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Salaire et congé maternité : conditions, montant et obligations de l’employeur

Jordan Alvarez
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Indemnités maternité : calcul, versement et droits au retour dans l’emploi

Le congé de maternité occupe une place centrale dans le droit du travail français, puisqu’il constitue à la fois un droit protecteur pour la salariée enceinte et un mécanisme garantissant la continuité de ses ressources durant une période où l’activité professionnelle doit obligatoirement être interrompue. Initialement instauré au début du XXᵉ siècle sans aucune forme d’indemnisation, ce dispositif a progressivement évolué sous l’impulsion du législateur, de la jurisprudence et des réformes successives de la Sécurité sociale, pour devenir un véritable instrument de protection sociale encadré par des textes précis et régulièrement actualisés.

Aujourd’hui, les règles relatives au salaire pendant le congé maternité, à l’indemnisation par la CPAM, au maintien éventuel de la rémunération par l’employeur, et au retour en poste après la naissance s’articulent autour de principes détaillés dans le Code de la sécurité sociale et le Code du travail. Ces règles répondent à plusieurs objectifs : garantir une continuité de revenu, protéger la salariée contre toute discrimination liée à la grossesse, assurer une égalité de traitement entre les femmes et leurs collègues, et sécuriser la période de transition entourant la naissance d’un enfant.

Pourtant, malgré un cadre juridique dense, les salariées rencontrent encore de nombreuses interrogations : quels montants peuvent être perçus ? À quelles conditions s’ouvre le droit aux indemnités journalières de maternité ? Les conventions collectives peuvent-elles offrir un traitement plus avantageux ? Les rémunérations évoluent-elles pendant l’absence ? Comment les IJSS sont-elles imposées ou prises en compte pour la retraite ? Les décisions des cours supérieures, dont celles de la Cour de cassation, ajoutent par ailleurs des précisions essentielles à la compréhension du régime.

Cet article complet, proposé par defendstesdroits.fr, apporte une analyse claire, documentée et conforme aux textes en vigueur. Il met en lumière les droits effectifs des salariées, les obligations de l’employeur, les calculs de rémunération, ainsi que les conséquences de la suspension du contrat sur la situation professionnelle et financière de la future mère.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Rappel juridique : statuts, protections et suspension du contrat
  3. Indemnités maternité : conditions légales et affiliation nécessaire
  4. Cas particuliers : salaires discontinus, emplois saisonniers, cumul d’activités
  5. Maintien de salaire par l’employeur : conventions collectives et accords internes
  6. Calcul des indemnités journalières : méthodes, plafond et taux déduits
  7. Montant minimal et maximal des IJSS maternité
  8. Versement des indemnités : délais, subrogation et impact retraite
  9. Régime fiscal et social applicable aux IJSS
  10. Rémunération au retour dans l’entreprise : garanties et rattrapages
  11. Jurisprudence récente en matière de discrimination et d’égalité salariale
  12. Conclusion

1. Qui paie la salariée pendant le congé maternité ?

L’indemnisation légale par la CPAM

Pendant la suspension du contrat de travail, la salariée peut percevoir des indemnités journalières de maternité (IJSS) versées par la Caisse primaire d’assurance maladie, à condition de remplir les critères posés par les articles L313-1, L331-3, L331-4 et L331-4-1 du Code de la sécurité sociale.

Pour bénéficier des IJSS, la salariée doit notamment :

  • déclarer sa grossesse dans les 14 premières semaines ;
  • justifier d’une durée d’affiliation minimale : depuis le 20 août 2023, cette durée est ramenée à 6 mois (article R313-3 CSS) ;
  • cesser toute activité professionnelle pendant les périodes de congé préalablement définies selon le nombre d’enfants attendus ;
  • avoir perçu un volume minimum d’heures ou de cotisations au titre de l’assurance maternité.

Conditions particulières pour les salariées en emploi saisonnier ou discontinu

Les règles sont adaptées pour les salariées exerçant un emploi présentant un caractère discontinu. Depuis la réforme de 2023, l’accès aux IJSS est possible si l’assurée justifie :

  • soit d’un minimum de 600 heures travaillées au cours des 12 mois précédant la grossesse ou le congé prénatal ;
  • soit de cotisations calculées sur au moins 2 030 fois le SMIC horaire au cours des 12 mois précédents.

Ces modalités dérogatoires visent les secteurs à forte variabilité d’activité, conformément aux textes applicables aux professions discontinues.

Le maintien de salaire par l’employeur : une protection issue des conventions collectives

La loi ne prévoit aucune obligation générale de maintien du salaire pendant le congé maternité. En l’absence de disposition légale, seule une convention collective, un accord d’entreprise ou un usage constant peut prévoir :

  • un complément aux IJSS,
  • ou un maintien total du salaire, déduction faite des indemnités perçues.

Les accords collectifs peuvent aller bien au-delà du cadre légal. À titre illustratif, de nombreuses conventions, dont celle du secteur Syntec (IDCC 1486), prévoient un maintien de la rémunération après une certaine ancienneté, sous déduction des IJSS et des prestations de prévoyance.

Il appartient donc à la salariée de vérifier systématiquement sa convention collective, disponible sur defendstesdroits.fr.

Comment sont calculées les indemnités journalières pendant le congé maternité ?

La règle générale de calcul : le gain journalier de base

Conformément à l’article R331-5 du Code de la sécurité sociale, l’indemnité journalière correspond au gain journalier de base, déterminé selon les modalités suivantes (article R323-4 CSS) :

  • Salaires mensuels : 1/91,25 de la rémunération totale des 3 derniers mois précédant l’arrêt de travail ;
  • Salaires hebdomadaires ou bi-mensuels : 1/84 du montant des 6 ou 12 derniers salaires ;
  • Travail discontinu ou saisonnier : 1/365 du total des rémunérations perçues durant les 12 mois civils précédant l’arrêt.

Le salaire retenu est plafonné au plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS), soit 3 925 € en 2025, valeur appelée à évoluer en 2026.

La CPAM applique ensuite un abattement forfaitaire de 21 % (arrêté du 28 mars 2013), couvrant les cotisations sociales non prélevées sur les IJSS.

Période de référence incomplète : règles spécifiques

Lorsque la salariée n’a pas perçu de revenus sur la totalité de la période de référence (arrêts maladie, chômage, activité réduite, etc.), le calcul suit les règles prévues à l’article R323-8 CSS, permettant d’ajuster l’assiette retenue pour le calcul du gain journalier. Des mécanismes de reconstitution du salaire de référence existent afin d’éviter une sous-indemnisation.

Quel est le montant maximal des IJSS maternité ?

L’indemnité journalière est comprise entre :

  • 11,02 € minimum,
  • 101,94 € maximum par jour (valeur 2025).

Ces plafonds constituent la limite légale. Toutefois, des accords conventionnels peuvent prévoir une indemnisation complémentaire permettant un maintien total ou quasi-total du revenu habituel.

Versement des indemnités journalières : modalités et calendrier

Fréquence des paiements

Les IJSS sont versées tous les 14 jours, sans délai de carence, pour tous les jours calendaires, y compris week-end et jours fériés.
Le versement débute à compter de la date effective d’arrêt de travail, notamment si celui-ci intervient pendant la période prénatale.

Subrogation : quand l’employeur reçoit directement les IJSS

Lorsque l’employeur assure un maintien, total ou partiel, de la rémunération, il est subrogé de plein droit dans les droits de la salariée (article L3252-3 du Code du travail par renvoi des règles de maintien).
Dans ce cas, la CPAM verse directement les indemnités à l’employeur, qui les répercute sur la paie.

La salariée doit conserver ses relevés d’indemnités journalières, indispensables pour la détermination de ses droits à la retraite : les IJSS maternité comptent dans le calcul du salaire annuel de base, à hauteur de 125 %, pour les congés débutés après le 31 décembre 2011.

Conclusion

Le dispositif français du congé maternité s’inscrit dans une logique de protection renforcée et d’égalité professionnelle, en prévoyant des mécanismes précis de maintien de revenu, d’indemnisation et de retour à l’emploi. Si les indemnités journalières versées par la CPAM demeurent la base du système, la réalité financière de la salariée dépend également de sa convention collective, de l’existence éventuelle d’un accord d’entreprise, et des pratiques internes de l’employeur en matière de maintien de salaire.

La période précédant et suivant l’accouchement ne doit générer aucune perte de droits : qu’il s’agisse de la rémunération perçue avant l’arrêt, des augmentations intervenues pendant l’absence, des cotisations prises en compte pour la retraite, ou de la garantie de retrouver un poste équivalent au retour. Les textes du Code du travail et de la Sécurité sociale imposent une protection forte visant à prévenir toute forme de discrimination, directe ou indirecte, liée à la grossesse ou à la maternité. La jurisprudence récente confirme d’ailleurs l’importance de ces garanties en précisant la portée des augmentations de salaire et l’obligation de rattrapage au retour dans l’entreprise.

Ainsi, comprendre avec exactitude les droits liés au congé maternité, anticiper les démarches administratives, identifier les sources d’indemnisation et analyser les règles conventionnelles applicables constitue un levier essentiel pour sécuriser cette période de transition majeure dans la vie professionnelle et personnelle des salariées. Les principes légaux, combinés aux mécanismes complémentaires instaurés par les partenaires sociaux, permettent aujourd’hui d’assurer une protection à la fois financière, sociale et professionnelle, consolidée par plusieurs décennies d’évolution législative.

FAQ

1. Une salariée perd-elle une partie de sa rémunération pendant le congé maternité ?

Le congé maternité entraîne une suspension du contrat de travail, ce qui signifie que l’employeur n’est plus tenu de verser le salaire habituel pendant cette période. En revanche, la salariée peut percevoir les indemnités journalières de maternité versées par la CPAM dès lors qu’elle remplit les conditions prévues par les articles L313-1 et L331-3 du Code de la sécurité sociale.

Ces indemnités représentent un remplacement de revenu, mais leur montant est plafonné et peut être inférieur au salaire net d’activité. Ainsi, une différence peut exister entre le revenu habituel de la salariée et les IJSS perçues.

Cependant, de nombreuses conventions collectives – parfois même certains accords d’entreprise – prévoient un complément de rémunération, appelé maintien de salaire, qui vient s’ajouter aux indemnités de la CPAM. Ce complément peut être :

  • total, lorsque la convention garantit 100 % du salaire net ou brut ;
  • partiel, lorsque seule une fraction du salaire est compensée ;
  • conditionné à une ancienneté minimale ou à la fourniture d’un justificatif d’arrêt.

Ainsi, la perte éventuelle de revenu dépend principalement de trois paramètres : les IJSS, la convention collective, et la politique interne de l’entreprise.

2. Comment sont calculées les indemnités journalières de maternité ?

Le calcul repose sur le gain journalier de base, défini à l’article R331-5 du Code de la sécurité sociale. La règle générale consiste à déterminer une moyenne des salaires perçus avant l’arrêt de travail, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS).

La CPAM retient :

  • les 3 derniers mois de salaire pour les salariés mensualisés, divisés par 91,25,
  • les 6 ou 12 derniers salaires pour les salariés payés à la semaine ou à la quinzaine, divisés par 84,
  • les 12 derniers mois civils pour les emplois discontinus, rapportés à 365 jours.

Le calcul est ensuite ajusté par une déduction forfaitaire de 21 %, prévue par l’arrêté du 28 mars 2013, qui remplace les cotisations sociales non prélevées sur les IJSS.

Lorsque la salariée n’a pas travaillé durant une partie de la période de référence (arrêt maladie, chômage, congé parental…), la CPAM applique les règles de l’article R323-8 CSS, permettant de neutraliser les périodes sans rémunération afin d’éviter une baisse injustifiée de l’indemnité.

Ce système garantit une indemnisation proportionnée au niveau de rémunération antérieur, tout en respectant un plafond strict fixé au niveau national.

3. Les IJSS maternité sont-elles imposées ou soumises à des cotisations ?

Les indemnités journalières de maternité bénéficient d’un régime social particulier. Elles ne sont pas soumises aux cotisations sociales classiques, ce qui permet de préserver une partie du pouvoir d’achat de la salariée. Cependant, elles sont assujetties :

  • à la CSG (6,2 %),
  • à la CRDS (0,5 %).

Sur le plan fiscal, les IJSS sont considérées comme un revenu de remplacement, donc intégrées dans le revenu imposable et doivent figurer sur la déclaration annuelle. Elles apparaissent généralement pré-remplies dans la déclaration d’impôt.

En pratique, le montant net perçu par la salariée peut varier en fonction de sa catégorie fiscale et des éventuels dispositifs conventionnels qui complètent les indemnités. Il est donc recommandé de conserver l’ensemble des relevés CPAM, qui attestent précisément des sommes versées.

4. Le retour de congé maternité garantit-il un salaire identique ?

Oui, la salariée bénéficie d’une protection stricte du Code du travail. L’article L1225-25 impose à l’employeur de réintégrer la salariée :

  • dans son emploi initial,
  • ou dans un emploi similaire,
    avec une rémunération identique.

Cette règle couvre non seulement le salaire de base, mais aussi l’ensemble des avantages, primes, accessoires de rémunération existant avant le départ en congé.

De plus, l’article L1225-26 prévoit une garantie de rattrapage salarial. Cela signifie que la salariée doit bénéficier :

  • des augmentations générales accordées à l’ensemble des salariés,
  • et de la moyenne des augmentations individuelles décidées pendant son absence.

La jurisprudence (notamment Cass. soc., 2 oct. 2024, n°23-11582) rappelle que les augmentations ne s’appliquent pas pendant la période de suspension du contrat, mais qu’elles doivent être intégrées immédiatement au retour.

Ce mécanisme prévient les discriminations économiques liées à la maternité, et impose une stricte égalité de traitement.

5. Les indemnités maternité sont-elles prises en compte dans le calcul des droits à la retraite ?

Oui. Depuis la réforme de 2012, les indemnités journalières maternité sont prises en compte dans la détermination du salaire annuel de base, selon un coefficient favorable de 125 %. Cela signifie qu’une période de congé maternité ne doit pas entraîner une diminution des droits à la retraite.

Cette prise en compte concerne :

  • les congés maternité débutés après le 31 décembre 2011,
  • les assurées relevant de l’assurance vieillesse du régime général,
  • l’ensemble des IJSS versées pendant les périodes prénatale et postnatale.

La salariée doit impérativement conserver ses attestations de paiement CPAM, qui constituent les pièces justificatives en cas de correction ou de régularisation ultérieure auprès des caisses de retraite.

Ainsi, la maternité n’a pas d’impact négatif sur la constitution des droits futurs et garantit une continuité de protection sociale.

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