Travail

Inaptitude professionnelle ou non professionnelle : comment gérer la rupture ?

Estelle Marant
Collaboratrice
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Licenciement pour Inaptitude : obligations légales, étapes et indemnités

L’inaptitude médicale d’un salarié constitue l’une des situations les plus complexes rencontrées en droit du travail. À la croisée des problématiques de santé, de prévention des risques professionnels et de gestion des ressources humaines, cette situation impose à l’employeur un formalisme particulièrement exigeant. Dès lors qu’un médecin du travail constate que l’état physique ou psychique du salarié n’est plus compatible avec son poste, l’entreprise se trouve engagée dans un cadre légal rigoureusement encadré par les articles L1226-2 et suivants du Code du travail. Cette procédure, profondément protectrice, vise autant à sauvegarder la santé du salarié qu’à garantir la régularité des décisions prises par l’employeur.

Le licenciement pour inaptitude n’intervient donc jamais immédiatement ; il constitue l’ultime étape d’un ensemble d’obligations et de démarches qui doivent être menées avec une précision irréprochable. Avant d’envisager la rupture du contrat, l’employeur doit rechercher toutes les solutions de reclassement, consulter le CSE, solliciter si nécessaire un nouvel avis médical, et justifier de l’impossibilité de maintenir le salarié dans l’entreprise. Le non-respect de ces obligations expose l’employeur à des risques contentieux majeurs : requalification du licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse, indemnisation du salarié, voire nullité en cas d’atteinte à un droit fondamental.

Que l’inaptitude soit d’origine professionnelle — consécutive à un accident du travail ou une maladie professionnelle — ou non professionnelle, la procédure connaît des spécificités importantes, notamment en matière d’indemnisation et de délais. La situation impose également un dialogue constant entre le médecin du travail, le salarié, l’employeur et les représentants du personnel, chacun exerçant un rôle défini par le Code du travail. Face à ces règles nombreuses et évolutives, defendstesdroits.fr propose une analyse approfondie et structurée de la procédure, éclairée par les textes légaux et les principales décisions jurisprudentielles, afin d’offrir aux employeurs comme aux salariés une compréhension claire des enjeux liés à l’inaptitude.

Sommaire

  1. Introduction
  2. Définition du licenciement pour inaptitude
  3. Qui peut déclarer un salarié inapte ?
  4. Dans quels cas licencier un salarié déclaré inapte ?
  5. Procédure légale du licenciement pour inaptitude
  6. Délais liés à la procédure
  7. Indemnités dues selon l’origine de l’inaptitude
  8. Licenciement pour inaptitude abusif : les situations à risque
  9. Indemnité temporaire d’inaptitude (ITI)
  10. Actions de prévention de la désinsertion professionnelle
  11. Contestation de l’avis d’inaptitude
  12. Possibilité de reprendre un emploi après un licenciement pour inaptitude
  13. Rupture anticipée d’un CDD pour inaptitude
  14. Rupture conventionnelle en cas d’inaptitude
  15. Droits au chômage après licenciement pour inaptitude
  16. Conclusion

Définition du licenciement pour inaptitude

Le licenciement pour inaptitude constitue un licenciement pour motif personnel non disciplinaire. Il intervient après un avis d’inaptitude rendu par le médecin du travail, constatant que l’état de santé du salarié — physique ou psychique — est devenu incompatible avec la poursuite de son poste.

Conformément aux articles L1226-2 et suivants (inaptitude non professionnelle) et L1226-10 et suivants (inaptitude professionnelle) du Code du travail, la rupture du contrat n’est envisageable qu’en cas d’impossibilité de reclassement ou de refus des postes compatibles proposés au salarié.

Qui peut déclarer un salarié inapte ?

Le rôle exclusif du médecin du travail

Seul le médecin du travail est habilité à émettre un avis d’inaptitude. Cet avis intervient généralement lors d’une visite de reprise après un arrêt de travail prolongé ou lorsque la situation de santé du salarié impose un examen médical dédié.

Le médecin traitant ou tout autre professionnel de santé n’a aucune compétence pour déclarer un salarié inapte.

Nouveaux modèles d’avis (depuis le 1er juillet 2025)

Un arrêté du 3 mars 2025 a actualisé les modèles d’avis médicaux transmis aux salariés et employeurs, dont :

  • le modèle d’avis d’inaptitude,
  • l’avis d’aptitude en suivi renforcé,
  • l’attestation de suivi individuel,
  • la proposition d’aménagements ou adaptations.

Ces documents doivent être utilisés pour toute décision d’inaptitude à compter du 1er juillet 2025.

Dans quels cas un licenciement pour inaptitude est-il possible ?

L’employeur ne peut envisager un licenciement qu’à l’une des conditions suivantes, prévues notamment par les articles L1226-2-1 et L1226-12 :

  • le médecin du travail précise que tout maintien dans l’emploi est impossible ou gravement préjudiciable à la santé du salarié ;
  • aucune solution de reclassement compatible n’a été trouvée, après une recherche sérieuse et loyale ;
  • le salarié refuse les postes de reclassement, lorsqu’ils respectent les préconisations médicales.

À défaut, le licenciement encourt la qualification de sans cause réelle et sérieuse.

Procédure de licenciement pour inaptitude : les étapes obligatoires

L’employeur doit suivre une procédure précise, régie par les articles L1226-2 à L1226-4 et L1226-10 à L1226-12 du Code du travail. Toute irrégularité peut entraîner des dommages-intérêts, voire l’annulation du licenciement.

Étape 1 : examen médical et avis d’inaptitude

Le médecin du travail peut émettre l’avis :

  • en une seule visite, si la situation médicale est claire ;
  • ou en deux visites espacées de 15 jours maximum (ancienne règle maintenue lorsque l’examen nécessite une observation complémentaire).

L’avis doit comporter les préconisations, restrictions et indications utiles à l’aménagement éventuel d’un poste.

Étape 2 : recherche de reclassement

Cette obligation est au cœur du dispositif. L’employeur doit :

  • rechercher un poste compatible dans l’entreprise ou dans le groupe,
  • tenir compte des recommandations du médecin,
  • proposer un emploi aussi comparable que possible à celui occupé initialement,
  • consulter le CSE lorsque l’entreprise en dispose, conformément à l’article L1226-10.

Lorsque l’avis d’inaptitude mentionne expressément que « tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié », l’employeur peut être dispensé de recherche de reclassement.

La jurisprudence confirme qu’un salarié peut être licencié après avoir refusé un poste, même moins rémunéré, dès lors qu’il respecte les préconisations médicales (Cass. soc., 13 mars 2024, n°22-18758).

Étape 3 : notification écrite de l’impossibilité de reclassement

Si aucun poste compatible n’est disponible, l’employeur doit l’indiquer par écrit au salarié, conformément à l’article L1226-2-1.

Étape 4 : entretien préalable

La convocation à entretien préalable doit être envoyée :

  • par lettre recommandée,
  • ou remise contre décharge.

L’entretien doit se tenir au minimum 5 jours ouvrables après réception de la convocation.

Étape 5 : notification du licenciement

La lettre de licenciement doit respecter l’article L1232-6 et indiquer :

  • l’inaptitude,
  • l’impossibilité de reclassement,
  • et, le cas échéant, le refus du salarié.

L’inaptitude seule ne constitue pas un motif suffisant (Cass. soc., 21 mars 2018, n°16-29073).

L’employeur peut ensuite, à sa demande ou à celle du salarié, préciser le motif, conformément aux articles L1235-2 et R1232-13.

Délais applicables au licenciement pour inaptitude

Bien qu’aucun délai légal strict ne soit prévu pour prononcer le licenciement, l’employeur dispose d’un délai d’un mois suivant l’avis d’inaptitude pour :

  • reclasser le salarié,
  • ou le licencier.

Passé ce délai, il doit reprendre le versement du salaire (articles L1226-4 et L1226-11).

Indemnités dues en cas de licenciement pour inaptitude

Les montants diffèrent selon l’origine de l’inaptitude.

Inaptitude non professionnelle

Le salarié a droit à :

  • l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ;
  • l’indemnité compensatrice de congés payés.

Il ne perçoit pas d’indemnité de préavis, mais la durée du préavis non exécutée est intégrée dans le calcul de l’indemnité (article L1226-4).

Inaptitude professionnelle

En cas d’accident du travail ou maladie professionnelle :

  • le salarié bénéficie d’une indemnité spéciale, égale au double de l’indemnité légale (article L1226-14) ;
  • il perçoit une indemnité compensatrice de congés payés ;
  • et une indemnité équivalente au préavis, même si ce dernier n’est pas exécuté.

La jurisprudence rappelle que le doublement s’applique à l’indemnité légale et non à l’indemnité conventionnelle (Cass. soc., 20 nov. 2024, n°23-14949).

Licenciement pour inaptitude abusif : dans quels cas ?

Un licenciement pour inaptitude peut être déclaré abusif notamment si :

  • l’employeur n’a pas recherché de reclassement de manière sérieuse ;
  • le CSE n’a pas été consulté ;
  • les postes proposés ne respectent pas les préconisations médicales ;
  • l’avis du médecin n’a pas été pris en compte dans sa totalité.

La Cour de cassation a rappelé en 2025 que, lorsque le salarié conteste la compatibilité du poste proposé, l’employeur doit obligatoirement reconsulter le médecin du travail avant tout licenciement (Cass. soc., 22 oct. 2025, n°24-14641).

Indemnité Temporaire d’Inaptitude (ITI)

En cas d’inaptitude d’origine professionnelle, le salarié perçoit une indemnité temporaire d’inaptitude, versée par la CPAM conformément aux articles D433-2 et D433-4 du CSS. Cette indemnité correspond au montant des indemnités journalières versées avant la reprise.

Prévention de la désinsertion professionnelle

L’employeur doit mettre en place des actions de prévention, notamment :

  • le rendez-vous de liaison après 30 jours d’arrêt,
  • la visite de préreprise,
  • des aménagements de poste,
  • des formations adaptées.

Ces mesures s’inscrivent dans les articles L4624-2 et suivants du Code du travail.

Contestation de l’avis d’inaptitude

Le salarié ou l’employeur peut contester l’avis médical devant le Conseil de prud’hommes, saisi dans un délai de 15 jours (article R4624-45), qui peut solliciter l’avis du médecin inspecteur du travail.

Peut-on retravailler après un licenciement pour inaptitude ?

Oui, si le salarié retrouve un emploi compatible avec les préconisations médicales. Lorsque l’avis conclut à une inaptitude à tout emploi, la réinsertion professionnelle peut être plus difficile.

Rupture anticipée d’un CDD pour inaptitude

La rupture anticipée du CDD est possible en cas d’inaptitude (article L1226-4-2).
Le salarié perçoit :

  • l’indemnité légale ou double indemnité (si origine professionnelle),
  • l’indemnité compensatrice de congés payés.

Rupture conventionnelle et inaptitude

La rupture conventionnelle peut parfaitement être conclue en présence d’une inaptitude, y compris lorsqu’elle trouve son origine dans un accident du travail ou une maladie professionnelle. La Cour de cassation, dans un arrêt du 9 mai 2019 (n°17-28767), a jugé que ce mode de rupture amiable est valable dès lors que les conditions légales de validité sont réunies, en particulier l’absence de vice du consentement.

Pour être licite, la rupture conventionnelle doit respecter plusieurs exigences :

  • le salarié doit consentir librement à la rupture, sans pression liée à son état de santé ;
  • l’employeur ne doit exercer aucune influence ou contrainte, sous peine de voir la convention annulée ;
  • les deux parties doivent être parfaitement informées de leurs droits respectifs, notamment de la procédure applicable au licenciement pour inaptitude potentiellement plus protectrice en cas d’origine professionnelle ;
  • la convention doit être homologuée par l’administration, conformément aux articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail.

Il en résulte qu’un salarié devenu inapte peut décider, en pleine connaissance de cause, de signer une rupture conventionnelle, à condition que la démarche ne détourne pas les garanties attachées à la procédure de licenciement pour inaptitude. Les juges examinent attentivement le contexte : toute pression, absence d’information ou situation ambiguë peut entraîner l’annulation de la convention.

Droits au chômage après un licenciement pour inaptitude

Le salarié licencié pour inaptitude, qu’elle soit professionnelle ou non professionnelle, peut bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), tant qu’il remplit les conditions générales d’éligibilité prévues par France Travail (ancien Pôle emploi). Les règles applicables sont identiques à celles prévues pour tout licenciement, mais plusieurs délais d’indemnisation doivent être observés.

L’ouverture des droits intervient après :

  • un délai d’attente incompressible de 7 jours, qui s’applique à tous les demandeurs d’emploi lors de leur première ouverture de droits ;
  • un différé d’indemnisation “congés payés”, calculé en fonction du montant de l’indemnité compensatrice de congés payés versée lors de la rupture ;
  • un différé spécifique, lié aux indemnités supra-légales perçues par le salarié (par exemple, une indemnité de licenciement plus favorable que l’indemnité légale), calculé selon les règles fixées par le règlement d’assurance chômage.

Dans le cadre d’une inaptitude d’origine professionnelle, le salarié reçoit une indemnité compensatrice équivalente au préavis, ce qui peut impacter le calcul du différé spécifique. Toutefois, ce différé ne peut dépasser la limite maximale prévue par la réglementation.

Une fois ces périodes écoulées, le salarié peut percevoir l’ARE mensuelle et bénéficier d’un accompagnement renforcé pour faciliter son retour à l’emploi, sous réserve de rester inscrit comme demandeur d’emploi et de justifier de démarches de recherche active.

Conclusion

Le licenciement pour inaptitude constitue un mécanisme essentiel du droit du travail, destiné à protéger la santé du salarié tout en assurant la sécurité juridique de l’employeur. Son cadre légal repose sur un équilibre précis : d’un côté, l’obligation de l’employeur de tout mettre en œuvre pour proposer un emploi adapté aux capacités résiduelles du salarié ; de l’autre, la nécessité de respecter une procédure stricte, soumise au contrôle de la jurisprudence et fondée sur l’expertise du médecin du travail. La combinaison de ces exigences impose à l’entreprise une démarche loyale, documentée et respectueuse des préconisations médicales.

Les décisions rendues ces dernières années, qu’il s’agisse de la reconnaissance de l’inaptitude, de la portée des obligations de reclassement ou de la validité des propositions faites au salarié, démontrent l’importance d’une interprétation rigoureuse de chaque étape. Les articles L1226-2, L1226-10, L1232-6, ainsi que les arrêts de la Cour de cassation, encadrent désormais très précisément la manière dont l’employeur doit rechercher un reclassement, justifier de son impossibilité ou motiver la rupture du contrat. Le moindre manquement peut conduire à la requalification du licenciement et à des conséquences financières importantes.

Pour les salariés, la procédure constitue une garantie forte : accès à un accompagnement individualisé, droit à une indemnisation spécifique en cas d’inaptitude professionnelle, possibilité de contester l’avis médical ou la décision de licenciement, droit à la priorité de reclassement et à l’allocation d’aide au retour à l’emploi. Pour l’employeur, elle impose une démarche rigoureuse, mais également un devoir de prévention permettant, en amont, de limiter les risques de désinsertion professionnelle.

À travers son approche juridique détaillée, defendstesdroits.fr rappelle que la gestion de l’inaptitude nécessite une parfaite maîtrise des textes, une attention particulière aux obligations procédurales et un dialogue constant avec le médecin du travail. Parce qu’elle engage à la fois la santé du salarié et la responsabilité de l’entreprise, cette procédure doit être conduite avec méthode, transparence et conformité stricte aux exigences du Code du travail.

FAQ

1. Comment se déroule précisément la procédure de licenciement pour inaptitude et quels sont les contrôles exigés par la loi ?

La procédure de licenciement pour inaptitude est encadrée par plusieurs obligations successives. Tout commence par un avis d’inaptitude rendu par le médecin du travail, qui seul peut déclarer un salarié inapte conformément aux articles L4624-4 et L4624-5 du Code du travail. Cet avis doit mentionner les restrictions, les possibilités d’aménagement et, le cas échéant, l’impossibilité de tout maintien dans l’emploi.

Ensuite, l’employeur doit engager une recherche active, sérieuse et personnalisée de reclassement. Cette recherche doit être menée dans l’entreprise mais également, lorsqu’il existe, dans le groupe auquel elle appartient. L’employeur doit proposer tous les postes compatibles avec les capacités du salarié, y compris ceux nécessitant une adaptation ou une mutation, conformément aux articles L1226-2 et L1226-10.

Si aucun poste n’est disponible, l’employeur doit en informer le salarié par écrit, puis organiser un entretien préalable, avant de notifier la rupture du contrat. La lettre doit impérativement mentionner l’inaptitude et l’absence de solution de reclassement. En cas d’erreur ou de motivation incomplète, le licenciement peut être jugé sans cause réelle et sérieuse.

2. Quels sont les droits et protections dont bénéficie le salarié déclaré inapte avant toute rupture du contrat ?

Le salarié déclaré inapte bénéficie d’une série de protections légales destinées à prévenir toute rupture abusive. Tout d’abord, l’avis du médecin du travail doit être étayé, motivé et transmettre des indications précises sur les possibilités de maintien dans l’emploi. Le salarié peut demander des explications ou solliciter un second examen.

Ensuite, il a le droit d’exiger que l’employeur procède à une recherche effective de reclassement. L’employeur ne peut écarter aucune piste sans justification sérieuse, et doit notamment tenir compte des recommandations écrites du médecin. La consultation du CSE est obligatoire en cas d’inaptitude professionnelle ou en cas d’avis d'inaptitude indiquant une recherche de reclassement.

Le salarié bénéficie également de garanties financières : reprise du versement du salaire après un mois sans reclassement ou licenciement, droit à différentes indemnités selon l’origine de l’inaptitude, et droit à l’allocation chômage sous conditions. Ces protections visent à éviter que la maladie ou l’accident ne fragilise davantage le salarié dans sa situation professionnelle.

3. Comment se calculent les indemnités en cas d’inaptitude professionnelle ou non professionnelle ?

Les indemnités varient selon l’origine de l’inaptitude :

  • Inaptitude non professionnelle :
    Le salarié perçoit l’indemnité légale de licenciement ou l'indemnité conventionnelle si celle-ci est plus favorable, ainsi que l’indemnité compensatrice de congés payés. Il ne perçoit pas de préavis, mais la durée théorique du préavis est prise en compte dans le calcul de l’indemnité.
  • Inaptitude professionnelle :
    Dans le cas d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, les droits sont renforcés. Conformément à l’article L1226-14, le salarié bénéficie de :
    – une indemnité spéciale de licenciement, égale au double de l’indemnité légale ;
    – une indemnité compensatrice de congés payés ;
    – une indemnité compensatrice équivalente au préavis, même si celui-ci n’est pas effectué.

La jurisprudence précise que seul le montant de l’indemnité légale est doublé, sauf dispositions conventionnelles plus favorables. Ainsi, l’indemnisation peut être significative lorsque le salarié justifie d’une ancienneté importante.

4. Dans quelles situations le licenciement pour inaptitude peut-il être requalifié en licenciement abusif ou sans cause réelle et sérieuse ?

Plusieurs manquements peuvent conduire à une requalification du licenciement :

  • Absence de recherche de reclassement, ou recherche menée de manière insuffisante, trop restreinte, ou en contradiction avec les préconisations médicales.
  • Non-consultation du CSE, lorsque celle-ci est obligatoire, notamment en cas d’inaptitude professionnelle.
  • Lettre de licenciement insuffisamment motivée, par exemple lorsqu’elle mentionne seulement l’inaptitude sans expliquer l’impossibilité de reclassement.
  • Absence d’aménagements examinés alors qu’ils étaient possibles, selon les préconisations médicales.
  • Non-respect des délais, notamment l’absence de reprise du salaire après un mois.
  • Absence de reconsultation du médecin du travail si le salarié conteste la compatibilité d’un poste proposé, conformément à la jurisprudence du 22 octobre 2025.

Dans toutes ces situations, les juges peuvent octroyer des dommages-intérêts, voire, dans les cas les plus graves, reconnaître un abus et sanctionner l’employeur lourdement.

5. Comment fonctionne la contestation de l’avis d’inaptitude et quels sont les moyens d’action du salarié ou de l’employeur ?

L’avis d’inaptitude peut être contesté devant le Conseil de prud’hommes dans un délai de 15 jours à compter de sa notification, selon l’article R4624-45 du Code du travail. La contestation peut être engagée par le salarié ou par l’employeur, et elle vise à remettre en cause l’évaluation médicale ou les conclusions figurant dans l’avis.

Une fois saisi, le Conseil peut solliciter l’intervention du médecin inspecteur du travail, qui peut demander des explications complémentaires au médecin du travail ayant rendu l’avis initial. Cette procédure permet d’obtenir une analyse neutre lorsque l’une des parties estime que les préconisations ne reflètent pas la réalité de la situation.

La contestation est particulièrement utile :

  • si le salarié estime pouvoir occuper un autre poste,
  • si l’employeur juge l’inaptitude insuffisamment motivée,
  • si les indications médicales ne permettent pas de déterminer clairement les possibilités de reclassement.

Cette voie de recours joue un rôle décisif pour sécuriser la suite de la procédure.

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