la réglementation applicable aux heures supplémentaires, soutenue par des références légales précises, afin de permettre à chacun de connaître ses droits, identifier ses obligations et prévenir les litiges souvent constatés devant le Conseil de prud’hommes.
Selon l’article L3121-28 du Code du travail, constitue une heure supplémentaire toute heure accomplie au-delà de la durée légale hebdomadaire de 35 heures, ou au-delà de la durée considérée comme équivalente par convention ou accord collectif.
Les salariés à temps partiel ne relèvent pas de ce régime : ils effectuent des heures complémentaires, régies par les articles L3123-1 et suivants.
La Cour de cassation rappelle qu’une heure ne peut être qualifiée de supplémentaire que si le salarié démontre :
Le salarié qui accomplit volontairement des heures supplémentaires sans autorisation préalable ne peut pas exiger leur paiement.
Seul l’employeur décide du recours aux heures supplémentaires. Il n’existe aucun droit à heures supplémentaires pour le salarié (Cass. soc., 10 octobre 2012).
Même si le salarié en effectuait régulièrement, l’employeur peut à tout moment y mettre fin si les nécessités de service ont disparu.
En règle générale, le salarié doit exécuter les heures demandées. Un refus injustifié constitue un manquement disciplinaire.
Le refus est admis dans des situations d’abus de droit, telles que :
En cas de refus injustifié, le salarié peut être sanctionné, jusqu’au licenciement pour faute simple ou grave.
Les articles L3121-18 à L3121-23 fixent les plafonds suivants :
Le dépassement ouvre droit à des dommages-intérêts même si aucun préjudice n’est prouvé (Cass. soc., 11 mai 2023).
Défini en priorité par accord collectif (art. L3121-33).
À défaut : contingent légal fixé à 220 heures (art. L3121-39).
Au-delà du contingent, l'employeur doit consulter le CSE et accorder des repos compensateurs obligatoires.
Seules les heures ayant donné droit à repos compensateur ne s’imputent pas au contingent (Cass. soc., 13 mars 2024).
L’article L3121-29 impose un calcul par semaine civile : du lundi 0h au dimanche 24h, sauf accord collectif fixant un autre cycle.
Lorsque la durée conventionnelle est inférieure à 35 heures, les heures effectuées entre la durée conventionnelle et 35 heures ne sont pas des heures supplémentaires.
Sans accord collectif :
Doivent être inclus (jurisprudence constante) :
Doivent être exclus :
L’employeur doit distinguer :
(art. R3243-1 du Code du travail)
Une mauvaise ventilation peut entraîner un redressement URSSAF ou un rappel de salaire.
Un accord collectif peut remplacer tout ou partie du paiement par un repos compensateur (art. L3121-30).
Dans une entreprise sans délégué syndical, cela reste possible si le CSE ne s’y oppose pas.
Pour les heures réalisées au-delà du contingent annuel :
(art. L3121-38)
Les heures supplémentaires sont exonérées d’impôt dans la limite annuelle de 7 500 € (article 81 quater du CGI).
Elles bénéficient également d’une réduction de cotisations salariales (CSS, art. L241-17).
Déduction forfaitaire de cotisations patronales étendue aux entreprises de 20 à 249 salariés (CSS, art. L241-18-1).
Le salarié peut adresser une lettre recommandée pour exiger le paiement.
Le salarié dispose de 3 ans (art. L3245-1) pour réclamer le paiement.
Mentionner un nombre d’heures inférieur à celui réellement accompli constitue du travail dissimulé (art. L8221-5).
Sanctions : indemnité forfaitaire de six mois de salaire (art. L8223-1), amende, sanctions administratives, voire responsabilité pénale.
Les heures complémentaires concernent les salariés à temps partiel et ne doivent jamais les amener à atteindre un temps plein.
Ils ne sont pas soumis à la durée légale du travail et ne peuvent prétendre à des heures supplémentaires, sauf absence réelle d’autonomie.
Régis par les articles L3121-58 et suivants, ils ne sont pas soumis au décompte horaire mais au nombre de jours annuel.
La réglementation des heures supplémentaires s’articule autour de principes protecteurs visant à assurer un équilibre entre les besoins de l’entreprise et la protection du salarié.
L’exactitude du décompte, l’application des majorations légales, le respect des durées maximales et du contingent annuel, ainsi que la transparence sur la fiche de paie figurent parmi les obligations essentielles imposées à l’employeur.
De son côté, le salarié doit comprendre les circonstances dans lesquelles il peut être tenu d’exécuter des heures supplémentaires, mais aussi les situations lui permettant de refuser en raison d’un abus de droit ou d’un manquement aux règles du temps de travail.
Les articles du Code du travail, enrichis d’une jurisprudence particulièrement fournie, rappellent que les heures supplémentaires ne peuvent être ni improvisées ni imposées sans cadre. Elles doivent être planifiées ou validées, compensées correctement et signalées de manière claire. En maîtrisant ce régime juridique exigeant, salariés et employeurs assurent une gestion conforme, sécurisée et respectueuse des droits fondamentaux dans l’entreprise.
Une heure devient une heure supplémentaire dès qu’elle dépasse la durée légale de 35 heures par semaine, conformément à l’article L3121-28 du Code du travail.
Cette qualification dépend aussi d’un élément central : la demande expresse ou implicite de l’employeur. Le salarié doit prouver soit que l’employeur a demandé ces heures, soit qu’il ne pouvait les ignorer. La jurisprudence (Cass. soc., 11 février 2003) précise que le contrôle du temps travaillé ou la connaissance des dépassements par l’employeur entraîne l’obligation de payer les heures supplémentaires.
À l’inverse, des heures effectuées volontairement sans accord, même lorsqu'elles dépassent les 35 heures, ne sont pas automatiquement dues.
En règle générale, le salarié doit accepter les heures supplémentaires demandées par l’employeur, car elles relèvent de son pouvoir de direction. Un refus injustifié peut entraîner une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement.
Cependant, un refus devient juridiquement légitime lorsque :
Lorsque aucun accord collectif ne fixe de taux, l’article L3121-36 impose les majorations légales suivantes :
Oui. Elles peuvent être remplacées totalement ou partiellement par un repos compensateur de remplacement, si un accord collectif le prévoit (art. L3121-30).
De plus, lorsqu’un salarié effectue des heures au-delà du contingent annuel, il bénéficie d’une contrepartie obligatoire en repos (COR) :
Le salarié dispose de plusieurs recours :