Depuis novembre 2025, le Code pénal français intègre une définition explicite du consentement en matière d'infractions sexuelles. Cette évolution législative majeure transforme profondément l'appréciation du viol et des agressions sexuelles par les tribunaux. Pour les victimes comme pour les personnes mises en cause, cette réforme modifie les règles du jeu pénal et clarifie ce qui constitue une relation sexuelle librement consentie. Voici ce que vous devez savoir pour comprendre vos droits et les implications concrètes de ce changement.
La réforme entrée en vigueur en novembre 2025 inscrit pour la première fois dans le Code pénal une définition positive du consentement. Jusqu'alors, l'article 222-23 du Code pénal définissait le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». Désormais, le texte précise explicitement qu'un acte sexuel est constitutif de viol en l'absence de consentement libre et éclairé. Cette modification aligne la France sur les standards européens et les recommandations de la Convention d'Istanbul. Le législateur a souhaité clarifier que le simple silence ou l'absence de résistance physique ne peuvent être interprétés comme un consentement. Cette approche renverse la logique traditionnelle : ce n'est plus à la victime de prouver qu'elle a résisté, mais à la défense de démontrer l'existence d'un consentement explicite.
Le consentement est désormais défini comme « l'expression de la volonté libre et éclairée de participer à l'acte sexuel ». Cette formulation impose plusieurs conditions cumulatives. Premièrement, le consentement doit être libre, c'est-à-dire donné sans violence, contrainte, menace ou surprise. Deuxièmement, il doit être éclairé : la personne doit comprendre la nature de l'acte auquel elle consent. Troisièmement, il doit être actuel : un consentement donné pour une situation ne vaut pas pour une autre. Enfin, il doit être révocable à tout moment. Le texte précise également que l'état d'emprise, l'abus de vulnérabilité ou l'altération du discernement (alcool, drogue, handicap) peuvent vicier le consentement. Cette définition s'applique à toutes les procédures pénales impliquant des infractions sexuelles, du viol aux agressions sexuelles.
Pour les victimes de viol, cette réforme représente une avancée majeure dans l'accès à la justice. Elles n'ont plus à démontrer qu'elles ont physiquement résisté ou crié pour que les faits soient qualifiés de viol. L'accent est mis sur l'absence de consentement plutôt que sur la violence subie. Concrètement, lors du dépôt de plainte, les questions posées par les enquêteurs évoluent : au lieu de s'attarder sur les vêtements portés ou le comportement antérieur de la victime, l'enquête se concentre sur l'existence ou non d'un accord explicite. Cette approche réduit la victimisation secondaire souvent dénoncée dans les procédures pénales. Les victimes peuvent également se prévaloir de cette définition légale pour faire valoir leurs droits devant les juridictions civiles, notamment pour obtenir réparation du préjudice subi. La prescription demeure fixée à 20 ans pour les majeurs et 30 ans à partir de la majorité pour les mineurs.
La question de la charge de la preuve fait l'objet de nombreux débats juridiques. Formellement, le principe de la présomption d'innocence demeure : c'est à l'accusation de prouver l'absence de consentement. Cependant, la nouvelle définition modifie l'équilibre probatoire. Désormais, la défense doit être en mesure de démontrer l'existence d'un consentement positif et explicite, et non plus simplement l'absence de violence. En pratique, les tribunaux examinent attentivement les circonstances : messages échangés avant et après les faits, témoignages sur l'attitude des personnes impliquées, preuves d'un accord verbal ou comportemental. Le simple fait d'avoir accepté un rendez-vous ou consommé de l'alcool ensemble ne constitue plus une présomption de consentement. Cette évolution rapproche le droit français des systèmes juridiques scandinaves où la notion de « consentement actif » est appliquée depuis plusieurs années avec des résultats significatifs en termes de condamnations.
Pour les procédures judiciaires engagées avant novembre 2025, le principe de non-rétroactivité de la loi pénale s'applique. Les affaires jugées sous l'ancienne définition ne peuvent pas faire l'objet d'une révision sur ce seul motif. Toutefois, pour les dossiers en cours d'instruction ou en attente de jugement, les juges appliquent la loi nouvelle si elle est plus favorable à la victime, conformément au principe d'application immédiate des lois de procédure. En pratique, les magistrats instructeurs réorientent leurs investigations vers la recherche d'éléments démontrant ou infirmant l'existence d'un consentement explicite. Les expertises psychologiques prennent une importance accrue pour évaluer la capacité de consentement au moment des faits. Les avocats de victimes peuvent déposer des conclusions complémentaires pour faire application de la nouvelle définition. Si vous êtes partie à une procédure pénale en matière d'infractions sexuelles, consultez rapidement votre avocat pour examiner l'impact de cette réforme sur votre dossier.
Oui, la nouvelle définition du consentement s'applique également aux agressions sexuelles prévues à l'article 222-22 du Code pénal. Ces infractions, qui concernent tout acte sexuel sans pénétration imposé par violence, contrainte, menace ou surprise, sont désormais également appréciées au regard de l'absence de consentement libre et éclairé. Cela inclut les attouchements, les baisers forcés, ou toute autre forme de contact à caractère sexuel non consenti. Les peines encourues restent identiques : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, portées à 7 ans et 100 000 euros en présence de circonstances aggravantes. Cette extension garantit une cohérence dans l'appréciation de toutes les infractions sexuelles. Elle permet également de sanctionner des comportements qui, sous l'ancienne définition, échappaient parfois aux poursuites faute de démonstration suffisante de violence ou de contrainte.
Le Code pénal énumère désormais plusieurs situations caractérisant l'absence de consentement. Premièrement, tout acte commis par violence, contrainte physique ou morale, menace ou surprise demeure constitutif de viol ou d'agression sexuelle. Deuxièmement, l'abus d'une situation de vulnérabilité apparente ou connue (handicap, maladie, état de grossesse, précarité économique) vicie le consentement. Troisièmement, l'altération du discernement par l'alcool, les stupéfiants ou tout autre moyen empêche le consentement valable. Quatrièmement, l'état d'emprise psychologique résultant d'une relation d'autorité, de dépendance ou de manipulation constitue un obstacle au consentement libre. Cinquièmement, toute situation où la personne n'est pas en mesure de manifester sa volonté (sommeil, inconscience) exclut par nature le consentement. Ces situations ne sont pas limitatives : les juges apprécient souverainement, au cas par cas, si le contexte permettait réellement l'expression d'un consentement libre et éclairé.
La question de la preuve du consentement est centrale dans cette réforme. Pour la victime, plusieurs éléments peuvent démontrer l'absence de consentement : témoignages de l'entourage sur son état émotionnel après les faits, messages ou appels téléphoniques exprimant son refus ou sa détresse, certificats médicaux attestant de lésions ou d'un état de choc, preuves d'une plainte rapidement déposée. Les expertises psychologiques peuvent également établir un syndrome post-traumatique cohérent avec une agression subie. Pour la défense, la démonstration d'un consentement peut s'appuyer sur des échanges de messages avant ou après les faits exprimant un accord, des témoignages sur le comportement consensuel des deux personnes, ou des preuves d'une relation antérieure consentie (tout en sachant qu'une relation passée n'implique pas un consentement permanent). Les tribunaux examinent l'ensemble du contexte : rapport de force entre les personnes, différence d'âge, situation professionnelle, consommation d'alcool ou de drogues. Si vous êtes impliqué dans une telle procédure, conservez tous les échanges et consultez rapidement un avocat spécialisé en droit pénal.
La notion d'emprise devient un élément central dans l'appréciation du consentement depuis la réforme de novembre 2025. L'emprise désigne une situation où une personne exerce une domination psychologique sur une autre, limitant sa capacité à exprimer librement sa volonté. Cette domination peut résulter d'une relation professionnelle (supérieur hiérarchique), familiale, religieuse, thérapeutique ou simplement d'un rapport de force psychologique. Les tribunaux recherchent plusieurs indices : isolement de la victime, dévalorisation systématique, alternance de comportements bienveillants et violents, contrôle des fréquentations et des communications. L'emprise peut être établie par des témoignages de proches ayant constaté un changement de comportement, des échanges de messages démontrant une manipulation, ou une expertise psychologique. Dans les affaires d'emprise, le consentement apparent donné par la victime est analysé comme le résultat d'une contrainte psychologique viciant son libre arbitre. Cette approche permet de sanctionner des situations où aucune violence physique n'est exercée mais où la victime ne dispose pas réellement de sa liberté de choix.
Pour les mineurs, la réforme de novembre 2025 complète les dispositifs déjà existants. L'article 227-25 du Code pénal prévoit déjà qu'un mineur de moins de 15 ans ne peut consentir à un acte sexuel avec un majeur, créant une présomption irréfragable d'absence de consentement. Entre 15 et 18 ans, le mineur peut théoriquement consentir, sauf en présence d'une autorité de droit ou de fait, d'un abus de vulnérabilité, ou d'une différence d'âge significative. La nouvelle définition du consentement renforce cette protection en précisant que le consentement d'un mineur doit être apprécié au regard de sa maturité psychologique et de sa capacité à comprendre la nature et les conséquences de l'acte. Les juges examinent particulièrement la différence d'âge, la relation entre les personnes, et le contexte dans lequel l'acte s'est produit. Pour les parents ou représentants légaux d'un mineur victime, cette réforme facilite les poursuites en centrant le débat sur l'absence de capacité à consentir plutôt que sur la démonstration d'une violence. La prescription court toujours à partir de la majorité de la victime, lui laissant jusqu'à 48 ans pour porter plainte.
Les peines encourues pour viol restent inchangées malgré la réforme : 15 ans de réclusion criminelle pour un viol simple selon l'article 222-23 du Code pénal. Cette peine peut être portée à 20 ans en présence de circonstances aggravantes : viol commis sur un mineur de moins de 15 ans, sur une personne vulnérable, par une personne ayant autorité, avec usage d'une arme, en réunion, ou ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente. La réclusion criminelle peut atteindre 30 ans si le viol a entraîné la mort de la victime sans intention de la donner, et la perpétuité si la mort a été intentionnellement causée. Au-delà de la peine principale, le tribunal peut prononcer des peines complémentaires : interdiction d'exercer une activité professionnelle en contact avec des mineurs, obligation de soins, suivi socio-judiciaire pouvant aller jusqu'à 20 ans, inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles (FIJAIS). La victime peut se constituer partie civile pour obtenir des dommages et intérêts réparant son préjudice moral, physique et économique. Les montants alloués varient considérablement selon les juridictions mais peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Pour porter plainte après un viol depuis novembre 2025, la procédure reste identique mais l'approche des enquêteurs évolue. Vous pouvez déposer plainte dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie, qui ne peut pas refuser de la recevoir. Vous pouvez également adresser une plainte par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent. Il est vivement conseillé de vous rendre dans une unité médico-judiciaire pour un examen médical, idéalement dans les 72 heures suivant les faits, afin de prélever d'éventuelles traces et documenter les lésions. Conservez tous les éléments de preuve : vêtements portés, messages échangés, témoignages de personnes à qui vous avez parlé après les faits. Lors de l'audition, vous serez interrogé sur les circonstances des faits et sur l'absence de consentement. N'hésitez pas à vous faire accompagner par une association d'aide aux victimes ou un avocat. Depuis la réforme, les questions posées se concentrent davantage sur le contexte et les possibilités réelles de consentir, plutôt que sur votre comportement ou vos vêtements. Si vous êtes victime, sachez que vous disposez de 20 ans pour porter plainte (30 ans à partir de votre majorité si vous étiez mineur au moment des faits). Des dispositifs d'aide existent, notamment le 3919 (violences femmes info) et les associations locales spécialisées.
Si vous êtes accusé à tort de viol ou d'agression sexuelle, vos droits à la défense demeurent pleinement garantis malgré la réforme. La présomption d'innocence s'applique jusqu'à une condamnation définitive. Dès la mise en cause, faites-vous assister par un avocat spécialisé en droit pénal qui analysera les éléments à charge et construira votre défense. Vous avez le droit de garder le silence lors des interrogatoires, bien que cette attitude puisse être diversement interprétée par les enquêteurs. Constituez votre propre dossier : conservez tous les messages échangés avec la personne qui vous accuse, listez les témoins pouvant attester de votre comportement et du contexte, rassemblez les preuves d'un consentement exprimé (tout en respectant la dignité de chacun). N'hésitez pas à demander une expertise psychologique pour contrer une accusation manifestement infondée. Si vous êtes finalement relaxé, vous pourrez engager une action pour dénonciation calomnieuse et obtenir réparation du préjudice subi. Dans tous les cas, ne contactez jamais directement la personne qui vous accuse : cela pourrait être interprété comme une tentative de pression.
Un consentement donné sous l'emprise de l'alcool est-il valable ?
Non, si l'altération du discernement était telle que la personne n'était pas en mesure d'exprimer librement sa volonté. Le tribunal apprécie au cas par cas le degré d'intoxication et la capacité réelle à consentir.
Une relation sexuelle dans un couple peut-elle constituer un viol ?
Oui, absolument. Le mariage ou la vie en couple n'implique aucun devoir conjugal. Toute relation sexuelle imposée sans consentement constitue un viol, même entre époux ou partenaires.
Que se passe-t-il si je retire mon consentement en cours d'acte sexuel ?
Le consentement est révocable à tout moment. Si la personne poursuit l'acte malgré l'expression claire d'un refus, les faits peuvent être qualifiés de viol ou d'agression sexuelle selon la nature de l'acte.
Le silence équivaut-il à un consentement ?
Non, depuis la réforme de novembre 2025, le silence ou l'absence de résistance ne peuvent être interprétés comme un consentement. Le consentement doit être actif et explicite, exprimé par des paroles ou des comportements non équivoques.