Travail

Salaires et égalité femmes-hommes : les nouveautés européennes pour 2026

Estelle Marant
Collaboratrice
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Égalité salariale : les exigences européennes à appliquer d’ici 2026

L’évolution des règles européennes en matière de transparence des rémunérations marque une étape déterminante dans la lutte contre les inégalités salariales au sein de l’Union européenne.

La directive 2023/970 du 10 mai 2023, publiée au Journal officiel de l’UE le 17 mai 2023 et devant être transposée en droit français au plus tard le 7 juin 2026, introduit des exigences destinées à renforcer l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.
Cette réforme répond au constat persistant d’écarts salariaux importants dans l’Union.

En 2020, les femmes percevaient encore en moyenne 13 % de moins que les hommes, selon les données Eurostat. La France figurait parmi les États où ces écarts restaient élevés, avec un différentiel moyen de 15,8 %.

L’objectif affirmé de la directive est de rendre visibles les mécanismes de rémunération, d’identifier les discriminations salariales et de permettre aux salariés, ainsi qu’aux candidats à l’embauche, d’exercer pleinement leurs droits.

Les obligations créées s’imposent directement aux employeurs et transforment en profondeur la gestion des ressources humaines, les pratiques de communication interne, les processus de recrutement et les outils de pilotage des rémunérations.
defendstesdroits.fr vous propose une analyse complète et rigoureuse des nouvelles exigences européennes afin de clarifier les obligations à venir pour les entreprises.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Le cadre juridique français et européen de l’égalité de rémunération
  3. Les facteurs à l’origine des écarts de rémunération entre les sexes
  4. Obligations de transparence lors du recrutement
  5. Critères objectifs de rémunération et d’évolution salariale
  6. Droit d’accès des salariés aux données de rémunération
  7. Communication obligatoire des écarts de rémunération
  8. Évaluation conjointe des rémunérations en cas d’écart injustifié
  9. Soutien apporté aux entreprises de moins de 250 salariés
  10. Voies de recours et indemnisation des discriminations salariales
  11. Conclusion

Le cadre juridique européen et français de l’égalité de rémunération

Le principe d’égalité salariale en droit français

Le droit français prévoit, à l’article L3221-2 du Code du travail, l’obligation d’assurer l’égalité de salaire entre les femmes et les hommes pour un même travail ou pour un travail de valeur égale. La rémunération comprend le salaire de base et tous les avantages accessoires, conformément à l’article L3221-3.

De plus, la France a instauré l’Index égalité femmes-hommes, obligatoire pour les entreprises d’au moins 50 salariés, fondé sur l’article L1142-8 du Code du travail.

Le cadre juridique européen

Depuis 1958, le droit communautaire impose aux États membres de garantir l’égalité de rémunération, en vertu de :

  • l’article 157 du TFUE,
  • la directive 2006/54/CE,
  • et désormais la directive 2023/970.

Malgré cet arsenal, l’opacité des rémunérations a empêché une mise en œuvre effective. C’est pour lever ces obstacles que le législateur européen a adopté de nouvelles mesures contraignantes.

Les facteurs expliquant les écarts de rémunération persistants

La directive identifie plusieurs facteurs à l’origine des écarts injustifiés entre les sexes :

  • la persistance de stéréotypes sexistes,
  • le « plafond de verre » limitant l’accès aux postes de responsabilité,
  • le « plancher collant » contraignant les femmes dans des emplois moins valorisés,
  • une ségrégation professionnelle horizontale,
  • une répartition inégale des responsabilités familiales.

Ces éléments structurels se doublent d’un manque de transparence qui empêche l’identification des pratiques discriminatoires.

Transparence lors du recrutement : de nouvelles obligations pour les employeurs

Communication de la rémunération initiale

L’article 5 de la directive 2023/970 impose à l’employeur de communiquer au candidat :

  • la rémunération initiale ou la fourchette prévue,
  • les dispositions conventionnelles applicables.

Cette information doit être fondée sur des critères objectifs et non sexistes et peut être intégrée à l’offre d’emploi.

Interdiction de demander l’historique salarial

L’employeur ne pourra plus solliciter les rémunérations actuelles ou passées du candidat, afin d’éviter de figer les écarts de rémunération.

Recrutement non discriminatoire

La directive exige que toute offre d’emploi soit rédigée dans des termes neutres et que la procédure de sélection soit exempte de biais sexistes.

Transparence dans les critères de rémunération et d’évolution salariale

Les entreprises devront mettre à disposition des salariés, conformément à l’article 6 de la directive :

  • les critères de rémunération,
  • les niveaux de rémunération,
  • les règles de progression salariale.

Ces critères devront être objectifs et non discriminatoires. Les entreprises de moins de 50 salariés pourront être dispensées de l’obligation relative à la progression salariale.

Le droit individuel à l’information des salariés

Accès aux données salariales

Aux termes de l’article 7, chaque salarié pourra obtenir :

  • son niveau de rémunération individuel,
  • les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, pour les travailleurs occupant un même poste ou un poste de valeur comparable.

L’employeur dispose d’un délai de 2 mois pour répondre.

Liberté de divulguer sa rémunération

Toute clause interdisant de communiquer sa rémunération est déclarée nulle, renforçant le droit à la transparence.

Accessibilité pour les personnes en situation de handicap

Les données devront être accessibles dans un format adapté, conformément à l’article 8.

Communication renforcée des écarts de rémunération

Entreprises concernées

Les entreprises d’au moins 100 salariés devront transmettre des données relatives aux écarts de rémunération à compter du :

  • 7 juin 2027 pour celles de 250 salariés ou plus (rapport annuel),
  • 7 juin 2027 pour celles de 150 à 249 salariés (tous les 3 ans),
  • 7 juin 2031 pour celles de 100 à 149 salariés (tous les 3 ans).

Nature des informations à communiquer

Les données concernent :

  • écarts de rémunération moyens et médians,
  • écarts sur les composantes variables,
  • répartition hommes/femmes par quartiles,
  • écarts par catégorie de travailleurs.

Ces données devront être communiquées à l’autorité étatique désignée et pourront être rendues publiques.

Évaluation conjointe des rémunérations : une procédure corrective obligatoire

Selon l’article 10, une évaluation conjointe devra être menée avec les représentants du personnel lorsque :

  • un écart de 5 % minimum est constaté,
  • cet écart n’est pas justifié,
  • aucune mesure corrective n’a été prise dans les 6 mois.

Cette évaluation implique :

  • une analyse fine des catégories d’emploi,
  • une identification des écarts injustifiés,
  • la définition de mesures correctives,
  • un suivi des actions menées.

Soutien apporté aux entreprises de moins de 250 salariés

L’article 11 prévoit l’obligation, pour les États membres, de fournir un accompagnement technique aux petites entreprises afin d’assurer une bonne mise en œuvre de la directive :

  • formation des dirigeants,
  • outils de diagnostic,
  • assistance administrative.

Les voies de recours pour les victimes de discriminations salariales

Indemnisation intégrale

Les salariés victimes doivent pouvoir obtenir une indemnisation sans plafond, comprenant notamment :

  • arriérés de salaire,
  • primes,
  • avantages en nature,
  • dommages pour préjudice moral ou opportunités manquées.

Charge de la preuve

Conformément à l’article 15, la charge de la preuve repose sur l’employeur lorsqu’un salarié présente des indices de discrimination.

Pouvoir des autorités

Les autorités nationales doivent disposer du pouvoir d’enjoindre à l’employeur de mettre fin à la violation constatée.

Conclusion

La directive européenne du 10 mai 2023 marque un tournant majeur dans l’encadrement de la transparence des rémunérations, en imposant aux États membres un ensemble d’obligations destinées à rendre visibles les inégalités salariales et à renforcer l’effectivité du principe d’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. L’Union européenne ne se limite plus à rappeler un principe ancien, inscrit depuis 1958 dans le droit communautaire ; elle exige désormais une mise en œuvre opérationnelle, structurée et vérifiable grâce à des mécanismes précis, des procédures de communication renforcées et des voies de recours accessibles.

L’ensemble des règles analysées montre que les employeurs devront adapter profondément leurs pratiques, tant au niveau du recrutement que de la gestion des rémunérations et de la transparence interne. La communication préalable de la rémunération, l’interdiction de solliciter l’historique salarial, la mise à disposition de critères objectifs de progression, le droit d’accès étendu aux données salariales, l’obligation de publier des informations détaillées selon les seuils d’effectifs, ou encore l’évaluation conjointe des rémunérations constituent autant de dispositifs imposant une transformation structurelle du pilotage des ressources humaines. Ces obligations, désormais harmonisées à l’échelle européenne, traduisent la volonté du législateur d’éradiquer les disparités salariales injustifiées et d’assurer aux travailleurs un environnement professionnel transparent et équitable.

Pour les entreprises, cette réforme implique d’anticiper dès à présent les ajustements nécessaires, qu’il s’agisse de revoir les processus de recrutement, de refondre la politique de rémunération, d’établir des critères d’évolution clairs ou de renforcer le dialogue social autour de l’égalité salariale. L’obligation de documenter les écarts, de les justifier par des critères objectifs et de mettre en œuvre des mesures correctives lorsqu’ils sont injustifiés appelle une organisation méthodique et un suivi rigoureux.

Les salariés, quant à eux, bénéficient d’une avancée notable. Le droit d’accès élargi aux informations salariales, la liberté de divulguer sa rémunération, l’inversion de la charge de la preuve en cas de litige et la garantie d’indemnisation intégrale en cas de discrimination constituent des outils de protection et de réparation d’une ampleur nouvelle. Le législateur européen place ainsi la transparence au cœur de la lutte contre les inégalités, en dotant les travailleurs de moyens réels pour faire valoir leurs droits.

À l’approche de la date de transposition du 7 juin 2026, les entreprises devront donc se préparer à une refonte significative de leur organisation interne, tandis que les salariés disposeront d’un cadre renforcé pour exercer leur droit à une rémunération équitable et fondée sur des critères objectifs et non sexistes. Cette réforme, en combinant transparence, contrôle et responsabilisation, a vocation à transformer durablement les pratiques de rémunération au sein de l’Union européenne.

FAQ

1. Qu’est-ce que la directive européenne 2023/970 sur la transparence salariale et pourquoi change-t-elle autant les pratiques des employeurs ?

La directive 2023/970 du 10 mai 2023 impose pour la première fois un cadre européen unifié visant à rendre les rémunérations réellement visibles et comparables au sein des entreprises. Elle ne se limite pas à rappeler le principe d’égalité salariale : elle crée des obligations légales directement opposables aux employeurs, fondées sur la transparence et l’évaluation objective des rémunérations.
Ce texte impose notamment :

  • la communication obligatoire des fourchettes salariales dès l’offre d’emploi ;
  • l’interdiction de demander l’historique salarial d’un candidat ;
  • l’accès accru pour les salariés aux données internes sur les rémunérations ;
  • la publication périodique des écarts de rémunération selon l’effectif ;
  • l’obligation de mener une évaluation conjointe en cas d’écart injustifié.
    Ces mesures bouleversent les pratiques RH, puisque les entreprises devront désormais pouvoir justifier chaque différence de rémunération par un critère objectif, sous peine de sanctions et d’actions contentieuses facilitées pour les salariés.

2. Comment la directive renforce-t-elle concrètement les droits des salariés en matière d’égalité salariale ?

Les salariés bénéficient d’un droit d’accès beaucoup plus étendu aux informations relatives à leur rémunération et à celle de leurs collègues.
Ils peuvent obtenir :

  • leur rémunération annuelle exacte ;
  • les rémunérations moyennes des personnes occupant un travail comparable, ventilées par sexe ;
  • des précisions supplémentaires si les données fournies sont incomplètes.
    L’employeur doit répondre dans un délai de deux mois, et ne peut ajouter aucune clause de confidentialité sur les salaires : toute interdiction de discuter ou de divulguer son salaire devient nulle et sans effet.
    Le salarié peut ensuite comparer ses données avec celles de son groupe de travail et, en cas d’écart suspect, faire valoir son droit à l’égalité salariale sur la base d’informations vérifiées, ce qui n’était traditionnellement possible que dans les entreprises ayant déjà mis en place des outils internes d’analyse.

3. Quelles sont les obligations de publication ou de communication des écarts de rémunération selon la taille de l’entreprise ?

Les obligations varient en fonction de l’effectif :

  • 250 salariés ou plus : publication annuelle des écarts de rémunération entre les sexes et de données détaillées sur les composantes variables.
  • 150 à 249 salariés : publication tous les 3 ans, à compter du 7 juin 2027.
  • 100 à 149 salariés : première communication obligatoire au plus tard le 7 juin 2031, puis tous les 3 ans.
    Les employeurs doivent transmettre ces données à une autorité nationale chargée de les compiler. Ils peuvent aussi les publier sur leur site internet ou les rendre accessibles par tout autre moyen.
    Les informations doivent être suffisamment détaillées pour permettre aux autorités, aux représentants des salariés et aux travailleurs eux-mêmes de comprendre l’origine des écarts éventuels.
    Cette obligation de transparence constitue un levier fort de contrôle social interne : elle contraint les employeurs à détecter et justifier les différences sous peine de devoir engager une évaluation conjointe ou de faire face à une mise en demeure des autorités.

4. Que se passe-t-il si les données révèlent un écart de rémunération injustifié entre femmes et hommes ?

Lorsque les rapports transmis par l’entreprise mettent en évidence un écart de rémunération moyen d’au moins 5 %, et que l’employeur ne parvient pas à justifier cet écart par un critère objectif et non sexiste, la directive impose la réalisation d’une évaluation conjointe des rémunérations.
Cette évaluation doit être effectuée avec les représentants des salariés et doit comporter :

  • une analyse des catégories de travailleurs,
  • une étude de la proportion femmes/hommes dans chaque catégorie,
  • une analyse détaillée des rémunérations et des composantes variables,
  • l’identification des écarts injustifiés,
  • la mise en place de mesures correctrices,
  • et un suivi obligatoire pour vérifier l’efficacité des actions engagées.
    L’employeur doit ensuite supprimer les écarts injustifiés dans un délai raisonnable. À défaut, les autorités administratives et judiciaires peuvent exiger des mesures correctives, engager une procédure d’injonction ou sanctionner l’employeur pour non-respect du principe d’égalité salariale.

5. Comment les salariés victimes de discrimination salariale pourront-ils faire valoir leurs droits à partir de 2026 ?

La directive renforce considérablement les voies de recours des salariés. Toute personne estimant avoir subi une discrimination salariale peut engager une action devant les juridictions compétentes avec plusieurs garanties importantes :

  • Indemnisation intégrale : l’employeur doit compenser l’ensemble des préjudices (arriérés de salaire, primes, avantages en nature, préjudice moral, opportunités professionnelles manquées). Aucun plafond n’est possible.
  • Renversement de la charge de la preuve : dès que le salarié présente des indices laissant supposer une discrimination, il appartient à l’employeur de démontrer l’absence de violation.
  • Mesures de réparation structurelles : les autorités peuvent enjoindre l’employeur d’adopter des mesures visant à supprimer la discrimination constatée.
  • Action collective : des entités ayant un intérêt légitime (associations, organismes pour l’égalité) pourront agir au nom des salariés.
    Ce dispositif place les salariés dans une position nettement renforcée, puisque l’accès à l’information et la charge de la preuve facilitent désormais l’identification et la correction des pratiques discriminatoires.

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