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Contrefaçon sur Internet : que risque l’acheteur et comment obtenir remboursement ?

Francois Hagege
Fondateur
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Achat en ligne et contrefaçon : comment se retourner contre le vendeur ?

La généralisation des achats en ligne a profondément modifié les modes de consommation, en offrant aux acheteurs un accès immédiat à une multitude de produits, souvent à des prix attractifs.

Cette facilité d’accès s’accompagne toutefois d’un revers juridique majeur : la prolifération des articles contrefaits sur Internet. Longtemps associée aux produits de luxe, la contrefaçon touche désormais des secteurs très variés, allant des vêtements et accessoires aux cosmétiques, médicaments, jouets ou équipements électroniques. Cette diversification accroît les risques pour les consommateurs, tant sur le plan juridique que sur le plan sanitaire et sécuritaire.

L’achat involontaire d’un produit contrefait place le consommateur dans une situation paradoxale. D’un côté, il est victime d’une pratique frauduleuse imputable au vendeur ; de l’autre, il devient détenteur d’un bien illicite dont la possession peut, dans certaines circonstances, engager sa responsabilité. Le droit français appréhende cette situation de manière nuancée, en tenant compte de la bonne foi de l’acheteur, tout en sanctionnant sévèrement la fabrication et la commercialisation de produits contrefaits.

Face à ces enjeux, il est essentiel pour les justiciables de connaître précisément leurs droits et obligations lorsqu’ils découvrent qu’un article acheté en ligne est une contrefaçon. Quels sont les risques encourus par l’acheteur ? Peut-il conserver le produit ? Quels recours peut-il exercer contre le vendeur ? Quelles démarches entreprendre pour se protéger juridiquement et obtenir réparation ? Cet article propose une analyse complète des recours juridiques ouverts au consommateur, à la lumière du Code de la consommation, du Code de la propriété intellectuelle et du Code pénal, afin de permettre une réaction éclairée et juridiquement sécurisée.

Sommaire

  1. La contrefaçon dans le commerce en ligne : enjeux et risques pour le consommateur
  2. La qualification juridique d’un article contrefait
  3. Les obligations légales de l’acheteur en cas de contrefaçon
  4. Les risques pénaux liés à la détention d’un produit contrefait
  5. Les recours civils et contractuels contre le vendeur
  6. Le droit de rétractation en cas d’achat à distance
  7. Le signalement de la contrefaçon aux autorités compétentes
  8. Les démarches amiables et judiciaires pour obtenir réparation

La qualification juridique d’un produit contrefait

La notion de contrefaçon en droit français

La contrefaçon consiste en la reproduction, l’imitation ou l’utilisation totale ou partielle d’un droit de propriété intellectuelle sans l’autorisation de son titulaire. Elle est sanctionnée par le Code de la propriété intellectuelle, notamment aux articles L.335-2 et suivants pour les œuvres protégées par le droit d’auteur et aux articles L.716-9 et suivants pour les marques.

Un produit est qualifié de contrefait dès lors qu’il porte atteinte à un droit privatif, indépendamment de sa qualité ou de son apparence. Ainsi, un objet peut être fonctionnel tout en demeurant juridiquement illicite.

Les risques liés à la détention d’un bien contrefait

La détention d’un produit contrefait n’est pas neutre juridiquement. En principe, les douanes peuvent procéder à la confiscation et à la destruction de la marchandise. Lorsque l’acheteur avait conscience du caractère frauduleux du bien, il peut également être poursuivi pour recel de contrefaçon, infraction prévue à l’article 321-1 du Code pénal, passible de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.

Les obligations de l’acheteur ayant acquis un produit contrefait

L’impossibilité de conserver le produit

Lorsqu’un acheteur découvre qu’un article reçu est contrefait, il ne peut pas légalement le conserver. Au-delà de l’atteinte aux droits du titulaire de la marque, certains produits contrefaits peuvent présenter un danger pour la santé ou la sécurité, notamment dans les secteurs des médicaments, des cosmétiques, des jouets ou des équipements électriques.

La conservation volontaire du produit expose l’acheteur à des sanctions, même en l’absence d’intention initiale frauduleuse.

L’obligation de signalement

Il est fortement recommandé de signaler la contrefaçon aux autorités compétentes. L’acheteur peut notamment déposer plainte, saisir les services des douanes, alerter la DGCCRF, ou informer le titulaire de la marque concernée. Ce signalement permet de démontrer la bonne foi de l’acheteur et de limiter les risques de poursuites.

Les recours civils contre le vendeur d’un produit contrefait

L’action fondée sur la tromperie

L’acheteur peut agir contre le vendeur sur le fondement de la tromperie, dès lors que le produit vendu ne correspond pas à ce qui était annoncé. Le vendeur engage alors sa responsabilité pour avoir induit l’acheteur en erreur sur la nature, l’origine ou les qualités substantielles du bien, en violation des dispositions du Code de la consommation relatives à l’information loyale du consommateur.

Cette action peut permettre d’obtenir le remboursement du prix, ainsi que, le cas échéant, des dommages et intérêts.

L’exercice du droit de rétractation

Lorsque l’achat a été réalisé à distance, l’acheteur peut également invoquer son droit de rétractation, prévu à l’article L.221-18 du Code de la consommation, dans un délai de 14 jours à compter de la réception du bien. Ce droit peut être exercé indépendamment de la découverte de la contrefaçon, à condition que le délai soit respecté.

Le vendeur est alors tenu de rembourser l’intégralité des sommes versées, y compris les frais de livraison.

La responsabilité pénale et civile du vendeur

Les sanctions encourues par le vendeur

Le vendeur de produits contrefaits engage sa responsabilité pénale, en application des dispositions du Code de la propriété intellectuelle. Les peines encourues peuvent être lourdes, notamment en cas de commercialisation habituelle ou organisée de produits illicites.

Sur le plan civil, le vendeur peut également être condamné à réparer le préjudice subi par l’acheteur, ainsi que celui subi par le titulaire des droits de propriété intellectuelle.

Les démarches pratiques pour agir contre le vendeur

La tentative de résolution amiable

Avant toute action judiciaire, il est recommandé d’adresser une réclamation écrite au vendeur, exposant précisément la situation et sollicitant le remboursement du produit et des frais annexes. Cette démarche permet parfois de résoudre le litige sans procédure contentieuse.

La voie judiciaire en cas d’échec

À défaut de réponse ou en cas de refus du vendeur, l’acheteur peut engager une action judiciaire devant la juridiction compétente. Lorsque le montant du litige est inférieur à 5 000 euros, une tentative préalable de résolution amiable est exigée, conformément à l’article 750-1 du Code de procédure civile.

Le juge appréciera alors la nature du produit, la bonne foi de l’acheteur et les manquements du vendeur au regard de ses obligations légales.

Conclusion

L’achat d’un article contrefait en ligne ne se limite pas à une simple déception commerciale. Il s’agit d’une situation juridiquement sensible, dans laquelle le consommateur doit concilier la défense de ses droits avec le respect d’obligations légales strictes. Si la détention d’un produit contrefait peut exposer l’acheteur à des sanctions, le droit français reconnaît néanmoins sa qualité de victime lorsqu’il a été trompé par un vendeur, notamment dans le cadre d’une vente à distance.

Les recours ouverts au consommateur sont multiples : droit de rétractation, action fondée sur la tromperie, signalement aux autorités compétentes, voire engagement de la responsabilité civile ou pénale du vendeur. Encore faut-il agir avec méthode, conserver les preuves de l’achat et respecter les délais applicables. La réactivité et la bonne foi de l’acheteur constituent des éléments déterminants pour limiter les risques et obtenir réparation.

Dans un contexte de développement constant du commerce électronique, la vigilance demeure indispensable. La connaissance du cadre juridique applicable aux articles contrefaits achetés en ligne permet non seulement de se prémunir contre les pratiques frauduleuses, mais aussi d’adopter les démarches appropriées lorsqu’un litige survient. La maîtrise de ces règles constitue ainsi un levier essentiel pour consommer en ligne de manière éclairée et juridiquement sécurisée.

Foire aux questions (FAQ)

1. Comment être certain qu’un produit acheté en ligne est une contrefaçon ?

Un produit est qualifié de contrefait lorsqu’il porte atteinte à un droit de propriété intellectuelle, notamment une marque, un brevet, un dessin ou modèle ou un droit d’auteur, sans l’autorisation de son titulaire. Pour l’acheteur, plusieurs indices peuvent révéler une contrefaçon : différences avec les visuels officiels, absence de numéro de série, emballage de mauvaise qualité, défauts de finition ou prix anormalement bas.
Toutefois, la certitude juridique de la contrefaçon peut nécessiter une expertise, notamment lorsque le produit est bien imité. Dans la pratique, les autorités (douanes, DGCCRF) ou le titulaire de la marque sont habilités à confirmer officiellement le caractère contrefait du bien.

2. Quels sont les risques réels pour un acheteur qui conserve un produit contrefait ?

La conservation d’un produit contrefait expose l’acheteur à plusieurs risques juridiques. En premier lieu, le bien peut être confisqué et détruit par les autorités compétentes, sans indemnisation. En outre, lorsque l’acheteur conserve sciemment un produit contrefait, il peut être poursuivi pour recel de contrefaçon, infraction prévue par le Code pénal, passible de lourdes sanctions financières et pénales.
Même en cas de bonne foi initiale, le fait de conserver le produit après avoir eu connaissance de sa nature frauduleuse peut aggraver la situation. C’est pourquoi il est recommandé d’agir rapidement et de ne pas utiliser ni revendre le produit.

3. Sur quels fondements juridiques puis-je agir contre le vendeur d’un article contrefait ?

L’acheteur dispose de plusieurs fondements juridiques pour agir contre le vendeur. Il peut invoquer la tromperie, lorsque le vendeur a volontairement induit l’acheteur en erreur sur la nature ou l’authenticité du produit. Il peut également agir sur le terrain de la non-conformité, le bien livré ne correspondant pas à ce qui était contractuellement promis.
Dans le cadre d’une vente à distance, l’acheteur peut aussi exercer son droit de rétractation, sans avoir à prouver la contrefaçon, à condition de respecter le délai légal. Ces actions peuvent permettre d’obtenir le remboursement du prix, des frais annexes, voire des dommages et intérêts.

4. Que faire si l’achat a été réalisé sur une marketplace qui refuse toute responsabilité ?

Les marketplaces tentent souvent de s’exonérer de leur responsabilité en se présentant comme de simples intermédiaires. Toutefois, cette exonération n’est pas systématique. Lorsque la plateforme joue un rôle actif dans la présentation des offres, le paiement ou la logistique, sa responsabilité peut être engagée.
À défaut, l’acheteur doit concentrer ses recours contre le vendeur professionnel, en utilisant les outils de réclamation internes à la plateforme, puis en adressant une mise en cause écrite. En cas d’échec, une action judiciaire reste possible contre le vendeur, même s’il est établi à l’étranger, sous réserve des règles de compétence applicables.

5. Le signalement de la contrefaçon peut-il réellement m’aider dans mes démarches ?

Oui, le signalement constitue une étape stratégique. Informer les services des douanes, la DGCCRF ou le titulaire de la marque permet de démontrer la bonne foi de l’acheteur et de participer à la lutte contre les réseaux de contrefaçon. Ce signalement peut également renforcer la crédibilité de la demande de remboursement adressée au vendeur.
Dans certains cas, l’intervention des autorités facilite le traitement du litige, notamment lorsque le vendeur disparaît ou refuse toute communication. Le signalement contribue donc à la fois à la protection juridique de l’acheteur et à l’intérêt général.

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