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Entre expert-comptable et CAC : quelles obligations pour les entreprises ?

Jordan Alvarez
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Expert-comptable ou commissaire aux comptes : qui fait quoi dans l’entreprise ?

Dans la vie juridique et financière d’une entreprise, la fiabilité des comptes, la transparence financière et le respect des obligations légales constituent des enjeux majeurs pour les dirigeants, les associés et les tiers. Deux professionnels occupent une place centrale dans cet écosystème : l’expert-comptable et le commissaire aux comptes. Bien que leurs domaines d’intervention se rejoignent autour de la comptabilité, leurs missions, leur statut juridique, leur degré d’indépendance et leur finalité diffèrent fondamentalement.

Dans la pratique, cette distinction est souvent mal comprise. Certains dirigeants pensent, à tort, que l’expert-comptable peut se substituer au commissaire aux comptes, ou inversement. D’autres ignorent les situations dans lesquelles la désignation d’un commissaire aux comptes devient obligatoire, ou les conséquences juridiques attachées à une absence de nomination alors que les seuils légaux sont dépassés. Or, une telle méconnaissance expose l’entreprise à des sanctions, à une insécurité juridique, voire à la remise en cause de la validité de certains actes sociaux.

L’expert-comptable intervient principalement comme un partenaire stratégique du dirigeant, chargé de l’assister dans la gestion comptable, fiscale, sociale et financière de l’entreprise. À l’inverse, le commissaire aux comptes agit dans une logique de contrôle légal indépendant, au service de la protection des associés, des investisseurs et de l’intérêt général. Son rôle dépasse la simple vérification technique : il participe à la sécurisation du fonctionnement économique des entreprises et à la confiance dans l’information financière.

La distinction entre ces deux professions s’est encore renforcée ces dernières années, notamment avec l’évolution du cadre réglementaire européen et l’apparition de nouvelles missions confiées aux commissaires aux comptes, telles que la certification des informations de durabilité. Dans ce contexte, comprendre les différences entre expert-comptable et commissaire aux comptes ne relève pas d’un simple enjeu théorique, mais d’une nécessité pratique et juridique pour toute entreprise, quelle que soit sa taille.

Deux professions réglementées par la loi

Un encadrement juridique strict

L’expert-comptable et le commissaire aux comptes (CAC) exercent tous deux une profession réglementée, soumise à des règles déontologiques et disciplinaires strictes.

  • L’expert-comptable est régi par l’ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945, instituant l’Ordre des experts-comptables.
  • Le commissaire aux comptes est encadré par les dispositions du Code de commerce, notamment les articles L821-1 et suivants.

L’exercice de ces professions suppose une inscription obligatoire :

  • à l’Ordre des experts-comptables pour l’expert-comptable ;
  • à la Compagnie nationale des commissaires aux comptes pour le CAC.

Les deux professionnels sont tenus au secret professionnel, dont la violation engage leur responsabilité civile, disciplinaire et pénale.

Le commissaire aux comptes : un contrôleur légal indépendant

Une mission de certification des comptes

La mission première du commissaire aux comptes consiste à certifier les comptes annuels de l’entreprise, conformément à l’article L821-53 du Code de commerce.

Il vérifie que les comptes :

  • sont réguliers ;
  • sont sincères ;
  • donnent une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l’entreprise.

Cette mission se matérialise par l’établissement d’un rapport de certification, destiné aux associés, actionnaires et organes de gouvernance.

Un pouvoir d’investigation étendu

Dans l’exercice de sa mission, le CAC dispose de prérogatives larges :

  • accès à tous documents comptables et financiers ;
  • contrôle des procédures internes ;
  • vérification de la prévention des risques de fraude.

Il peut être conduit à révéler certains faits délictueux au procureur de la République, conformément à l’article L823-12 du Code de commerce.

Une obligation d’indépendance absolue

Le commissaire aux comptes doit rester strictement indépendant de la société qu’il contrôle.
L’article L821-54 du Code de commerce lui interdit toute immixtion dans la gestion, ainsi que toute mission de conseil incompatible avec sa fonction.

L’expert-comptable : un partenaire de gestion de l’entreprise

Un rôle central dans la tenue des comptes

L’expert-comptable intervient en amont du processus comptable. Il assure notamment :

  • la tenue ou la révision de la comptabilité ;
  • l’établissement des comptes annuels ;
  • la préparation des déclarations fiscales et sociales.

Il agit dans une logique d’assistance, au service du dirigeant, sans obligation d’indépendance vis-à-vis de l’entreprise.

Un rôle de conseil et d’accompagnement stratégique

Contrairement au CAC, l’expert-comptable peut :

  • conseiller le dirigeant sur la gestion financière ;
  • accompagner les décisions de développement, de restructuration ou de transmission ;
  • assister l’entreprise lors de sa création, de son changement de forme juridique ou de sa cessation d’activité.

Il peut également intervenir en matière sociale, notamment pour :

  • l’établissement des bulletins de paie ;
  • la gestion des déclarations sociales ;
  • le suivi des obligations en droit du travail.

Une obligation de désignation très différente

Le caractère facultatif de l’expert-comptable

La désignation d’un expert-comptable n’est jamais obligatoire.
L’entreprise peut choisir de gérer sa comptabilité en interne, sous réserve de respecter les obligations légales et fiscales.

La désignation obligatoire du CAC dans certains cas

La désignation d’un commissaire aux comptes devient obligatoire lorsque certains seuils légaux sont dépassés.

Sont notamment concernées les SA, SAS, SARL, SNC, lorsque deux des trois seuils suivants sont atteints :

  • 5 millions d’euros de total de bilan ;
  • 10 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes ;
  • 50 salariés.

Ces obligations résultent notamment des articles L225-218, L227-9-1, L223-35 et L221-9 du Code de commerce.

Une durée de mission strictement encadrée

Une mission temporaire pour le commissaire aux comptes

Le commissaire aux comptes est désigné pour une durée déterminée :

  • 6 exercices comptables en cas de désignation obligatoire (article L823-44 du Code de commerce) ;
  • 3 exercices en cas de désignation volontaire.

Cette limitation vise à préserver son indépendance et à éviter toute relation de dépendance durable avec la société contrôlée.

Une relation contractuelle continue pour l’expert-comptable

L’expert-comptable est lié à l’entreprise par une lettre de mission, librement négociée.
Cette relation peut s’inscrire dans la durée, sans limitation légale, sous réserve du respect des règles déontologiques.

De nouvelles missions pour les commissaires aux comptes

La certification des informations de durabilité

Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance n°2023-1142 du 6 décembre 2023, certains commissaires aux comptes peuvent être chargés de certifier des informations extra-financières, notamment en matière :

  • environnementale ;
  • sociale ;
  • de gouvernance (ESG).

Ces nouvelles missions s’inscrivent dans le cadre du reporting de durabilité, imposé progressivement à certaines entreprises.

Deux rôles complémentaires au service de la sécurité financière

L’expert-comptable et le commissaire aux comptes n’interviennent ni au même moment, ni dans la même logique.
Le premier produit et accompagne, le second contrôle et certifie.
Cette complémentarité permet d’assurer à la fois la bonne gestion interne et la fiabilité de l’information financière destinée aux tiers.

Conclusion

La distinction entre expert-comptable et commissaire aux comptes repose sur une opposition fondamentale entre accompagnement et contrôle, entre logique contractuelle et mission légale, entre proximité avec le dirigeant et indépendance vis-à-vis de l’entreprise. Ces deux professionnels interviennent sur des terrains complémentaires mais juridiquement cloisonnés, chacun répondant à des objectifs spécifiques définis par la loi.

L’expert-comptable constitue un acteur clé de la gestion quotidienne de l’entreprise. Il contribue à la structuration financière, à la sécurisation des obligations fiscales et sociales, et à l’aide à la décision du dirigeant. Son intervention s’inscrit dans une relation de confiance durable, matérialisée par une lettre de mission, et orientée vers la performance et la pérennité de l’entreprise.

Le commissaire aux comptes, quant à lui, occupe une fonction d’intérêt général. Son rôle ne se limite pas à la certification des comptes : il participe à la prévention des risques financiers, à la détection des irrégularités, et à la protection des parties prenantes. L’indépendance qui caractérise sa mission constitue le fondement même de sa légitimité. Toute confusion entre conseil et contrôle est strictement prohibée par le Code de commerce, afin de préserver la crédibilité de son intervention.

Le choix – ou l’obligation – de recourir à l’un ou l’autre de ces professionnels ne doit donc jamais être envisagé uniquement sous un angle économique. Il s’agit avant tout d’une question de conformité juridique, de sécurisation des opérations sociales et de responsabilité du dirigeant. Une entreprise qui omet de désigner un commissaire aux comptes alors qu’elle y est tenue s’expose à des conséquences lourdes, tant sur le plan civil que pénal, sans oublier l’impact sur la confiance des partenaires financiers.

À l’inverse, une entreprise qui s’entoure d’un expert-comptable compétent et d’un commissaire aux comptes indépendant met en place une architecture de contrôle et de gestion solide, gage de transparence, de crédibilité et de stabilité. Dans un environnement économique et réglementaire en constante mutation, cette complémentarité constitue un levier essentiel de sécurisation et de développement durable pour l’entreprise.

FAQ

1. L’expert-comptable et le commissaire aux comptes poursuivent-ils le même objectif ?

Non. Même si leurs interventions portent sur la comptabilité et les comptes de l’entreprise, leurs objectifs juridiques sont fondamentalement différents.
L’expert-comptable agit dans une logique d’assistance au dirigeant. Il a pour mission principale de produire une information comptable fiable afin d’aider l’entreprise à respecter ses obligations légales et à prendre des décisions éclairées. Sa démarche est orientée vers la gestion, l’optimisation et l’accompagnement stratégique.
À l’inverse, le commissaire aux comptes exerce une mission de contrôle légal indépendant, au service non pas du dirigeant, mais des associés, actionnaires et tiers. Sa finalité est de garantir que les comptes annuels donnent une image fidèle de la situation financière de l’entreprise, conformément à l’article L821-53 du Code de commerce.
Cette différence de finalité justifie des règles strictes d’indépendance, d’incompatibilité et de responsabilité renforcée pour le CAC.

2. Peut-on être à la fois expert-comptable et commissaire aux comptes pour une même entreprise ?

Non. Le cumul des fonctions est strictement interdit pour une même entité contrôlée.
Même si une personne peut être titulaire des deux diplômes, elle ne peut pas exercer simultanément les missions d’expert-comptable et de commissaire aux comptes auprès d’une même entreprise. Cette interdiction découle directement du principe d’indépendance posé par les articles L821-54 et L822-11 du Code de commerce.
L’objectif est d’éviter toute situation dans laquelle le professionnel serait amené à certifier des comptes qu’il a lui-même établis, ce qui remettrait en cause la fiabilité du contrôle légal. Toute violation de cette règle peut entraîner des sanctions disciplinaires, civiles et pénales.

3. Quelles sont les conséquences pour une entreprise qui ne désigne pas de commissaire aux comptes alors qu’elle y est tenue ?

L’absence de désignation d’un commissaire aux comptes obligatoire constitue une irrégularité grave. Elle peut entraîner :

  • la nullité de certaines décisions sociales, notamment celles relatives à l’approbation des comptes ;
  • l’engagement de la responsabilité civile du dirigeant pour manquement à ses obligations légales ;
  • des sanctions pénales prévues par le Code de commerce ;
  • une perte de crédibilité financière vis-à-vis des partenaires, investisseurs et établissements bancaires.
    En pratique, un associé ou un tiers peut saisir le tribunal de commerce afin de demander la désignation judiciaire d’un commissaire aux comptes, conformément aux dispositions de l’article L823-2 du Code de commerce.

4. Le commissaire aux comptes peut-il être tenu responsable s’il ne détecte pas une fraude ?

Oui, mais sa responsabilité est appréciée de manière encadrée. Le commissaire aux comptes n’est pas tenu à une obligation de résultat, mais à une obligation de moyens renforcée.
Il doit mettre en œuvre des diligences conformes aux normes d’exercice professionnel, afin de détecter les anomalies significatives et les risques de fraude. En cas de manquement caractérisé à ces obligations, sa responsabilité civile peut être engagée sur le fondement de l’article L821-35 du Code de commerce.
Par ailleurs, le CAC est soumis à une obligation de révélation des faits délictueux au procureur de la République lorsqu’il en a connaissance, sous peine de sanctions pénales. Cette obligation renforce son rôle dans la prévention des infractions financières.

5. Pourquoi l’expert-comptable est-il considéré comme un acteur stratégique pour le dirigeant ?

L’expert-comptable occupe une place privilégiée dans la vie quotidienne de l’entreprise. Au-delà de la tenue des comptes, il intervient sur des problématiques transversales :

  • optimisation fiscale, dans le respect du droit ;
  • gestion sociale, notamment via l’établissement des bulletins de paie et des déclarations sociales ;
  • anticipation financière, grâce à l’élaboration de budgets prévisionnels et d’outils de pilotage ;
  • sécurisation juridique, en alertant le dirigeant sur les risques liés à certaines décisions.
    Son rôle est encadré par l’ordonnance du 19 septembre 1945, qui impose un devoir de conseil et un strict respect du secret professionnel. Cette proximité avec le dirigeant explique pourquoi l’expert-comptable ne peut exercer de mission de contrôle légal.

6. En quoi les nouvelles missions de durabilité renforcent-elles le rôle du commissaire aux comptes ?

Depuis les réformes issues de l’ordonnance du 6 décembre 2023, certaines entreprises sont tenues de publier des informations de durabilité relatives aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Le commissaire aux comptes peut être chargé de la certification de ces informations, ce qui élargit son champ d’intervention au-delà des seuls comptes financiers. Cette évolution renforce son rôle dans la transparence extra-financière et la conformité des entreprises aux exigences européennes.
Elle confirme également la distinction entre le CAC, acteur du contrôle légal, et l’expert-comptable, acteur de la gestion interne, chacun intervenant selon des logiques juridiques distinctes mais complémentaires.

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