Travail

Licenciement collectif : fonctionnement complet du Plan de Sauvegarde de l’Emploi

Estelle Marant
Collaboratrice
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Procédure PSE : obligations de l’employeur et garanties offertes aux salariés

Dans un contexte économique marqué par des fluctuations parfois sévères, les entreprises françaises sont régulièrement confrontées à des difficultés nécessitant des réorganisations profondes. Lorsque ces restructurations impliquent des suppressions d’emplois, le droit du travail impose un encadrement strict destiné à préserver autant que possible la stabilité professionnelle des salariés. C’est dans ce cadre qu’intervient le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), un dispositif légal de première importance dont l’objectif est d’éviter les licenciements pour motif économique ou, à défaut, d’en limiter la portée conformément aux exigences du Code du travail.

Imposé dès lors qu’une entreprise d’au moins 50 salariés envisage un licenciement collectif, le PSE constitue bien plus qu’un simple ensemble de mesures sociales : il s’agit d’un véritable outil juridique structuré, pensé pour accompagner les salariés, anticiper les impacts sociaux de la restructuration et sécuriser la procédure pour l’employeur. Son contenu, ses modalités d’élaboration, son contrôle par l’administration et ses conséquences juridiques font l’objet de règles détaillées énoncées aux articles L1233-61 et suivants du Code du travail, dont la méconnaissance expose l’entreprise à une contestation du plan et à la remise en cause de la procédure de licenciement elle-même.

Pour les dirigeants, le PSE représente une étape déterminante : il doit être conçu avec rigueur, documenté précisément et discuté avec les représentants du personnel. Pour les salariés, il incarne un véritable filet de sécurité, incluant des mesures obligatoires de reclassement, de formation, de reconversion et de soutien à la mobilité interne ou externe. L’intervention de la DREETS, qui valide ou homologue le dispositif, renforce la dimension protectrice du plan tout en garantissant la conformité de la procédure aux impératifs légaux.

Afin d’accompagner efficacement les employeurs comme les salariés confrontés à un projet de restructuration, defendstesdroits.fr propose une analyse juridique approfondie du PSE, de ses conditions de mise en œuvre et de ses obligations. Ce dossier offre une vision structurée, pratique et entièrement sourcée du mécanisme, à travers une relecture pédagogique mais juridiquement exigeante des textes, de la procédure et du rôle des différents acteurs.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Définition du Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE)
  3. Entreprises soumises à l’obligation de PSE
  4. Modalités d’élaboration du PSE
  5. Contenu obligatoire du PSE
  6. Contrôle du PSE par la DREETS
  7. Obligations post-licenciement pour l’employeur
  8. Conclusion

Qu’est-ce qu’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi ?

Le PSE, parfois appelé « plan social », constitue un ensemble de mesures obligatoires destinées à limiter les conséquences d’un projet de licenciement collectif portant sur des salariés en CDI.

Son champ d’application est défini par l’article L1233-61 du Code du travail, lequel impose à l’employeur d’intégrer dans ce plan :

  • des actions de reclassement interne ;
  • des mesures favorisant le reclassement externe ;
  • des solutions visant à éviter les suppressions d’emploi ou à en limiter le nombre.

Entreprises concernées par l’obligation de mettre en place un PSE

Licenciements de 10 salariés sur une période de 30 jours

Un PSE devient impératif lorsque l’entreprise :

  • emploie au moins 50 salariés ;
  • envisage le licenciement économique d’au moins 10 salariés ;
  • sur une période de 30 jours consécutifs.

Cette obligation, prévue par l’article L1233-61, s’applique quelle que soit la structure juridique de l’entreprise.

Licenciements successifs sur plusieurs périodes

Le PSE s’impose également dans des situations moins immédiates, notamment lorsque l’entreprise :

  • procède sur 3 mois consécutifs à des licenciements économiques totalisant plus de 10 salariés, sans jamais atteindre 10 licenciements sur une même période de 30 jours (article L1233-26) ;
  • ou licencie économiquement plus de 18 salariés sur une année civile, même sans franchir le seuil des 10 sur 30 jours (article L1233-27).

Dans ces hypothèses, tout licenciement économique envisagé dans les 3 mois suivants doit être soumis à un PSE.

Refus collectif d’une modification du contrat de travail

Lorsque au moins 10 salariés refusent une modification substantielle de leur contrat pour motif économique et que leur licenciement est envisagé, l’entreprise doit appliquer le régime du licenciement économique collectif, incluant l’obligation de PSE (article L1233-25).

Comment se construit un PSE ? Les modalités prévues par la loi

Le législateur offre trois voies possibles pour élaborer un PSE. Chacune répond à des conditions strictes.

La négociation d’un accord collectif avec les organisations syndicales

L’entreprise peut ouvrir des discussions en amont de la procédure d’information-consultation du CSE.

Pour être valable, l’accord doit être signé :

  • soit par la majorité des organisations syndicales représentatives (article L1233-24-1) ;
  • soit par les membres élus du conseil d’entreprise représentant plus de 50 % des suffrages ;
  • soit selon les modalités prévues par le conseil d’entreprise, lorsqu’il existe (article L2321-1).

Ce type d'accord permet d’aménager la procédure de licenciement économique et de définir précisément les mesures du PSE.

Le document unilatéral de l’employeur

En l’absence d’accord collectif, l’employeur élabore un document unilatéral, après la dernière réunion du CSE. Ce document fixe l’ensemble des mesures prévues par le PSE, dans le respect des obligations légales et conventionnelles (article L1233-24-4).

Il peut notamment définir :

  • les critères d’ordre des licenciements ;
  • les modalités de formation, d’adaptation, de reconversion ou de reclassement.

Accord partiel complété d’un document unilatéral

Dans certains cas, les négociations aboutissent à un accord partiel. L’employeur peut alors limiter la négociation au contenu du PSE et compléter les éléments non négociés par un document unilatéral (article L1233-24-2).

Que doit contenir un Plan de Sauvegarde de l’Emploi ? Les mesures obligatoires

Le plan de reclassement

Le PSE doit obligatoirement intégrer un plan de reclassement visant les salariés dont la réinsertion est la plus difficile, en particulier :

  • les salariés âgés ;
  • ceux dont la qualification ou la situation sociale rend le repositionnement complexe (article L1233-61).

Le suivi de ces mesures doit faire l’objet d’un contrôle régulier par le CSE, conformément à l’article L1233-63.

Les mesures visant à faciliter le retour à l’emploi

Selon l’article L1233-62, le PSE doit prévoir notamment :

  • des actions de reclassement interne ;
  • des mesures visant la reprise d’activité ou la création de nouvelles activités ;
  • le développement de projets internes permettant d’éviter des fermetures ;
  • des actions de formation, de VAE ou de reconversion ;
  • des dispositifs soutenant la création ou reprise d’entreprise par les salariés ;
  • la réduction des heures supplémentaires lorsque cela peut préserver des emplois.

Le rôle de la DREETS dans la validation ou l’homologation du PSE

Contrôle de la procédure

Dès l’ouverture des négociations ou la remise du document unilatéral, la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) doit être informée.

Elle rend ensuite une décision :

  • de validation dans un délai de 15 jours (accord collectif) ;
  • d’homologation dans un délai de 21 jours (document unilatéral), conformément à l’article L1233-57-4.

L’administration peut demander des modifications pour tenir compte de la situation économique de l’entreprise (article L1233-57).

Contrôle du bilan de mise en œuvre

Dans le mois suivant la mise en œuvre des mesures, l’employeur doit transmettre un bilan détaillé à la DREETS, comme l’impose l’article D1233-14-1.

Les salariés doivent aussi être informés de la décision administrative par affichage ou tout moyen permettant d’attester la date de diffusion (article L1233-57-4).

Obligations de l’employeur après la rupture des contrats

Une fois les licenciements prononcés, l’employeur doit encore :

  • communiquer au salarié, sur demande, les critères d’ordre retenus (articles L1233-17 et R1233-1) ;
  • respecter la priorité de réembauche durant un an (article L1233-45).

Par ailleurs, le PSE peut être contesté devant le tribunal administratif conformément à l’article L1235-7-1.

Conclusion

Le Plan de Sauvegarde de l’Emploi s’impose aujourd’hui comme l’un des mécanismes les plus structurants du droit du licenciement économique collectif. Derrière ce dispositif se trouve une logique claire : garantir que la suppression d’emplois ne constitue pas une réponse immédiate et non maîtrisée aux difficultés de l’entreprise, mais qu’elle intervienne seulement après une exploration sérieuse et documentée des alternatives prévues par le Code du travail.

Sa mise en place exige une méthode rigoureuse, un dialogue social soutenu avec les représentants du personnel et un respect strict des formalités légales. L’élaboration du PSE — qu’elle résulte d’un accord collectif majoritaire, d’un document unilatéral ou d’une formule mixte — engage l’employeur à mettre en œuvre des mesures concrètes, adaptées et efficaces en matière de reclassement, de formation, de reconversion professionnelle ou de sauvegarde d’activité.

Le rôle de la DREETS, qui valide ou homologue le plan, constitue un rempart indispensable contre les insuffisances potentielles du dispositif. L’administration, par son pouvoir d’appréciation, garantit que les mesures proposées répondent aux impératifs fixés par les articles L1233-61 à L1233-63, et que les salariés bénéficient d’un accompagnement à la hauteur des enjeux.

Pour les employeurs, maîtriser le processus de PSE revient à sécuriser la procédure de licenciement économique et à prévenir les contestations devant le tribunal administratif, qui peut être saisi sur le fondement de l’article L1235-7-1. Pour les salariés, comprendre les droits associés au plan permet de faire valoir leurs garanties, de solliciter les mesures les plus adaptées à leur situation et de bénéficier pleinement de la priorité de réembauche prévue par l’article L1233-45.

Face à la complexité de cette procédure, la connaissance précise des obligations légales, du rôle des acteurs et des mécanismes de contrôle constitue un enjeu majeur. À travers ses analyses documentées et accessibles, defendstesdroits.fr accompagne chaque justiciable dans la compréhension et la maîtrise de ce dispositif essentiel du droit du travail, afin de replacer la protection des salariés et la responsabilité sociale de l’employeur au cœur des décisions relatives à l’emploi.

FAQ

1. Le PSE s’applique-t-il à toutes les entreprises en difficulté ou seulement dans certains cas ?

Le PSE n’est pas universel : il s’applique uniquement lorsque plusieurs conditions légales sont réunies.
D’une part, l’entreprise doit compter au moins 50 salariés. D’autre part, elle doit envisager un licenciement pour motif économique d’au moins 10 salariés sur une période de 30 jours.

La loi prévoit également des situations particulières où un PSE devient obligatoire, même lorsque les seuils ne sont pas atteints sur une période courte. Par exemple :

  • si l’entreprise effectue plus de 10 licenciements sur 3 mois sans atteindre 10 licenciements sur 30 jours ;
  • si elle procède à plus de 18 licenciements économiques sur une année civile ;
  • si 10 salariés ou plus refusent une modification substantielle de leur contrat pour motif économique.

Cette précision est essentielle : toutes les restructurations ne sont pas concernées, et certains employeurs ne peuvent pas déclencher un PSE même en cas de difficultés majeures s’ils n’atteignent pas les seuils prévus par le Code du travail.

2. À quoi sert réellement le PSE dans une procédure de licenciement économique collectif ?

Le PSE est conçu pour empêcher que la suppression d’emplois devienne la première option envisagée par l'entreprise. Sa finalité est double :

  1. Prévenir les licenciements, grâce à des solutions alternatives comme la formation, la réduction d’heures supplémentaires, la mobilité interne, ou le repositionnement sur des postes existants.
  2. Limiter les conséquences sociales lorsque les licenciements s’avèrent inévitables.

Concrètement, le PSE doit intégrer des mesures adaptées à la réalité économique et sociale de l’entreprise, telles que :

  • le reclassement interne sur des emplois équivalents ;
  • l’aide à la reconversion professionnelle (VAE, formations certifiantes, reconversion complète) ;
  • la facilitation du reclassement externe, souvent en coopération avec des acteurs locaux de l’emploi ;
  • l’accompagnement à la création ou reprise d’entreprise par les salariés concernés ;
  • les aides à la mobilité géographique ;
  • des dispositifs permettant d’éviter la fermeture de sites ou d’activités.

Le PSE a donc une dimension stratégique : il organise la transition professionnelle des salariés et constitue un pilier central des obligations de l’employeur en matière de licenciement collectif.

3. En quoi consiste le contrôle de la DREETS et pourquoi est-il déterminant pour la validité d’un PSE ?

Le contrôle de la DREETS est une étape indispensable : sans validation ou homologation de l’administration, l’employeur ne peut pas procéder aux licenciements.

La DREETS vérifie non seulement le formalisme de la procédure, mais également la qualité des mesures prévues. Son rôle consiste notamment à examiner :

  • la cohérence des mesures de reclassement avec les postes réellement disponibles ;
  • le sérieux des propositions de formation et de reconversion ;
  • l’adéquation du plan avec la situation économique de l’entreprise ;
  • la pertinence du périmètre des critères d’ordre ;
  • la consultation effective et régulière du CSE.

Elle dispose d’un délai légal de :

  • 15 jours pour valider un accord collectif ;
  • 21 jours pour homologuer un document unilatéral.

En cas de carences ou d'insuffisances, la DREETS peut exiger des modifications, voire refuser l’homologation. Un refus bloque immédiatement la procédure, oblige l’entreprise à réviser son PSE, et retarde les licenciements.
Ce contrôle préalable constitue l'une des garanties les plus fortes pour les salariés.

4. Comment sont définis et priorisés les salariés concernés par les mesures de reclassement du PSE ?

Les mesures du PSE doivent être ciblées et efficaces, notamment pour les salariés les plus exposés à un risque de chômage durable. La loi impose de traiter en priorité :

  • les salariés âgés, en raison de leurs difficultés accrues d’accès à un nouvel emploi ;
  • les salariés dont la qualification n’est pas facilement transférable ;
  • les personnes présentant une fragilité sociale (monoparentalité, handicap, contraintes familiales, etc.).

Le plan doit être construit sur un diagnostic précis des profils concernés et inclure :

  • un accompagnement individuel (entretiens, bilans professionnels, propositions personnalisées) ;
  • des formations adaptées au marché du travail ;
  • des solutions internes de mobilité ;
  • des partenariats avec des entreprises du bassin d’emploi ;
  • un suivi régulier de chaque salarié jusqu’à la mise en œuvre effective des mesures.

Ce ciblage ne signifie pas que les autres salariés sont exclus du dispositif : tous doivent bénéficier des mesures du PSE. Toutefois, les profils les plus fragiles doivent être appuyés de manière renforcée et prioritaire.

5. Quelles sont les conséquences pour l’employeur si un salarié ou un syndicat conteste le PSE ?

Un PSE peut être contesté devant le tribunal administratif, qui est compétent pour examiner :

  • la décision de validation ou d’homologation prise par la DREETS ;
  • la régularité de la procédure ;
  • la pertinence des mesures prévues.

Plusieurs scénarios sont possibles :

  • Si le tribunal annule la validation ou l’homologation, les licenciements deviennent juridiquement fragiles et peuvent être remis en cause.
  • L’employeur peut être contraint de reprendre la procédure depuis le début, ce qui entraîne un coût financier, organisationnel et social important.
  • Les salariés peuvent solliciter une réintégration ou, à défaut, une indemnisation.

Cette contestation est une voie de recours essentielle pour les salariés estimant que le plan est insuffisant, inadapté ou qu'il ne respecte pas les exigences légales. Pour l’employeur, elle constitue un risque important, renforçant la nécessité de construire un PSE solide, détaillé et conforme au Code du travail.

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