Travail

Entreprise en difficulté : comment gérer un licenciement collectif conforme au droit ?

Francois Hagege
Fondateur
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Licenciement pour motif économique collectif : conditions, étapes et indemnités

Par l’équipe juridique de defendstesdroits.fr – Mise à jour novembre 2025

Lorsqu’une entreprise traverse une période de turbulences économiques, la question du maintien de l’emploi devient un enjeu central, à la fois économique, humain et juridique. Baisse du chiffre d’affaires, pertes d’exploitation, réorganisation structurelle ou cessation d’activité : autant de situations qui peuvent amener l’employeur à envisager un licenciement collectif pour motif économique.
Mais cette procédure, loin d’être une simple décision de gestion, obéit à des règles légales strictes fixées par le Code du travail (articles L1233-1 et suivants). Elle doit concilier les impératifs de compétitivité de l’entreprise avec la protection des salariés concernés, dont les droits sont au cœur du dispositif.

Le licenciement économique collectif, souvent perçu comme une mesure de dernier recours, représente une étape décisive dans la vie sociale d’une entreprise. Il implique la mise en œuvre d’une procédure encadrée, exigeant l’information et la consultation du Comité social et économique (CSE), la détermination de critères objectifs d’ordre des licenciements, la recherche d’un reclassement interne et, dans certains cas, l’élaboration d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE).

Derrière les chiffres et les mesures organisationnelles, se cachent des conséquences humaines majeures : perte d’emploi, incertitudes financières, impact psychologique et social sur les salariés concernés. Le droit du travail français, conscient de ces enjeux, a construit un cadre protecteur visant à limiter les abus, à encourager le dialogue social et à garantir l’équité dans les choix opérés par l’employeur.

Ainsi, comprendre les mécanismes du licenciement collectif pour motif économique n’est pas seulement une nécessité pour l’employeur soucieux de respecter ses obligations, mais aussi un droit fondamental pour le salarié qui souhaite défendre sa situation et vérifier la légitimité de la rupture.
L’objectif de cet article, proposé par defendstesdroits.fr, est d’apporter une analyse claire, complète et juridiquement fondée de cette procédure, afin d’en saisir les subtilités et les impacts concrets, tant sur le plan légal que social.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Définition du licenciement collectif pour motif économique
  3. Les salariés concernés par la procédure de licenciement collectif
  4. L’ordre des licenciements : une exigence d’équité et de transparence
  5. Les étapes de la procédure selon la taille de l’entreprise
  6. L’obligation de reclassement préalable de l’employeur
  7. Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) : rôle et contenu obligatoire
  8. Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) : un dispositif de transition
  9. Les indemnités dues aux salariés licenciés
  10. Conclusion

1. Définition juridique du licenciement collectif pour motif économique

Selon l’article L1233-3 du Code du travail, constitue un licenciement pour motif économique celui qui repose sur des motifs :

  • non inhérents à la personne du salarié ;
  • et résultant d’une suppression ou transformation d’emploi, ou encore d’une modification d’un élément essentiel du contrat de travail refusée par le salarié.

Les motifs économiques peuvent découler :

  • de difficultés économiques caractérisées par une baisse des commandes, du chiffre d’affaires ou une dégradation de la trésorerie ;
  • de mutations technologiques nécessitant des ajustements structurels ;
  • d’une réorganisation destinée à sauvegarder la compétitivité ;
  • ou encore d’une cessation totale d’activité.

Un licenciement est dit collectif dès lors qu’il concerne au moins deux salariés dans une même période de 30 jours.
La jurisprudence (Cass. soc., 17 septembre 2025, n°24-12213) rappelle que le juge peut désormais prendre en compte tout élément probant attestant de difficultés économiques, même si la baisse de chiffre d’affaires n’est pas « significative » au sens strict du Code du travail.

2. Les salariés concernés par un licenciement économique collectif

La procédure ne peut viser que les salariés titulaires d’un contrat à durée indéterminée (CDI).
Les CDD et les contrats d’apprentissage ou de professionnalisation ne peuvent être inclus, leur rupture obéissant à des règles spécifiques.

De plus, certains salariés bénéficient d’une protection légale particulière :

  • les femmes enceintes ou en congé maternité ou adoption (articles L1225-4 et L1225-38 du Code du travail) ;
  • les représentants du personnel (membres du CSE ou délégués syndicaux), dont le licenciement requiert une autorisation préalable de l’inspection du travail.

3. L’ordre des licenciements : une obligation d’équité

Avant toute notification de rupture, l’employeur doit fixer les critères d’ordre des licenciements.
Ces critères, établis par accord collectif ou, à défaut, définis unilatéralement par l’employeur après consultation du CSE, doivent être objectifs, vérifiables et proportionnés (article L1233-5 du Code du travail).

Les critères peuvent porter sur :

  • les charges de famille, notamment les parents isolés ;
  • l’ancienneté dans l’entreprise ;
  • la situation des salariés handicapés ;
  • les qualités professionnelles ou compétences acquises.

Une application arbitraire ou partiale de ces critères peut entraîner la requalification du licenciement et une condamnation prud’homale de l’employeur (Cass. soc., 18 janvier 2023, n°21-19675).

4. La procédure du licenciement économique collectif

La procédure varie selon :

  • l’effectif global de l’entreprise, et
  • le nombre de licenciements envisagés sur une période de 30 jours.

Les principales étapes comprennent :

  1. L’information et la consultation du CSE (articles L1233-8 et L1233-30 du Code du travail) ;
  2. L’étude des possibilités de reclassement interne ou externe ;
  3. L’éventuelle mise en place d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) ;
  4. La notification des licenciements aux salariés et à la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) ;
  5. Le versement des indemnités légales ou conventionnelles de rupture.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, la procédure est allégée. En revanche, au-delà de ce seuil et dès lors que 10 salariés ou plus sont concernés, la loi impose la formalisation d’un PSE (article L1233-61 du Code du travail).

5. L’obligation de reclassement avant toute rupture

L’employeur a une obligation de reclassement préalable, prévue par l’article L1233-4 du Code du travail.
Il doit proposer tous les postes disponibles compatibles avec les compétences des salariés, au sein de l’entreprise ou du groupe auquel elle appartient.

Ce reclassement doit :

  • concerner un emploi équivalent assorti d’une rémunération similaire ;
  • à défaut, être proposé sur un poste inférieur, sous réserve de l’accord écrit du salarié.

Le non-respect de cette obligation rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à réintégration ou indemnisation (Cass. soc., 2 mars 2022, n°20-15.792).

6. Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE)

Le PSE est obligatoire dans les entreprises de 50 salariés ou plus procédant au licenciement d’au moins 10 salariés sur 30 jours (article L1233-61 du Code du travail).
Ce plan vise à prévenir les licenciements ou à limiter leurs effets, en mettant en œuvre des mesures de reclassement et d’accompagnement.

Le PSE peut inclure :

  • des actions de formation et de reconversion ;
  • des aides à la mobilité ou à la création d’entreprise ;
  • des indemnités de départ renforcées ;
  • un suivi individuel pour les salariés les plus fragiles (salariés âgés, travailleurs handicapés, etc.).

Ce plan doit être validé ou homologué par la DREETS avant toute mise en œuvre.

7. Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)

Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (article L1233-65 du Code du travail) est proposé aux salariés en cas de licenciement économique collectif dans les entreprises de moins de 1 000 salariés, ou en redressement / liquidation judiciaire.

Ce dispositif, à durée déterminée, vise à faciliter le retour rapide à l’emploi par :

  • un accompagnement personnalisé ;
  • des formations de reconversion ;
  • ou une création/reprise d’entreprise.

Le salarié dispose d’un délai de 21 jours pour accepter ou refuser la proposition. S’il accepte, son contrat de travail est rompu à la fin de ce délai et il perçoit une allocation spécifique versée par France Travail.

Les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent quant à elles proposer un congé de reclassement (article L1233-71 du Code du travail).

8. Les indemnités dues aux salariés licenciés

Tout salarié licencié pour motif économique collectif a droit à plusieurs indemnités de rupture, à condition de justifier d’une ancienneté minimale de 8 mois (article L1234-9 du Code du travail) :

  • Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, calculée sur le salaire brut et l’ancienneté ;
  • Indemnité compensatrice de préavis, sauf en cas de dispense à l’initiative du salarié ;
  • Indemnité compensatrice de congés payés, pour les jours acquis non pris ;
  • Indemnités spécifiques prévues par le PSE (en cas de plan renforcé).

Ces sommes doivent être mentionnées sur le solde de tout compte et accompagnées des documents obligatoires (certificat de travail, attestation France Travail, reçu pour solde de tout compte).

Conclusion

Le licenciement collectif pour motif économique demeure l’une des procédures les plus délicates et encadrées du droit du travail français. À la croisée du droit social et de la réalité économique, il symbolise le difficile équilibre entre la survie des entreprises et la protection des salariés.

Pour l’employeur, il ne s’agit pas simplement de réduire les effectifs, mais de démontrer l’existence d’une cause économique réelle et sérieuse, de justifier objectivement ses choix, et de respecter chaque étape imposée par la législation : information du CSE, fixation de critères objectifs, mise en œuvre d’un reclassement interne, voire établissement d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) pour les structures de taille importante.
À défaut, l’entreprise s’expose à un risque juridique élevé, pouvant aller jusqu’à la nullité du licenciement ou à la condamnation pour absence de cause réelle et sérieuse.

Pour le salarié, cette procédure représente un moment de rupture profonde avec l’entreprise, mais aussi une opportunité de reconversion professionnelle grâce à des dispositifs d’accompagnement comme le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) ou les mesures du PSE. Ces mécanismes visent à favoriser le retour à l’emploi, à maintenir un revenu transitoire et à préserver la dignité professionnelle dans une période d’incertitude.

Le licenciement collectif est donc bien plus qu’une procédure administrative : il est un acte social majeur, où le droit intervient comme un régulateur essentiel des rapports entre performance économique et justice sociale. Il exige de l’employeur une transparence irréprochable, une concertation loyale avec les représentants du personnel et un respect rigoureux des obligations légales.

En définitive, la mise en œuvre d’un licenciement collectif doit toujours s’inscrire dans une démarche responsable, fondée sur la proportionnalité, la prévention des licenciements et la protection des salariés. C’est à cette condition que le droit du travail remplit pleinement sa mission : garantir un équilibre durable entre les impératifs économiques de l’entreprise et la sécurité des travailleurs.

FAQ

1. Quelles sont les conditions légales pour procéder à un licenciement collectif pour motif économique ?

Selon l’article L1233-3 du Code du travail, un licenciement économique collectif doit reposer sur des motifs non inhérents à la personne du salarié : difficultés économiques, mutations technologiques, réorganisation nécessaire à la compétitivité ou cessation d’activité.
La décision doit être objectivement justifiée et constatable par des indicateurs précis, tels qu’une baisse significative du chiffre d’affaires ou une dégradation de la trésorerie.
Depuis un arrêt du 17 septembre 2025 (Cass. soc., n°24-12213), le juge peut apprécier la réalité des difficultés sur l’ensemble du contexte économique, sans se limiter aux critères chiffrés.

2. Qui peut être concerné par un licenciement économique collectif ?

Le licenciement collectif concerne exclusivement les salariés en contrat à durée indéterminée (CDI). Les CDD, stagiaires ou apprentis sont exclus du dispositif.
Cependant, certains salariés bénéficient d’une protection spécifique, notamment :

  • les femmes enceintes ou en congé maternité/adoption (articles L1225-4 et L1225-38 du Code du travail) ;
  • les représentants du personnel, dont le licenciement requiert l’autorisation de l’inspection du travail ;
  • les salariés protégés au titre de leurs fonctions syndicales ou électives.
    Cette distinction permet de garantir un traitement équitable et de prévenir les abus.

3. Comment l’employeur détermine-t-il les salariés concernés par le licenciement collectif ?

L’employeur doit fixer les critères d’ordre des licenciements en s’appuyant sur des éléments objectifs, tels que :

  • les charges de famille,
  • l’ancienneté,
  • la situation des salariés handicapés,
  • et les compétences professionnelles.
    Ces critères peuvent être définis par accord collectif ou, à défaut, par l’employeur après consultation du CSE (article L1233-5 du Code du travail).
    L’absence de transparence ou une application discriminatoire peut entraîner une condamnation prud’homale et la réintégration du salarié.

4. Quelles sont les obligations de l’employeur avant d’effectuer un licenciement collectif ?

L’employeur doit respecter plusieurs étapes légales incontournables :

  1. Informer et consulter le CSE, en lui transmettant un dossier économique complet (articles L1233-8 et L1233-30 du Code du travail) ;
  2. Rechercher activement le reclassement des salariés sur des postes équivalents au sein de l’entreprise ou du groupe (article L1233-4) ;
  3. Proposer un Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) aux salariés éligibles ;
  4. Notifier le licenciement à la DREETS et au salarié de manière motivée ;
  5. Élaborer un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) pour les entreprises de plus de 50 salariés licenciant au moins 10 personnes sur 30 jours.
    Tout manquement à ces obligations peut rendre la procédure nulle et exposer l’entreprise à des sanctions financières lourdes.

5. Quelles indemnités sont versées aux salariés licenciés pour motif économique collectif ?

Les salariés licenciés perçoivent plusieurs indemnités cumulables :

  • L’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, à partir de 8 mois d’ancienneté (article L1234-9) ;
  • L’indemnité compensatrice de préavis, sauf si le salarié est dispensé de l’exécuter ;
  • L’indemnité compensatrice de congés payés (article L3141-28) ;
  • Et, le cas échéant, les indemnités supplémentaires prévues par le PSE.
    En cas de non-respect des règles ou d’absence de cause réelle et sérieuse, le salarié peut saisir le Conseil de prud’hommes pour obtenir des dommages et intérêts, dont le montant est fixé selon le barème Macron (article L1235-3).

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