Travail

Plan seniors : comment la réforme 2025 redéfinit la fin de carrière en entreprise

Estelle Marant
Collaboratrice
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Seniors au travail : CDI senior, entretiens, aides... les nouveautés de 2025

Face au vieillissement de la population active et au recul progressif de l’âge légal de départ à la retraite, la question de l’emploi des salariés seniors s’impose comme un enjeu majeur du marché du travail français. Alors que la loi du 24 octobre 2025 transpose plusieurs accords nationaux interprofessionnels (ANI) consacrés à l’emploi des salariés expérimentés, le gouvernement entend faire du maintien dans l’emploi des seniors un levier essentiel de cohésion sociale et de performance économique.

Les entreprises, désormais contraintes d’adapter leurs pratiques de gestion des carrières, doivent composer avec de nouvelles obligations : négociation obligatoire sur l’emploi des seniors, création d’un contrat de valorisation de l’expérience (CVE), révision des entretiens de parcours professionnel ou encore facilitation du passage à temps partiel en fin de carrière.

Dans un contexte où seulement 60,4 % des 55-64 ans occupent un emploi (DARES, 2025), bien en deçà de la moyenne européenne, le plan seniors 2025 ambitionne de renverser la tendance. À travers cette réforme, l’État, les partenaires sociaux et les employeurs sont appelés à coopérer pour valoriser l’expérience, prévenir l’usure professionnelle et repenser les trajectoires de fin de carrière.

Sommaire

  1. Définition des salariés seniors et enjeux de leur maintien en emploi
  2. De la loi Plein emploi aux accords interprofessionnels sur les seniors
  3. Les nouvelles obligations de négociation pour les entreprises
  4. Préparer la seconde partie de carrière : entretiens et formation
  5. Le contrat de valorisation de l’expérience (CDI senior)
  6. Aménagement du temps de travail et retraite progressive
  7. Les contrats spécifiques pour les seniors et les aides à l’embauche
  8. L’articulation entre le plan seniors et la réforme des retraites
  9. Les nouvelles règles d’indemnisation chômage des seniors
  10. Une nouvelle culture de la seconde carrière

Qui sont les seniors au travail et pourquoi les cibler ?

Une catégorie sans définition légale précise

Le Code du travail ne fixe pas d’âge exact à partir duquel un salarié devient « senior ». Ce terme, utilisé dans le langage courant, désigne les travailleurs expérimentés, généralement âgés de 55 ans et plus, dont la carrière se situe dans la dernière phase avant la retraite.

Selon France Travail, les seniors englobent les salariés proches de la fin d’activité mais toujours en mesure de contribuer activement à l’entreprise. Leur expérience constitue un atout stratégique, mais leur maintien en emploi demeure freiné par des stéréotypes liés à l’âge et des discriminations persistantes.
L’employeur est d’ailleurs tenu, au titre de l’article L1132-1 du Code du travail, de prévenir toute discrimination fondée sur l’âge et de garantir une égalité de traitement.

De la loi “Plein emploi” aux accords interprofessionnels sur les seniors

Un objectif national de 65 % de taux d’emploi des 60-64 ans d’ici 2030

La loi n°2023-1196 du 18 décembre 2023 dite “loi plein-emploi” avait amorcé le chantier sans y apporter de réponses concrètes.
Face à cette lacune, le ministère du Travail a invité les partenaires sociaux à négocier un cadre pérenne pour renforcer l’emploi des travailleurs expérimentés. Ces discussions ont abouti à la signature, le 14 novembre 2024, d’un accord national interprofessionnel (ANI) ratifié par les organisations patronales (MEDEF, CPME, U2P) et les syndicats représentatifs (CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC).

Cet accord, désormais transposé dans le droit positif par la loi n°2025-989 du 24 octobre 2025, repose sur quatre piliers :

  • Favoriser le dialogue social au sein des branches et des entreprises ;
  • Préparer la seconde partie de carrière dès 45 ans ;
  • Lever les freins à l’embauche des seniors, notamment par la création du CDI senior (CVE) ;
  • Accompagner les transitions de fin de carrière par la formation et l’aménagement du temps de travail.

Négociation obligatoire sur l’emploi des salariés expérimentés

Depuis le 26 octobre 2025, les branches professionnelles et les entreprises d’au moins 300 salariés dotées d’une section syndicale représentative doivent engager une négociation sur l’emploi et les conditions de travail des seniors.
Cette négociation, encadrée par l’article L2242-1 du Code du travail, devient obligatoire et d’ordre public : aucune entreprise concernée ne peut y déroger.

L’objectif est de définir un plan d’action sur le maintien en emploi, la prévention de la pénibilité, et l’aménagement des carrières.
En l’absence d’accord, l’employeur devra établir un document unilatéral, après consultation du CSE, précisant les mesures applicables en interne.

Préparation de la seconde partie de carrière : entretiens et formation

La loi introduit de nouveaux outils de gestion anticipée des carrières.
Ainsi, en complément de l’entretien de parcours professionnel, chaque salarié bénéficie désormais :

  • d’un entretien à 45 ans, couplé à la visite médicale de mi-carrière, portant sur la prévention de l’usure professionnelle et la projection de carrière ;
  • d’un entretien entre 58 et 60 ans, centré sur les aménagements possibles de fin de carrière : passage à temps partiel, retraite progressive, reconversion ou formation.

Ces dispositifs permettent de concilier santé au travail, formation continue et employabilité durable, conformément aux articles L6311-1 et L6321-1 du Code du travail.

Le CDI senior : un nouveau contrat au service de l’expérience

Le contrat de valorisation de l’expérience (CVE), ou CDI senior, est la principale innovation du plan. Régi par les règles du CDI classique, il est destiné aux personnes âgées d’au moins 60 ans (ou 57 ans selon les branches) inscrites à France Travail.

Ce contrat vise à favoriser le retour à l’emploi des seniors et à sécuriser leur fin de carrière.
L’employeur bénéficie, pendant 3 ans, d’une exonération de la contribution patronale sur l’indemnité de mise à la retraite, conformément à l’article L137-12 du Code de la sécurité sociale.

Le salarié recruté en CDI senior peut être mis à la retraite dès l’âge de 67 ans ou 64 ans s’il justifie d’une carrière complète à taux plein.
Ce dispositif constitue un équilibre entre flexibilité pour l’employeur et stabilité pour le salarié.

Aménagement du temps de travail en fin de carrière

La loi du 24 octobre 2025 impose désormais à l’employeur de motiver par écrit tout refus de passage à temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive, en justifiant une incompatibilité économique ou organisationnelle (article L3123-4-1 du Code du travail).

Elle autorise également les accords de branche ou d’entreprise à prévoir que l’indemnité de départ à la retraite puisse être affectée au maintien de la rémunération d’un salarié en fin de carrière optant pour un temps partiel.
Cette mesure favorise la transition douce vers la retraite tout en limitant la perte de revenus.

Les autres contrats mobilisables pour les seniors

Outre le CDI senior, plusieurs dispositifs spécifiques demeurent disponibles pour les employeurs :

  • le CDD senior, ouvert aux salariés de plus de 57 ans (articles D1242-2 et D1242-7 du Code du travail) ;
  • le contrat de professionnalisation pour les plus de 45 ans, assorti d’aides de l’État ;
  • le CDI inclusion, réservé aux seniors rencontrant des difficultés sociales ou professionnelles (article L5132-5-1 du Code du travail).

Ces contrats permettent de diversifier les voies de retour à l’emploi tout en bénéficiant d’un cadre légal sécurisé.

Les seniors et la réforme des retraites : articulation des dispositifs

La réforme des retraites du 14 avril 2023 (loi n°2023-270) a relevé l’âge légal à 64 ans et supprimé progressivement certains régimes spéciaux.
Elle a aussi aligné le régime social des indemnités de rupture conventionnelle et de mise à la retraite sur une contribution unique de 30 %, pesant directement sur le coût des départs.

Le plan seniors 2025 vient compléter cette réforme en ciblant spécifiquement la prévention de l’exclusion professionnelle des plus de 55 ans, et en soutenant le retour à l’emploi via des contrats et des aides ciblées.

Nouvelles règles d’indemnisation chômage pour les seniors

Depuis le 1er avril 2025, la réforme de l’assurance chômage (décret n°2025-252) a étendu la durée d’indemnisation :

  • jusqu’à 22,5 mois pour les 55-56 ans ;
  • jusqu’à 27 mois pour les 57 ans et plus.

Elle a également abaissé à 55 ans (au lieu de 57) le seuil d’âge au-delà duquel la dégressivité de l’allocation chômage ne s’applique plus.
Ces ajustements tiennent compte du recul de l’âge légal de départ à la retraite et visent à garantir un revenu stable jusqu’à la reprise d’activité ou la liquidation de la pension.

Vers une culture de la seconde carrière

La philosophie du plan seniors 2025 repose sur une idée simple : le travail ne s’arrête pas à 55 ans, il se réinvente.
En combinant mesures incitatives, négociation obligatoire et accompagnement personnalisé, cette réforme marque un pas décisif vers une gestion des ressources humaines plus inclusive et intergénérationnelle.

Elle invite les employeurs à valoriser les compétences acquises, à favoriser la transmission du savoir et à considérer les seniors non plus comme un coût, mais comme un capital d’expérience essentiel au dynamisme de l’entreprise.

Conclusion

À l’heure où l’allongement des carrières devient un fait, le Plan seniors 2025 offre un cadre opérationnel pour sécuriser les parcours et optimiser la gestion des compétences en fin de vie professionnelle. Loin d’être une simple mise à jour réglementaire, il engage les entreprises dans une démarche structurée : négocier (branches et entreprises concernées), anticiper (entretiens à 45 ans puis 58-60 ans), recruter autrement (CVE / CDI senior), aménager le travail (retraite progressive, temps partiel compensé), et prévenir l’usure professionnelle (actions adossées aux obligations de santé-sécurité et aux dispositifs de prévention).

Pour rester conformes et transformer cette réforme en avantage compétitif, les employeurs ont intérêt à mettre en place un plan d’action pragmatique articulé autour de cinq axes :

  1. Piloter par le droit et par les chiffres
    — Actualiser la cartographie des emplois exposés, le document unique et le programme annuel de prévention ;
    — Définir des indicateurs seniors (taux d’emploi des 55-64 ans, maintien dans l’emploi après 58 ans, recours à la retraite progressive, mobilité intermétiers, absentéisme long).
  2. Négocier et documenter
    — Ouvrir (ou relancer) la négociation obligatoire sur l’emploi des salariés expérimentés, en fixant des objectifs mesurables ;
    — À défaut d’accord, élaborer un document unilatéral solide, motivé, présenté au CSE, intégrant calendriers, cibles et moyens.
  3. Outiller la seconde partie de carrière
    — Industrialiser l’entretien à 45 ans (avec la visite de mi-carrière) et l’entretien 58-60 ans, avec trames communes, critères d’orientation (formation certifiante, mobilité, tutorat, prévention de l’usure) ;
    — Intégrer ces décisions au plan de développement des compétences et au processus de GPEC.
  4. Diversifier les voies d’accès et de maintien
    — Mobiliser les contrats seniors selon la situation (CVE, CDD senior, contrat de professionnalisation 45+) et sécuriser les clauses (périodes d’essai, non-discrimination, formation) ;
    — Faciliter la retraite progressive et les aménagements du temps de travail, en motivant par écrit les refus et en explorant la compensation salariale via l’affectation de l’indemnité de départ lorsque possible.
  5. Prévenir l’usure et valoriser l’expérience
    — Cibler les postes à pénibilité et financer des actions correctives (organisation, équipements, ergonomie, formation aux gestes et postures) ;
    — Formaliser des parcours de transmission (tutorat, mentorat, binômes intergénérationnels), en reconnaissant cette activité dans l’évaluation et la rémunération.

Sur le plan juridique, la robustesse du dispositif repose sur un triptyque : respect des négociations (et, à défaut, d’un plan documenté), traçabilité des décisions individuelles (entretiens, choix d’aménagement, refus motivés) et cohérence santé-sécurité (prévention, C2P, aménagements raisonnables). Les textes récents (loi du 24 octobre 2025, dispositions du Code du travail et de la sécurité sociale, réforme des retraites) convergent : prévenir, adapter, maintenir.

Sur le plan RH, l’enjeu est d’installer une culture de la seconde carrière : reconnaître que l’expérience est un actif qui se développe, se transmet et se protège. Une entreprise qui stabilise ses effectifs expérimentés, réduit l’usure et organise les transitions gagne en qualité de service, en sécurité juridique et en performance durable.

En pratique, la feuille de route immédiate est claire : calendrier de négociation, audit des populations 55+, lancement des entretiens ciblés, référentiel contrats seniors (CVE, CDD senior, inclusion), process retraite progressive avec modèles de motivation des décisions, plan de prévention mis à jour, et tableau de bord seniors porté en direction et présenté au CSE. C’est cette exécution méthodique, juridiquement étayée et socialement lisible, qui transformera le Plan seniors 2025 en avantage RH tangible pour l’entreprise comme pour ses salariés expérimentés.

FAQ

1. Quelles sont les principales mesures introduites par le plan seniors 2025 ?

Le plan seniors 2025, issu de la loi n°2025-989 du 24 octobre 2025, vise à renforcer la place des salariés expérimentés dans l’emploi.
Parmi les mesures phares :

  • L’obligation, pour les entreprises de 300 salariés et plus, de négocier sur l’emploi des seniors (article L2242-1 du Code du travail) ;
  • La création du CDI senior, ou contrat de valorisation de l’expérience (CVE), favorisant le recrutement des plus de 60 ans ;
  • L’instauration d’entretiens spécifiques à 45 ans et 58 ans pour anticiper les aménagements de fin de carrière ;
  • La possibilité d’utiliser l’indemnité de départ à la retraite pour financer un passage à temps partiel ;
  • Des aides à l’embauche pour les employeurs recrutant des seniors.

Ces mesures répondent à un double objectif : favoriser le maintien en emploi et encourager la transmission des compétences.

2. Qu’est-ce que le CDI senior et quelles sont ses conditions ?

Le CDI senior (ou contrat de valorisation de l’expérience – CVE) permet de recruter des salariés âgés d’au moins 60 ans, voire 57 ans selon les accords de branche.
Ce contrat à durée indéterminée s’adresse aux personnes inscrites à France Travail et vise à favoriser leur retour à l’emploi.

L’employeur bénéficie :

  • d’une exonération de la contribution patronale sur l’indemnité de mise à la retraite pendant 3 ans (jusqu’en octobre 2028) ;
  • de la possibilité de mettre le salarié à la retraite dès 67 ans ou à 64 ans s’il justifie d’une carrière complète.

Cette mesure, inscrite à l’article L137-12 du Code de la sécurité sociale, constitue une innovation majeure pour encourager les entreprises à recruter des profils expérimentés sans alourdir leurs charges.

3. Comment les entreprises doivent-elles se conformer à la nouvelle obligation de négociation ?

Depuis le 26 octobre 2025, les branches professionnelles et les entreprises de plus de 300 salariés doivent organiser une négociation obligatoire sur l’emploi des salariés expérimentés.
Cette obligation, prévue par la loi du 24 octobre 2025, porte notamment sur :

  • Les conditions de travail et la prévention de la pénibilité ;
  • Les aménagements possibles en fin de carrière ;
  • Les dispositifs de formation et de reconversion pour les salariés de plus de 45 ans ;
  • Le maintien dans l’emploi des seniors proches de la retraite.

En cas d’absence d’accord, l’entreprise devra élaborer un plan d’action unilatéral après consultation du CSE.
Le non-respect de cette obligation pourrait exposer l’employeur à un risque de contentieux social, notamment au titre du manquement à son obligation de sécurité (article L4121-1 du Code du travail).

4. Quelles sont les aides à l’embauche ou dispositifs existants pour favoriser l’emploi des seniors ?

Les employeurs peuvent recourir à plusieurs dispositifs juridiques et aides :

  • Le CDD senior (articles D1242-2 et D1242-7 du Code du travail) pour les plus de 57 ans ;
  • Le CDI inclusion, réservé aux seniors rencontrant des difficultés professionnelles (article L5132-5-1 du Code du travail) ;
  • Le contrat de professionnalisation pour les plus de 45 ans, ouvrant droit à des aides de l’État ;
  • Des exonérations de charges pour le CDI senior (CVE) ;
  • Le maintien du cumul emploi-retraite, permettant aux retraités à taux plein de retravailler tout en acquérant de nouveaux droits (décret n°2023-751 du 10 août 2023).

Ces dispositifs encouragent les entreprises à valoriser les compétences des salariés expérimentés, tout en réduisant leur coût d’embauche.

5. Quelles interactions entre la réforme des retraites et le plan seniors ?

Le plan seniors 2025 s’articule étroitement avec la réforme des retraites du 14 avril 2023.
Cette dernière a relevé l’âge légal de départ à 64 ans et introduit une contribution unique de 30 % sur les indemnités de rupture conventionnelle et de mise à la retraite (article L137-12 du Code de la sécurité sociale).

Le plan seniors complète cette réforme en :

  • Favorisant la prévention de l’usure professionnelle via les entretiens de mi-carrière ;
  • Permettant le passage à temps partiel ou la retraite progressive sans perte de rémunération ;
  • Mettant en place des mesures incitatives pour recruter ou maintenir les seniors dans l’emploi.

Ainsi, ces deux réformes forment un ensemble cohérent visant à prolonger la durée d’activité tout en adaptant le monde du travail aux besoins des salariés vieillissants.

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