Travail

Salarié en arrêt longue maladie : droits, indemnisation et décisions possibles

Francois Hagege
Fondateur
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Absence longue durée : cadre légal, maintien de salaire et licenciement

L’augmentation des arrêts maladie s’inscrit dans un contexte où les entreprises doivent désormais composer avec des absences plus fréquentes, plus longues et plus complexes à gérer.

Lorsqu’un salarié est placé en arrêt maladie longue durée, l’employeur est confronté à une situation délicate : maintenir l’activité, adapter l’organisation interne, assurer le suivi administratif et veiller au respect rigoureux des obligations légales.
Au-delà des enjeux de continuité de service, l’arrêt longue maladie soulève des questions sensibles : conditions d’indemnisation, durée maximale de l’arrêt, rôle de l’Assurance maladie, obligations de l’employeur, remplacement du salarié, acquisition des congés payés, droit au report, ou encore conditions de licenciement.

Face à ce cadre juridique dense — composé du Code de la sécurité sociale (articles L321-1 et suivants) et du Code du travail — il est indispensable pour l’employeur d’adopter une gestion structurée et juridiquement sécurisée.

Cet article présente de manière exhaustive les règles applicables à l’arrêt maladie longue durée, en détaillant les droits du salarié, les obligations de l’employeur, les modalités de remplacement, ainsi que les limites légales encadrant une éventuelle rupture du contrat de travail.

Sommaire

  1. introduction
  2. définition de l’arrêt maladie longue durée
  3. durée maximale et prolongations
  4. indemnisation : sécurité sociale et employeur
  5. congés payés et droit au report
  6. remplacement du salarié absent
  7. possibilité de licencier pendant une longue maladie
  8. obligations au moment de la reprise du travail
  9. conclusion

Qu’est-ce qu’un arrêt maladie longue durée ?

Définition et principe

L’arrêt maladie longue durée correspond à une période de suspension du contrat de travail, motivée par une affection grave, chronique ou invalidante nécessitant un suivi prolongé.
Il est qualifié de longue durée lorsqu’il dépasse 6 mois.

La décision d'accorder un arrêt longue durée relève du médecin traitant, qui apprécie l’état de santé du salarié.

Lien avec l’affection de longue durée (ALD)

Une ALD permet une prise en charge renforcée des soins, mais ne déclenche pas automatiquement un arrêt de travail.
Inversement, un salarié peut être placé en arrêt longue maladie sans être reconnu en ALD.

Les ALD sont classées en trois catégories :

Les ALD exonérantes (ALD 30, ALD 31, ALD 32)

Elles ouvrent droit au remboursement à 100 % sur la base des tarifs de la Sécurité sociale (article D160-4 du CSS).
Elles concernent notamment :

  • AVC invalidants
  • Diabète de type 1 ou 2
  • Maladie d’Alzheimer
  • Maladie de Parkinson
  • Polypathologies lourdes

Les ALD non exonérantes

Elles nécessitent également des soins de longue durée mais sans suppression du ticket modérateur (article L324-1 du CSS).

Quelle est la durée maximale d’un arrêt longue maladie ?

En principe, l’arrêt ne peut excéder 3 ans consécutifs (article L324-1 du CSS).

À l’issue de ce délai, le salarié doit soit :

  • reprendre le travail ;
  • bénéficier d’un aménagement ou d’un reclassement ;
  • être placé en invalidité.

Les prolongations sont possibles sans limitation, dès lors qu’elles sont médicalement justifiées.

Indemnisation pendant un arrêt maladie longue durée

Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale

Selon l’article L323-4 du CSS, la CPAM verse des indemnités journalières (IJSS) équivalentes à 50 % du salaire journalier de base.

Durée maximale de versement des IJSS

  • 360 jours sur une période de 3 ans pour une maladie ordinaire ;
  • 3 ans de versement pour les arrêts liés à une ALD.

Délai de carence

  • 3 jours pour les IJSS (article R323-1 du CSS).
    En cas d’ALD, le délai de carence ne s’applique qu’une seule fois sur 3 ans.

Le maintien de salaire par l’employeur

L’employeur doit verser une indemnité complémentaire (article L1226-1 du CSS) si le salarié :

  • justifie son arrêt dans les 48h ;
  • bénéficie des IJSS ;
  • a 1 an d’ancienneté.

Montants à garantir

Le maintien doit permettre d’atteindre :

  • 90 % du salaire brut pendant les 30 à 90 premiers jours ;
  • 66,6 % du salaire brut durant les 30 à 90 jours suivants.

La durée varie selon l’ancienneté (articles D1226-1 et D1226-2 du CSS).

Certaines conventions collectives prévoient mieux.

Carence pour l’indemnité complémentaire

  • 7 jours (article D1226-3 du CSS)
    Sauf disposition conventionnelle plus favorable.

Arrêt longue maladie et congés payés

L’acquisition des congés pendant la maladie

Depuis la réforme imposée par le droit européen et consolidée par la jurisprudence du 13 septembre 2023 (Cass. Soc.), les périodes d’arrêt maladie — professionnelles ou non — sont comptées comme périodes de travail effectif pour l'acquisition des congés payés.

Article applicable : L3141-5 du Code du travail.

Le report obligatoire des congés

Le salarié empêché de prendre ses congés en raison de son arrêt dispose d’un report obligatoire de 15 mois (article L3141-19-1 du Code du travail).

Ce délai démarre :

  • soit à la reprise du travail (information donnée par l’employeur),
  • soit à la fin de la période de référence si l’arrêt dure plus de 12 mois.

Remplacement du salarié en arrêt maladie longue durée

Recrutement en CDD de remplacement

L’employeur peut conclure un CDD de remplacement (article L1242-7 du Code du travail).

CDD à terme imprécis (recommandé en cas d’ALD)

Il prend fin au retour effectif du salarié.
Il doit toutefois comporter une durée minimale, faute de quoi une requalification en CDI est possible (Cass. Soc., 29 oct. 1996).

Licenciement d’un salarié en longue maladie : est-ce possible ?

Principe d’interdiction

L’employeur ne peut pas licencier un salarié en raison de son état de santé (article L1132-1 du Code du travail).
Un licenciement fondé sur la maladie serait nul.

Le salarié pourrait obtenir :

  • indemnité minimale de 6 mois de salaire (article L1235-3-1) ;
  • dommages-intérêts selon le préjudice ;
  • voire réintégration.

Licenciement possible uniquement pour un motif étranger à la maladie

Le licenciement reste autorisé dans deux hypothèses :

Licenciement disciplinaire

L’employeur peut sanctionner une faute grave commise :

  • avant l’arrêt ;
  • ou lorsque la procédure disciplinaire a débuté avant l’arrêt (Cass. Soc., 10 mai 1995).

Licenciement économique

Possible si le motif est indépendant de la maladie.
Certaines conventions collectives prévoient toutefois une garantie d’emploi empêchant le licenciement pendant un arrêt maladie.

Retour au travail : quelles obligations ?

Visite médicale de reprise

Obligatoire après :

  • arrêt maladie de + 30 jours ;
  • accident du travail ;
  • maladie professionnelle.

La visite sert à :

  • vérifier l’aptitude ;
  • recommander un aménagement ;
  • enclencher un éventuel reclassement.

Conclusion

L’arrêt maladie longue durée bouleverse l’équilibre de l’entreprise aussi bien sur le plan organisationnel, financier que juridique. La gestion de ces absences suppose de maîtriser un ensemble de règles issues du Code du travail et du Code de la sécurité sociale, mais aussi une jurisprudence en constante évolution.

L’employeur doit assurer l’indemnisation complémentaire lorsqu’elle est due, anticiper les besoins de remplacement, préserver la continuité du service, tout en respectant scrupuleusement les droits du salarié : maintien partiel de salaire, acquisition des congés payés, droit au report, protection contre le licenciement discriminatoire.

La possibilité de licencier existe, mais elle reste strictement encadrée : elle ne peut reposer que sur un motif totalement étranger à la maladie, qu’il soit disciplinaire ou économique, sous peine de nullité.
Dans un contexte où les arrêts longue durée se multiplient, les entreprises doivent renforcer la prévention, adapter l’organisation du travail et sécuriser leurs pratiques internes pour rester conformes à leurs obligations légales.

FAQ

1. qu’est-ce qu’un arrêt maladie longue durée et comment est-il reconnu ?

Un arrêt maladie est considéré comme longue durée lorsqu’il excède six mois et résulte d’une affection grave nécessitant un traitement prolongé. La reconnaissance n’est pas automatique : elle repose sur la décision du médecin traitant et, selon les cas, sur la classification en ALD 30, ALD 31 ou ALD 32. La Sécurité sociale vérifie ensuite si l’état du salarié justifie un suivi sur plus de six mois, ce qui conditionne la durée d’indemnisation et l’accès à certains droits spécifiques.

2. un salarié en arrêt longue maladie perçoit-il toujours son salaire ?

Non. Le contrat de travail est suspendu, ce qui met fin au versement du salaire par l’employeur. Le salarié perçoit des indemnités journalières de la CPAM correspondant à 50 % de son salaire journalier, dans la limite de 360 jours sur trois ans, ou pendant trois ans continus s’il s’agit d’une affection de longue durée exonérante. L’employeur peut être tenu de compléter cette indemnisation selon l’ancienneté, la convention collective applicable et le respect des délais de justification.

3. comment fonctionne l’acquisition et le report des congés payés pendant une longue maladie ?

Depuis la mise en conformité du droit français, les périodes d’arrêt maladie — professionnelle ou non — ouvrent droit à des congés payés comme s’il s’agissait d’un temps de travail effectif. Si l’arrêt empêche le salarié de prendre ses congés, il bénéficie automatiquement d’un report pouvant aller jusqu’à quinze mois après la reprise ou la fin de la période de référence, selon sa situation. L’employeur doit informer clairement le salarié de ses droits pour garantir la validité de la période de report.

4. un employeur peut-il licencier un salarié absent pour maladie longue durée ?

Oui, mais uniquement dans des situations limitées. Le salarié ne peut jamais être licencié en raison de son état de santé. En revanche, un licenciement est possible si le motif est totalement étranger à la maladie : faute grave commise avant ou pendant l’arrêt (procédure déjà engagée), impossibilité de maintenir le contrat pour raisons économiques, ou suppression du poste. Toute décision reposant sur la maladie elle-même constitue une discrimination entraînant la nullité du licenciement et des indemnités importantes.

5. que peut faire un employeur pour remplacer un salarié absent très longtemps ?

L’outil le plus adapté est le CDD de remplacement à terme imprécis. Il permet de recruter un remplaçant dont la mission prend fin au retour du salarié absent. Ce contrat doit toutefois comporter une durée minimale pour éviter une requalification en CDI. L’employeur peut aussi réorganiser temporairement l’activité, redistribuer les tâches ou recourir à l’intérim, mais il doit toujours veiller à la sécurité et à la charge de travail du personnel présent.

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