Vous avez quitté votre logement et attendez la restitution de votre dépôt de garantie ? Ce montant, souvent équivalent à un ou deux mois de loyer, représente une somme importante que vous souhaitez récupérer rapidement. Pourtant, de nombreux propriétaires tardent à restituer cette caution, ou pratiquent des retenues abusives. Connaître vos droits vous permet de réagir efficacement et de récupérer l'argent qui vous revient légitimement.
Le délai de restitution du dépôt de garantie varie selon l'état des lieux de sortie. Si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, le propriétaire dispose d'un délai maximum d'un mois pour vous restituer la caution. Ce délai court à compter de la remise des clés et de l'état des lieux de sortie.
En revanche, si des dégradations sont constatées lors de l'état des lieux de sortie, le délai s'étend à deux mois maximum. Cette période supplémentaire permet au bailleur de chiffrer les réparations nécessaires et de justifier les éventuelles retenues. Ces délais sont fixés par l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989.
Attention : passé ces délais, des intérêts de retard sont automatiquement dus par le propriétaire, calculés au taux légal majoré. Cette sanction financière s'applique de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de mettre le bailleur en demeure.
Le propriétaire ne peut opérer des retenues que pour des motifs précis et justifiés. Les dégradations imputables au locataire constituent le premier motif légitime : trous dans les murs, sols abîmés, équipements cassés au-delà de l'usure normale. Ces dommages doivent être clairement identifiés dans l'état des lieux de sortie.
Les loyers impayés et les charges locatives non réglées peuvent également être déduits du dépôt de garantie. Le bailleur doit toutefois fournir un décompte précis avec les justificatifs correspondants. En revanche, le propriétaire ne peut pas retenir la caution pour compenser l'usure normale du logement, qui relève de sa responsabilité comme évoqué dans notre guide sur les droits du locataire.
Les réparations locatives non effectuées par le locataire pendant la durée du bail peuvent aussi justifier une retenue. Il s'agit notamment de l'entretien courant négligé : joints de salle de bain moisis, robinetterie défectueuse par manque d'entretien, ou vitres non remplacées après bris.
La notion de vétusté est essentielle pour déterminer le montant exact des retenues légitimes. La vétusté correspond à l'usure normale d'un bien due au temps et à l'usage normal. Un décret du 26 août 1987 fixe une grille indicative pour calculer cette vétusté selon la durée d'occupation.
Par exemple, pour une moquette dont la durée de vie théorique est de dix ans, si vous avez occupé le logement cinq ans, la vétusté applicable est de 50%. Si le remplacement de la moquette coûte 1 000 euros, le propriétaire ne peut retenir que 500 euros sur votre dépôt de garantie.
Cette règle s'applique à tous les éléments du logement : peintures, revêtements de sol, équipements sanitaires, volets, etc. Le bailleur doit obligatoirement appliquer ce coefficient de vétusté et ne peut exiger le remboursement du coût total à neuf.
En cas de dépassement du délai légal, vous devez d'abord envoyer une mise en demeure au propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception. Rappelez-lui le délai applicable (un ou deux mois selon votre situation) et exigez la restitution immédiate du dépôt de garantie, majoré des intérêts de retard.
Le taux d'intérêt légal applicable en 2026 est majoré de 10% pour les créances dues aux particuliers. Ce calcul commence automatiquement le jour suivant l'expiration du délai légal. Si le propriétaire reste silencieux ou refuse de payer, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation.
En dernier recours, une action en justice devant le tribunal judiciaire peut être engagée. Les procédures liées aux litiges locatifs sont similaires à celles devant les prud'hommes en termes de formalisme. Le juge peut condamner le propriétaire à restituer le dépôt de garantie avec intérêts, et même à vous verser des dommages et intérêts pour procédure abusive.
Face à des retenues que vous jugez injustifiées, commencez par demander au propriétaire un décompte détaillé et chiffré de chaque retenue, accompagné des devis ou factures correspondants. Cette demande doit être formulée par écrit, de préférence par lettre recommandée.
Comparez ensuite ce décompte avec l'état des lieux d'entrée et de sortie. Les photos prises lors de votre départ constituent des preuves précieuses. Si des réparations sont facturées alors qu'aucune dégradation n'apparaît sur l'état des lieux de sortie, la retenue est abusive.
Vérifiez également que la vétusté a bien été appliquée sur chaque poste de dépense. Un propriétaire ne peut facturer à neuf des éléments usagés. Si vous identifiez des irrégularités, contestez formellement par courrier recommandé en exposant vos arguments et en réclamant le remboursement des sommes indûment retenues.
Le bailleur a une obligation de justification pour toute retenue opérée sur le dépôt de garantie. Il doit vous transmettre un état détaillé des sommes retenues, accompagné des devis ou factures des travaux effectués ou à effectuer. Ces documents doivent être suffisamment précis pour permettre de vérifier la réalité et le coût des prestations.
Les factures doivent être établies par des professionnels identifiables (nom, adresse, SIRET). Des estimations approximatives ou des prix manifestement surévalués peuvent être contestés. Vous pouvez demander des devis comparatifs pour démontrer que le coût facturé est excessif.
L'état des lieux de sortie signé par les deux parties constitue également un document essentiel. En l'absence d'état des lieux contradictoire, le propriétaire ne peut présumer de dégradations et doit restituer l'intégralité du dépôt de garantie dans le délai d'un mois.
Non, le dépôt de garantie ne peut jamais servir à payer le dernier mois de loyer. Cette pratique, bien que tentante pour le locataire, est illégale et peut vous causer des problèmes. Le propriétaire est en droit d'exiger le paiement du loyer jusqu'au dernier jour d'occupation, indépendamment de la caution versée.
Si vous cessez de payer votre loyer en espérant que le dépôt de garantie le couvre, le propriétaire peut engager une procédure d'expulsion pour impayé. De plus, il pourra retenir sur votre caution non seulement les loyers impayés, mais aussi les frais de procédure engagés.
La caution reste la propriété du locataire et ne constitue qu'une garantie pour le bailleur. Elle doit être restituée selon les règles légales, déduction faite uniquement des sommes légitimement dues (loyers impayés, charges, réparations locatives).
L'absence d'état des lieux de sortie joue en faveur du locataire. Selon la loi, si aucun état des lieux contradictoire n'est établi à la sortie, le logement est présumé avoir été restitué dans l'état où il a été reçu. Le propriétaire ne peut donc opérer aucune retenue pour dégradations.
Dans ce cas, le dépôt de garantie doit être intégralement restitué dans un délai d'un mois à compter de la remise des clés. Le bailleur ne peut invoquer d'éventuels dommages sans preuve documentée établie contradictoirement ou par huissier.
Si le propriétaire refuse de restituer la caution en l'absence d'état des lieux de sortie, sa position est juridiquement très fragile. Une action en justice aboutira quasi systématiquement à votre faveur, avec condamnation du propriétaire au paiement d'intérêts de retard et éventuellement de dommages-intérêts.
La vente du logement pendant la durée du bail ne modifie pas vos droits concernant le dépôt de garantie. L'acquéreur du bien devient automatiquement votre nouveau bailleur et reprend toutes les obligations du vendeur, y compris la restitution de votre caution.
Lors de la vente, l'ancien propriétaire doit soit vous restituer le dépôt de garantie si votre bail prend fin avant ou pendant la transaction, soit transférer cette somme au nouvel acquéreur. Ce transfert doit être mentionné dans l'acte de vente. Vous n'avez aucune démarche particulière à effectuer.
Si le nouveau propriétaire refuse de vous restituer le dépôt de garantie au motif qu'il ne l'a pas reçu de l'ancien, ce conflit ne vous concerne pas. Vous pouvez le mettre en demeure puis le poursuivre en justice : il lui appartiendra ensuite de se retourner contre le vendeur s'il n'a pas récupéré la caution lors de la transaction.
La commission départementale de conciliation (CDC) constitue un recours gratuit et efficace avant toute action judiciaire. Cette instance paritaire, composée de représentants des propriétaires et des locataires, examine les litiges liés au bail d'habitation, notamment les contestations sur le dépôt de garantie.
Vous pouvez saisir la CDC par courrier simple ou recommandé en exposant votre litige et en joignant les pièces justificatives : bail, états des lieux, correspondances avec le propriétaire, décomptes contestés. La commission convoque ensuite les deux parties et tente de trouver un accord amiable.
Bien que l'avis de la CDC ne soit pas contraignant juridiquement, il a une forte valeur morale et peut être utilisé ultérieurement devant le juge si aucun accord n'est trouvé. De nombreux litiges se règlent à ce stade sans nécessiter de procédure judiciaire. Pour les démarches similaires dans d'autres contextes juridiques, vous pouvez consulter notre guide sur l'aide juridictionnelle.
Si les démarches amiables échouent, vous pouvez engager une action en justice devant le tribunal judiciaire. Pour les litiges inférieurs à 10 000 euros, vous pouvez saisir directement le tribunal sans avocat obligatoire, ce qui limite les frais de procédure.
Préparez un dossier solide comprenant : le bail, les états des lieux d'entrée et de sortie, la preuve de remise des clés, vos courriers de mise en demeure, les justificatifs de paiement des loyers et charges, et toute correspondance avec le propriétaire. Des photos du logement à votre départ renforcent votre dossier.
Le juge examinera la légitimité des retenues opérées et pourra condamner le propriétaire à vous restituer tout ou partie du dépôt de garantie, majoré des intérêts de retard. En cas de mauvaise foi manifeste du bailleur, des dommages-intérêts supplémentaires peuvent être accordés. Cette procédure est comparable aux recours possibles en matière de protection du consommateur.
La prévention des litiges commence dès l'entrée dans le logement. Réalisez un état des lieux d'entrée minutieux, en prenant des photos de chaque pièce et de chaque défaut constaté. N'hésitez pas à être très détaillé : moindre trace, rayure ou défaut doit être mentionné.
Pendant la location, conservez tous les justificatifs de paiement des loyers et charges, ainsi que les preuves d'entretien du logement (factures de ramonage, contrats d'entretien de chaudière). Effectuez les réparations locatives qui vous incombent pour éviter qu'elles soient facturées au départ.
Avant l'état des lieux de sortie, nettoyez soigneusement le logement et effectuez les petites réparations évidentes (reboucher les trous dans les murs, remplacer les ampoules défectueuses). Faites-vous accompagner d'un proche lors de l'état des lieux de sortie pour avoir un témoin. Prenez des photos du logement propre et en bon état juste avant la remise des clés : ces preuves sont précieuses en cas de contestation ultérieure.
Le propriétaire peut-il garder le dépôt de garantie pour repeindre le logement ?
Non, sauf si les murs présentent des dégradations anormales. La vétusté normale de la peinture relève de l'usure et ne peut justifier une retenue sur la caution.
Que faire si le propriétaire ne répond pas à mes relances ?
Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Passé un délai raisonnable de 15 jours, saisissez la commission départementale de conciliation puis, si nécessaire, le tribunal judiciaire.
Puis-je récupérer mon dépôt de garantie si je pars avant la fin du préavis ?
Vous devez payer le loyer jusqu'à la fin du préavis légal ou jusqu'à l'arrivée d'un nouveau locataire. Le dépôt de garantie sera restitué déduction faite des loyers dus pour cette période.
Le montant du dépôt de garantie est-il plafonné ?
Oui, pour une location vide, le dépôt de garantie ne peut excéder un mois de loyer hors charges. Pour une location meublée, le plafond est de deux mois de loyer hors charges.